LE MIROIR CONCAVE
SIGISJVIOHD
Sur un coup de sifflet du contrôleur, l'omnibus s'est ébranlé. Ses roues tournent dix lois sur elles-mêmes, et aussitôt une voix de femme : « Pssst ! »
( "est Ume Poisvert, personne à la [ace élargie de majesté cl de noblesse. Elle est flanquée de son [ils Sigismond, long [eune homme de dix-neu[ ans, dont un durci léger et mou encadre la lace ingénue. Il lient, pressé sur son sein, un énorme pétunia en pot.
La mère et le lils, l'un suivant l'autre, s'élancent à l'assaut du marchepied et disparaissent à Vinléricur de la voilure "it deux places restaient à prendre :
l'une tout de suite à gauche en entrant : Vautre tout au lond, sous le siège du cocher. C'est en laveur de celte dernière que Mme Poisvert se prononce.
L'omnibus se remet en roule. Une sérénité souriante illumine et, pendant cinq minutes encore, illuminera la lèvre en [leur de la mère. Par contre, le fils semble absorbé dans une douloureuse rêverie. Ses regards, chargés d'inquiétudes, errent éplorés de droite et de gauche, et de minute en minute, se reportent sur le pétunia, qu'ils accablent d'une muette haine.
Enfin, entre ses dents serrées :
sigismond, à soi-même.
Saleté de pétunia ! Saleté de pétunia!... De quoi est-ce que j'ai l'air, avec ce pétunia ?...
l'opinion publique Ce jeune homme au front revêtu l'une auréole si pudique Marche fièrement, tout l'indique, Dans le sentier de la vertu.
Lo candeur luit sur sou front blême. Qu'il soi! un exemple pour nous !... La Heur qu'il ticnl sur ses genoux, I ic son âm< - - I emblème.
sigismond, à soi-même.
De quoi j'ai l'air ?
Amèrement ironique.
Je ne le sais, parbleu, que 1 1 op !... .1"
l'air d'une tourte, c'est bien simple.
leté de pétunia ! Saleté, de pétunia !... Mon Dieu !... que c'est assommant d'aller souhaiter sa fête à Mme de Grignollrais ! A ce moment.
Iti
madame poisvi rt, à Vautre bout de la voi
lui ('.
Sigismond !
L'appel se /«<•/./ ifa/is /<■ /></<«* </<•* / [1res s<'< ""<■' s.
madame poisvi rt, quatre Ions plus haut. : ismond !
sigismond, à part.
Bon ! Voilà encore maman qui va m'inlerviewer d'un boul à l'autre du tramway. Feignons de n'avoir pas entendu.
madame poisvert, à tue-tête cl agitant fuir de ses bras.
Sigismond ! Sigismond !
l'opinion riBLioi i:
Celui donl l'invisible main Gouverne les gens et les i hoscs Nous a places, tomme des roses, \ icille augu&le, sur ion chemin.
Mme à la face élargie De noblesse et de majesté, P h le haut !... — Ton âge esl lesté D'une expérience assagie.
madame poisvert, la. voix étranglée dans
de rauques mugissements.
Sigismond ! Sigismond ! Sigismond !
sigismond, résigné, à pari.
Allons !... Pas moyen d'éviter.
Haut.
Qu'est-ce qu'il y a '.' madame poisvert, qui joint le geste à la parole.
Le pétunia ! sigismond, la main au pavillon de Voreille. Quoi ?
MADAME POISVERT
Le pétunia !
sigismond, même jeu.
Qu'est-ce que tu dis ?
MADAME POISVERT
Le pétunia !
SIGISMOND
I pétu
Mimique affirmative de \l'"° Pais
Eli bien quoi, le pétunia '.' UADAMl pois\ i n i Prends bien garde à ne pas l'abîmer !
N'oublie pas que nous allons l'offrir pour sa fête à M"" de Grignottrais !
SIGISMOND
Mais oui, mais oui ! Sois donc tranquille !
.1 part.
J'aime bien maman, mais cré nom !
qu'elle est agaçante !... Quel besoin, non, mais quel besoin d'aller dire devant tout le monde que nous allons souhaiter sa fête à Mme de Grignottrais ?