THÉODORE CHERCHE DES ALLUMETTES
SCÈNE PREMIÈRE Un escalier, la nuit. Ténèbres profondes. Trois heures sonnent à l'horloge d'une église voisine.
i m "i" iRi . vingt au.<.
Trois heures. J'en ai une santé, de rentrer à Irois heures du malin. Je vais être bien reçu par papa !
11 est ivre nue c'en est une désolation .' El péniblement, marche par marche il s'e[[orce d'accomplir l'ascension de son escalier, regagnant le domicile paternel, où il occupe une petite chambre.
C'est bête, aussi, s'tosss...tinalion à ne pas vouloir me donner la clé. Le dia-
. irait, je ne suis plus un enfant..
- me conduire dans l'existence.
// bute et s'étale.
Flûte!
// se relève, puis, froidement :
Pas moi... qui glisse ; c'est l'escalier. L'averse, qui redouble, mitraille d'invisibles carri is bien que je suis un peu dans les brindezingues, mais quelle importance i a a t'y, puisqu'on ne s'en aperçoit pas?... (|!i '■ c'est que, moi, j'ai ça d'agréable : je peux avoir mon compte bien
pesé, impossible qu'on s'en aperçoive...
13on œil ! bon pied !...
// Unie de nouveau. Même feu que précédemment.
Volaille d'escalier !... — et pas le moindre embarras dans la langue... sauf pour certains mots difficiles, comme l'osssstinalion, par exemple. — Ce n'est pas que je ne puisse pas les dire. Non. C'est que, véritablement, on ne peut pas les prononcer. La langue française est pleine de difficultés.
Tous les étrangers vous le diront.
Un palier se présente.
Un palier !
Il s'arrête. Il souffle.
Soudain :
Ah çà ! mais quel étage donc qu'c'cst ?
Terrifié.
Bon sang ! J'en ai une santé... j'sais pus à quel étage je suis ?... C'est pas que la mémoire me manque. Non. Seulement, voilà ce qui arrive :
tout le temps la tète me travaille, je pense à trente six choses à la fois, et puis va-l'en voir s'ils viennent !... Cré nom d'un chien de nom d'un chien!
Va falloir que je redescende !
Illuminé :
Oh ! une idée !
// étend le bras. De sa main qui tâtonne il soulevé une boîte au lait pendue à un boulon de porte, la décroche cl la lâche par la dégringolade de l'escalier.
THÉODORE, coniphinl les paliers aux sourds ronflements du fer-blanc.
1 n... deux... trois... quatre. Elle est arrivée. Je suis chez nous. — Eh ! en effet, je sens le pied de cerf de papa. Sonnons !
coco, coco El l OTO
Coup de timbre relenlissa.nl; puis, long silence. Théodore s'endort tout debout, les bras lombes le long des cuisses et le bord de son chapeau calé au panneau de lu porte. Soudain, à ses pieds, un mince \il de lumière, cl aussitôt :
une voix Oui est là ?
tiikodore, réveillé en sursaut.
... éodore.
Tour de clé. La porte s'ouvre, laissant voir la silhouette imposante de V homme de bien auquel Théodore doit le lour. Il est vêtu d'une chemise de flanelle, chausse d'élégantes espadrilles. Il tient à la main une bougie.
LE PÈRE
Te voilà ? Ce n'est pas trop tôt.
Théodore, qui prudemment évite de se lancer dans un discours prolixe :
... soir !
LE PÈRE
Est-ce que lu te fiches du monde, de rentrer à des heures pareilles ? Ta mèro est dans un état !...
THÉODORE
... pas tard.
// secoue son chapeau.
LE PÈRE
Pas tard !... — Tu me lances de l'eau. Fais donc attention ! — ... Il est trois heures du matin !
Théodore, [eignant la surprise.
Non ?
LE PÈRE
Je le dis cpi'il est trois heures du malin !... C'est la cinquième fois que ça t'arrive, depuis le commencement du mois, de rentrer à des heures inducs ; niais j'en ai assez, je le préviens ! Tâche un peu à recommencer : je te refourre à Louis-le-Grand, tu verras si ça fait un pli. Bougre de polisson !... Propre à rien !... — D'abord, d'où vicns-lu V
THÉODORE
Tu dis '.'
i i: i-i.ni.
I l'où \ iens-lu ?
THÉODORE
... dîné en ville.
LE l'i i.i.