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Examen des couleurs complémentaires

Contrastes.

11 ne suffit pas d'avoir une bonne classification des couleurs, il faut encore être à môme de les juger. Bien que l'œil soit très susceptible d'éducation, et si l'on en

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excepte certains défauts de la vision, assez rares, comme le daltonisme, la grande majorité des observateurs voit les couleurs à peu près de la môme façon .

Pour cela on doit cependant tenir compte de certaines conditions capables de les dénaturer si l'on n'y fait attention.

On appelle couleurs complémentaires deux couleurs qui, mélangées optiquement, donnent du blanc. Il ne faut pas confondre le mélange des rayons colorés avec le mélange des pigments ; la superposition optique du bleu et du jaune donne sensiblement du blanc, le mélange matériel du bleu de Prusse et du jaune de chrome donne du vert.

Chevreul considérait comme complémentaires deux couleurs situées dans le cercle chromatique aux deux extrémités d'un même diamètre.

Le rouge serait complémentaire du vert.

Le 3e rouge du 3e vert.

Le 3e violet du 3° jaune.

Le bleu — de l'orangé.

Le noir se comporte comme ayant pour complémentaire le blanc, et réciproquement.

Deux couleurs juxtaposées peuvent réagir l'une sur l'autre : 1° par contraste de ton, 2° par contraste de couleur. Contraste de ton : Une couleur claire parait plus claire, mise sur un fond foncé, une couleur foncée plus foncée sur un fond clair. La différence tend à s'exagérer. Remarquons en même temps qu'un objet blanc parait sur un fond noir plus grand 'qu'il n'est en réalité par suite de ce que l'on appelle Y irradiation. Le phénomène est encore plus frappant avec

un corps lumineux place sur un fond sombre. Par contre, un objet noir paraîtra plus petit qu'il n'est, placé sur un fond blanc.

Contraste des couleurs. — On distingue le contraste simultané et le contraste successif.

Une couleur quelconque juxtaposée à une autre couleur se teinte de la complémentaire de celle-ci qui , elle-même, est influencée par la complémentaire de la première. Si les deux couleurs étaient déjà complémentaires, elles s'exaltent, au point de donner quelquefois un assemblage insupportable à l'œil.

Un dessin gris (fig. 2) placé successivement sur un fond vert (fig. 3), bleu (fig. 4), jaune (fig. 5), paraîtra rose, orangé, violet. (Voir les figures pages 82 et 83.)

Un papier blanc placé à côté d'un papier rouge vif se borde d'un liseré vert au contact du rouge; avec un papier jaune, le liseré est bleu violet.

Si l'on place sur un papier blanc ou gris, un rond ou un découpage pris dans un papier coloré et qu'on enlève brusquement ce découpage après l'avoir bien fixé avec le regard, on voit apparaître à sa place, pendant quelques instants, la complémentaire limitée par les mêmes contours que le découpage. C'est ce que l'on appelle le contraste successif, dont les lois furent découvertes par Chevrcul, en 1878. Ce savant montrait le contraste rotatif, en prenant des disques de carton, mi-partie blanche, mi-partie colorée. Le disque tournant à une certaine vitesse, si on laissait celle-ci se ralentir jusque vers 40 à 50 tours à la minute, on voyait la partie blanche se teinter nettement de la complémentaire du secteur coloré.

Les ombres portées par un corps opaque éclairé par une lumière monochrome sont teintées par la complémentaire de cette lumière. Le soleil couchant, qui est orangé, donne des ombres bleues; au contraire, la lumière de la lune, qui est bleutée, donne des ombres jaunâtres. Ces couleurs, appelées par Buffon couleurs accidentelles, furent étudiées avec beaucoup d'attention par le Père Scherffer et surtout, comme nous l'avons dit, par Chevreul qui a montré que la cause de ces phénomènes résidait dans la lumière blanche qui est toujours réfléchie par les corps matériels en môme temps que leur propre couleur. C'est par suite du contraste simultané qu'une fleur rouge parait beaucoup plus éclatante sur le fond vert du feuillage qu'elle n'est en réalité, que le jaune du cœur de certaines Pensées s'exalte sur le fond violet sombre des pétales de ces fleurs.

D'ailleurs, l'assemblage de deux complémentaires est généralement harmonieux, si l'on a soin de ne pas les choisir à la même hauteur de ton, et de prendre l'une d'elles rabattue ou grisée. Ainsi le grenat et le vert pâle, le rose et le vert bronze, le jaune clair et le violet foncé, deux à deux, donnent un ensemble agréable.

On peut faire accepter la juxtaposition de deux complémentaires éclatantes en interposant du noir entre elles. Le noir, d'ailleurs, va bien avec toutes les couleurs. Associé à l'une d'elles, il se teinte de la complémentaire de celle-ci. Le même noir paraîtra bleuie sur fond orangé, jaune verdàtre sur fond violet, rougeàtrc sur fond vert. Il paraîtra plus noir sur le

fond blanc que sur tous les autres. Le noir absolu de Chevreul ne donne lieu à aucun phénomène de contraste. On réalise le noir absolu en perçant un trou dans la paroi d'une boite noircie intérieurement. Aucun noir matériel ne peut rivaliser comme beauté et profondeur avec le noir ainsi produit.

Quand on examine une couleur, on doit éviter do fatiguer l'œil. Cette fatigue se produit beaucoup plus rapidement qu'on ne le croit généralement. Lorsqu'elle se produit, il suffit de fixer quelques instants la complémentaire. Ainsi quand on a regardé attentivement et successivement un grand nombre d'objets rouges, les derniers paraissent moins éclatants que les premiers (1). Il suffit alors de regarder du vert quelques secondes pour rendre à l'œil la sensibilité première. L'examen d'une couleur doit donc se faire rapidement, et il est bon d'isoler la couleur de tout fond coloré ou de choisir pour celui-ci un ton neutre, gris clair, par exemple.

Les couleurs complémentaires ont été utilisées par M. Rosenstiehl, dont les beaux travaux ne peuvent être passés sous silence lorsqu'on parle de couleur, pour la confection de gammes auxquelles il a donné la qualification do, gammes esthétiques.

D'après cet auteur, la dénaturation des pigments colorés par addition de blanc matériel, dénaturation dont nous avons déjà parlé, a amené une fausse conception des gammes colorées. Le teinturier qui fait

une gamme de jaune ajoute bien du rouge dans les

1. L'œil fatigué par le rouge a tendance à voir du vert qui superposé au rouge le ternit.

clairs qui auraient tendance à devenir trop verdàtres, mais cette correction est toujours très légère. En opérant les mélanges de complémentaires à l'aide de disques tournants, M. Rosenstiehl a constitué des gammes dont tous les tons ont la même complémentaire. D'après lui également, les complémentaires de Ghevreul ne seraient pas tout à fait exactes, pas plus que les trois sensations fondamentales. Pour celles-ci il choisirait au lieu des bleu, jaune et rouge, le 3e bleu, le 3e jaune vert et Y orangé.

Le bleu aurait pour complémentaire le jaune ; le violet, le 3e jaune Arert, et l'orangé, le vert bleu.

Th. VALETTE.

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échantillons de couleur

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