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Sources de lumière, colorées

Lumières

Ce que nous venons de dire a trait à la lumière solaire qui nous est familière et que nous considérons comme blanche, mais il y a bien d'autres sources lumineuses. La lune et les étoiles sont lumineuses, la première par réflexion de la lumière solaire ; les secondes ont une lumière propre comme le soleil, quelquefois colorée, mais d'une intensité trop faible pour nous influencer d'une façon perceptible. Notons en passant

qu'on attribue quelquefois, et à tort, à la lumière de la lune une action destructive sur les couleurs et les teintures plus grande que celle du soleil. La lumière de cet astre n'est que de la lumière solaire réfléchie et considérablement affaiblie.

C'est la lumière de l'arc électrique et celle du magnésium qui se rapprochent le plus de la lumière solaire. Celles de l'acétylène et de la lumière oxhydrique contiennent déjà plus de rayons jaunes, les becs à incandescence par le gaz aussi. Enfin, la lumière du gaz ordinaire, du pétrole, des lampes à incandescence électriques, de la bougie, est riche en rayons jaunes et rouges. Rien ne vaut la lumière du jour pour juger de la couleur d'un objet; cependant, dans certaines teintureries, on échantillonne à la lumière électrique, en tenant compte de la richesse de cette lumière en rayons violets, ou en corrigeant celte lumière avec des globes teintés. Même au jour il est préférable de ne pas se placer en plein soleil, l'œil étant ébloui, et une lumière intense changeant l'apparence des nuances .

Un corps coloré n'a pas une couleur immuable. Celle-ci peut A-arier suivant les conditions dans lesquelles on l'observe. L'éloignement, la réflexion spéculaire, la transparence, l'état de la surface peuvent la modifier notablement. C'est ce que l'on observe avec certaines feuilles de végétaux qui sont vertes vues de face et blanchâtres, inclinées. Avec certains insectes la difficulté est plus grande : les couleurs changeant avec l'inclinaison sont presque insaisissables.

La couleur des corps est aussi fortement altérée si la lumière incidente est colorée. A la lumière rouge, un papier rouge ou une fleur rouge paraissent blanc rougeàtre; on peut à peine les distinguer d'une fleur ou d'un papier blancs; un papier bleu, une fleur bleue paraîtront noirs. Éclairés par un vitrail jaune, les objets qui ne sont pas blancs ou jaunes paraîtront noirs.

.'{. — Des couleurs matérielles ou pigments colorés.

On appelle pigments de préférence des corps colorés insolubles dans les conditions habituelles, et teintures des corps colorés, généralement solubles et susceptibles de communiquer leur coloration à divers textiles ou autres matières. La ligne de démarcation n'est pas très nette entre ces deux sortes de corps et l'on voit des pigments qui peuvent être employés comme teintures et des teintures donner naissance à des pigments. Ceux-ci sont employés dans les arts, et principalement pour la peinture, broyés avec un ^ véhicule, eau ou huile. Leur origine est quelquefois naturelle, mais la plupart sont préparés artificiellement (jaune de chrome, outremer, vermillon, bleu de Prusse). On peut ranger clans cette catégorie, les laques (1) qui sont obtenues en fixant sur une base

1. Ces laques n'ont rien de commun avec les laques de Chine qui ne sont que le suc desséché et oxydé à l'air de certains végétaux (Rhus ve.rnici fera entre autres ou arbre à laque). On appelle aussi quelquefois laques des vernis à l'alcool ou à l'essence colorés ou non. Certains colorants normalement solubles dans l'eau, deviennent insolubles par l'addition d'un précipitant quelconque

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blanche minérale un colorant naturel ou artificiel, laques de garance, de gaude, couleurs d'aniline.

Les teintures étaient autrefois exclusivement d'origine naturelle. L'abondance des sucs végétaux colorés, la facilité avec laquelle les textiles mis en contact avec certains de ces sucs prenaient leur coloration, devaient donner aux peuples les plus primitifs l'idée de la teinture.

Les colorants jaunes sont très répandus dans la nature, non seulement dans les fleurs, mais dans tous les organes des plantes. Les sommités fleuries de la gaude (Reseda luteola) sont employées depuis fort longtemps à la production d'une couleur jaune, belle et solide, et d'une laque pour la peintune fine ; le quercitron (Quercus tinctoria), la racine de curcuma, le fustet, les bois jaunes, les divers Rhamnus (nerpruns), l'épine-Adnette, le Gardénia grandiflora, les fleurs du safran, le suc d'aloès, les innombrables fleurs jaunes du peuplier, sorgho, dahlia, genêt, etc., ont reçu des applications plus ou moins étendues aArant l'emploi des couleurs tirées de la houille.

Les colorants verts naturels se rapprochent plus ou moins de la chlorophylle (matière verte des feuilles qui se forme sous l'influence de la lumière) ; sa couleur est modifiée en général par la présence de colorants jaunes ou rouges, ce qui explique la grande variété de verts qu'offre le feuillage desA'égétaux.

Les principes bleus sont peu nombreux; les deux

(généralement un sel métallique), la liqueur devient alors incolore et le dépôt fortement coloré constitue une laque dans l'acception que nous donnons ici à ce mot.

plus intéressants sont la cyanine ou principe bleu des fleurs, très instable, et surtout l'indigotine de l'indigo, dont l'industrie a fait de tous temps une grande consommation. L'indigotine existe dans un très grand nombre de végétaux tels que l'Indigofera anil, l'I. tinctoria, FI. argentea, l'Isatis tinctoria (pastel), lePolygonum tinctorium.

Les matières colorantes rouges de toutes nuances sont fort répandues parmi les végétaux : l'alizarine qui est la matière colorante principale de la garance (Rubia tinctorium), l'hématine du bois de Campèche, soluble dans l'eau en violet rouge et qui donne sur les mordants (1) de fer des bleus et des noirs, le santal, les bois rouges ou bois du Brésil, Forseille préparée avec différents lichens, le carthame (Carthamus tinctorius) qui donne sur soie des roses si vifs et si fugaces.

Enfin les colorants bruns, généralement de nature tannique : le cachou, la noix de galle, etc.

Le règne animal donne aussi quelques matières colorantes; tels sont : lapoupre des anciens, produite par divers coquillages, le kermès, la cochenille, la laque, produits par des insectes du genre « Coccus ».

Les progrès de la chimie ont permis de reproduire synthétiquement (2) un grand nombre de matières colorantes naturelles. C'est ainsi que l'on produit l'alizarine artificielle avec l'anthracène, carbure retiré du

\. Substance dont on imprègne les étoffes pour leur faire prendre la teinture.

2. La synthèse est la reconstitution d'un produit complexe en partant des éléments ou de produits plus simples. C'est l'opération inverse de l'analyse.

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goudron de houille, l'indigotinc avec le phénylglycocolle formé par la réaction de l'acide trichloracétique sur l'aniline, la lutéoline de la gaudc, les matières colorantes du quercitron; des graines de Perse ont aussi été reproduites ; celles du bois de Campêche et de la cochenille ont résisté jusqu'à présent aux tentatives des chimistes. A côté de ces synthèses l'industrie chimique produit quantité de matières colorantes magnifiques comme éclat, et quelquefois très solides, dérivées des carbures d'hydrogène, retirés de la distillation de la houille. De ce nombre sont la fuchsine, les couleurs azoïques, ponceaux, orangés, bruns, etc., les rhodamines, les couleurs d'alizarines dont les dérivés s'accroissent tous les jours et qui présentent des qualités remarquables de solidité. La mauvaise réputation au point de vue stabilité des couleurs artificielles (1) n'a donc plus sa raison d'être, dans certains cas, encore assez rares il est vrai.

Enfin l'intervention d'un colorant n'est pas nécessaire pour qu'il y ait production de couleur. Les phénomènes d'interférences dus aux lames minces, et de polarisation de la lumière donnent naissance à des nuances d'une grande richesse, les plus belles peutêtre qu'il nous soit donné d'observer. Les couleurs des papillons, des insectes, des plumes d'oiseaux en sont un exemple.

1. Ces couleurs sont souvent appelées « couleurs d'aniline » bien que l'aniline ne soit pas seule à leur donner naissance. L'aniline est un dérivé de la benzine; les dérivés de la naphtaline, de l'anthracène, etc., ont produit des colorants très appréciés.

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Classification des couleurs.

Les couleurs du spectre solaire étant les plus pures que l'on puisse voir, il devenait tout naturel de les prendre comme types de comparaison et comme point de départ d'une classification des couleurs.

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