SCÈNE PREMIÈRE
ELECTRE, seule , enchainëc.
OoLEiL qvii reparais sans ramener Oreste, J'ouvre en pleurant mes yeux à la clarté céleste , Et la nuit à son tour, témoin de mes douleurs. Près de ce monument retrouve Electre en pleurs , Avec des traits meurtris, et des chants lamentables. Visitant , évoquant des mânes redoutables ; Sans cortège de deuil, sans pompe, sans flambeau. Prêtresse dévouée au culte d'un tombeau, Je viens, faible et mourante, à son auguste cendre, Demander le vengeur que m'a promis Cassandre;
El vers l'autel funèbre où s'adressent mes pas, Chercher des dieux amis que je n'y trouve pas. Ombre d'Agamemnon , prendras-tu ma défense? Que sont-ils devenus ces jours de mon enfance, Ces jours de mon bonheur , où , fière de mon nom , Chargeant mes jeunes mains du laurier de Junon, Aux bords de l'ïnachus, d'un grand peuple entourée , J'allais dans l'urne d'or puiser l'onde sacrée; Chanter contre llion l'hymne des Grecs vainqueurs , Ou des vierges d'Argos renouveler les chœurs ? La voilà , s'écriait une foule soumise ; A l'hymen de Pollux l'oracle l'a promise. Qu'elle estheureuse. . .un père, en ses derniers adieux, Sans doute au sort d'Electre intéressa les dieux. O race de Pélops ! ô changemens funèbres ! Retour fallacieux, parricides ténèbres, Nuit sanglante où ma mère, un poignard à la main, Egorgea son époux sur la couche d'hymen , Et, formant d'autres nœuds à côté de sa tombe, Aux dieux libérateurs offrit une hécatombe.... C'est aujourd'hui qu'Egyste, en cet affreux séjour.
Célèbre du forfait lé pouvanlable jour
Allons , et que du moins ma douleur solitaire
Console Agamemnon de la pompe adultère.
Je ne puis lui porter de précieux présens;
Mais quinze ans de regrets me tiendront lieu d'encens;
Ma ceinture , un rameau trempé dans l'eau lustrale j
Orneront chastement l'enceinle sépulcrale ;
J'achèverai d'offrir, en soulevant mes fers,
Ces cheveux tant de fois sur cette tombe offerts î