APPLICATIONS
Jitfïritations eut* la iiloïrc.
La mode est la l’eine du monde !
Qui dispense à son gré les réputations, la fortune, l’esprit, les honneurs , l’honneur même ? la mode.
G’est elle qui, sous vingt noms, différents comme ses caprices, crée, détruit, élève ou renverse les empires et les coiffures, les constitutions et la coupe des habits.
Il semble que ce soit pour lui servir de devise qu’ait été écrit le « pro ratione voluntas. »
« C’est la mode ! » ce mot répond à tout : soumise a sa magique in-
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fluence , la France se montra tour à tour théâtrale sous Louis XIV, libertine sous le régent, économiste sous Turgot, passive sous Bonaparte , patiente sous Louis XVIII, et la voilà qui, depuis quelques mois , prend enfin une allure constitutionnelle.
Jadis les hommes à la mode formaient une classe dans la société.On était alors hommeàla mode comme on est aujourd’hui dilettante, romantique , gastronome ; c’était une spécialité, une sorte de profession morale.
De brillantsavantagesphysiques, une fortune considérable, quelque aventure d’éclat , mettaient d’abord un homme à la mode. Dès-
lors il pouvait tout se permettre.
Ce qui, dans un autre, eût été regardé comme de la fatuité, de l’impudence , passait chez lui sur le compte de l’aplomb, de la conscience de son mérite. Du reste l’esprit, l’élégance, la grâce, étaient indispensables à l’homme à la mode ; à lui permis d’avoir tous les vices , pourvu qu’il les cachât sous un vernis charmant d’élégance et de bon ton. Aujourd’hui le type est perdu : tant mieux, dit la morale ; tant pis, répond le plaisir.
On confond trop souvent la mode avec la gloire ; il est vrai que rien ne se ressemble davantage, et que l’on pourraitles croire soeurs. Telgéné-
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ral a une grande renommée, qui n’a j amais commandé sans faire quelque école ; tel professeur acquiert de la célébrité, grâce à la persécution bien plus qu’à son talent; voyez-les entrer dans un salon, se mettre en évidencepar quelque démarebesans danger, leur nom éclate et retentit.
C’est la mode qui le proclame; leurs amis disent que c’est la gloire.
Il y a presque toujours dans nos salons un sujet de conversation à la mode, comme un air favori et une pièce.en vogue. Après la révolution il était très comme il faut de déplorer les excès, et d’en avoir été victime. Sous l’empire, on faisait des vœux pour nos gloires , et des imprécations contre le léopard an-
glais ; aujourd’hui, il est de bonne compagnie , au faubourg Saint- Germain, de dire deux mots de son indemnité, de gémir sur la persécution du clergé, ou de renverser letrône du Grand-Turc. Ces plaisirs sont fort innocents ; seulement les conversations, comme les robes et les habits, paraissent toutes taillées sur le même patron.
Au reste, comme tous les tyrans, la mode n’exerce entièrement son pouvoir que sur ceux qui sont trop faibles pour lui résister. Sans heurter de front ses arrêts, on peut les accommodera sa guise ; avant d’être mis à la mode, il faut être bien mis ; l’homme de goû t pare ce quilporte, bien plutôt qu’il ri’en est paré; et la
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mode , en pliant devant sa convenance ou son caprice, acquiert preque toujours plus de grâce et d’agrëinent.
Si l’on recherchait dans les annales de la mode toutes les bizarreries , les sottises, les ridicules qu’elle a fait peser sur l’espèce humaine, on serait j été dans un étrange étonnement. Source des plus grandes choses comme des plus misérables excès, elle a de tout temps été l’arme la plus puissante entre les mains des gens assezhabilespour la diriger. Il n’est pas de choses si risible ni si cruelle qui n’ait eu son temps de vogue. Sous Louis XIV, la musique de Rameau et les empoisonnements étaient à la mode.
DE LA
Dans le bon temps, lorsque madame de Pompadour traçait un plan de campagne avec du rouge et des mouches, Paris était peuplé de femmes à la mode : aujourd’hui on en voit fort peu. L’épithète de femme à la mode, qui était alors un galant compliment, courrait même grand risque d’être prise pour une injure par une honnête femme : ce n’est pas que la pruderie soit devenue plus commune, ôn a seulement donné une autre direction au stentiment des convenances :
nous avons des femmes célèbres et des femmes poètes.
C’est à Paris que la mode semble avoir placé le siège de son empire.
Les théâtres, les promenades, les
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vêtements, les personnages, la politique , la littérature , les événements, tout y est jugé sous son influence. Rendons toutefois justice à l’équité presque constantede ses arrêts : le public parisien se laisse rarement décevoir, et les réputations auxquelles il donne son suffrage sont toujours basées sur un grand mérite ou un véritable talent. Au reste, si la mode commet'parfois quelques méprises , elle en fait promptement justice : c’est une vieille coquette qui se peut tromper, mais à qui son inconstance fait bientôt réparer son erreur.
3D?0 fiîaing.
De tous les soins qu’exige la toilette , le plus simple, le plus agréable , le plus naturel, le bain est aussi celui qui exerce une influence plus immédiate et plus constante sur la santé.
Sans remonter, pour prouver ses vertus, à la vigueur et à la longévité des peuples anciens, on doit être frappé de cette vérité, que les peuples qui, par culte ou par régime, font du bain un usage plus, fréquent, l’emportent sur les autres en beauté physique. C’est à leur
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emploi journalier que les femmes de l’Orient doivent, outre cette souplesse de formes , cette délicatesse de peau qui les distinguent, l’avantage de se livrer sans danger aux douceurs d’une vie molle et oisive.
Du temps, regrettable peut-être, où des législateurs et des sages étaient seuls pasteurs df hommes , comme dit La Fontaine, l’usage du bain était placé en première ligne parmi les devoirs religieux et sociaux : de là les eaux lustrales, les immersions , les ablutions , auxquelles chacun s’empressait de se soumettre : aujourd’hui, ce ne sont plus les lois et la religion qui commandent l’usage des bains, mais seulement l’hygiène et la coquet-
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terie ; heureusement, sous ce rapport, leur puissance est suffisante, et l’intérêt personnel commande assez fortement de se conformer à leurs impérieux conseils.
L’impression de bien-être que fait éprouver le bain, suffit en effet pour en foire apprécier les bienfaisantes vertus. Il agit immédiatement sur la peau, enlève les petites écailles de l’épiderme et en détache l’humeur sébacée. En débouchant les pores, il accélère la circulation, facilite et augmente la transpiration , et procure une sorte de langueur douce, d’agréable abattement, qui ne manque certes pas de charme.
Les effets du bain, toutefois, sont
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différents, suivant le degré de chaleur ou de froid du fluide; les précautions à prendre, lorsque l’on y entre ou que l’on en sort, diffèrent aussi selon sa température.
La chaleur distend et raréfie tous les corps ; le froid les resserre et les condense. Le bain froid, celui dont la température n’excède pas douze à quinze degrés au-dessus de zéro , du thermomètre de Réaumur , comprime d’abord la surface du corps, crispe légèrement la peau, comprimé les vaisseaux sanguins, et condense les fluides qui y circulent. Mais bientôt la chaleur intestine réagit, repousse l’action du froid, rend la circulation plus vive, plus forte, et redonne à toutes les
fonctions une plus grande énergie.
Le bain froid est donc tonique , et, augmente la chaleur intérieure :
mais il faut que l’immersion soit subite et complète. Il est dangereux d’entrer lentement dans l’eau froide; lorsque l’on n’y pénètre que graduellement, le froid des extrémités inférieures refoule la chaleur vers les organes plus élevés. En général le bain froid , favorable à la jeunesse dont il fortifie le tempérament , ne convient pas à la vieillesse, aux constitutions faibles , ni aux poitrines délicates , parce que, la réaction ne pouvant s’opérer, la chaleur ne se rétablit que difficilement dans les parties saisies d’abord par le froid.
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A tout âge, lorsque l’on veut prendre un bain froid, il faut que le corps soit reposé, que la transpiration ne soit pas exaltée par la marche ou le travail, que la digestion soit complètement opérée.
Lorsque l’eau courante esta une température assez élevée, on peut y demeurer , sans inconvénient, une demi-heure ou trois quarts d’heure ; douze à quinze minutes suffisent lorsqu’elle est plus froide.
A la sortie du bain , il faut s’essuyer et se frotter le corps, pour enlever l’humidité, et pour débarrasser la peau des parcelles qui err ont été détachées par l’action de l’eau.; Si l’on se sent refroidi, on rappellera la chaleur en se frottant
le corps , et particulièrement la poitrine, avec un spiritueux ; on se rhabillera promptement, et on fera un exercice modéré pour rétablir la transpiration.
Quoique le bain froid aiguise l’appétit, il est prudent de s’abstenir de manger immédiatement en en sortant, parce qu’alors la chaleur, se reportant du centre aux extrémités, laisse les organes digestifs dépourvus d’une partie de la force dont ils ont besoin pour s’acquitter de leurs fonctions.
Les bains froids conviennent peu aux personnes habituées à une vie molle et sédentaire ; elles ne devraient en prendre qu autant qu’ils leur seraient prescrits.
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Comme cosmétiques, ces bains ne conviennentqu’aux femmesd’un tempérament sanguin , ou douées d’une sorte d’embonpoint, ils sont en général nuisibles aux femmes sveltes ou disposées à la maigreur; ils resserrent d’ailleurs la peau et la rendent écailleuse.
Tant que dure la belle saison , les divers bains d’eau courante, ouverts à Paris , sont très-fréquentés.
Il est même de bon ton parmi les jeunes gens de paraître chaque jour à l’école de natation établie au bassin du Pont-Royal. Le costume, pour les babiles nageurs , se compose du caleçon de couleur tranchante et de la calotte grecque.
Les bains chauds relâchent et
ramollissent les fibres, augmentent la transpiration, la rétablissent même lorsqu’elle est supprimée.
Leur usage est extrêmement salutaire, il faut le régler cependant sur l’état de la santé : l’âge doit en déterminer surtout l’emploi ; les bains trop fréquents affaiblissent, épuisent, prédisposent aux rhumes, et à la longue altèrent le tempérament.
Lorsque l’on prend des bains tièdes ou chauds, on' n’a pas besoin d’autant’de précautions que pour se plonger dans l’eau froide ; mais les ménagements sontplus nécessaires à la sortie. Après que l’on a été essuyé avec des linges secs et chauds, puis frictionné, il faudrait se mettre au
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lit, y rester au moins une heure, et ne s’exposer que graduellement à l’air extérieur, afin d’éviter la contraction subite des pores épanouis, cause fréquente de maladies.
Malheureusement nos établissements de bains sont sous ce rapport fort imparfaits 3 l’air des cabinets y est lourd, chaud et humide ; on n’y trouve point de lits , pas même de salon où l’on puisse se reposer, calmer l’agitation produite par le bain, et respirer un air tempéré.
On est immédiatement forcé de sortir et de s’exposer à l’air extérieur ; on se remet à marcher; on transpire ou on se refroidit, et ces deux accidents sont également nuisibles à la santé.
En règle générale, il faut se reposer avant le bain froid et après le bain chaud.
Les femmes doivent faire un trèsfréquent usage des bains chauds ; l’eau, attiédie à un degré égal à peu près à la température du lait nouvellement trait, pénètre la fibre , la détend, l’assouplit, et donne à tout le corps, pour ainsi dire imbibé , ce vernis de fraîcheur, cet embonpoint rosé qui àjoute tant de charmes à la beauté même.
Notre intention n’est pas d’entrer ici dans le détail des différentes espèces de bains cosmétiques que chacun apprête selon son caprice ou son goût : quelques gouttes d’eau de Cologne ou d’eau de cerises,
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ajoutées à l’eau , ne peuvent qu’avoir un effet favorable. En Allemagne on a coutume de jeter dans la baignoire , au moment où on répand l’eau cbaude, quelques poignées de mélisse, de thym et de lavande ; la vapeur qui s’en élève fortifieles organes, en même temps que les qualités amères de ces simples prêtent au bain quelques vertus détersives ; ou doit toutefois employer rarement le secours de ces bains artificiels. La meilleure manière de mitiger l’eau est d’y jeter une quantité de pâte d’amandes suffisante pour la troubler et lui donner une apparence laiteuse ; ainsi on adoucit la peau , et on empêche beau de la macérer, comme
il arrive quelquefois lorsqu’on y reste long-temps.
Il estausortirdubain unsointrop négligé, et cependant.bien nécessaire dans l’intérêt de la conservation de la beauté et de la santé ; ce sont les frictions : après avoir essuyé les parties qui, par leur conformation, pourraient conserver de l’humidité, le visage, le cou, la poitrine, avec beaucoup de ménagement, de peur d’altérer le tissu de la peau , et d’enlever, par un frottement exagéré , le léger velouté qui la recouvre ; après avoir plus fortement frotté les articulations, il faut faire usage de la brosse à frictionner.
Cette brosse est garnie de longues soies blanches, assez molles pour
ne point compromettre la peau , assez élastiques en même temps pour en faire tomber les petites pellicules écailleuses que l’eau a soulevées. Afin de les enlever plus complètement, on humecte un peu la superficie de la brosse avec une eau spiritueuse parfumée, ou avec une essence huileuse, si la qualité de la peau le permet. Aussitôt la friction terminée, il faut, si l’on ne peut se coucher, se vêtir promptement, et prendre un peu d’exercice ; on ressentira immédiatement les effets de cette excellente précaution, et la peau en retirera d’inappréciables avantages.
Si la toilette exige que les soins de propreté soient mis en rapport
avec l’âge, le sexe, le tempérament, l’hygiène veut aussi qu’ils diffèrent selon les climats, les saisons, les températures.
Dans les climats chauds,la transpiration presque continuelle diminue considérablement la partie lymphatique du sang. Des bains à un degré inférieur à celui de l’air atmosphérique y sont nécessaires, pour introduire dans les pores une quantité d’eau qui rétablisse l’équilibre dans les humeurs, et calme leur effervescence habituelle.
Dans les climats très-froids , les bains de vapeurs doivent exciter la transpiration toujours lente et rare.
Dans les régions tempérées, des bains tièdes sont utiles pour net-
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loyer la peau, détacher de l’épiderme les molécules émanées du corps, et faciliter la sortie de celles qui doivent leur succéder.
Dans les temps très-secs, on peut.
se baigner fréquemment ; dans les temps humides, les frictions sèches sont plus convenables.
Aux précautions que nous avons indiquées, il faut en ajouter une non moins essentielle , et cependant presque toujours négligée > c’est de ne pas remettre au sortir du bain la chemise ou le gilet de flanelle que l’on portait avant d’y entrer, % moins que l’un ou l’aur tre n’ait été porté que quelques heures. Sans cette précaution, les pores très - ouverts résorberaient
bientôt. les émanations antérieures, et reporteraient dans la masse des humeurs les parties dont elles se seraient débarrassées.
Mais parfois les localités, la convenance, ou toute autre cause,: s’opposent à ce qu’on puisse prendre des bains entiers ; on doit alors y suppléer par des lotions générales ou particulières, à l’eau tiède ou froide, selon,la saison; elles ne peuvent procurer tous les résultats hygiéniques du bain, mais elles suffisent du moins pour entretenir la peau et enlever de l’épiderme le résidu de la transpiration..
En terminant ce chapitre, il nous reste à recommander à nos lecteurs un établissement dont le succès at-
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teste l’utilité : nous voulons parler des thermophores , ou bains à domicile. Grâce à cette entreprise, qui a maintenant des bureaux dans tous les quartiers de Paris, on peut, à toute heure, prendre commodément chez soi des bains dont aucun inconvénient ne vient entraver les effetssalutaires.Une remarque, tout à l’avantage desprogrès que fait chaque jour chez nous l’amour de la véritable toilette, doit clore cette série de renseignements.Paris, qu i comptait à peine cinq ou six maisons de bains il y a une quarantaine d’années , en possède aujourd’hui plus de cinq cents.
DE DA TOILETTE
2D*0 passante.
On pourrait juger un homme, rien qu’à faire l’inspection de sa garde-robe. Son caractère , sesgoûts,ses penchants,se trouveraient révélés par le choix, la couleur, la coupe de ses habits, par leur état, surtout, de soin ou de négligence.
Il y a de ces traits caractéristiques, en toilette, que tout l’art du tailleur , toute la vigilance du valet de chambre , ne sauraient prévoir ni empêcher. L’habitude de la réflexion, en inclinant la tête, fait grimacer le collet ; la nonchalance
élime d’abord les coudes etles reins du frac ; la fierté qui porte la tête et le buste redressés, la bigoterie à la mine oblique,l'activité, l’exaltation, la paresse, l’amour, se trahissent chacun à des signes certains. Enfin l’habit a une physionomie, un caractère., un physique, un.moral.
Deux célèbres observatëurs ont prétendu trouver une grande analogie entre les traits de la figure, les bosses de la tète, et les dispositions morales des humains, les gens qui, prosélytes; du spirituel Hoffman, voient partout des paradoxes, ont attaqué vigoureusement les systèmes de Lavater. et de Gall. Ils ont soutenu que quelques faits, ingénieusement présentés, ne devaient
laisser à leurs auteurs que la gloire d’avoir trouvé une nouvelle manière de dire la bonne aventure, plus en rapport avec les progrès de la civilisation que celle des Bohémiens métoposcopistes ou chiromantistes; mais, en dépitdupyrrhonisme , les travaux des deux savants n’ont pas été sans une grande utilité , et la science physiognomonique a fait des adeptes, dont les rangs deviennent plus nombreux chaque jour.
C’est à ces graves esprits que nous no us adressons auj ourd’hui ; le système que nous leur exposons est le fruitdes longues recherches d’un de nos amis , intrépide lecteur des ouvrages de Cardan et Porta, qui se
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flatte d’avoir trouvé le moyen infaillible et facile de deviner la profession de tous les gens qu’il rencontre, à leur maintien, à leur tournure, à leur habitude de corps.
Un homme mesurç de l’oeil l’habit , le gilet, le pantalon des passants ; examinez vous - même sa mise: des couleurs tranchées, disparates, de l’exagération dans l’observation de la mode ; les genoux en dehors, la chaussure et le chapeau négligés. C’est un tailleur ; il va rire de pitié de la maladresse de quelque confrère.
Un autre, les yeux fixés à terre, se heurte à tout moment contre les voitures : c’est un bottier qui examine la chaussure de nos élégants;
reconnaissez - le à ses coudes en pointe. Si ses yeux s’attachaient aux formes évasées des chapeaux, ce serait à coup sûr un chapelier ; ses mains attesteraient son état, autant au moins que l’enseigne de sa boutique , au Temple du Goût.
Ne craignez pas que celui qui s’approche si près de vous et de la dame que vous accompagnez n’enlève votre chaîne de montre , vos bagues ou vos diamants ; c’est tout bonnement un bijoutier : il est fort intrigué de savoir si le métal en est pur, si les pierres sont précieuses, si les perles ont été pêchées dans le golfe Persique, ou bien au cap Cormoran.
Voilà un homme à figure blême ;
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sa toilette est assez soignée quoique raide et compassée ; il marmotte des paroles en calculant le jeu des fibres de toutes les figures.C’est l’Esculape du quartier. Il s’attache à découvrir en vous les signes pathognomoniques de la maladie dont vous mourrez ;• il s’amuse à supputer le peu de jours, d’heures, de moments qui vous restent encore à vivre.
Le gros homme court, à ventre peu saillant, qui passe tous les jours devantvos fenêtres à lamême heure, qui, avec son habit méthodiquement brossé, son chapeau dont l’eau fait briller le poil un peu rare, s’arrête deux minutes chez le boulanger pour y prendre une flûte, dont le prix croissant le fait pâlir,
est un employé de la Trésorerie. Sa vie est réglée, ses habitudes prises; il ne sait que devenir un jonjr de fête.
Par suite de cette analogie, un épicier s’arrête devant la boutique d’un épicier ; il vous dira, au besoin, combien il y en a dans Paris, dans chaque quartier de Paris, dans chaque rue de Paris. Le peintre reste deux fois plus long-temps qu’un autre à la porte d’un marchand d’estampes ; dès qu’il a découvert une fauté dans une gravure , dans un tableau, il continue joyeusementsa route.
En entrant dans un bal public, à Paris, à Sceaux, à Montmorency, un maître de danse se pavane, et
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fait un entrechat mental qui l'entretient dans l’idée que les gens qu’il voit n’ont pas le sens commun. Enfin il n’y a pas jusqu’à nos poètes de circonstance, nos faiseurs de vaudevilles et de mélodrames (je parle de ceux qui les font mauvais), qui ne se laissent reconnaître à l’air distrait .du génie, au ton capable du savant, à la démarche affectée de l’homme en place.
De même que l’homme d’esprit se garde, dans sa conversation, de prendre pour texte ce qui a rapport à ses intérêts, à sa profession , à ses habitudes ou à celles de son interlocuteur ; dans sa toilette, dans sa démarche, dans ses manières, il
évite de se trahir. Aujourd’hui le médecin ou l’avocat qui s’attacherait à paraître toujours grave et vêtu denoirseraitridicule. La toilette offre tant de ressources, tant d’avantages, que la monotonie devient inexcusable dans la'mise. Ces gens, dont nous venons d’esquisser quelques traits, sont incessamment préoccupés d’une idée fixe ; tandis que l’homme du monde, celui qui apprécie l’élégance et le bon goût, sait qu’en toute chose le meilleur élément de plaisir, de bonlieur, de succès, c’est la variété.
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Be& Æifott x.
« Ce qui le couvre le découvre, »
dit Cervantes. d’un personnage de son immortel roman , toujours chamarré de bijoux. Il semble én effet que l’affectation de riches parures sollicite la critique, provoque l’examen, justifie la malignité.
De tout temps cependant on a beaucoup aimé lesbijoux en F rance.
Les diamants, avant même le temps où Louis de Bruges essaya de les tailler, étaient considérés comme la plus précieuse parure ; et quoique l’on ignorât si totalement l’art
de les monter, qu Agnès Sorel appelait son riche et incommode collier, mon carcan, les princes se montraient fort jaloux du privilège de lès accaparer.
La belle et infortunée Marie Stuart apporta la première, en France, de très-beaux diamants; la mode en devint aussitôt générale à la cour ; mais elle passa avec la jeune reine, et, soit inconstance, soit rareté, soit plutôt respect pour un douloureux souvenir, les diverses tentatives que l’on fit pour en remettre l’usage en vogue ne purent réussir.
Dès les premiers jours du règne de Louis XIV, les diamants reparurent. Le fastueux monarque en
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parsema ses habits de fête ; la reine en couvrit sa ceinture, les épaulettes de sa robe, l’agrafe de son manteau : dès-lors la richesse et la beauté employèrent le diamant en cent galantes façons ; les aigrettes , les bracelets, les bagues, en furent ornés, et jusqu’aux jours où notre révolution se prépara, leur vogue, basée sur un luxe et un goût, de toilette bien entendus, se soutint.
La mode a prêté tour à tour son prestige et son appui à différentes parures : l’acier, les perles, les pierres de couleur, les cheveux, les pastilles du sérail, les antiques, montés avec art et élégance , ont brillé sur la. scène et dans les salons ; mais le diamant n’a jamais
perdu son prestige ni son prix, et quoique la chimie, après tant d’efforts infructueux , soit parvenue à produire une pierre fausse aussi belle, aussi pure que le diamant, celui-ci reste encore le plus riche ornement d’une toilette d’apparat.
Les hommes aujourd’hui portent fort peu de diamants : ce n’est guère que lorsque l’on est marié, positivement établi dans le monde , qu’il est permis d’avoir un beau solitaire ou une épingle de prix. C’est, laperfection du travail bien plus que la richesse de la pierre qui fait lé prix de l’épingle, ou plutôt du bouton qui retient les plis de la chemise du jeune homme; et, en fait de bague, il ne peut se permettre
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qu’un de ces larges anneaux ciselés que lés Anglais ont mis a la mode depuis une dizaine d’années.
On doit ranger là montée au nombre des bijoux * Car elle est de tous , sinon le plus brillant $ du moins le plus utile. Les progrès immenses qu’a faits de noS jours l’horlogerie, permettent dë se procurer en ce genre, à un prix trèsmodéré, un meuble précieux. La profusion de chaînes, de cachets, atteste peu de goût. Une gourmette solide, une simple clef avec son cachet, modèles gothiques, sont trèsélégants. La montre se porte dans la poche gauche du gilet Ou dans le gousset. Son épaisseur ne doit pas dépasser celle de deux pièces de
cinq francs. Lés femmes Senles font usagé de montres à boîtes émailléés.
L’or simple, un mouvement sur pierre fine, sorti dés mains de Breguet ou dé Leroi, suffit a la ville ; pour la campagne on a une montre à recouvrement, dite montre de chasSe.
La lorgnette de spectacle ne comporte d’autre luxe que sa bonté.
L’ivoire et le vermeil en font tous les frais, et c’est dans la finesse des verres que consiste tout son mérite. En s’adressant à MM. Lerebours ou Chevalier, on est sûr d’avoir une lor-r guetté achromatique * aussi bon-
* A privatif, chrome couleur, qui rend les images plus nettes en corrigeant la réfrangibilité dés rayons.
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ne,qu’élégante dans sa simplicité.
Une mode, née sous l’empire, au moment où il était de bonne compagnie d’avoir de mauvais yeux, s’est maintenue, on ne saurait trop dire pourquoi : c’est celle du lorgnon. Lorsqu’on le porte, il faut laisser du moins supposer que c’est par nécessité; il doit donc être de la plus grande simplicité ; toute recherche , en tendant a en faire un ornement, prêterait au ridicule.
Quant aux lunettes, secours des mauvaises vues, recours des vilains yeux, l’écaille à fines branches d’or en fait tous les frais ; il n’est permis qu’aux yeux louches ou privés de cils de porter des verres azurés.
On peut, ce nous semble, sans
blasphème, donner place parmi les bijoux à ces précieux hochets qui trop souvent suffisent aux souverains pour payer les services rendus à l’état; aces décorations,dontMontaigne dit : « C’est une belle in- « vention, et reçue en la plupart « des polices du monde, d’établir « certaines marques vaines et sans « prix, pour en honorer et récom- « penser la vertu, comme sont les « couronnes de laurier, de chêne, « de myrte; la forme de certains « vêtemens ; le privilège d’aller en « coche par la ville, du de nuit « avec flambeaux; quelques assiet.- « tes particulières aux assemblées « publiques; la prérogative d’au- « cuns surnoms et titres certains
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« marques aux armoiries et choses « semblables ; de quoi l’usage a été « diversement reçu suivant l’opi- « nion des nations, et dure encore.
« Nous avons pour notre part, et « plusieurs de nos voisins, les or- « dres de chevalerie qui ne sont « établis qu’à cette fin, etc. »
Nous n’entreprendrons pas de parler des diyers ordres de chevalerie qui subsistent encore en Europe ; la décoration de la Légiond’Honneur, la croix de Saint-Louis, qui ont obtenu une si noble et si juste célébrité, doivent seules nous occuper ici, car leurs insignes doivent briller à la boutonnière d’un grand nombre de ceux à qui s’adresse notre petit livre.
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Le ruban rouge, qui se porte en costume de ville à la première boutonnière de droite de la. redingote ou de l’babit, peut être attaché ou cousu d’une boutonnière à l’autre, ou bien encore passé dans la boutonnière , retenu en-dessous, et visible seulement à son extrémité.
Plus ordinairement, en négligé, on noue simplement le ruban autour de la boutonnière en laissant les deux pointes venir en avant.
En règle générale, on ne porte les croix qu’en uniforme. Cependant en tenue de bal, de soirée, on attache les croix à la boutonnière de l’habit bourgeois après une petite brochette d’or.
Il nous reste un mot a dire sur le
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soin qu’exigent les bijoux. On doit les serrer dans un meuble à l’abri de toute humidité. Si par quelque contact ils se ternissent, on les nettoie en les frottant avec une peau blanche. Les bijoux d’acier demandent plus de soin que tous les autres. Une fois rouillés ils ne peuvent recouvrer le poli ni l’éclat qui seuls leur donnent du prix.
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3lpol0flic îre la €ot]iteltmi\
Mademoiselle de Scudéri, dans ses Conversations morales, après avoir ingénieusement défini la coquetterie un déréglement de l’esprit, fait venir le mot coquette de l’italien civetta, cliouette ; elle prétend que la cliouette attire la nuit quantité de petits oiseaux autour d’elle, et que par allusion on a appelé de son nom les femmes qui s’attiraient des adorateurs.
Ménage, en s’appuyant de Pasquier, trouve l’origine de coquette dans le mot coq, et dit qu’on donna
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les noms de coquet et coquette aux liommes et aux femmes qui eurent la prétention de plaire à plusieurs, comme les coqs lorsqu’ils font l’amour à leurs poulettes.
Les anciens n’ont point connu la coquetterie, sans doute parce que les deux sexes étaient trop isolés citez eux, où on ne se réunissait guère qu en famille. Dans les fêtes publiques en effet, dans les cérémonies religieuses, lès liommes et les femmes étaient presque touj ours séparés; on ne connaissait point alors ce que nous appelons la société , ces réunions où le désir de paraître aimable porte chacun à faire valoir les agréments de sa personne, les grâces de son esprit, le
charme de ses talens, les avantages de son rang ou de sa fortune. On chercherait en vain dans leurs écrits quelqu’indice du caractère de la coquetterie ; les poètes n’ont peint que des femmes vertueuses et fidèles, des femmes adultères et déréglées, et des courtisanes.
Jusqu’au seizième siècle les peuples modernes ressemblèrent sous ce rapport aux anciens, et ne laissèrent apercevoir dans leurs mœurs aucune trace de coquetterie.
Ce fut sous Cathérine de Médicis seulement que la coquetterie prit naissance ; c’était un caractère nouveau.
Le cercle que cette princesse établit à la cour, inspira à la noblesse
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et à la bourgeoisie le désir d’en former de semblables ; ce fut en quelque, sorte' une révélation que l’on pouvait trouver des agrémens et des plaisirs liors des réunions dont l’amitié ou la parenté étaient l’àme.
On reçut dès-lors chez soi une personne pour son esprit, une autre pour sa fortune, une troisième par déférence pour son rang ; ôn consentit bien encore à en voir quelques-unes à cause de leurs qualités ou de leurs vertus; mais le but, en se formant une société, étant de se divertir, d’augmenter en quelque sorte la somme de plaisirs dont chaque maître de maison veut la plus grosse part, la frivolité présida au choix de ceux qu’ont
y admit sans amitié, sans lien de parenté, sans amour. Les deux sexes ainsi réunis n’auraient eu qu’une conversation froide et insignifiante, si le penchant naturel qui les harmonise l’un à l’autre , n’eût également agi sur les coeurs; il porta les hommes à ne pas voir avec indifférence des femmes dont la bienveillance se coloraitqiour eux des dehors de l’amitié ; obligés à moins de retenue qu’elles, ils crurent devoir donner à leur politesse toute l’apparence de l’amour. Le langage des femmes, quoique réservé, fut aimable et piquant, parce que la grâce dont, la nature les a douées perce toujours, même à leur insu, dans leurs dis-
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cours comme dans leurs actions :
celui des hommes fut vif, spirituel, parce que, ne pouvant dissimuler qu’ils connaissaient l’amour, ils se seraient voués au ridicule en feignant la naïveté, pardonnable à peine à l’ignorance, Cependant les femmes reconnurent qu’il y avait plus de flatterie que de sentiment dans les hommages qu’on leur rendait ; elles sentirent le danger de se montrer sensibles à des adulations intéressées , mais ces adulations leur plaisaient trop pour que leurs belles résolutions de résistance pussent être de longue durée; alors l’esprit, toujours fidèle a les servir, l’esprit inné chez elles avec la malice r vint k leur secours et leur offrit let
plus puissant auxiliaire, la coquetterie.
Par imitation de la cour, toutes les femmes devinrent bientôt coquettes. Brantôme nous apprend, dans le panégyrique de Catherine de Médicis, que cette reine avait à sa suite trois cents filles ou dames d’honneur, dont la douce occupation était de séduire et de fixer près dé leur souveraine les seigneurs étrangers et nationaux. Suivant lui, habiles et gracieuses comme les nymphes d’Armide, elles réussissaient si bien dans leurs décevantes entreprises, que l’on disait de la cour de France : « C’est le paradis de la terre. » Quelques auteurs ont prétendu quela politique Catherine
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avait tiré parti de cette brillante et nouvelle sorte de gardes-du-corps; si l’on en croit leurs accusations, les dames de la cour lui révélaient les secrets des captifs quelles tenaient dans leurs fers : la chose est possible, mais certes la faute en est plus à l’insidieuse princesse qu’à la complaisante coquetterie de ses aimables agents diplomatiques.
Quoi qu’il en soit, nulle cour ne s’était, d’après les chroniqueurs, montrée aussi brillante, aussi aimable, que celle de Henri II; la cour de Charlemagne même lui fut, disent-ils, inférieure : « Car cet em- « pereur-roi ne donnait à ses dames « que deux ou trois tournois par «an; et., après chaque tournoi,
« comtes, chevaliers, paladins, re- « tournaient dans leurs châteaux; « Charles n’ayant pas près de lui, « comme Catherine, un cercle où « la beauté, l’esprit et les grâces « fussent en rivalité , pour dompte ter les courages et soumettre les « cœurs. »
Nous allons peut-être bien étonner les femmes, en leur disant qu’il leur est plus facile de demeurer fidèles que coquettes ; leur surprise cessera quand nous expliquerons ce que l’on doit entendre par la coquetterie, dans l’acception véritable du mot.
La coquetterie est le triomphe perpétuel de l’esprit sur les sens ; une coquette doit inspirer l’amour,
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saris j amais l’éprouver ; il faut qu’elle mette autantde soin à repousser loin d’elle ce sentiment, qu’à le faire naître chez les autres ; elle contracte l’obligation d’éviter jusqu’aux apparences d’aimer, de crainte que celui de ses adorateurs qui passerait pour préféré, ne fut regardé comme plus heureux par ses rivaux ; son art consister leur laisser continuellement concevoir de l’espérance, sans leur en donner ; une coquette enfin , ne peut avoir que des caprices d’esprit. Or, nousledemandons aux dames ; est-ce donc chose si facile que de soumettre les besoins du coeur aux jouissances de l’esprit?
Un mari, s’il est répandu dans le monde, doit désirer que sa femme
soit coquette ; ce caractère assure sa félicité ; mais il faut, avant tout, que cemari aitassez de philosophie pour accorder à sa femme une confiance illimitée. Un jaloux ne peut croire que sa femme reste insensible aux efforts constants que l’on tente pour toucher son coeur ; il ne voit dans les sentiments qu’on lui porte, qu’un larcin fait à sa tendresse pour elle. De là beaucoup de femmes qui n’auraient été que coquettes, par l’impossibilité de l’être, deviennent infidèles ; caries femmes aiment les hommages , les flatteries, les petits soins ; le monde n’attache pas un assez grand prix aux sacrifices qu’elles peuvent faire à leur vertu, pour qu’elles ne satis-
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fassent pas ce goût de leur vanité.
A ceux qui crieraient au paradoxe, et qui nieraient que la coquetterie fût réellement une qualité de l’esprit, imposant la cliasteté aux sens, nous citerons Labruyère :
« Une femme, dit-il, qui a un galant , se croit coquette ; celle qui en a deux, ne se croit que coquette. »
Abusons-nous moins du nom de coquette qu’on ne faisait du temps de Labruyère? nous appelions coquette une jeune personne, une femme, qui aime la toilette pour s’embellir seulement aux yeux d’un mari, d’un amant.
Nous appelons encore coquette une femme qui est soumise à la mode, sans remarquer que souvent
chez elle il n’y a aucune intention de plaire, quelle obéit uniquement aux exigences de son rang et de sa fortune.
Enfin, nous appelons coquettes des femmes qui passent d’un attachement à un autre ; et, par un même abus de ce mot, on entend dire tous les jours, que Ninon était la reine des coquettes , par des personnes qui ont ri du billet k La Châtre. Boileau prétend que , deson vivant, Paris ne comptait que trois femmes fidèles :1e trait du satirique n’est ni de bon goût ni de bon sens ; il eût pu dire avec plus de raison, qu’on n’y pourrait citer trois femmes véritablement coquettes. Le dictionnaire devrait substituer ga-
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lanterie et galant à coquette et coquetterie.
Mais si la véritable, l’innocente coquetterie, devient chaque jour plus rare, la faute n’en est-elle pas auxhommes : préférantaujourd’hui les sensations aux sentiments, ils se lasseraient bientôt d’une coquette qui ressemblerait à celles de Médicis, ou à la Clarisse de mademoiselle de Scudéry ; on comprend à peine aujourd’hui, au théâtre, ces rôles de coquettes que les auteurs comiques ont peints cependant d’après nature ; ce caractère n’est plus maintenant qu’une idéalité. Excusons toutefois les femmes ; il est naturel que, convaincues de l’impossibilité de se faire un cercle de chevaliers de Ves-
pérance, elles aient dédaigné un caractère quineleurpouvaitréussir.
Combien nous devons regretter la coquetterie ! si elle venait à s’emparer des femmes, quel changement précieux dans nos moeurs. Nos petits - maîtres, que la certitude des succès rend suffisants, au point de négliger d’être aimables, s’étudieraient, alors à le devenir; le ton, les manières, les discours acquerraient un charme qu’ils ont à peu près perdu ; on verrait revenir ces brillantes réunions dont le désir mutuel de plaire faisait le charme et l’essence; on reverrait cette fleur de politesse, ce doux mensonge qui imite l’amour et la constance, dans la crainte del’insuccès ; peut-être se
trouverait-il de ces coquettes qui brillèrent sous Louis XIII et son successeur, de ces femmes qui ne sebornaientpas à s’efforcerde plaire et desefaireaimer par les agréments de leur personne et de leur esprit, mais qui avaient encore l’ambition d’inspirer àleurs adorateurs des sentiments élevés : les hommes alors écouteraient encore la raison en croyant ne prêter l’oreille qu’à l’amour.
Eb quoi ! va-t-on me dire, d’un vice , ou tout au moins d’un défaut, voulez-vous faire une vertu ! je répondrai que, dans l’impossibilité d’être parfaits , nous devons tâcher d’être aimables ; si l’on ne peut concilier l’esprit de société avec la fidé-
lité en amour, il vaut mieux combattre les progrès de l’inconstance avec la coquetterie, que de la laisser dégénérer en galanterie.
La coquetterie arrête le temps pour les femmes, prolonge leur jeunesse , et rend durable la saison des hommages : c’est un juste calcul de l’esprit.
La galanterie , au contraire , précipite la marche des ans, diminue le prix des faveurs , et hâte le jour où elles sont dédaignées.Résumonsnous donc , en exprimant ce vœu du plus profond de notre cœur :
puissent les femmes devenir chaque jour plus coquettes !
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(îjcmsiîifnttbns sur k €t]0tr, l’(Héganre, l’Œntretwn, et la Jôalubrilé ïtes îtppartrnwnts.
Nos maisons sont nos prisons, dit un vieil adage : nous y sommes en effet claquemurés durant les trois quarts de notre existence; c’est, le plus important de nos vêtemens; nous devons donc appliquer tous nos soins aies rendre saines etagréables.
Nos bons aïeux se logeaient dans des maisons étroites et sombres ; l’escalier était tortueux et grossier ; les vitres , petites, enchâssées dans
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l’étain, ne laissaient pénétrer dans les appartenons qu’un jour douteux; on ignorait l’art du parquetage, et la cire ne rendait pas encore luisantes les briques grossières dont les planchers étaient recouverts. Grâce à Dieu, et aux progrès croissans del’industrie et del’amour du comfortàble, nous n’en sommes plus là; l’art, en touchant tout de sa baguette créatrice, a tout embelli ; les maisons des plus simples particuliers sont devenues commodes, élégantes, propres surtout. Les besoins de la sociabilité, en accoutumant chacun à vivre en dehors, l’a mis aussi dans le cas de recevoir à chaque instant une visite,"juste représaille; dès-lors une élégance mo^
deste et de bon goût, une propreté continuelle, sont devenues un des devoirs imposés par la société.
Dans le eboix d’un appartement, la convenance, la mode, l’économie, l'hygiène doivent être également consultés.Si, dans la disposition du salon, de la salle à manger, on doit tenir compte de l’approbation des amis que l’on aura à recevoir, les chambres à coucher, le cabinet de travail, la cuisine, la cave, l’office, doivent présenter tous les avantages possibles de commodité et de salubrité.
De tous les aspec ts, le plus favorable est le levant. Les premiers rayons du soleil purifient l’air qui les reçoit. Le vent d’est est aussi le
plus sain ; désigné sous le nom de Circius par les Gaulois, il était pour eux l’objet d’un culte particulier; c’est cet aspect que l’on doit préférer pour son habitation, ou du moins pour son appartement. Vient ensuite le sud ou midi, qui dans nos climats tempérés est encore salutaire; on peut y redouter en été l’excès de la chaleur, mais il est aisé de s’en garantir en fermant hermétiquement les fenêtres et les volets : combien d’ailleurs n’est-on pas dédommagé de ce rare inconvénient dans les autres saisons de l’année? An printemps et en automne on y jouit d’une douce température, et même en hiver on y éprouve un froid moins âpre qu’à
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toute autre exposition. 11 vient de l’ouest des vapeurs humides nuisibles à beaucoup de tempéraments ; et le nord, qui amène un air sec et cru, ne peut convenir qu’à certaines complexions.
Des personnes, que le froid incommode , pensent, avec un grand feu, suppléer la chaleur du soleil ; erreur : le feu des cheminées, comme celui des poêles, ne s’entretient qu’aux dépens de l’air respirable qu’il absorbe et dénature; les rayons solaires au contraire purifient l’air et le renouvellent à la fois.
Toute habitation a plus d’un aspect , et de nécessité il faut se loger à tous ; mais on doit réserver les plus favorables à la santé pour les
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chambres à coucher, en plaçant aux aspects moins salubres les pièces communes et celles que l’on n’occupe que durant le jour.
Tout le monde sait, et chacun répète, que rien n’est plus dangereux pour la santé que d’habiter une maison nouvellement construite , et cependant, à Paris *, les
* Il ne sera peut-être pas hors de propos de signaler ici quelques-uns des inconvénients des constructions modernes.
de moins de six étages, non compris le rezde-chaussée. Il en résulte que les rayons du soleil ne baignent que les étages supérieurs. Pour tirer meilleur parti du terrain, on élève quatre ailes de bâtiment de trente à quarante mètres d’élévation, autour d’une étroite cour, sur laquelle prennent jour la presque totalité
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boutiques sont occupées, les étages inférieurs sont habités, avant même que le comble soit couvert; les plus graves accidents peuvent être le résultat d’une semblable imprudence.
Si le choix de l’emplacement où on se propose de fixer son domicile est important pour la santé, la dis-
des appartements. Cette cour n’est, îi proprement dire, qu’un puits profond, toujours humide. Les logements inférieurs , placés autour de cette enceinte étroite, sont des espèces de Cachots où l’air et la lumière ne pénètrent jamais.
Le rapport du Conseil de salubrité du département de la Seine, pour l’année 1827, contenait à ce sujet des observations impétrantes, que nous croyons utile de reproduire.
« Nous voyons de tous côtés, y est-il dit,
toilette.
tribution intérieure de l’babitation et la propreté des appartenons ne sont pas moins essentielles.
En principe , pour être sain , il faut qu’un logement soit élevé et
« des maisons, des murs, des passages, pren- « dre la place des jardins ; les étages s’élè- « vent, les cours se rétrécissent; en un mot, « le sol parisien ne semble plus fait que « pour recevoir des pierres entassées pour « nous servir de prisons... L’autorité, char- « gée de veiller au bien-être des citoyens, « devrait intervenir par ses réglements, pour « diriger les travaux des constructeurs, et (( empêcher qu’une aveugle cupidité ne pré- « pare aux habitants des villes qui, comme « Paris, s’agrandissent chaque jour, dessour- « ces où ils puiseront les germes de nom- « breuses maladies, et les causes d’une mort « prématurée, »
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suffisamment spacieux. Dans ces entresols si bas que la tête touche presque au plafond, dans ces combles lambrissés, où l’on entre à peine sans se baisser, l’air est incessamment altéré par la respiration. Les appartemens élevés sont plus froids , il est vrai : mais , alors que les autres abrègent la vie, ils l’entretiennent et la prolongent.
Toute pièce où l’on couche doit avoir un jour direct; lorsqu’il est pris sur une autre pièce ou sur un escalier, il ne donne pas assez d’accès à l’air extérieur. Les alcôves, les chambres, les cabinets obscurs, sont malsains : la lumière est un principe vivifiant.
Il faut nous rendre cette justice de
dire que nous sommes aujourd’hui plus soigneux de la propreté de nos maisons que ne l’étaient nos pères.
Leluxe etla magnificence des palais de Louis XIV n’empêchaient pas qu’ils ne fussent fort mal tenus sous le rapport de la propreté *.
Quelques progrès cependant que nous ayons faits, nous sommes encore loin d’égaler, sous ce rapport, les Belges nos voisins , et naguère nos compatriotes. Pauvres ou riches chez eux tiennent également à
* « Le Roi et Monsieur étaient habitués , « dès leur enfance , à la saleté de l’intérieur « des maisons, en sorte qu’ils ne croyaient « pas que cela pût être autrement. >; Correspondance de la duchesse d’Orléans, mère du
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honneur de voir tout ce qui leur appartient propre, soigné, luisant.
Le pavé des cheminées, le parquet des hôtels, le marbre des palais, sont également lavés, séchés et frottés chaque jour; les vestibules, les corridors, les escaliers , sont nettoyés avec autant de soin que l’intérieur des appartements *, et
* On raconte que l’empereur Charles- Quint, traversant un village de Hollande , témoigna à un des notables du lieu le désir de voir l’appartement de sa femme. Le brave homme prie Sa Majesté impériale d’attendre qu’il en ait obtenu la permission. Il court vers sa femme, et lui dit le désir de l’empereur. Celle-ci hésite un moment, et s’écrie : Non ! il ne voudrait pas se déchausser. (En Hollande, les femmes ont une telle attention à garantir leurs chambres particulières
cette recherche tourne également au profit de l’agrément de la vie, et du maintien de la santé.
Les appartements à Paris se divisent en trois spécialités : appartements de maîtres, appartements de ménages, logements de garçons.
Les premiers, auxquels en général on a sacrifié l’élégance et la commodité du reste de la maison, ne laissent rien à désirer. C’est là que l’architecte s’est plu à développer toutes les recherches, toutes les ressources de son talent ; il ne s’agit pas, pour faire choix d’un appartement de ce genre, d’avoir du goût, il ne faut que de l’argent, de tout ce qui pourrait les salir, que le mari n’y entre point avec ses souliers.)
L’appartement de l’homme marié, jouissant d’une fortune convenable, est plus difficile à choisir.
C’est en général au troisième étage qu’on le trouve. Un salon , deux chambres à coucher, une chambre d’enfants , la salle à manger, l’antichambre et la cuisine le composent.
Les domestiques sont relégués dans les combles , et souvent l’écurie est dans une maison voisine.
Quant au logement de garçon , rien n’est plus commun; pas d’étage où l’on ne trouve une antichambre , un petit salon , une élégante chambre à coucber : pourvu que le papier soit frais , les cheminées modernes, et les meubles élégants , si la femme de ménage est
intelligente , le frotteur exact, un garçon doi t être très-bien logé.
Il est toutefois un point délicat auquel un garçon ne saurait attacher trop d’importance , et qui, bien qu’en dehors du logement, ajoute ou ôte beaucoup à son prix :
c’est le choix d’une portière.
La portière est l’intermédiaire obligé entre le garçon, sa famille , ses amis; c’est elle encore qui reçoit la correspondance, qui répond aux informations, donne les renseignements, perçoit les loyers, congédie les fournisseurs ; avec son cordon , elle tient, en quelque sorte dans ses mains, le repos de son locataire célibataire. Il doit à tout prix la mettre dans ses intérêts. Le
262 CODE DE LA TOILETTE, meilleur et le plus simple moyen pour atteindre ce but, est de choisir sa portière pour femme de ménage.
Une fois sûre de ses gages, elle s’initie aux petits mystères de la vie de garçon, cesse d’être un incommode Argus, devient prodigue de politesse, d’attentions.
Quant on réfléchit au bien, au mal que peut faire une portière, on ne saurait hésiter d’acheter son dévouement. Que de belles réputations commencées par les panégyriques dont retentissaient les loges d’un quartier ! que de fortunes, que de successions, que de mariages manqués pour une indiscrétion de portière !