‹ Code de l'enseignement primaire obligatoire et gratuitChapitre 3 sur 217 · INTRODUCTION. III · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. III

existence est ruinée.... Il n'y a qu'une chose à laquelle le vainqueur n'ait pas pensé : c'est l'éducation. Elle seule peut nous sauver de tous les maux qui nous écrasent. Je me plais à croire que le malheur nous aura appris à réfléchir et nous aura rendus plus sérieux.

« Puisse donc l'Etal, puissent ceux qui le dirigent et le conseillent ne pas se décourager devant leur nouvelle tâche, par la pensée que les résultats attendus sont lointains.... Nous ne pouvons plus commettre la faute que de ne songer qu'au présent : le présent n'est plus à nous. N'en commettons pas une seconde, celle d'attendre de quelque autre que de nous-mêmes un meilleur avenir. Quiconque a besoin pour vivre, d'autre chose que de la simple nourriture du corps, ne trouve certes, dans le présent, plus rien qui puisse le consoler du devoir de vivre. La foi dans l'avenir est le seul élément où il nous soit encore donné de respirer librement. .. »

Et le discours se terminait par ces paroles prophétiques : « Du jour où une génération nouvelle aura traversé nos écoles, on n'aura plus besoin d'une armée spéciale, la génération nouvelle formera une armée, et une armée comme aucun siècle n'en aura encore vue. »

IV INTRODUCTIOX.

C'est après ces éloquentes adjurations que le roi de Prusse pouvait dire à son tour : « Nous avons perdu une partie de notre territoire, l'Etat est déchu de sa force, de son éclat extérieur ; eh bien ! il faut lui assurer la force, l'éclat intérieur, et, dans ce but, ma volonté expresse est que l'attention la plus grande soit donnée aux écoles. »

De ces inspirations patriotiques sont nées les lois sur l'instruction obligatoire, en Allemagne, et nous savons, hélas I quels résultats elles ont produit.

Mais pour que des lois de ce genre soient fécondes, pour qu'elles aient, dans notre pays, les mêmes effets, il faut que les principes sur lesquels elles s'appuient soient empreints de tolérance et de sagesse.

Les mesures vexatoires n'ont jamais enfanté que le néant ou le désordre. Il faut donc que les applications de la loi sur l'enseignement obligatoire, ne puissent jamais être un instrument d'oppression, une arme de parti.

A ces conditions seulement, la loi vivra et pourra contribuer à la regénération morale de la France.

N'est-ce pas, d'ailleurs, ce que proclamait le père de la loi nouvelle, M. Ferry, lorsqu'il disait :

INTRftDt'CTiriN. V

« Est- il besoin de rappeler que l'instruction obligatoire n'a rien qui ressemble à l'école obligatoire ? que si, le but est fixe, les moyens sont libres ? que la seule obligation imposée à l'enfance est d'acquérir le minimum de connaissances que la première loi de 1791 appelait si bien « les parties d'enseignement indispensables pour tous les hommes » et qu'enfin l'on n'empiète ni sur la liberté du père de famille, ni sur celle de l'enfant, en déniant à celui-ci le droit à l'ignorance, en refusant à celui-là la liberté illimitée de l'exploitation ? »

Ces paroles, ces affirmations solennelles resteront sous nos veux pendant le cours de noli'c élude.

Nous voulons, sans sortir des termes de la loi, sans dénaturer son esprit, chercher les moyens de concilier les droits de la liberté, les prérogatives de la conscience humaine, avec les exigences de l'Ktal.

]Nous ne cherchons pas autre chose. Qu'on ne nous demande donc pas les subterfuges ou les subtilités juridi'iues, derrière lesquels peuvent s'abriter ceux qui se refusent à exéi-uler la loi. ÎSous ne leur fournirons pas de ressources de ce genre, elles seraient indignes de nos lecteurs et de nous.

VI INTRODICTION.

Mais les tempéraments de pratique, les applications modérées, nous nous efforcerons de les dégager des dispositions mêmes de la loi et si nous parlons au père de famille de ses devoirs, nous ne manquerons pas, d'autre pari, de le renseigner sur ses droits.

Page 1