‹ Code des couleursChapitre 5 sur 11 · VERT · texte numérisé non relu

VERT

Fig. 1.

C'est ce qu'a fait Chevreul ainsi que nous allons l'indiquer.

Avant le xixe siècle quelques essais de classification des couleurs avaient été tentés, mais il faut arriver à Chevreul pour voir ce projet réalisé d'une façon rationnelle et méthodique.

Chevreul, Directeur des teintures à la Manufacture

Nationale des Gobelins, a fait exécuter en laine les diverses gammes de sa classification ; celle-ci sert encore aux artistes de cette maison dans leurs travaux de tapisserie et c'est elle, mais notablement simplifiée, qui nous a servi pour le Gode des Couleurs.

Les trois couleurs simples, le bleu, le jaune et le rouge, furent choisies d'un commun accord par une réunion de savants assistés d'habiles teinturiers, aussi pures et aussi équidistantes que possible, et disposées aux trois sommets d'un triangle équilatéral inscrit dans un cercle.

Entre elles furent placées, le vert, X orangé et le violet, couleurs binaires formées du mélange par parties égales des trois couleurs simples deux à deux.

L 'orangé entre le jaune et le rouge, le vert entre le jaune et le bleu, le violet entre le rouge et le bleu.

Dans les intervalles de ces six couleurs prirent place :

Le rouge orangé entre le rouge et l'orangé.

\J orangé jaune entre l'orangé et le jaune.

Le jaune vert entre le jaune et le vert.

Le vert bleu entre le vert et le bleu.

Le bleu violet entre le bleu et le violet.

Le violet rouge entre le violet et le rouge.

Enfin, entre deux couleurs consécutives, on mit cinq couleurs régulièrement dégradées et suffisamment rapprochées au point de vue pratique. On leur donna les numéros 1, 2, 3, 4, 5 ; les couleurs citées plus haut étant considérées comme ayant le chiffre 0.

Voici donc, en partant du rouge, la succession des couleurs :

Rouge 5e ronge.

1er rouge, 2° rouge, 3e rouge, 4e rouge,

llouge orangé : 1er

rouge orangé, 2e rouge orangé, 3e, 4e, 5e rouge orangé.

Orangé : 1er, 2e, 3°, 4e, 5° orangé, etc., jusqu'au 5e violet rouge qui permet de revenir au rouge en ayant effectué un cercle complet. Il est évident que l'on peut prendre comme point de départ une couleur quelconque au lieu du rouge.

On réalise ainsi ce que Chevreul a appelé le « Cercle Chromatique », contenant 72 couleurs dites franches.

Chacune de ces couleurs est alors prise séparément et dégradée en 20 tons, depuis la plus claire jusqu'à la plus foncée, la normale du cercle occupant le 10' ton, le blanc étant considéré comme le ton 0 et le noir comme le ton 21.

Les 72 couleurs du cercle donnent ainsi naissance à 72 gammes de 20 tons, soit 1440.

Enfin, sur ces 72 gammes, on superpose l/10e, 2/10°,

3,10e, 9/10e de noir, ce qui donne les tons rompus

ou rabattus, soit en tout 14.400, et, aAec les 21 tons de gris du blanc au noir qui ne peuvent dériver du cercle chromatique, le blanc ni le noir n'étant des couleurs, 14.421.

Pour nommer une couleur avec cette méthode :

1° Si elle est pure et à son maximum d'intensité, on la trouve dans le cercle. Exemple : rouge orangé, 3e vert bleu, 5e bleu violet.

2° Si elle est éclaircie ou foncée, on cherche dans le cercle la couleur qui s'en rapproche le plus, puis dans la gamme dégradée correspondante on trouve le

type voulu. On lui donne alors le nom de la couleur primitive du cercle suivi du numéro du ton de la gamme auquel on s'est arrêté. Exemple : 4P orangé jaune 3e ton ; jaune vert 12° ton.

3° Enfin, si la couleur est grisée ou rabattue, on ajoute aux dénominations précédentes le degré de rabat : 4B orangé jaune 3/10e de rabat ou simplement 3/10*, jaune vert à 2/10°, bleu violet à 8/10e.

On peut reprocher à cette nomenclature sa pauvreté en tons clairs et l'abondance des couleurs foncées ; la confusion établie entre les foncées des gammes etles rabattues qui n'en diffèrent pas essentiellement. Telle qu'elle est, elle a le mérite incontestable d'avoir été réalisée matériellement, et elle a déjà rendu de signalés services. De plus, elle offre un moyen simple de dénommer, sans confusion possible, une nuance quelconque aussi complexe soit-elle. Il est regrettable qu'elle n'ait pas été acceptée par l'industrie où les dénominations fantaisistes et arbitraires des couleurs continuent à être employées, par exemple : vert pomme, bleu électrique gorge do pigeon, fuligineux, gris perle, aurore, jaune d'or, jaune d'œuf, vert pré, vert gai, sans compter, fauve, chaudron, etc., qui ne signifient rien de précis.

Gode des Couleurs à l'usage des naturalistes.

Il y aurait certainement un énorme intérêt à créer pour les sciences et les arts un code de couleurs général servant de référence. Il permettrait, entre

correspondants éloignés, d'éviter dans les descriptions les dénominations toujours vagues concernant la couleur et de les remplacer, soit par la nomenclature de Chevreul, soit par un simple numéro d'ordre. C'est à cette dernière combinaison que nous nous sommes arrêtés pour notre Gode des Couleurs.

Un code industriel demanderait plusieurs milliers de teintes pour les comprendre toutes. Pour notre Code, il ne fallait pas y songer, la nécessité d'employer un petit format, aisément transportable, d'abréger les recherches et aussi de diminuer le prix de revient, ce qui a également son importance, nous l'interdisait. D'ailleurs les 14.421 tons de Chevreul sont tellement rapprochés qu'un œil très exercé peut seul constater une différence entre deux tons consécutifs. Les naturalistes ne sont pas aussi exigeants et Chevreul luimême admettait la suppression possible de plusieurs milliers de tons de sa classification. Pour les raisons citées plus haut, nous nous sommes arrêtés à 720 tons.

Confection du Gode des Couleurs.

En ce qui concerne la partie matérielle de la préparation du Code des Couleurs, il y avait lieu de considérer en première ligne la solidité des teintes. Cependant, celle-ci étant choisie la meilleure possible, il sera prudent de refermer soigneusement le Code dès qu'on s'en sera servi, car, outre qu'il n'y a guère de couleurs absolument inaltérables, le papier, la

colle, finissent par jaunir à la lumière et dénaturer les couleurs.

L'emploi des encres d'imprimerie ne se prêtant guère à des pesées exactes, nous avons dû adopter les couleurs à la colle pour papiers couchés, recouvertes d'une couche de gélatine insolubilisée. Gomme ce genre de produits ne s'accommode pas de l'imprestion typographique, il fallut avoir recours à un autre procédé, puis couper ces feuilles en morceaux de dimensions telles qu'on puisse en placer 30 par page.

Sur les 72 couleurs franches, 24 ont été choisies, régulièrement espacées. Ce sont, par conséquent, nommés d'après le système de Chevreul : le rouge — 3e rouge — rouge orangé — 3° rouge orangé — orangé — 3e orangé — orangé jaune — 5e orangé jaune — jaune — 3e jaune — jaune vert — 3e jaune vert — vert — 5e vert — vert bleu — 3e vert bleu — bleu — 3° bleu — bleu violet — 3e bleu violet — violet — 3e violet — violet rouge — 3e violet rouge, — qui constituent les couleurs normales occupant la tète, à gauche de chaque page (1).

Au-dessous, quatre couleurs éclaircies, contenant chacune moitié moins de couleur que celle immédiatement supérieure. — Voici pour la première rangée verticale. Les 2e, 3e, 4e et 5° rangées verticales sont formées des mêmes mélanges que la première, additionnés de 10, 25 et 75 de noir pour 1.000, propor-

1. Pour simplifier, nous supprimons dans les tableaux le ternie 3". Pour nous, du rouge à l'orangé, ce sont des rouges de nuances différentes; de l'orangé au jaune, des orangés de plus en plus jaunes, etc., ainsi que nous le dirons plus loin.

tion qui nous a paru satisfaire l'œil. Ces quatre rangées représentent les rabattues de la première.

Nous avons ainsi 25 couleurs par page double.

La lre page comprenant, avec le rouge normal, ses éclaircies et rabattues de 1 à 25.

La 2e page avec le 3e rouge, ses éclaircies et rabattues de 26 à 50.

La 3° page avec le rouge orangé, ses éclaircies et rabattues de 51 à 75.

La 4e page avec le 3e rouge orangé, ses éclaircies et rabattues de 76 à 100.

La 5° page avec l'orangé, ses éclaircies et rabattues de 101 à 125.

La première centaine représente donc les dérivés du rouge de plus en plus orangés, jusqu'à l'orangé.

La deuxième, les dérivés de l'orangé de plus en plus jaune, jusqu'au jaune.

La troisième, les dérivés du jaune.

La quatrième, les dérivés du vert.

La cinquième, les dérivés du bleu.

La sixième, les dérivés duATiolet.

Nous avons dit que les couleurs porteraient un simple numéro d'ordre sans autre indication. Cependant il y a une relation simple entre cette numération et la couleur qu'il est aisé de conserver présente à la mémoire avec un peu de pratique.

Les premières colonnes de chaque page comprennent le ton normal et ses éclaircies et portent des numéros toujours terminés par 1 et 6 (1 et 1 -f- 5).

Les 2e rabattues au 1er degré par 2 et 7 (2 et 2+5).

Les 3e 2e — 3 et 8 (3 et 3+5).

' ' kmm i "•

Les 4e rabattues au 3e degré par 4 et 9 (4 et 4+5).

Les 5e 4e — 5 et 10 (5 et 5 5+5) .

Ainsi 540 représente un dérivé du bleu rabattu au 4° degré (5e colonne).

Ainsi 312 représente un dérivé du jaune rabattu au 1er degré (2° colonne).

Ainsi 216 représente un dérivé d'orangé franc (lre colonne).

Tout ceci nous représente 24 fois 25 tons, soit 600.

Frappés de la pauvreté de notre Code en tons clairs, nous avons ajouté pour chaque gamme cinq tons clairs. Sauf le premier de ces tons, qui est une éclaircie faisant suite aux couleurs de la l10 rangée verticale (1), les quatre autres tons durent être choisis un peu arbitrairement. En effet une gamme de 25 tons peut donner une infinité de tons clairs par mélange avec des quantités croissantes de blanc; mais, pour les raisons citées plus haut, nous ne pouvions augmenter le volume du Code. Nous nous sommes donc limités à ces quatre tons, en prenant comme point de départ la lre couleur de la 3e colonne (renfermant 25°/00 de noir) et en l'éclaircissant notablement et successivement. Ces quatre tons portent le numéro de la couleur de laquelle ils dérivent suivi de la lettre A, B, C ou D, A étant toujours le ton le plus clair, D le plus foncé.

Les gris purs ont été supprimés, tous les gris offerts par la nature étant des gris nuancés de jaune, de bleu, de violet, etc., et se trouvant dans le Code.

1. Le chiffre désignant ce premier ton est précédé d'un zéro.

Tous les mélanges du Gode des Couleurs sont obtenus par pesées et pourraient, au besoin, ê\tre reproduits exactement. Il est à remarquer, à ce propos, que lorsque Chcvreul dit qu'une couleur est rabattue à 4/10°, cela ne veut pas dire que cette couleur contient 6/10° de couleur et 4/10° de noir. Gela signifie qu'entre la couleur primitive et le noir on a placé un certain nombre de tons de façon à faire 10 en tout, espacés de manière à satisfaire l'œil et à donner une gradation régulière. On a alors pris simplement la 4e des nuances obtenues. Nous avons d'ailleurs pu observer que certains colorants sont complètement éteints quand on les mélange avec 4/ 10e d'un noir matériel.

Pendant que nous sommes à cette question des mélanges, remarquons encore ceci : c'est que les colorants se dénaturent souvent par l'addition de blanc. Les jaunes deviennent verdàtres, les bleus également, les violets et les rouges plus bleus. En général, une couleur en s'éclaircissant prend du bleu, en se fonçant du rouge. Nos tons étant faits par pesées, nous avons été obligés d'accepter ce fait sans chercher à le corriger. Nous reviendrons d'ailleurs aussi sur ce point.

Page 1