‹ Cobden et la ligueChapitre 13 sur 23 · DUMFRIES · texte numérisé non relu

DUMFRIES

(Extrait du Dumfriet'Courrier^ 17 janvier 1S44.)

Ce journal rend compte du meeting tenu le mercredi 17 janvier, à l'occasion de la visite de MM. Bright et Thomson ; il présente le même caractère que les précédents.

Si nous avons donné au lecteur cette nomenclature aride des nombreux meetings que la députation de la Ligue a provoqués en Ecosse pondant un séjour de si

ou l'agitation anglaise. 171

courte durée, c'est que nous sommes nous-mêmes conyaineus qu'en France, comme en Angleterre, comme dans tous les pays constitutionnels, le seul moyen d'emporter une grande question, c'est d'éclairer et de passionner le public. Notre but a été d'appeler Tattention sur l'activité et l'énergie que déploie la Ligue, et dont les premiers résultats se montrent aujourd'hui aux yeux de l'Europe étonnée dans le plan financier de sir Robert Peel.

GRAND BEETING AU THÉÂTRE DE GOV»tH}ARDBN.

(35 janvier 1844.)

Après un interruption de deux mois, la Ligue a ve* pris ses meetings au théâtre de Govent^Garden* Jeudi soir la foule avait envahi le vaste édifice. Dans aucune des précédentes occasions elle n'avait montré plus de sympathie et d'enthousiasme.

A sept heures, le président , M. Georges Wilson , monte au fauteuil. Il ouvre la séance par le rapport des travaux de la Ligue, dont nous extrayons quelques passages.

€ Ladies et gentlemen ; je ne doute pas que la pre nûère question que vous m'adresserez au momeut de la reprise de nos séances, ne soit : c Qu'a fait la Ligue depuis la dernière session? » D'abord, je n'ai pas besoin de vous dire quelle n*e$t pas morte^ ainsi que ses ennemis l'ont tant de fois répété. Il est vrai que le duc de Buckingham ne s'y est pas encore rallié; le duc de Richmond ne nous a pas signifié son approbation ; sir Edward KnatchbuH compte toujours sur le

monopole pour payer des dots et des hypothèques, et le colonel Sithorp a gratifié de 50 1. s. Tassociation protectioniste. (Rires). Mais d'un autre côté, le marquis de Westminster a donné 500 1. s. à la Ligue. (Applaudissements). Que nous ayons fait quelques progrès, c'est ce que nos adversaires ne pourront nier, et ce dont vous jugerez vous-mêmes d'après les meetings qui ont eu lieu et dont je vais vous faire Ténumération. »

Ici le président nomme les villes où ont été tenus des meetings et les sommes qui ont y été souscrites.

Liverpool 6000 L s.

Ashton 4300

Leeds 2700 la maison Marshall a souscrit pour 800 K s.

Halifax 2000

Hunderfield 2000

Bradford 2000

Bacup 1345

Bolton 1205

Leicester 800

Derby 1 200 la maison Strutl a donné 500 1. s.

Notbingham 520

Burnley 1000

Oldham 1000

Todmorden 611

Strond 558

(M. Wifson cite encore une douzaine de meetings où des somnies moindres ont été recueillies.)

En outre, une députation de la Ligue', composée dd MM. Cobden , Brighl , Thompson , Moore , Ashworth a parcouru rÉcossc. Nous avons reçu k

ou l'agitation anglaise. i73

Glasgow 5000 L s.

Edimbourg 1500 Dandee SOO

Leith 350

Paisley S30

Hawick 70

(De bruyants applaudissements accompagnent cette lecture). Tel est le témoignage que nous avons k rendre des progrès que fait notre cause dans Tesprit public. C'est un nouveau gage d'union, un nouveau pacte, un nouveau eovenant auquel les amis de la Ligue en Ecosse et dans le nord de l'Angleterre ont attaché leur nom , s'engageant tous envers eux-mêmes, envers vous et envers le pays, k persévérer dans la voie qu'ils se sont tracée, et à ne prendre aucun repos tant qu'ils se sentiront un reste de force et que la Ligue n'aura pas atteint le but qu'elle a en vue

M. Bouverie prononce un discours instructif sur la situation financière de l'Angleterre , et sur la répartition des taxes entre les diverses classes de la société.

M. W.-J. Fox, s'avance au bruits des applaudissements; quand le silence est rétabli il s'exprime en ces termes :

€ Je suis appelé a prendre la parole ii l'entrée de cette Douvdle année d'agitation, dans un moment où la confusion, l'anxiété et l'incertitude régnent dans le pays. La législature est convoquée ;le peuple attend plutôt qu'il n'espère; la Ligue a recruté des adhérents, augmenté ses moyens et discipliné ses forces; les partis politiques épient les chances de se maintenir dans leur position ou de conquérir celle de leurs adversaires ; des anti-Ligues se forment dans plusieurs romtétv

Dans ces circonstances, il est k propos d'établir le frineip$ autour duquel se rallie notre association, ce principe que nous avons tant de fois , mais pas encore assez proclamé ; ce principe qui est Tobjet et le but d'efforts et de travaux qui ne cesseront qu'au jour de son triomphe : — la liberté absolue des échanges, — et, en ce qui concerne la réalisation pratique et actuelle, — Tabrogation immédiate, totale et sans condition ( ') de la loùeéréalet (Bruyants applaudissements). VoiHi notre étoile polaire; voilà le point unique vers lequd nous naviguons sans nous préoccuper d*attGone autre considération. Nous n'avons rien de commun avec les fiictioDS politiques; nous n'avons aucun égard aux démarcations qm séparent les partis de vieille ou de fraîche date; peu nous importent les inconséquences de tel ou tel meneur d'une por* tîon de la Chambre des communes* — L'abrogation totale, immédiate, sans condition des hii^xéréalu^ voUà ceqne now demandons, tout ce que nous demandons. — Nous n'exigeons pas plus, nous n'accepterons pas moins •— de Robert Peel ou de J^n Russell, — de lord Melbouffned'nn cAié, ùb de lord Wellington de l'autre, ou de lord Brougbam de toot les côtés. (Rires et approbation). Nous sommes en paix avec tous ceux qui reconnaissent ce principe. Mais nous ferons une guerre éternelle k ceux qui ne l'accordent pas. — Et précisément parce que c'est un principe, il n'admet, dans nos esprits, aucune tran$aeUon queleonque. (Apfriaudissements). C'est fil noue mot d'ordre. H y a uneidasse dans le pays qui ne cesse de crier : c Pas de eoneesêùmê* » Et nous, nous lui répondons : € P^s de iramaeHon. » Si ce mouvement, ainsi

(*) VneondiliUmai; la ligue entend par là que Tabolition des drotif él'entrée sur les grains éU'angers, ne doit pas être sobordmméi^ à des dégrèvements aceordés par les autres nations aux produits Malais.

oi; l'agitation anglaise. 175

qtt*w Fa qariquefoi^ iaussenieBi représenté, n^était qa'une pore oombinaieen iadusIrieUe; s'il avait pour objet de relever teUe 00 Celle branche de (abrieation ou' de commerce; — ou Inen s'il était reffiart d'uDparli ets'il aspirait ii déplacer le pouvoir ao détriment d*Qne classe et au profit d'une autre classe d'hommes politiqQes; ou encore si notre cri : Liberté ifVchtmfeê, o'était qu'un de ces cris populaires , mis en avant dans des vues peraennelles ou politiques , comme le cri : A ba$li pajhêtM, et autres semblables qui ont si souvent égaré la multitude et jeté la confusion dans le pays, oh! alors, nous pourrions transiger. Mais nous soutenons un prùir cijM, k l'égard doqoel notre conviction est iaite, et qui est comme la substance de notre conscience; nous revendiquons pour l'homme un droit antérieur même k toute ci* vjlîsation , car s'il est un droit qu'on puisse sqppeler natovel, c'est certainement celui qui appartient à tout homme d'échaoger le prodoit de son honnête travail, contre ce qu'il juge le plus utile à sa sobeislance ou à son bien-être. (Approbation). Ce n'est pas Ik une question qoi admette des degrés, ni qui se poisse arranger par fractions» Nous respectons tous les droits; mais nous ne respectons aocon abus» (Applaudissements). Noos ne comprenons pas cette doctrine qui consiste Il tolérer un certain degré de vol, d'iniquité ou d'oppression au préjudice d'un individu ou de la communauté. Nous considéroas ftu point de vue du juste et de riujusie la propriété, quelle qu'elle soit, réalisée par le travail et sanctionnée par les lois et les institutions humaines. Nous prociamoos notre profond respect pour la propriété de cette classe qui est la plus «fdenlê k s'opposer h nos réclamations. Les domaines do seigneor lui appartiennent, nous ne prétendons pas y toucher, mettre des limites k leur agglomération et k leur divi'* sioD. Noos n'intervenons pas dans l'administration de ce qui

176 COBDEN ET LA LIGUE y

loi est acquis par achat ou par héritage. QuMl en fasse cequ*il jugera à propos; il est justiciable de ropioion s'il viole les lois des convenances ou de la moralité. Tant qu*il se renferme dans les limites que lui prescrivent les nécessités des sociétés humaines, nous respectons tous ses droits. Qu'il proscrive ou tolère la chasse; qu'il abatte ou conserve ses forêts; qu'il accorde on refuse des baux, nous ne nous en mêlons pas. Les produits de ses domaines sont k loi ou k ceox k qoi il les loue. Hais il y a une chose qui n'est pas a lui, et c'est le travail d'autruif c'est l'industrie de ses frères, et leur habileté, et leur persévérance, et leurs os et leurs muscles, et nous ne lui reconnaissons pas le droit dediminuer par des taxes a son profit le pain qui est le fruit de leurs travaux et de leurs sueurs. (Bruyantes acclamations). Ils sont ses fr^s et non pas ses esclaves. Les bras de l'ouvrier sont sa propriété et non jm celle du landlord. Nous réclamons pour nous ce que nous accordons aux seigneurs, et notre prmeipe exige le même respect, la même vénération pour la propriété de celui qui n'a au monde que sa force physique pour se procerer le pain du soir par le travail du jour, que pour celle de l'héritier du plus vaste domaine dont on puisse s'enorgueillir dans la Grande-Bretagne. (Applaudissements). Dans notre attache-* ment k ce principe, nous nous opposons k tout empiétement sur la propriété de la classe industrieuse, de quelque forme qu'on le revête, quel que soit le but auquel on veuille le f^re servir. Notre principe exclût le iraii fixe aussi bien que le droit graduel. (Approbation). L'un est aussi bien que l'autre une invasion sur les droits du peuple, car quelle est leur conmune tendance? Evidemment d'élever le prix des aliments, et tout ce qui élève le prix des aliments, diminue le légitime bien-être des classes laborieuses. Lorsque nous nous rappelons la condition de ces classes; quand nous venons k songer

ou L AGITATION ANGLAISE. i77

qoe rouTiier se lève avant le jour, et qu'il est d^à bien tard quand il peut goûter quelque repos et manger le pain de Tanxiété : quand nous nous rappelons par quels fatigants efforts il obtient dans ce inonde sa chétive pitance, et combien il y a de malheureuses créatures autour de nous dont toute l'histoire est résumée dans ces tristes vers si populaires:

Travaillons, travaillons, travaillons Jnsqu^à ce que nos yenx soient ronges et obscurcis ;

TravaUlons, travalUons, travaUlons Jusqu'à ce que le vertige nous monte au cerveau.

Quand nous sommes témoins d'une telle destinée, nous disons que le droit fixe ne doit pas prendre même un farthing sur la part exiguë du pauvre pour augmenter les trésors d'un duc de Buckingham ou de Ricbmond. (Applaudissements prolongés). Bien plus, il est des cas où le droit fixe aurait plus d'inconvénients que Téchelle mobile elle-même. On a déjk fait cette objection contre le droit fixe, et je crois qu'elle a déjà frappé ses partisans, c Que ferez-vous de votre droit de 10, de 8, de 5 sh. lorsque le blé s'élèvera, comme cela peut et doit quelquefois arriver, k un prix de famine? » (a famine priée) (Écoutez, écoutez). Et l'on a répondu : € Alors, on le suspendra. » — Mais quel est le pouvoir qui décidera cette suspension, et sur quelle épreuve? Réalisez dans votre imagination la situation d'un premier ministre obligé d'observer le pays pour décider si le temps approche, si le temps est arrivé où le droit fixe sur le blé sera remis, parce que les aliments ont atteint le prix de famine I II fiiudra qu'il compte dans les journaux combien d'êtres humains ont été relevés dans nos rues , tombés par défaut de nourriture. Combien faudra-t-il de cas de morte par inanition; quelle somme de maladies, de typhus, de mortalité sera-t-il néceseaire de con-

178 COBUr.M KT L<\ lAGVE ,

sialer pour jastifier la rea^iaeda droH? Voilà doae les occii- Jetions d'un premier ministre! Il ftiudra doqe qu'il veille auprès do paya, qu'il compte ses pulsations, comme fait le médecin d'un régiment quand on flagelle un soldat^ — la main sur son poignet, l'œil sur la blessure saignante, Toreille attentive au bruit du fouet tombant sur les épaules nues, prêt a s'écrier : arrêtez; il se meurt* (Acclamations). EsiHîe Ik le rdie du premier miqistre du gouvernement d'un peuple libre ? (NoQ, non). -^ La pente est glissante quand on quitte le sentier de la justice. Oublies la justice, et vous oublierez bientôt la charité, et l'humanité vous trouvera sourds k ses eris. — r Un dfoi^ ixfil ]|ap c'^t toujours la protection sous un filtre wm^ et 1^ pi^otecUon^ c'est cela même que la Ligue fst résolue de combattre et 4*anéautir à jamais. — Et qu'enlend-on protéger? L'agricuHure, dît-on ; mais quelle branche d's(gric4lture ? queUe classe de personnes? Non , non, dépouil\ée de sophismes, d'énigmes, de circoidocutiops, celte pjToteçtioii, c'est Iq j^oteetim dn refkU^ et riea d^ plqs. (Approbation). ProteçtioUi 9in fermiers t — Et quel fermier s'es^ jjsuviit wnchi piar elle? -rr Prcftection à l'onyrier des ç«WP9^«es,! --rr Qh I cii^ ! v9ua V^yu, protégé jusqu'k^ ce qu*il ^ deseeiMdn tou^ lei^ degrés de FéçMle sociale ; jmqa'k ce qwne ses vAt^ment^^ient été convertis en haillons; sa chan-^ mÂ^ en vne ^Ue; jusqu'à ce que sa femme et ses enfimts, tfxifa de vétemeula,. aient été forcés de fuir le service divin. Votro p^eetion L'a pour^^ivi à» champ à la maison de travail, et de la, maison de ti^avail à b cour de justice, et de la «(MIT de jmtipe itu caokpt, et du cachot à la tombe. C'est soin \ik &oi4e pi^nce. qpi'il t^ouvei^ enfin phiS: de protection réelle qu'il n'çn obtint jamais de nos lois, (^c^amations prolongee^/.*..,*.

Et pourquoi privilégier une classe ? Qu'y a-t-il dans la coa-

ou L AGITATION ANGLAlSb. 470

ditioo d*Qn renlier qui loi donne droit à être |Hx>légé atix dé* pens de la communauté ? Pourquoi pas protéger ausai le philosophe, Tartiste, le poète T A pareil jour naquit un poèie^ et les Écossais qui m'entendent savent ^ qui je fais allusion^ car beaucoup de leurs compatriotes sont réunis aujouM'bui pour célébrer Fanniversaire de Robert Burns. La nature en avait fiiit un poète; la protection aristocratique en fit un eas-^ ployé. Mais la seule protection qui lui convfait, c'est cette qsi'il devait à ses bras vigoureux et h son âme élevée. Le servitisme lui Élisait dire :

Je n'ai pas besoin de me courber si bas « Car, grâce à Dieu, j'ai la foite dé IklMNmr, Et quand cette forée Tiendra à me bire déCuity Alors, grâce à Dieu, je pourrai mendier.

Et il se sentait l'indépendance du mendimit, el en réaKtév elle est plus digne et plus respectable que Tindépendance pécuniaire de een qui Pont acquise par la rapine et Top^ pression.

••••• Et pourquoi la Ligue transigerait^eïïe aujevré^bin? Si elle n'y ir pas songé quand elle était faiUe, comtmM y songeraitp^lte quand elle est forte? Si nm» wnmà repmm9t toute transaction quand nous n'étions qu'un petit Mmbve, pourquoi raccepterions-nous quand nous sMimes iesBùm^ brables? Habitants de Londres, permettez-moi de wfus le dire, vous n'avez pas l'idée de la puissance ée la UjgM^ et ii serait k désinsr que vom envoyassiez ésins les oemiés du Nord une dépntalion chargée d'observer la natm*e de cette pa» sance, sa progression , son intensité. (Ëcoutay éeeuiei); U^ vous verriez les multitudes, hommes, fenmes^enfiHits^aQcoa^ nr^ s'assembler et mettre la main )i cette csavre si bten^ faite pom* éveiller les plus intimes synq>atbies du cœur hfuniMé; les maUres et les ouvriers porCer leur cordiffle contribution ;

i80 COBDEN £T LA LIGOi: ,

les femmes payer leur tribut, car elles eut compris qu'il leur appartient de soulager ceux qui souffrent, et de sympathiser avec les opprimés, et T^fant même, respirer comme une atmosphère d'agitation patriotique» pressentant qu'un jour viendra, — alors que tant de glorieux dévouements auront assuré le triomphe de la liberté commerciale, — où il pourra dire avec oi^eil : — c Et moi aussi j'étais , encore enfimt, un soldat de la Ligue ! p Oh ! si vous pouviez voir l'ardeur qui les anime, vous comprendriez que l'arrêt de mort du monopole est prononcé; oui, le jour.oà Londres prendra le rôle qui lui revient, le jour où la voix des provinces réveillera l'écho de la métropole, le jour oà votre libéralité, votre enthousiasme, votre ferme résolution, votre foi dans la vérité égalera la libéralité, l'enthousiasme, la détermination et la foi de vos frères du Nord, ce jour-lk, l'œuvre sera consommée et le monopole anéanti. (Acclamations prélongées). L'idée de transiger n'entr^ait pas dans la tête des chefs de la Ligue, alors même qu'ils seraient seuls dans la lutte. Rappelez-vous qu'ils n'étaient que sept quand ils proclamèrent pour la première fois le principe de l'abrogation immédiate et totale. Ils persévéreraient encore, quand bien même l'opinion publique n'aurait pas été éveillée, quand bien même ces vastes meetings n'auraient pas encouragé leurs efforts, car, lorsqu'une fois un principe s'empare de l'ime, il est kidompiable. C'est ce qui fait le martyr ou la victoire ! Il peut y avoir des victimes, mais il n'y a pas de défaite. — C'est à cette foi individuelle, à cette résolution de ne jamais tran* siger sur un principe, que nous devons tout ce qu'il y a de grand et de beau sur cette terre. Sans cette foi, nous n aurions pas eu la liberté politique,, la réformation, la religion chrétienne. Si la Ligue pouvait fléchir dans sa marche; si ceux qui la dirigent pouvaient la trahir, eh bien ? qu'importe ?

ou l'agitation anglaise. 181

ils ne sont que Payant-garde, la grande armée leur passerait sur le corps et marcherait toujours jusqu'à la grande consommation. (Acclamations). Je le répète donc, pas de transactions. On nous défie, on nous appelle au combat; les seigneurs nous jettent le gant et ils Tentent, disent-ils, abattre la Ligue. ( Rires ironiques )• Eh bien, nous en ferons Tépreuve. — Ce ne sont plus les fiers barons de Rnnnèymède. Le temps de la cheyalerie est passé; il est passé* pour eux surtout, car il n'y a rien de chevaleresque à se faire marchand de blé et à fouler le pays pour grossir son lucre. — Mais où veulent-ils en venir en sMsolant ainsi au milieu de la communauté? Ils créent la méfiance parmi les fermiers, la haine et rinsnbordination parmi les ouvriers ; ils se déclarent en guerre avec tous les intérêts nationaux; ils rejettent les Spencer, les Westminster, les Ducie, les Radnor ; ils se dépouillent de ce qui constitue leur force et leur dignité; oà veulent-ils en venir, en se séparant du mouvement social, en rêvant quMls seront toujours assez forts pour écraser leurs concitoyens? Ils n'ont rien à attendre de cette politique, si ce n'est ruine et confusion ! S'ils y persistent, ils ne tarderont pas \k s'apercevoir qu'ils n'ont d's.utre perspective qu'une vie de dangers et d'appréhension ; ils sentiront la terre trembler sous leurs pas, comme on dit qu'elle tremblait partout où se posait le pied du fratricide Gain. Qu'ils parcourent l'univers ; nulle part ils ne rencontreront la sympathie de l'affection et le sourire de la bienveillance. Ahl qu'ils se joignent à nous; qu'ils s'unissent à la nation; c'est là que les attendent le respect, la richesse, le bonheur; mais s'ils lui déclarent la

guerre, la destruction menace cette caste orgueilleuse. »

L'orateur discuté quelques-uns des sophismes sur lesquels s'appuie le régime restrictif, et en particu-

i82 COliDËM £T LA LIGUE,

Uer le prétexte tiré de VtndépefUla$ieê nationale, U poursuit en ces termes :

c Êtr0 tniipmdants d0 féimmger^ c*est le thème fiiYori de raristocratie. Elle oublie qu'elle emploie le Guomo à fertiliser les cbsmps , couvrant ainsi le sol britannique d'une .surface de sol étranger qui pénétrera chaque atome de blé, et lui imprimera la tftche de cette dépmdanee dont elle se montre si impatiente. Mais qu'est*il donc ce grand seigneur, eet avocat de riodépendance mitionale, cet ennemi de toute dépendance étrangère? Examinons sa vie. Voilà un cuisinier flrançaù qui prépare h diner pour U maUrê^ et un valet mme qui apprête le maUre pour le dfnêr. (Éclats de rire). Mylady, qui accepte sa main, est toute resplendissante de perles qu'on ne trouve jaokais dans les huîtres britanniques, et la piume qui flotte sur sa tête ne fut jamais la queue d'un dindon anglais. Les viandes de sa table viennent de la Belgique ; ses vins du Rhin et du Rhâne. Il repose sa vue sur des fleurs venues de Y Amérique du $udy et il gratifie son odorat de la fumée d'une feuille apportée de VAmérique du nord. Son cheval favori est d'origine arabe y et son petit chien de la race du StSeruard. Sa galerie est riche de tableaux fia^ mmndi et de statues $recque$. Veut-il se distraire? U va entendre des chanteurs italieni vociférant de la musique oibmmde, le tout suivi d'un ballet franeaù. S'élève-t-il aux honneurs judiciaires? L'hermine qui décore ses épaules n'avait jamais figuré jusque-là, sur le dos d'une béte britannique. (Échts de rire). Son esprit mémeest une bigarrure de contributions exotiques* Sa philosophie et sa poésie viennent de la Grèce et de Rome; sa géométrie d'Alexandrie; son arithmétique d'Arabie et sa religion de Palestine. Dès son berceau, il Ivresse ses dénis naissante» sur du corail de l'Océan

OG l'agitation anglaise. 183

mdieD, et iorsquli moumi, le marbre de Carafe Mrmoiitera sa tombe. (Brayaûts a^andiasenenla). Et Voilh Thoome qui dit : Soyons ind^adattit de rétrànger! Soumettons le peuple k la taxe ; admettons la privation^ le be8oni« leè an» goisses et les étreîatea de rioMitioii même ; mais sdyons indépendants de Tétranger ! (Écoutez.) ie ne ha disputé pas son luxe; ce que je lui reproche c'est le sophisme, Thypocrisie i l'iniquité de parler d'indépeodanoe , quant aux alî* monta, alors qu'il se soumet k dépendre de l'étranger ponr tons ces objets de jouissance et de fiisle^ Ce que les étitngers désirent surtout nous veadre , ce que nos eoinpalrioies désirent sartout acheter, c'est le blé, et il ne lui appartient pas, k lui, qui ti'est de la tète aux pieds que l'œuvre &e l'indosirie étrangère, de s'interposer et de dire : c Vous serei ittdëpendan ts, moi seulje me dé?ooe k porter le poids de la dé-* pendance. » Nous ne traasigeoiis pas a?ec de tels adversaires, non, ni même avec la législature. Nous ne recourrons pas à la législature dans cette session. (Écoutez, écentei). Plus de pétitions< (Approbation). Membres de la Chambre des commîmes, membres de la Chambre des lords, faites ce qu'il vous plaira et comme il vous plaira, — nous en appelons à pa$ mafireê. (Tonnerre d'applaudissements qui se renouvellent à plosieurs reprises). La Ligue en appelle ii vos commettants, aux créateurs des législateurs; elle leur dit qu'ils ont mal rempli leur tftche, elle leur enseigne ii la mieux remplir à la première occasion. (Nouveaux applaudissements). C'est sur ce terrain que nous transportons la lutte, et nos moyMS sont, non point, comme on Ta dit fiiussemeat^ la calomnie, Ferreor, la corruption, mais de peraévéraals eflbrts pour finre pénétrer dans ceux qui possèdent le pouvoir politique l'inteHi-* gence et rindépendance qui enoobUsssol Fhumanité. Remar" quons qu'un notable cbangement s'est déjh manifesté^lans

iSA COBDEN ET LA LItiUE,

les Sections depuis que la Ligue a adopté cette nouTelle ligue de conduite. Tandis que se9 adversaires recherchent tous les sales recoins, toutes les taches de boue qui peuvent se trouver dans le caractère de Thomme, pour bâtir là dessus; tandis que les gens qui exploitent en grand le monopole du sol britannique, vont chassant au tailleur et au cordonnier et lui disent : c N'avez^vous pas aussi quelque petit monopole ? Soutenez<4iou8, nous vous soutiendrons, p Tandis qu'ils gouvernent avec les mauvaises passions, avec ce qu'il y a de folie et de bassesse dans la nature humaine, la Ligue s'efforce de mettre en œuvre les principes, la vérité, et réveillant, non la partie brutale, mais la partie divine de TAme, de réaliser cet esprit d'indépendance sans lequel ni les institutions, ni les garanties politiques, ni les droits de suffrage, ne firent et ne feront jamais un peuple grand et libre. C'est pour cela qu'ils nous appellent des étrangère et des inirui

L'orateur établit ici des documents statistiques qui prouvent que la mùnaliié et la crminalùé ont toujours été en raison directe de l'élévation du prix des aliments. Il continue ainsi :

c Voilà l'expérience d'un grand nombre d'années résumée en chiffre. Elle fait connaître les résultats de ce système, horrible calcul, qui montre l'ftme succombant aussi bien que le corps, les tendances les plus généreuses et les plus naturelles conduisant au crime, l'amour de la famille transformé en un irrésistible aiguillon au mal, et la perversité décrétée pour ainsi dire par acte de la législature. (Écoutez, écoutez). Oh ! je le déclare à la face du ciel et de la terre, j'aimerais mieux cimiparaltre a la barre d'Old-Baley comniè prévenu d'un de ces crimes auxquels poussent fatalement

ou L AGITATION ANGLAISE. 485

ces lois iniqaes, que d'être du nombre de ceai qui profitent de ces lois poor extraire de For des entrailles, du cœur et de la conscience de leurs frères. (Immenses acclamations, Tauditoire se lève en masse, agitant les chapeaux et les mouchoirs).

c Nous dira-t-on qu'il faut attendre une plus longue expérience? Qu'il faut éprouver encore le tarif de R. Peel ou de nouvelles formes du monopole ? M^is, c'est expérimenter la privation, l'incertitude, la souffrance, la faim, le crime et la mort. C'est un vieil axiome médical que les expériences doivent se faire sur la vile matière. Mais voici des lois qui expérimentent cruellement sur le corps même d'une grande et malheureuse nation. (Applaudissements). Oh ! c'en est assez pour réveiller tous les sentiments de l'àme; hommes, femmes, enfants, levons-nous, prêchons la croisade contre cette horrible iniquité, et fermons l'oreille à toute proposition jusqu'à ce qu'elle soit anéantie à jamais. Habitants de cette métro-* pôle, prenez dans nos rangs la place qui vous convient Combinons nos efforts, et ne nous accordons aucun repos jusqu'à ce que nos yeux soient témoins de ce spectacle si désiré: le géant du travail libre assis sur les ruines de tous les monopoles. (Applaudissements). C'est pour cela que nous agitons d'année en année, et tant qu'il restera un atome de restriction sur le êtattite-book, tant qu'il restera une taxe sur la nourriture du peuple, tant qu'il restera une loi contraire aux droits de l'industrie et du travail, nous ne nous désisterons jamais de YagUatûm, jamais ! jamais ! jamais ! (Applaudissements enthousiastes). Nous marchons vers la consommation de celte œuvre, convaincus que nous réalisons le bien, non de quelques-uns, mais de tous, même de ceux qui s'aveuglent sor Itors vrais intérêts, car Tuniverselle liberté garantit aussi bien le plus vaste domaine que l'humble travail de celui qui

186 COBDËfl ET LA LIUUE ,

n*a que ses bras. Nous croyons que la liberté commerciale développera la liberté morale et intellectuelle, enseignera \ toutes les classes leur mutuelle dépendance, unira tous les peuples par des liens de fraternité, et réalisera enfin les espérances du grand poète qui fut donné, k pareil jour, à TÉcoMe et au inonde :

Prions , prions pour qu'arrîre bientôt,

Comme il doit arriver, ee jour Où sur toute la surface du monde ,

L*homme sera un frère peur Tbomme !

(Longtemps après que Thonorabie orateur a repris son siège, les acclamations enthousiastes retentissent dans la salle.)

MM. Millier Gibson et le Rév. J. Burnet parlent après Hé Fox. La séance est levée à If heures.

SECOND MEBTING AU THÉÂTRE DE GOVENT-GAltDSN.

1 février i^U.

Le second meeting habdomadaire de la Ligue avait attiré, mardi soir, au théâtre de Govént-Garden , une foule nombreuse et enthousiaste. Le nom de lord Morpeth circule dans toute la salle. On parle d'une entrevue qui a eu lieu a WakeOeld, entre le noble lord, membre de la dernière administration, et M. Gobden. Cette nouvelle provoque une vive satisfaction, à laquelle succède le désappointement lorsqu'on apprend que Sa Seigneurie n'a pas complètement répondu ans espérances que la Ligue avait fondées sur son noble caractère, son humanité et son patriotisme.

ou l'a<;it\tion anglaisk. 187

Le président rend compte des nombreux meetings qui ont été tenus dans les provinces dq>uts la dernière séanoe, ainsi que des sommes qui ont été re* cueillies.

Au moment où nous sommes parvenus , un grand changement s'est opéré dans l'attitude de l'aristocratie. Jusqu'ici nous l'avons vue dédaigner le réveil de l'opinion publique, et chercher à l'égarer en lui présentant, comme remèdes aux souffrances du peuple, des plans plus ou moins éharitàblesj plus ou moins réalisables , tantôt le travail limité par ta loi (le biil des dix heures), tantôt l'émigration forcée.

Aujourd'hui que l'action intellectuelle et morale do la Ligue menace de devenir irrésistible, l'aristocratie sort enfin de sa dédaigneuse apathie. L'apaisement de l'agitation Irlandaise, et la dissolution du meeting de Clontarf lui donne l'espérance d'étouffer aussi l'agitation commerciale par l'intervention de la loi. El, en même temps qu'elle dénonce, comme dangei*euxet illégaux, les meetings de la Ligue, par une contradiction manifeste, elle organise un vaste système d'association affiliées entre elles, ayant pour but, sous le nom d'anti- Ligue, le maintien des monopoles et de la protection. — La lutte devient donc plus serrée, plus personnelle, plus animée. Chacune de leur côté, la Ligue et l'anti- Ligue avaient espéré que leurs efforts, influant sur la marche des affaires, trouveraient quelque écho dans le discours de la reine. Les firee-iraders espéraient que sir Robert Peel donnerait, dans la présente session, ((uelque développement à son |i4an de réforme finan-

188 COBDEN ET Lk LIGUE,

cière et commerciale. Les probibitionistes ne doutaient pas, au contraire, que le premier ministre, cédant à la pression de cette majorité qui l'a porté au pouvoir, ne revint sur . quelques-unes des mesures libérales adoptées en 1812. Mais le discours du trône, prononcé dans la journée même , a trompé Tattente des deux partis.[Le minstère y garde le silence le plus absolu à l'égard de la détresse publique et des moyens d'y remédier.

Tels sont les objets qui* servent de textes aux discours prononcés dans le meeting du 1"" janvier , par le docteur Bowring, le col. Thompson et M. Bright. Bien qu'ils doivent avoir pour le public Anglais un intérêt plus actuel, plus incisif, que des dissertations purement économiques, fidèles à la loi que nous nous sommes imposée, de sacrifier ce qui peut plaire à ce qui doit instruire, nous nous abstenons d'appeler l'attention du public Français sur cette nouvelle phase de l'agitation.

Nous croyons utile, cependant^ de donner une relation succincte de l'entrevue de lord Morpeth avec M. Cobden. Lord Morpeth, ayant été un des chefs influents de l'administration whig , renversée en 1841 par les torys, on comprend que son adhésion aux principes absolus de la Ligue devrait être considérée comme un fait grave, et de nature à exercer une grande influence sur le mouvement des majorités et des partis. L'attitude de ces deux hommes d'ailleurs, la franchise de leurs explications, leur fidélité aux principes, nous ont semblé une peinture de

ou l'agitation anglaise. 489

mœurs constilutionnellesy dignes d'être proposées pour exemple à nos hommes politiques.

WAKEFIBLD.

Extrait ûuMoming ehronide, 51 mars iS44.

La démonstration des free-traderê du West-Riding du Yorkshire a eu Keu ce soir dans la vaste salle de la Halle aux blés, qui était magnifiquement décorée de draperies et ornée de fleurs. Six cent trente-trois sièges avaient été préparés autour de la table du banquet.

Vingt-cinq villes du Yorkshire avaient 'envoyé des délégués à la séance. — Le fauteuil est occupé par M. Marshall y qui a, à sa droite lord Horpeth, et à sa gauche M. Cobden.

Après les toast d'usage , le président se lève et dit :

c Nou9 sommes réunis aujourd'hoi , en dehors de tonte distinction de partis et d'opinions politiques , pour discoter les avantages de la liberté absolue de Tindastrie , du travail et du commerce. Nous reconnaissons ce grand principe comme Tunique objet du meeting. Il y a dans cette enceinte des hommes qui représentent toutes les nuances des opinions politiques, et ils entendent bien $e réserver, à cet égard, toute leur indépendance. Quand nous jetons nos regards autour de nous, quand nous voyons ce qu'est TAngleterre, ce queTindustrie Ta faite, et que nous venons à penser que le peuple, qui a élevé la nation à ce degré de grandeur, travaille sous le poids des chaînes, sous la pression des monopoles, au

i90 COBDCN ET LÀ LIGUK,

milieu dea entraves de la restriction , ne sentons-nons pas la honte nous brûler le front? Pouvona-nous être témoins d'un phénomène aussi étrange , sans sentir profondément gravé dans nos cœurs le désir de vouer tonte notre éneiyie à combattre une telle servitude, jusqu*à ce qu'elle soit radicalement détruite , jusqu'à ce que notre industrie soit au8« libre que nos personnes et nos pensées ? Je ne m'étendrai pourtant pas sur ce sujet qu'il appartient à d'autres qu'à moi de traiter. Je me bornerai k rapporter «ne preuve , et de la b<mté de notre cause, et de Pefficacilé avec laquelle elle a été soucenw, et cette preuve, c'est le nombre toujours croissant de nouveaux adhérents k nos principes qui , de toutes les classes de la société, et de tous les points du royaume, accourent en foule dans notre camp. Ces conquêtes n^ont point été acquises à. la Ligue par aucune concession, par aucune transaction sur son principe. C'est au principe qu'il faut nous attacher ; il est le gage de notre union et de notre force. Ce n'est pas un de nos moindres encouragements que de voir maintenant nos plus fermes soutiens sortir des rangs les plus nobles et des pins opulents propriétaires terriens (applaudissements), des plus habiles et des plus riches agriculteurs , aussi bien que de3 classes manufacturières. Hais si nous offrons notre accueil hosiMtalier à tant de nouveaux adhérents, il en est un surtout dont nous devons saluer la bienvenue, lord Morpeth. (Ici l'assemblée se lève comme un seul homme, et des salves d'applaudissements se succèdent pendMit plusieurs minutes. Parfois , il semble que le silence va se rétablir, mais les acclamations se renouvellent k plusieurs reprises avec une énergie croissante). Lord Morpeth n'est pas un nouveau converti aux principes de la liberté du commerce; ce n'est pas la première fois qu'il assiste aux meetings du West-Riding. C'est parce que nous le connais-

ou L AGITATION ANGLAISE. 191

S0Q8 biw 9 faroe que noua apprécioDs ea ki Thonoime priité aussi bien q«e rbomoie d*État, parce que noos admirons b puissance 4e sou intelligeDce comme les qualités de son oceur, c'est pour ce motif que le retour de lord Morpeth parmi nous est accueilli avec ce respect, cette cordialité que devait exciter la coopération à notre (Euvre d'un nom aussi distingué. Gentlemen i je propose la santé du très honorable vicomte Morpetb,

Lord MORPSTH se lève (applaudissements) , et après avoir remercié , il s'exprime ainsi :

Si je ne me trompe, le principal objet de cette réunion est, de la part du West-Riding du Yorkshire , d*honorer et d*en* courager la Ligue, ainsi que sa députation ici présente, et de déterminer, autant que cela dépend d*elle, l'abrogation totale et immédiate des lois-céréales. (Bruyants applaudissements). Vous m'informez que c'est bien là le but de cette assemblée. (Oui , certainement). Et bien, je sais qu*il me sera demandé par les amis comme par les ennemis : c êtes- vous préparé à aller aussi loin?» La dernière fois, ainsi que vous vous le rappelez sans doute, que je me suis occupé des lois-céréales, c^éCait en 1 841 , alors que, comme membre du cabinet de cette époque, j*étais un des promoteurs du droit fixe de 8 schellings. (Écou^ tez! écoutez!) Cette proposition entraîna notre chute, pareeqne les défenseurs du système actuel, qui étaient nos adversafres alors , comme ifs sont les vôtres aujourd'hui, pensèrent que nous accordions trop, et que notre mesure était surabondamment libérale envers te consommateur. Mais bien loto que Utisuccès m'ait changé, et que notre chft te m'ait ébranlé, je crois quil est maintenant trop tard pour transiger sur ces termes (ici rassemblée se lève en masse et applaudit avec enthousiasme), et que ce qui était alors considéré comme

192 COBDENET LA LIGUE,

trop par les constituants de Tempire, serait trop peu aiijonrd'huî. En outre, le £ût même de ma présence dans cette enceinte, libre de toute influence, sans a?oir pris conseil de personne, sans m*étre entendu avec qui que ce soit, agissant entièrement et exclusivement pour moi-même, tout cela, gentlemen , vous donne la preuve que je ne refuse pas de reconnaître le zèle et Ténergie déployés par la Ligue (sans accepter naturellement la responsabilité de tout ce qu'elle a pu dire ou pu faire) ; que je ne refuse pas ma sympathie k cette lutte que vous, mes commettants du Yorkshire, vous soutenez avec tant de courage, et comme vous Tavez prouvé récemment, avec tant de libéralité, dans une cause où vous pensez, et vous pensez avec raison (applaudissements), que vos plus chers intérêts sont profondément engagés* Mais, gentlemen, quojqu*il me fût facile de m'envelopper dans de vagues généralités, et de m'abstenir de toute expression contraire même à ceux d'entre vous dont les idées sont les plus absolues, cependant en votre présence, en présence de vos hôtes distingués, dussè-je réprimer ces applaudissements que vous avez fait retentir autour de moi, et refroidir Tardeur qui se montre dans votre accueil, je me fais un devoir de déclarer que je ne suis pas préparé k m*interdire pour Tavenir, — soit que je vienne à penser que l'intérêt bien entendu du trésor le réclame, ou que je ne voie pas d'autre solution plus efficace k la question qui nous agite, soit encore que je le considère comme un grand pas dans la bonne voie, — dans ces hypothèses et autres semblables, je ne m'interdis pasia faculté d'acquiescer k un droit fixe et modéré. (Grands cris : € Non, non, cela ne nous convient pas. p Marques de désapprobation). Je m'attendais k ce que la liberté que je dois néanmoins me réserver provoquerait ces signes de dissentiment. Mais après m'être prononcé comme je crois qu'il appartient

ou l'aCITàTION ANGLAfSE. i93

k un honnête homme, qai ne saurait prévoir dans quel concours de circonstances il peut se trouver engagé, je déclare avec la même franchise, que je ne suis nullement infatué du droii fixe, A vrai dire, réduit au taux modéré que j*ai indiqué, je ne lui vois plus cette importance qu*y attachent ses défenseurs et ses adversaires ; et je suis sûr au moins de ceci : que je préférerais Tabrogation, même Tabrogation to*^ taie et immédiate, k la permanence de la loi actuelle pendant une année. (Tonnerre d*applaudissements). Et même, si dans le cours de la présente année l*abrogation totale et immédiate pouvait être emportée, — comme je me doute que cela arriverait, gentlemen^ si la décision dépendait de vous, — je ne seiiais. certainement pas inconsolable, ni bien longtemps k en prendre mon parti» (Applaudissements). — Sa Seigneurie déclare qu'elle a partagé la satisfaction de rassemblée lorsque M* Plint a rendu compte des progrès de la cause de la liberté. Elle annonce qu'elle va porter ce toast : c A la pros- 4 périté du Wesi-Ridiog; puissent les classes agricoles, mac nufiicturières et commerciales, reconnaître que leurs vrais c et permanents intérêts sont indissolublement unis et ont c leur base la plus solide dans la liberté du travail et des c échanges. > Après avoir peint en termes chaleureux les heiireux résultats du commerce libre, le noble lord ayoute : Je neveu?;, pas, gentlemen, développer ici une argumentation sécieuse et solennelle» peu en harmonie avec le carac* tère de cettd fête, quoique je ne doute pas que votre déter-^ iitiqat^oQ ne j^pit calniie, mais. sérieuse..(Oui S ow 1 nous sommes déleripiaé^. Mai^ ce que je voudrais faire pénétrer dans Fesprit de nos adversairesi des adversaires de la liberté de Tindustrie, c'est que lepr système lutte contre la nature ellemême et contre les lois qui régissent 1 -univers. (Applau^is^ sements). Car, gentlemen, quelle est l'évidente signification

49 i QOBDEN ET LA UOUE,

de cette diversilé répandue ser la sorfoce da gtôbe, ki tant de besoins, ik tant de superfla; taùt de dëBMmeni sar nn points et, sar as autre, une profusion si libérale? Les poêles se sont plu quelquefois à peupler de voix les brises du rivage, et à prêter un sens aux éehosi des montagnes; mais les mots réels que la nature fait entendre, dans Tinfloie variété de ses phénomènes, c'est invaUUx; éthangiz^ etc. »

Le maire de Leeds porte la santé de MM. Cobden , Bright et des autres membres de la députation de la Ligue.

M. CoBMN : (Pendant ptutneurs minutes les acclamations qui retentissent dans la salle empêchent Torateur dé se ftire entendre. Quand le silence est rétabli, il déclare qu^ tt*ac* cepte pour lui et pour M. Bright qu'une partie des éloges qui ont été exprimés par le maire de Leeds. fl y a dans la Ligue d'énergiques ouvriers dont le nom n'est guère entendu au-delà de la salle du conseil, et qui cepradant ne travaillent pas avec moins de dévouement et d'efficacité que ceux qui par la nature de leurs fonctions sont plus en contact avec le public. Après quelques antres considérations Torateuf continue ainsi) : On nottà a objecté dans une autre eMéinte que le blé était une métiêre impoèabl». Geftdemén, comme fite^ truieTi, nous n'entendons pas nous immiscer dans le système de taxes levées sur le pays, et si Ton proposait dé lever loyalement et équitaUemënt un impdt sur le Mé, sans que cet hnpét, p9it une voie insidieuse, impliquât un odieux monopole, je né pense pas qu'en tant que membre de la Ligné MUS séyons appelés à intervenir , quoique une taxe sur lé pain doit une mesure dont je ne connais ^ucun exemple dans t'histoire des p^ys même les plàs barbâtes. Mais que nous propose*t*on ? De taxer le blé étranger sans taxer le blé indi-

ou l' AGIT ATIOlf ANOt AISE. , 195

gène ; M TolQet notoire de ee procédé, c'est de conférer nne jnroiûetùm au producleor national Eh bien t nons nous oppo^ sons à cela, parce qne c^est du monopole ; nons nous opposons k cela en nous fondant sur on principe, et notre of^o^ sition est d'autant plus énergique, qu'il s'agît d*one taie qm n'offre aucune compensation à la très grande majorité de ceux qu'elle frai^. Il n'est pas au pouvoir an gouYemement« en effet, de donner proUetùm aux manufacturiers et aux ou* vriers; et, quant k eux, le monopole du pain est pne pure injustice. S'il y a quelques personnes qui désirent, en tonte honnêteté, asseoir une taxe sur le blé, qu'elles proposent, afin de montrer la loyauté de leur dessein^ de prélever cette taxe, par l'accise et sur le blé, à la mouture. PersonneHement, je résisterai kcet impôt. Mais pariant comme fn^^roi^^ je dis que si l'on veut une loî-céréale qui n'inflige pas un monopole au pays, il faut taxer les céréales de tovtes provenances k la mouture, et laisser entrer librement les grains étrangers. Alors quiconque mangera du pain payeraJa taxe; et quiconque produira du blé ne bénéfici^a pas par la taxe. Je crois que lorsque la proposition se présentera sous cette forme, elle ne rencontrera pas Vagiiatùm dans le paya, pas plu& que la taxe du sel qui ne conière k persoune d'îojmtes avantages. (Applaudissements). S'il faot que le tfésor public prélève un revenu sur lé blé, il en tirera dix fins plus d'une taxe à la moulure que d'un droit de douane , sans que le premier mode élève plus que le second le prix du pain (').

(') Cela se eomprand aisément. SoppoiODS que la ooneoiMnation du blé en Angleterre soit de 60 millions d'heetolilM, de«t M niMIous de blé indigène et e niUioBB de Mé étranger*

Supposons encore qaece dernier vaoïé tenirefâi 90 fr. Thedoliere. Un droit des fr. à la moulure frapperait les 60 rnlHione d'heetoKlres ,

196 CcOBDEN ET hk LIGUE,

M. Cohden répond à raccusation qu'o^ a' dirigé^ contre la Ligue , d'être trop absolue. Il adjure lé meeting de ne se séparer jamais de la justice abstraite et des principes absolus. Nos progrès, dit-il, démontrent a»ez ce qu'il y a de force dans la ferme adhésion à un principe. Nous avions à instruire la nation , et qu'estce qui nous a soutenus? la vérité, la justice^ le soin de ne nous laisser pas détourner parla séduction d'un avantagé momentané, par aucune considération de parti , ou de stratégie parlementaire.

'*i'M. iGoBDEiï continue ainsi : Nous ne sommes point des homm^b politiques ; nous ne .sommes point des hommes d^État^ ee n'avons jamais aspiré k Tétre. Nous avons* été arrachés è= nos oocapàtions presque sans nous y attendre. Je le déclare solennellement, si j'avais pu prévoir il y a cinq ans que je serais graduellement et insensiblement porté k la position que j'occupe^ et dont je ne saurais revenir par aucune voie qui se puisse concilier avec Thonneur (bruyantes acclamations), si j'avais prévu, dis-je, tout ce que j'ai eu \k saeriQer de temps , d'afgent et de repos domestique à cette grande eduse, quel que soit le dévouement qu'elle mMnspire, je crois que je n'aurais pas osé, considérant ce que je me dois à moimême,' ce que je dois a ceux qui tiennent de la nature des

et doimeraît au trésor un produit de 120 millions. De plus, il établirait le cours du grain sur le marché à SS francs.

Un droit de douane de S fr. Oxerait aussi le cours du blé à dfi fir.. puisque, d'après Thypothèse, Tétranger ne saurait vendre au-dessous, Mais le droit ne se prélevant que fur 0 raiHtons d'hectolitres , ni pcodnirait à réchk^nlér^ive 13 itatIMons.

Cest les monopoleurs qui gagnent la différence.

ou L'AaTATION ANGLAISE. 497

drdits sacrés sur mon existence, accepter le rdie qui m'a été bit. (Acclamations). Bfeis' notre cause s'est peu k peu étefée à la hauteur d'une grande question politique et nationale ; et maintenant qnenons Tavons portée au premier rang entre toutes e^es qui préoccupent le sénat, il nous manqne des hommes dans ce sénat; ^— des hommes dont le caractère comme hoinmes d^État Boii établi' dans Topinion, -^ des hommes qni; par lemr position sociale, teurs privilèges et leurs précédents soient en possession d^étre considérés par le peuple comÉie des chefs poKlîqQes. Il nous manque de tels homm^ dans la€baad)re k qui nous puissions confier le défiovement de cette latte. (Applaudissements). Et s'il est un sentioiMt qui, dans mon esprit, ait prétalusar tous Iesaii«très , . quand je* suis entré dans cette enceinte, sachant que j'allais y rencontrer cet homme d'État distingué que ses cômmâttànts considèrent autant et plus que tout' antre, comme lé chef prédestiné à la conduite des attires publiques de ce p4ys,'si, dis-je,'«i sentiment a prévalu daos mon esprit^ c'était l'espoir de sakier le nouveau Moise qui doit à traven. le désert, notas faire arriver ii ta terre de promission. (AiBclamations longtemps prolotigées). Je 4e déclare de la maidère la }rius solennelle, en mon nom, comme an n<mi de mes collègues^ c'est avec boshenr que nous remettrions notre eanaeionlre les mains d'un tel homme, sMI se faisait à la Chambre dès communes le défenseur denoit^ principe; c'est avec bonfaeop que nous travaillerions encore aux derniers rangs, Ik-oùnos services seraient les plus efficaces, afin d'aider loyalement un tel bbmme d'État à attacher son nom à la plus grande réforme, que dis-je? à la plus grande révolution dont le monde ait jamais été témoin. (Applaudissements). — Gemlemfenv Je fié désespère fias (tes àbèlamations redou«^ h\mi)\ ncmttravaiilèi^ns uàe âfàtre année. (AppiMdii»e«

mentg). Je crois que le noble lord a pirlé d'une unée, il a demandé ane année. Eh bien, nona travaillerons volontiers pour lui encore une anjaéâ« (Appiandissements). Etalera, quand il aura réfléchi sur nos principes; quand il se sera assuré de la jasiiee de notre cause; ^nand ses calmes méditationa» guidées par b dâicatesse de sa oonscience, Tauroni amené à cette conviction que le droit et la justice sont de notre cAlé, j'espère qu'au terme de Turoée qu*il se réserre, y se lèvera courageuiement, pour imprimer à notre canse, au sein des communes, le sceau du triomplie. (Bruyantes acclamations)^ Mais après avoir exprimé cette sincère eqiérance, je dois voua rafler que noua sommes ici comme membreade la Ligue. Nous aommea engagés à un prindpOt et je dois vous dire, habitants dn West*Rîding, quil est du votre devoir de montrer une entière loyauté dana votre attachement h ce principe. Vous pouves être appelés k &ire le sacrifice d'une ailèetion personnelle aussi bien placée que bien méritée, à consommer, comme électeurs de ee paya, le plus doulouieux sacrifice qui puiaae vous être commandé. Je ne cherche ni à séduire vik menacer le n<Me lord. Je aaia gn'il est con^pélent, par retendue de son esprit et rialéjsrilé de son caractère, à juger par lui-mAme. Maia quant \ noua, 90e engagemeMs ne sont peu envers les vrhiga on envers les terys,, mais envers le peuple* Jen'iBjontanii quHm mot Le uoble lord nous a dît : c Dieu vous jkrelège ; vous élea dana la bonne voie, et j'espère que vous y avancerez sous votre bannière triomphante. » Et moi, je lui dis : € Vous, éles dan» le droit sentier, et Dieu Yous protège tsnt que vous n'en dévierez pas. >

Quelle que soit l'éloquenoe déployée par les orateurs qui se sont succédés , l'assemUée demeure long-

ou l'agitation anglaise. 199

temps encore, sow l'impreteion de cette çoalëreiice qui laisse iodécis tm éTéaeflseDt d -uoe haute iibpf>rtance. — > Elle se sépare à mlniiit , des traiiis spé* ciauji ayant été retenus sar tous les chemins de fer, pour ramener chacun des assistants à son domidie.

KnETlHHI nBDOUAOAiajS as VA Ifl^UE.

iS février 1844.

Le oaeeting hebdomadaire de la Ligue a en Keu jeudi soir au théâtre de Govent-Çarden. — ^ En Tabsittioe du président , M. Georges Wilsoii , M. YillSers , membre du Parlement, occupe te fauteuil. Nous a^ons extrait de son discours les passages suivants :

Messieurs, noire estimable ami, M. Wîlson , Cireémeiit retenu à la ca«àp9gne , m^ requis d*oceuper le fii atemL Malgré mon inexpérience, j'ai accepi4 cette mission , parée que je crois que le temps pst ?enii o^ il n*est pennia à personne de rejeiar le fiwi^u sur antrui, et de roTnaar sa eordJA imçB à rcdUTre de cette grande et utile assioeialîon» L'otijet de la Ugue.est identiflé avec. le bien^-étre de la nalîM, mais le sinistre intérêt qae nous combctflons est malheorettsement identifié avec le pouvoir et les niaj(u(ités parlementaires. La Ligue a donc à surmonter de graves dîfficahés, et il loi fiiut redoubler d'énergie^ (Apj^iidisseiQflats). Nous vivons dans on teufs où Ton ne manque pas de tirer avantage de ce qu'il reste au peuple d'igaoranee et d'apathie à régardde ses vrais int^éts , et il ne faut pas espérer d^Mviver à un gMvernement juste et sage, autrement que par la vigoureuse exprès-

^100 GOBDEN ICT LA LIGUE,

sien cPuae opiaioa puUiqae échirée^ Cest k ce résultat, c^est* k Béprimer le sordide abus de la puissance législative que la Ligu^ a oODsacréses efforts incessants et dé?/èaés. Le soin; que mettent ses adversaires à ealoninier ses desseins^ montre assez combien ils redoutent ses progrès, et combien, sa. marche ferme et loyale trompe leur attente. L*objet qae la Ligue a en vue a toujours été clair et bien défini; je ne sache pas qu'il ait change. Elle aspire k populariser, à rendre manifeste aux yeux de tous, ces doctrines industrielles et commerciales, qui ont été proclamées par les plus hautes intelligences. (Écoutez ! écoutez !) Doctrines dont la vérité est accessible aox intelligences les plus ordinaires, dont Tapplîcation, commandée d'aillenrs par les circonstances de ce pays, a été conseillée, par tout ce qu'il renferme d'hommes pratiques, prud^tset expérimentés. Ce but, de quelque manière qu'il, plaise ^ux monopoleurs et aux ministres qui leur obéissem de le présenter, mérite bien l'appui et la sympathie de qui* conqoe porte un cœur ami du bien et de la justice. Depuis notre dernière réunion, je comprends que ce mot que Tau-^ torité a mis à la mode, et sur lequel elle compte pour étouffer les plaintes de nos frères d'Irlande (immenses acclamations), je veax fiie le mot e0nipdration^ a été appliqué ^ ces meetings. (Rires ironiques). Jusqu'il quel point ce mot s'appliqiie-i4l avec quelque justesse ti nos réunions? Je l'ignore. Ce que je sais, c'est que considérant le bot pour lequel on allègue que nous sommes associés , il n*y a pas lieu de s'étonner si nos travaux* ont répandu la colère et l^larme dans le camp enne* mi, et si nous Sommes désignés comme des conspirateurs^ sur l'autorité de celui II qtrï l'on attribue d'avoir proclamé que les doctrines que nous cherchons i faire prévaloir sont les doctrines du sens commun (*). (Rires). Car, certes, on ne san-

(*) * Prétendre enrichir un peuple par la disette artificielle, e*e8t une

ou l'agitation AN6I3A1SE. 30i

rait rien conceYoir de plus faoeace qae le «01U eammurn , à ceoE qui OBI fondé leur puissânee sar les préjugés, Yigao^ ranee et les.divisions.da peaple, k ceox gm- ont toat k redott^ ter de sa sagesse, el rien k gagner k son peritetionnenidiit; (An^udissements). S'ils déploient maintenant contre la li*^ gue we nouvelle énei^e, peut-âtre fafutHl les excuser, cap elle nait de cette conviction qui a enirahi leur esprit que nos doctrines font d'irrésistibles progrès, et que le tempsapproche où ce sentiment: profond qu'on appelle hm commun préviiudra enfin dans lo'pa^. En ciela^ du moins, je crois qu'ils ont raison , et tout — jusqu'aux procédés de l'anti-Ligue, qui a sans doute en vue autre chose que le sens commun , — concourt k ce résultat. Umqn'il s'agit de disculper une loi qui a iHH>voqué contre elle cette puissante agitation , il fiiut autre chose, le$mi emnmun réclame antre chose que l'invective, qai faille fonds de leur éloquence. Il faut antre chose pour disculper une loi accusée de n'avoir été faite k autre fin que d'infliger fat famine k une terre «chréti^me (éeomesBiécDtttet!), alors surtout que cette loi, condamnée par les hommes ée l'autorité la plus compétente, par les Russeliel'les^Fifsi^tliaros, condamnée par ie spectaUe.des maixqn^^e répand* aasân d'une population tonjoiBrs croissante, est mamMènne par des législateurs qui ont kja maintenir un intérêt df rectét péaimaire. Je le répète, si l'invective grossière est' la seule réponse que l'on sait faire k desimputations^si graves et si sérienaesi c'est qu'il n'y en a pas d'aotves^ et alors te peuple est bien pi!èsdee<»mpfendre que. demander pour le travail honnête sa lé^tîme rémunération, pour leseapitaux leurs proits naturdSfJ^ans laftineste intervention; de la loi^ que vovkrir

poUtiqps en cpuUadifitioii avec le sens ciomaïuiit. » (Sir Jmms Ôrabjlin, ministre de l*int«rienr\

303 COBDCN ET LA IMVEj

léduire la clftMe oÎBive el ifluprodactîve a sa propriété, c'est pmclamer nM-mohaiÊiA la «toetriiiedu mw eommÊm^ mm la dœtriod de rétameHe jnstice. lies eompirmiâutê qui ae mat wm pour répandre cette doctrine parnûle peaf4e,re« eveilieront, en dépilderiqule ecoearede raiftorilé, rhMnéte et eordiate aaaentinieDt d'une nalias réeonnaiasanie. » (Apptandiaaementa prolengéa)»

Le meeting entend MM. Hume et Ghriatie, menthres du I^rlement. La parole est mi^uite à MLI.<W. Fox.

Mr Fox : f Si les honorables mapnhras du Pariement que vons venez d'entendre étaient condamnés k subir cet araft qui, griœs au ciel, se présente plus tareamit qu'autrefois 8iar les lèvres du jnge < qu'on les ramène d'où il sont y^ nus, » ils pourraient , je crois, annoncer à la Gteobra des comnittnas que In Ligmnit $9ieore^ car, pas ^us taid qn^hier, en y affirmait que depuis la déclaraiîen de sir Robert Pad, an iNreniar jour de la session, noiM •agUaHon était iêmiie 40m nmêgnifiame ( ')• (Rifes> Oui, elle esttambée de chute en ibm^ i'wa reuann de SOgOOO liv. steri. à un fevenn de IOO9OOO liv.; «—de petits meetings pwrinciauxk^a splendîdes réunions oenune celle qui m'^itonre» et de Phumilîati«n de pétitionner la Chambre k l'honneur de giMor dans la Intte les maîtres de cette assem^^lée. (Acelamatîons).'Q«elie idée confese, imparfaite, étrange, ne fani^l pas se taiire de la Ligue, pour imagmer qu'elle va s^anéantir an souffle des meoatoes du Parlement ou des ministres de la contonne ! Et

(*) Sir ashert Peel avait annoocé que son iiit«ntloii n^étâtt^as dé réviser la Un-céréale.

ou l'aISITàTION AN<ajUSE. St08

quoi! les i^^ateurs da monopole ae ^ernd6Dt-ib dans la Ligue qu'une nmquiae coterie, qu'une {ûtiqitble mmesant de parti, cboseft qui leur sont beaucoup plus fanûttères que les grands prilmpes de la Yéijlé ei de la jwUee» quel las puM^ sauts mouTements de Topinion nntioBs^ ? Et «elm, «atas tous, devant la volonté de qui la Ligue est la mms diipoéée à se courba, c'est ce ministre dont la boftdie a s^sotivent çoulllé le cbauid et le firoid, et qui dénonçait Jadis eomkne des» trnctives de la constitution politique el de rétabUssemMtt religieux du royaume, ces mêmes mwiires dont il aesoumet maintenant à se faire Tintroductaur» JU'eiistenee delà Ugne» le triomphe prochain qui Faltend, pe d^endent ni de «r Robert Peel* ni d'aucnn autre chef de parti, {fous al^jnioas toute alliance avec les partis. L'anti«<Ugu« s'énorgn^iisait récemment d'avoir rallié à elle un grand nombre de wUgs. Tant pis pour les whigs, mais non pas pourra Ligue. (Eco»* tez). Motre force est dans nuire principe; dims la certiinde que la liberté du como^erce eM fatalement arrêtée dans les conseils de Dieu comme un des grands pas de rhomnif dans la carrière de la civilisation. Les droits de l'indusirie à ta liberté des échanges peuvent être momentanémeiB^ wolés, confisqués par la ruse ou la violence ; inaia ils ne peuveM être refusés d'une manière permanente anx exigences de rhmnanité^ (Applaudissements)...- .Mais ce iqne le monopole n'a pu £adre av^ toutes les ressoun^ d'une constitution puh tiale, il espère le réaliser par le concours 4'a8seciatiens vo* lontaires et d'eflforts combinés. Non cootemt.de cette grande anti-Ligue, la Chambre des lords, et de cette anlî-Iigiie sup* plémentaire, la Chambre des commpnes, il couvre le pays de petites associations qui vont s'écriant :

Ob ! laissez mon petit navins tspdre aussi «a voile, Partager la même brise et courir au même triomphe.

904 COfiDEN KT LA LIGUE,

c El voyez jaaqjtt^où les conduit l'esprit d'imitation] Elles seprament k nons copier noiis-inémes. Elles commeDcent il pétitioniier le Parlefenent, justement quand nous en avons fiai avec les pétitions. — Elles dénoncent F agitation. cL'agitttlioD est immorale, > s'écrie le dnc de Richmond, et disant

oela, il se met à la tète d'une agitation nouvelle Les mo-

Dopoleofs déclarent que nous sommes passibles des peines de la loi. Mais s'il y a quelque impartialité dans la distribution de la justice, que font-ils autre chose, en nous imitant, que nous garantir contre ces peines ? Non que je prenne grand souci du mot conspiration ( ' ); et en débutant tout-àrheure, j'aurais pu aussi bien choisir ce terme que tout autre el vous apostrc^her ainsi : c Me$ ehen eonspirateun. » Je ne tiens pas k déshonneur qu'on m'applique cette expression ou toute autre , quand j'ai la conscience que je poursuis un bol légitime par des moyens légitimes. (Applaudissements). Quel que soit l'objet spécial de notre réunion, je rougirais de moi-méone et de vous si nous usions ici du privilège de la Kbre parole^t du libre meeting sans exprimer notre sympathie envers ceux de nos frèr^ d'Irlande que menacent des châtiments pour avoir usé des mêmes droits. (Acclamations enthousiastes et prolongées). Je dis que c'est de la sympathie pour nous-mêmes et non pour eux. Car, entre tous les, hommes, eelui^, sans doute, a moins besoin de sympathie que nul autre, qui, du fonds de son cachot, si on Ty plonge, régnera encore sur la pensée, sur le cœur, sur le dévouement de la -nation k laquelle il a consacré ses services. (Les acclamations se renouvelient). C'est k nous-mêmes qu'elle est due, c'est au plus sacré, au plus cher des droits que possède

(*) Il faut se rappeler <)[ue ce di^courk fut prononcé âî l'époque du proeës d'O'OoniKïH. *

ou |/aGITA1IQN ANGL4ISE. 905

le peuple de ce pays, — le droit de s'asBembler Ubrement^ — en nombre proportionné à ht grandenr de ses sonffrances, — ponr exposer ses griefs et en demander le redressement Ce droit ne doit être menacé, où qne ce soit, à Tégard deqoî qoe soit, sans qa*anssitdt ime protestation énergique et pas* sionnée n*émane de quiconque apprécie la liberté publique et les intérêts d*une nation qui n*a d'autres garanties que la

hardiesse de sa parole et son esprit d^indépendanee. (4^ecla* mations). — Hais je reviens aux associations desprobibitîo*^ nistes. Incriminer la Ligue, semble être leur premier besoin el leur première pensée. Mais de quoi nous accusent-ils? Parmi leurs plates et mesqBÎaes imputations, tes plus pitoya^ blés figurent^ toujours au premier rang. La premiërei résoin* tien prise par une de ces associations agriocdes' consiste à déclarer que la Ligne fait une chose intolérable en envoyant dans le pays des professeurs salariés. Mais au moins elles ne peuvent pas nous accuser de salarier des rustres pour porter le désordre dans nos meetings. Elles oublient aussi que la Ligue dispose d*uue puissance d'enseignement qu'aucune richesse humaine ne saurait payer ; puissance invisible mais formidable, descendue du ciel pour pénétrer au cœur de rhnmanité ; puissance qui ouvre Toreille de celui qui écoute et enflamme la lèvre de celui qui parie ; puissance immortelle, partout engagée a faire triompher la liberté, à renverser l'oppression; et le nom de cette puissance, c'est rameur de la justice. (Applaudissements). Elles se plaignent aussi de nos pétitions^ ms^intenant que nous y avons renoncé. Une foule d'anecdotes nous sont attribués, parmi lesquelles celle d'un homme qui aurait inscrit de faux noms au bas d'une pétition contre, la loi-céréale. Ils racontent, avec assez peu de discernement dans le choix de leur exemple, qu'un homme a été Yu dans les cimetières inscrivant sur ta pétition des noms

fi06 COBDBN BT LA LIGUE,

relevés sur la j^erre des tombeaux. (Rires). Il ne manquait pas de soblililé, le malhenreai, c^il en a agi ainsi, et il fiiot qne le sens moral de nos adfersaires soit Inen émonsséponr qn'ilé osent citer im tA fiût k Tapimi de leur acônsation ; car combiend^ètres inanimés penplent les cimetièies de nos tiBes ei de DOS oanoupagnes, qoi y ont été poussés par reflet de cetleloi maodîte. Âh ! si les morts pouvaient se mêler à notre œnne, des myriades d'entre eux auraient le droit de signer des pétitions sar cette matière* fls ont été nctimes de ce système qui pèse {encore sur les vivants, el iKl existait une puissance qui pAt sovffler sur cette poussière aride pour la ré* veiller, si ces prisées et ces seMiments d^autrelbis pouvaient reprendre possesrion de ta vie, si la tombe pouvait nous rendre ceux qu^elle a reçus sans cortège et sans prières;

« Car elle est petite la cloche qui annonce à la hftte le convoi do pauvre; »

s^ils accouraient do champ do repos vers ce palais où Ton codifie sur la mort et sur la vie, oh ! la foule serait si pressée qne les avenues du Parlement seraient inaccessibles ; il fendrait une armée, Wellington en tète, pour frayer aux sénateurs un passage h travers cette multitude, et peut-être ils ne parviendraient \k rorgaeîHeuèe enceinte que pour enten- ]re le chapelain de Westminster prêcher sur ce texte : c Le sang de ton frère crie vers moi de la terre. » (Vive sensation), c Après cette folle disposition k calomnier la Ligue, ce qui caractérise le plus les sociétés monopolistes, c*esC une avalanche de professions Jraitackement à Fouvrier. Cette tendresse défraye leurs résolutions et leurs discours; il semble que le bien-être de l'ouvrier soit la cause finale de leur existence. (Rires). Il semble, k les entendre, que les bndlords n*ont été créés et mis au monde que pour aimer les ouvriers. (Nouveaux rires). Ils aiment Fouvrier avec tant

ou l'aGITAIION ANGUllSE. 807

de lendxtt^et.^o'ilB j^peweat «oto qm des TâtemeaM imp amples, et ina noorriUire trop abondante ne dégoise pas sa grftce et n'altère pas ses beUm proportions. lis aiioMit sans doute, sor te principe invoqplé par un eertain pasteur k qui Ton reproefaail une douteuse orthodoue. Qœ toulez^ifoos 1 disaiwil, je ne puis croire qu*k raison de SO livi steri. par an, tandis q«^ mon évique croit sur le taux de 15,000 livi«8« (Éclats de isire}^ C'est ainsi quedansleurs meetings, les land«* lords font montre envers les ouvriers d'un amour de 50 et 80,000 livres par an» mais ceux-ci ne peuvent les pajer de retour que sur le pied de7 à 8 shettings par semaine. (Rim prolongés)é»M»* Hais quand donc a cimunencé cet amour? Qudle est TbistoiDe.de cette tandreiBse ardente eipassioaDée de raristocr«tîe pour Thalùlanl dès campagnes? Dans quel siècle est-eUe née? Est*ce dans les temps reculés où le vieui cultivateur était tenu de dénoncer sur son i)ail le nombre d^aUelagu, d§ tcmft et le nombre d*attelag$B d^hommut Lorsque Ton engraissait les esclaves dans ce pays pour les vendre en Irlande» Jusqu'à ce qu'il y eût sur le marché engorgement de ce genre de produits ? Est-ce dans le quator-» xième siècles lorsque k peste ayant dépeuplé les campagnes» et que le manque de bras eût pu élever le taux delà maind'œuvre, l'arisUM^ratie décréta le Cotk deiouwien^ — loi dont on a fait l'élege de nos îoursi, -^i^i ordonnait que les ouvriers seraient forcés de travailler, sous le fouet et sans m^ mentation de salaires? Est-ce dans le quinsième siècle, quand la loi voolaît .que celui qui avait été cultivateur douw ans» fiât pour lent le reste de sa vie attaché aux manches de sa cl^ruet. mss qu*iL pM même fiûre apprendre un métier à son fils, de peur que le maître du sol ne pendit les sennces d'un de ses serfs ? Est-ee dans le seisième ûècle, quand un landlord pouvait s'emparer des vagabonds, les forcer au Uv

208 COMSlt ET LA LI6UË,

iraH^ les féduire en esdairage et i&ème les marquet:^ afin qu'ils fussent reconnus partout comme sa propriété? Est-ce à l*époque ^ns récente qui a précédé immédiatement la naissance de rindustrie manufiieturière, période pendant laquelle les salaires, mesurés en froment, baissèrent de moitié, tandis que le prix de ce même froment haussa du double et plus raeore? Est-<e dans les temps postérieurs, sous rancienne ou la nouTelle loi^es pauvres, qui, tantôt assujétissait l'ouvrier à la dégradation de recevoir de la paroisse, à titre d'aumône , un . salaire honnêtement gagné , tantôt lui disait : Tn arrives trop tard au banquet de la nature, il n*y a pas de couvert pour toi; sois indépendant? Est-ce maintenant enfin, •il Ffiwri^r est gratifié de S8 sbdKngs par jour quand il lait beitu^qu'il perd s'il vient à pleuvoir, et où sa vie se consume en* un travail incessant jour après* jour, et de semaine en se-^ maine? A quelle époque donc trouvons-nous l'origine; où fisonsHoAt» l'histoire; où voyons-nous tes diarques de cette palemelle 4M>llicitude, qui, k en croire l'aristocratie, a placé la classe ouvrière sous sa tendre et spéciale protection? (Accfaunatiotts bruyantes et prolongées). Si tels sont les setftimaits de l'aristocratie envers les ouvriers , pourquoi ne donne-t-elle pas une attention plus exclusive à leurs intérêts? Les législateurs de cette classe ne s'abstiennent pas, d'habitude, de se mêler des affaires d'autrui. Ils se préoccu-» peut des manufactures où les salaires sont pourtant plas élevés que sur leurs domaines; ils réglementent les heures de travail et les écoles; ils sont toujours prêts ii s'ingérer ^tts les fabriques de soie, de laine, de coton , en toutes choses. au monde; et, sur ces entrefaites, voilà oes ouvriers qu'ils aiment tant, les voilà les plus misérables et les jrius abandonnées de tontes les créatures! Quelquefois peut-être on distribuera à ceux d'eotr'eux qui auront servi ringt ans le

ou L^AâlTÀTlOM ANGLAISE. 209

même maiUre, un prix de 10 shélKngs, toujoure accompagné de la part du révérend président du meeting de cette allocation : c Méflea-Youa des novateurs, car la Bible enseigne qnMI ; aura toujours des pauvres parmi vous. > (Honte ! honte!)

€ £t que diroos^BOus de la prétention des propriétaires au titre d'agriculteurs? On n'est pas savant parce qu'on possède une bibliothèque; et comme l'a dit énergiquement M. Cob* den ; f on ii*est pas marin parée qu'on est armateur. » Lies propriétaires de grands domaines n'ont pas davantage droit au tilre honorable < d^agrieulteurs. > Ils ne cultivent pas le sol; ils se bornent ii en recueillir les fruits, ayant soin de s'adjuger la part du lion. Si un tel langage prévalait en d'autres matières, s'il fallait juger des qualités personnelles et des oceupatious d'un homme, par l'usage auquel ses propriétés sont destinées, il s^ensuivrait qu'un noble piembre de la Lîgqe, le marquis de Westminster (*) serait le pins ggwi tuilier 4e Loqdres (rires), que le duc de Bedfort (^) en serait le musicien et le dramatiste te plus distingué, et que les membres du eleivé de l'abbaye de Westminster, dont les Hûpriétés sont affectées |^ un usage fort équivoque , s«raientd'émiuentsprofessseurs de prostitaUoii (rireaet applaq* dlssMieiits)* Entre la Ligne et d»» adversaiies toute la qnef tien, dégagée de ces vains sophismes^ se rédnit k saviir si les seigneurs terriens , au lien ^e n'être dans la nation qn'nne elasae respeetable et influente, abso^ront tous les pQUNeirs et serent la nation^ tente la nation , eat e'est ï quoi ils aspirant Ils raeonnais9int la r#ine, mais ils lui imposent des ministres ( ils reennaaissent la lée^fti^tnre, mais ils «onsti*

(*) F ropriétaire d'une partie de Londres. '^* -**'\

('} FmprUUirs du théâtre df €ov«nt-G«rden. .^ ;, A

s 10 COBDËN ET LA LMUB,

tuent une chambre et fienQent Tautre sons leur influence ; ils reconnaissent la classe moyenne , mais ils commandent ses suffrages et s'efforcent de nourrir dans son sein les habitudes d'une dégradante servilité; ils reconnaissent la classe industrielle , mais ils restreignent ses transactions et paralysent ses entreprises ; ils reconnaissent la classe ouvrière , mais ils talent son travail, et ses os, et ses muscles, et jusqu'au pain qui la nourrit. (Applaudissements.) J'acorde qu'ils forent autrefois c la nation. » Il fut un temps où les possesseurs du sol en Angleterre formaient la nation, et où il n'y avait pas d'autre pouvoir reconnu. Hais qu'était«4% que ce temps-lk? Un temps où le peuple était serf, était c chose, » pouvait être fouetté, marqué et vendu. Hs étaient la nation ! Mais où était alors tous les arts de la vie? où était alors la littérature et la science? Le philosophe ne sortait de sa retraite que pour être, au milieu de la foule ignorante, un objet de défiance et peut être de persécution ; bon tout au plus a vendre au riche un secret magique pour gagner le cosur d'une dame ou paralyser le bras d^un rival. Us étaient la nation ! et on les voyait s'élancer dans leur armure de fer, conduisant leurs vassaux au carnage, tandis que les malheureux qu'ils foulaient aux pieds n'avaient d*autres chances pour s'en défaire que de les écraser, comme des crustaeées dans leur écaille. Us étaient la nation ! et quel était alors le sort des cités? Tout citoyen qui avait quelque chose à perdre était obligé de chercher auprès du trône un abri contre leur t^nnie, et de renforcer le despotisme pour ne pas demeurer sans ressources devant ces olygarques; ence temps-lU,s'il y avait eu un Rohtschild, ils luiauraient eu sadamière dent pour arriver à son dernier écu. Quand ils étaient la nation, aucune invention n'enrichissait le pays, ne faisait exécuter au bois et au fer l'œuvre de millions de bras; la presse n'avait pas disse-

ou l'agitation ANiJLAlSE. 241

miné les connaissances sur toute la surface du pays et fait pénétrer la lumière jnsques dans la mansarde et la cabane ; la marine marchande ne couvrait pas la mer et ne présentait pas ses voiles à tous les vents du ciel pour atteindre quelque lointain rivage et en rapporter le nécessaire pour le pauvre et le superflu pour le riche. Non , non , la domination du sol n'est pas la nationalité; la pairie n'est pas la nation. Les coeurs et lés cerveaux entrent pour quelque chose dans la constitution d'un peuple. Le philosophe qui pense, Thomme d^Ëtat qui agit» le poète qui chante, la multitude qui travaille, . Toilà la nation. (Applaudissements.) L'aristocratie y prend noblement sa place, lorsque, ainsi que plusieurs de ses membres qui appartiennent k notre association, elle coopère du cœur et du bras k la cause de la patrie et w perfectionne-* ment de l'humanité. De tels hommes rachètent l'ordre auquel ils appartiennent et le couvrent d'un lustre inhérent k leur propre individualité. Nous regardons comme membres de la comnaunauté quiconque travaille, soit par Tintelligence , soit d'une main calleuse, k rendre la nation grande, libre et pros^ père 1 Certes, si nous considérons la situation des seigneurs terriens dans ce pays, nous les voyons dotés de tant d'avantage» dont ils ne sauraient être dépouillés par aucune circonstance, aucun événement, k moins d'une convulsion sociale^ terrible et universelle, qu'en vérité ils devraient bien s*en contenter, c trop heureux s'ils connaissaient leur bon- € heur. » Car il est vrai , comme on Ta dit souvent , que l'Angleterre est le paradis des propriétaires, grâce k l'indomptable énergie, k l'audacieux esprit d'entreprise de ses enfants. Qae veulent-ils de plus? le sol n'est-il pas k eux d'un rivage ^ l'autre 9 N'est-il pas k eux l'air que sillonnent les oiseaux du ciel? Il n'est pas un coin.de la terre où nous puissions enfoncer la charrue sans leur permission , bâtir une cbau^

212 COBDEN ET LA LIGUEy

mière sans leur consentement; ils foulent le soi anglais comme s'ils étaient les dieux qui Font tiré du néant et ils veulent encore élever artificiellement le prix de leurs produits ! Maîtres du sol « ils veulent encore être les maîtres de rindui^trie et s'adjuger une part jusque sur le pain du peuple ! que leur faut-il donc pour les contenter? ils ont affhmchi de toutes charges ces domaines acquis non par une honnête industrie, mais par Tépée, la rapine et la violence; jadis ils avaient & soutenir TÉglise et TÉtat, h lever des corps de troupes, quand il plaisait au roi de les requérir, pour la conquête, ou pour la défense nationale. Maintenant Tàristocratie a su convertir en sources d'émoluments les charges mêmes qui pesaient sur ses terres, et elle tire de Tarmée, de relise et de toutes nos institutions , des ressources pour ses enfents et ses créatures, et cependant elle veut encore écraser rindustrie sous le poids d'un fiirdeau plus lourd qu'aucun de ceux qui pesèrent jamais sur ses domaines ! — Libre échange ! ce fut il y a des siècles le cri de lean Tyler et de ses compagnons que le fléau des monopoles avait poussés h Finsurrection. L'épée qui le frappa brille encore dans Fécusson de la corporation de Londres , comme pour nous avertir de fuir toute violence , ndiis qui avons embrassé la même cause et élevé le même cri : libre échange ! (Applaudissements enthousiastes.) libre échange, non pour l'Angleterre seulement, mais pour tout l'univers. (Acclamations.) Quoi ! ils trafiquent litupement de la plume, de la parole et des suffrages électoraux , et nous ne pourrons pas échanger entre nous le fruit de nos sueurs? Nous demandons que l'échange soit libre comme l'afr, libre comme les vagues de FOcéan, libre comme les pensées qui naissent au cœur de Thomme ! (Applaudissements.) Ne prennenl-lls pas aussi leur part, et la part du lion , dans la prospérité commerciale ? Qu*ODt

ou L'AtilTATIOfi ANGLAISE. 313

iaii les machhias , les bateam k Tapeari les chemins de fer, poor le bieD-étre do peaple , qui n'ait servi aussi k élerer la valeur du sol et le taux de la rente? Leurs journaux font grand bruit depuis quelques jours de ce qu'ils appellent un < grand Tait »• c Le froment, disent-ils , n'est pas plus € cher aujourd'hui qu'en 1791, et comment le cultivateur € pourrait-il soutenir la concurrence étrangère « lorsque^ € pendant cette përiode, ses taxes se sont accrues dans une <c si énorme proportion* » Mais ils omettent de dire que, quoique le prix du blé n'ait pas varié depuis 1781, la rente a doublé et plus que doublé* (Écoutez.) Et voilk le vrai fardeau qui pèse sur le fermier, qui l'écrase, comme il écrase tout notre système industriel. -^ Oh ! que l'aristocratie jouisse de sa prospérité, mais qu'elle cesse de contrarier, d'en^ chaîner l'infatigable travail auquel elle la doit. Nous ne la craignons pas, avec ses forfanteries et ses menaces/Nous sommes ici librement et ils siègent à Westminster par mandat royal; nos assemblées sont accessibles k tous les hommes de co^ur, et leurs salles sénatoriales ne sont que des enceintes d'exclusion. Ici, nous nous appuyons sur le droit; Ik , ils s'appuient sur la force. Ils nous jettent le gant, nous le relevons et nous leur jetons le défi k la face. ( Acclanuttiens, l'assemblée se lève saisie d'enthousiasme; on agite pendant plusieurs minutes les chapeaux et les mouchoirs^) Nous marcherons vers la lutte, — opinion contre force , -— respectant la loi , leur /ot , en esprit d'ordre, de paix et de moralité; nous ferons triompher cette grande cause, et ainsi nous afliranchirons, — etu?, de la malédiction qui pèse toujours sur la tète de l'oppresseur, — nsus, delà spoliation et de l'esclavage, — le pays, de la confusion, de l'abattement, de l'anarchie et de la désolation. (Applaudissements.) Le siècle de la féodalité est passé ; l'esprit de la féodalité ne

peut plus goaverner ce pays. Il peut être fort encore du prestige du passé; il peut briller dans la splendeur dont les efforts de Tindustrie Font environné; il peut se retrancher derrière les remparts de nos institutions ; il peut s*entoi|rer d*une multitude servile; mais Tesprit féodal n'en doit pas moins succomber devant le génie de Thumanité. L'esprit, le génie , le pouvoir de la féodalité ont fait leur temps. Qu'ils fassent plafte aux droits du travail , aux progrès dès nations vers leur affranchissement commercial, intellectuel et politique ! (L'orateur reprend sa place au mîKeu d^applaudissements enthousiastes qui se renouvellent longtemps avec une énergie dont il est impossible de donner une idée.)

Le PRÉsmENT : Ladies et gentlemen, les travaux du meeting sont terminés. Après l'admirable discours que vous venez d'entendre Je suis fâché de vous retenir un moment; mais un fait vient de parvenir à ma connaissance et je croîs devoir le communiquer au meeting avant qu'il se disperse. — L'homme éminent auquel M. Fox a fait allusion dans son éloquent discours, ce grand homme qui , par .ta cause qu'il représente et le traitement qu'il a reçu , excite, j'ose le dire, plus d'intérêt et de sympathie que tout autre sujet de la reine, M. O'Connell (tonnerre d'applaudissements), a été prié d'assister au prochain meeting, et toujours ûdèle à notre cause « il a déclaré qu'il saisirait la première occasion de manifester son attachement inébranlable aux principes de la Ligue. (Acclamations.) »

Le meeting se sépare après avoir poussé trois hurrahs en faveur de M. O'Connell.

ou l'à(;itàtion ànglaisk. 245

MKKTIMC ilEHKWADAiHB DR LA LIGUE AU THÉATIUS DE GO VBHT -

Page 1