MORALITÉ
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La toilette est donc l’auxiliaire de la beauté , le palliatif de la laideur, l’appui de la santé : envisagée jusqu’à ce moment sous toutes ses faces, elle nous a paru constamment préparant le bonheur, le plaisir, et dispensant, en retour du sacrifice de quelques instans, les plus précieux avantages.
Comme l’abus cependant des meilleures choses équivaut à l’emploi des pires, force nous est de convenir que l’amour de la toilette, porté à l’excès , entraîne à sa suite
les plus graves inconvénients : nous allons essayer d’en signaler quelques-uns , car, dans un traité du genre de celui-ci, il ne doit pas suffire d’enseigner ce qui est bon à faire, il faut encore noter ce qu’il est indispensable d’éviter.
Un lecteur chatouilleux va s’arrêter ici, demandant si nous nous défions de son intelligence. Certes non ! nous ne doutons pas que les enseignements quenousnous étions proposés de rassembler ne soient parfaitement compris ; mais il faut bien une ombre au tableau : le contraste fait plus vivement saillir les objets ; et c’est én mettant en regard le bon et le mauvais côté des choses qu’on les fait mieux apprécier.
Une taille fine et déliée est pleine de charmes dans une jeune personne ; mais ce qui en fait surtout le prix, c’est l’abandon , c’est la souplesse. La plupart des femmes, cependant, pour renchérir sur la mode, donnent à leur tournure un air raide et guindé : elles font de leurs corsets des étaux, se martyrisent , perdent leur grâce, leur fraîcheur; onleleurdit, elles le savent , mais elles ne peuvent se résoudre à porter plus d’un tiers.
Lady Morgan, dans son ingénieux ouvrage sur la France, trace, avec son talent original et vrai, le portrait d’un ultra-dandy. Elle fait finement ressortir tout ce qu e l’exagération donne de ridicule , même
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au mérite ; il n’est pas un Anglais bien élevé qui n’ait lu, approuvé ce passage : les salons de Londres, ceux de Paris , n’en sont pas moins peuplés de jeunes gens qui semblent ne devoir la forme et le mouvement qu’aux progrès de la science de la mécanique.
Les petits hommes épousent toujours de belles personnes, et c’est quelque chose d’assez comique que d’observer à la promenade l’allure de ces couples mal assortis. Il en est de même des modes; ce sont ceux que la nature a le moins favorablement traités qui s’attachent de préférence à devancer plutôt qu’à suivre les révolutions de la toilette.
DE DA TOILETTE
Le désir immodéré de plaire est aussi un des mobiles puissants qui font passer de la convenance à l’exagération. Quels en sont les résultats? L’un veut donner à ses dents une blancheur que la nature leur refuse, il les déchausse et les ébranle ; un autre, à force de friser ses cheveux, les dessèche et leur ôte tout principe de vie; un troisième se met à la torture dans une chaussure trop étroite ; les femmes, en se découvrant les bras et le cou, abrègent leur existence ; on boit du vinaigre pour maigrir, et l’on s’empoisonne; les bains trop fréquents épuisent et abrutissent :
il n’est enfin si bonne chose dont
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l’abus ne soit nuisible et dangereux.
Si l’babitude de la toilette annonce l’amour de l’ordre, le respect de soi-méme, celui des autres; si elle dénote la régularité dans la conduite, et dispose aux plus favorables préventions, elle entraîne aussi à sa suite, il faut en convenir, un défaut presque inévitable , c’est l’excès de délicatesse. Dans ce monde, où rien n’est stable, où tant d’événements se succèdent, enchaînés par des liens inaperçus, on doit se garder de contracter des habitudes trop enracinées de recherches. Qui sait à quelles épreuves le destin le réserve ? qui sait si ces besoins factices, sources de tant
de petites félicités, ne deviendront pas un jour un sujet de regrets et de douleurs? La toilette a pour base la propreté, mais non la mollesse ; il faut qu’elle favorise la beauté, mais c’est la santé avant tout qu’elle doit affermir et déve-
«obi*.
Prolégoméhes.