Code des couleurs
Dans deux notes publiées en 1906 (1) j'ai exposé un projet de création d'un Code des Couleurs, ouvrage qui, après bien des vicissitudes, voit enfin le jour.
Ce Gode doit sa naissance aux Champignons. Malgré ce point de départ, son application n'est nullement limitée à ce sujet ; il doit au contraire trouver son emploi dans toute circonstance où l'on a besoin de préciser une désignation de couleur. Le court exposé qui va suivre, en expliquant comment le Code est né, fera comprendre les raisons qui ont motivé la méthode adoptée, le format et surtout l'absence presque complète de noms de couleurs.
Il est d'usage en histoire naturelle de conserver avec soin tous les échantillons ayant servi aux auteurs pour la rédaction de descriptions originales d'espèces ou A^ariétés nouvelles ; cela permet, en cas de doute, de se reporter aux types et de faire des com-
1. Paul Klincksieck, Un nouveau répertoire des couleurs à l'usage des naturalistes. (Bulletin de la Société botanique de France, tome 53 (1900), 7 pages, et Bulletin de la Société mycologique de France, tome 22 (1900), 5 pages).
paraisons. Cette conservation est en général assez facile pour les insectes, les oiseaux, les crustacés, les coquilles et pour la plupart des plantes; d'autres sujets exigent l'immersion dans des liquides, alcool ou formol. Il y en a bien qui perdent leur couleur, mais la forme se conserve d'habitude suffisamment pour pouvoir servir de base à des études nouvelles.
Il n'y a qu'un groupe de végétaux dont la conservation n'a encore pu être réalisée, ce sont les Champignons charnus, chez lesquels la couleur est aussi indispensable à connaître que la forme pour différencier un grand nombre d'espèces. x\ussi ceux qui s'occupent de leur étude en sont-ils réduits à se servir d'images en couleur plus ou moins bien reproduites (plutôt mal que bien) de ces végétaux, et de descriptions complétant l'image.
Dans ces descriptions de Champignons, les désignations des couleurs occupent une large place; si large que souvent les mycologues (spécialistes se consacrant à cette étude) en sont au désespoir.
Un savant suédois, E. Frics, mort en 1878, à l'âge de 84 ans, qui a consacré presque toute son existence à l'étude des Champignons et dont les ouvrages font autorité en la matière, s'est servi dans ceux-ci de 840 noms pour désigner les couleurs de ces végétaux fugaces. Dans ce nombre considérable, il y a 10 dénominations rien que pour le blanc! Malheureusement pour ceux qui sont venus après lui. Fries n'a laissé aucun écrit et surtout aucun échantillon permettant d'établir ce qu'il entendait désigner par tant de noms
et de synonymes. Ces derniers, souvent, n'avaient d'autre but que d'éviter une répétition du môme terme : Fries compliquait par amour de l'élégance de la forme.
Aussi les doléances des mycologues sont-elles vives, car ils ne parviennent pas à se faire comprendre entre eux. Loin de diminuer, les noms donnés aux couleurs des Champignons ont au contraire considérablement augmenté, suivant la fantaisie de chacun. Il n'y a aucune règle, donc nul frein.
Le contact fréquent, des discussions avec des mycologues et un intérêt personnel m'attachant à l'étude des Champignons, m'ont invinciblement poussé à chercher un terrain d'entente. Après avoir examiné ce que d'autres avaient fait sous ce rapport, consulté les Répertoires, Grammaires, Gammes, Échelles et autres tableaux de couleurs, reconnu l'insuffisance des uns, le trop de volume ou le manque de méthode des autres, j'ai cru en toute modestie pouvoir faire mieux et... je me suis trompé. Heureusement qu'une bonne fortune me fit faire la connaissance de M. Th. Valette, chimiste aux Gobelins et occupant dans notre Manufacture Nationale les fonctions qu'y illustra le célèbre Chevreul.
Je fis part à M. Valette de mes déconvenues et de mon désir de persévérer pour arriver à doter, non seulement les naturalistes, mais le public en général d'un Code des Couleurs simple, facilement applicable et portatif. De mon projet premier, il ne restait que le format de poche et un numérotage unique, excluant à peu près tous les noms de couleur. Ce projet, repris en
commun, complété et exécuté par un savant praticien aussi modeste qu'habile, a demandé bien des recherches, bien des travaux pénibles de sa part. Sans M. Valette, il m'eût été impossible de mener à bonne fin une œuvre semblable.
De ce qui précède, il résulte qu'un Code pratique doit : 1° avoir un format de poche afin de pouA'oir servir à tout moment; 2° ne pas octroyer un nom à chaque ton, ce qui ne ferait que continuer le gâchis, vu l'impossibilité de trouver des noms de couleurs assez nombreux, compris et acceptés par tout le monde.
D'autre part, vouloir contraindre le public à désigner les couleurs suivant la méthode Ckevreul, par exemple le n° 179 par « 3e orangé jaune rabattu à 3 » serait ne rien faciliter, ni laisser la moindre impression dans l'esprit de celui qui se servirait du Code. AuxGobelins, cette notation se pratique, mais dans la vie courante elle m'a paru d'une application absolument impossible.
Si le Code s'adressait à une catégorie spéciale d'intéressés, on aurait pu ajouter les noms dont ceux-ci se servent à un assez grand nombre de numéros, mais c'eût été restreindre son emploi. Voulant arriver à généraliser ce Code et en faire un ouvrage international, la seule issue était de réduire les noms des couleurs à G, celles du spectre, et de donner à chaque couleur ou ton un numéro d'ordre. De la sorte toute confusion, toute équivoque disparaissant, l'on pourra désigner chacune des 720 couleurs par un simple numéro, sans avoir à se fatiguer pour trouver dans
les trois Règnes ou ailleurs le nom d'un équivalent qui lui ressemble plus ou moins vaguement.