COI 0 ET TUTO
LiA PRÉSENTATION
Dans les ténèbres du {iacre qui les conduit chez les Brossarbourg, Mme Puisici 7 cl Sigismond, son fils.
MADAME POISVKRT
[Jn instanl encore, puis nous serons rendus, el Lu le trouveras en présence de celle qui esl appelée, - je veux le croire,
;i devenir la compagne de Ion existence. I le celle première entre\ ue dépend toute la destinée : réfléchis y, Sigismond, mon cnfanl : lâche de sortir \ ictorieux de l'éprcm c que lu \ as subir. Je le con nais, car je l'ai fail : je sais les belles qua lités mais aussi les petits travers, el je i poinl que si le fond esl excellenl
chez loi, la forme, des fois, ne laisse pas que d'apparaître défectueuse. La i'aule m'en re\ ient, je me hâte «le le dire. Aveuglée par ma tendresse... — quelle mère, vraimcnl digne de ce nom, osera me jeter la première pierre ? — ... je l'élevai mal, mon lils ; je l'élevai horriblement mal, m'entêtant à ne voir en les vices naissants que d'éphémères imperfections et d'inconséquentes mutineries. C'est ainsi que le jour où tu mis à profit le sommeil de ton grandpapa pour lui faire pipi dans la barbe, je m'extasiai el fus proclamer dans le quartier, ainsi que je l'eusse fait d'une aclion d'éclat, l'ingénieux imprévu de celle farce, plutôt inconvenante cependant. I îombien je me rcpens, à cette heure, de ne l'avoir pas donné le fouet!... Mais ce sont là regrets superflus.
auxquels il ne convient poinl de s'attarder. Un fait esl : tu vas être présenté à celle qui va devenir la femme, -- espoir charmant, dont se berce ma maternelle sollicitude — et à ta nouvelle famille. Efforce-loi donc de gagner l'une el l'autre, par tes séductions extérieures, les charmes <\<~ ta conversation; e| recueille ^\r ta mère, Sigismond, les sages a\ is que \ oiçi, fruits de son expérience déjû vieille. Sigismond, montre loi ois homme du monde et homme d'esprit. Tiens-loi droil : ne mets pas |ns dans tes poches, el som eus loi que le bon goût esl père <\<~ la bonne iterie. n>;-; badin, mais comme il convient que le soil une personne ^^ la condition. Si M. de Brossarbourg, ton futur beau père, le présente sa main
la
coco, coco i;i rOTO
grande ouvci Le, ne l'adonné pas au plai sir '!"> laisser tomber un crachai : face tic innocente sans doute, pourtanl dis cutable au point de \ ne de la correction, et à laquelle, plus tard, quand lu seras marié, lu te livreras en toute tranquillité d'espril -i tu le juges à pi opos. Me relève poinl les jupes de la domestique pour regarder ce qu'il \ a dessous : • encore moins celles de ta liancée. \r retire point les chaussures, à moins <|l|r lM ll'1"1 50's I"'"' instam ment. Autre chose : lu as l'hab tude de manger comme un cochon. Je te supplie de n'en rien faire. Sigismond, ne lèche pas, de ta langue, la sauce resiée dans ton assiette : ne prends pas ta viande à pleines mains; n'élève pas jusqu'à tes narines le pain que l'on le sérum, en disant pour faire rire le monde : « Voilà un pain qui sent le pied ». Si tu danses, danse convenablement : ne te frotte pas sur ta danseuse en poussant des cris de volupté, ainsi que tu as coutume <lc faire. Sois sobre clans le modéré dans le discours. Fuis l<i mol à double entente, ennemi de la bonne société. Me mets pas ta chemise hors de ton pantalon pour faire croire que tu as une ringrave ; si lu te sens la morve au nez.
ne le mouche pas avec les doigts : el si lu \ iens à roter, dis : « Ce n'est pas moi ; c'csl la lampe. » I els sont, Sigismond, les conseils que dicte ma maturité â la jeune inexpérience. J'ose me flatter de l'espérance que tu en tireras profit. Or, voici que le fiacre s'ai rête devant la porte des Brossarbourg, descends et paye le cocher. Tu lui donneras un franc soixante : trente sous pour la course, dix centimes de pourboire. < !et homme nous a menés bon train : il faul récompenser son zèle.
Le dé< or change. II représente maintenant le salon des Brossarbourg.
i n larbin, annonçant.
Mme Poisvcrl el M. Sigismond, son
fils.
sigismond, saluait!, très correct.
Mesdames, messieurs!... Serviteur!...
II se prend le pied dans un pli du lapis, s'étale de tout son long, se redresse, et, d'une voix retentissante :
M... pour les Brossarbourg ! Enfants de salauds, qui laissent dos peaux de saucissons traîner dans leur appartement pour qu<- messieurs les invités se foutenl la gueule par terre !