CONSIDÉRATIONS
MORALZIS^ POI.ITIQUES, LITTERAIRES, PHIXO- SGPHIQUES , LEGISLATIVES , RELIGIEUSES ET BUDGJÊTAIRES , SUR LA COMPAGITIX DES VOLEURS,
Les Voleurs forment une classe spéciale d^à société : ils contribuent au mouvement de Tordre social : ils sont l'huile des rouages : semblables à l'air, ils se glissent partout : les voleurs sont une Mtîon 4 part, au milieu de la nation.
On ne les a pas encore considérés avec sang-froid , impartialité. Et en effet, qui s'occupe d'eux? Les juges, les procureurs du roi, les espions, la ma-
ij CONSIDÉRATIONS
réchaussée et les victimes de leurs toIs, Le juge voit, dans un voleur, le cri* minel par excellence qui érige en science Tétat d'hostilité envers les lois; il le punit. I^ magistrat le trad^uit , et l'accuse : tous deu^ Tont en horreur, cela est juste.
Les gens de police et la maréchaussée sont aussi les ennemis directs des voleurs , et ne peuvent les voir qu'avec
passion.
Les gens honnêtes enfin, ceux qui aont volés, nont guère Tenvie de ..prendre le parti des voleurs. .
Nous avons donc cru nécessaire, avaot de tenter de dévoiler les ruses des voleurs privilégiés .comme non, privilégiés de. tour tes les classeS'^ de nous livrer à des confédérations impartiales sur les. vpleurs; nous seuls, peut-être, pouyion» ies e^u^ xoiner sous, toutes leurs faces. avec. saagff*oid ; et certes, on ne no^s a^pcyseca p^
MORALES y ete. iij
de Yo^loir les défendre, nous qui leur coupons les vivres , et signalons toutes teurs opérations , en élevant dans ce livre un phare qui les. domine. .
Un voleur est un homme rare; la nature l'a conçu en en&nt gâté ; elle a ras* semblé sur lui toutes soirtes de perfec-* tioos.: un sangrfroid imperturbable; une aiidàce à toute épreuve ; l'art de saisis^ l occasion , si rapide et si lente ; la pres*- , tesse^ le courage, une bonne constitution, ^es yeux perçans;, des mains agiles , une
{>%sionoTnie heureuse et mobile; toiss
ces avantages ne son t rien pour le voleur, et forment cependant déjà la somme de talens d'un Annibal, d'un Catiliziai, d'un Marius , d'un César.
Ne &ut-il pas, de plus^ que lé vo« ^ttir connaisse les hommes , leur caractère , leurs passions ; qu'il mente avec adnèsse, prévoie les éveoeméosy jug9 IWenir , possède un esprit fin ^ rapide ;
tV CONSIDÉRÀTlOirS
ait la conception vive , d'heureuses saiU lies^ soit bon comédien, bon mime; paisse saisir le ton et les manières des classes diverses de la société ; singer le commis, le banquier, le général, connaître Leurs habitudes , et revêtir au besoin la toge du préfet de policQ ou la culotte jaune du gendarme ; enfin , chose difficile , inouïe , avantage qui donne la célébrité aux Homère, aux Arioste, à l'auteur tragique, au poète .
comique, ne lui faut-il pas Timagination, la brillante imagination ? ne doit-il pas inventer perpétuellement des ressorts nouveaux? Pour lui, être sifflé^ c'est aller aux galères.
Mais , si l'on vient à songer avec quelle tendre amitié , avec quelle paternelle sollicitude, chacun garde ce que cherche le voleur , largent , cet autre protée; si l'on voit de sang-^froid, comme i;ious le. couvons , serrpps , garantissons ,
MOÈÂLES , etCé t
dissimulons; on conviendi^ au moins que s'il employait au bien les exquises perfections dont il fait ses complices , l6 Toleur serait uii être extraordinaire ^ et qu'il n'a tenu qu'à un fil qu'il devînt un grand homme.
Quel est donc cet obstacle ? ne serait-ce pas que ces gens-là , sentant en eux ime grande supériorité, siyant aussi un pen« chant extrême à l'indolence, effet ordinai« re des talens; se trouvant d'ailleurs dans la misère, mais conservant une audace effrénée dans les désirs, attribut du génie ; nourrissant des haines fortes contre la société qui méprise leur pauvreté ; ne sachant} pas se* contenir par suite de leur force de caractère; et secouant toutes les chaînes et tous les devoirs ; voient dans le vol un moyen prompi; d'acquérir. Entre l'objet désiré avec ardeuret la possession, ils n'aperçoivent plus rien , et se plongent avec délices dans le mal ^ s'y établissent ,
VJ COHSlDÉRATIOlfS
s'y cantdnnent, s j habif^oeôt, et se font des idées fortes , mais bizarres , des corf^ s4queâces de' Tétat social.
Mais que f on réfléchisse ^uiit événe^ fxiens qui condui&ent im homme à cette profession difficile , où tout est ou gaifi ou péril;; où, semblable au pacha qui coTâmande les armées de sa hautesse»
le voleur doit vaincre ou recevoir le cordon; de plus hautes pensées naîtront peut-être au cœur des politiques et des moralistes. - .
liorsque les barrières dont les lois entourent le bien d'-autrui sont franchies^, il faut reconnaître un invincible besoin , une fatalité ; car enfin la société ne donne même pas du pain à tous ceux qui ont faim^;'êt, quand ils n'ont ailcuB moyen d^eni gagner^ '-que youlez-rous qu'ils fassent !^ Mai^ ,* bieft plus , le jour où la masse des malheureux sera plus forte que la masse des riches , l'état social sera
lilORALB» , etc. VÎj
tout atrtrement établi ; et en ce moment FAngleterrre est menacée d'une révolution de ce genre*
La taxe pour les pauvres deviendra exorbitante en Angleterre; et, le jour où, sur trente millions d'hommes, il y en a vingt qui meurent de faim, les culottes de peau jaune , les canons et les chevaux n'y peuvent plus rien. Jl Rome il y eut une semblable crise; les sénateurs firent taer les Gracchus; mais vinrent bientôt Marius et Sylla, qui cautérisèrent la plaie en décimant la république.
Nous ne parlerons pas du voleur par goi^t , dont le docteur Gall a prouvé le malheur , en montrant que son vice est le résultat de son organisation :
cette prédestination serait par trop embarrassante, et nous ne voulons pas conclure en faveur du vol, nous voulons seulement exciter la pitié et la prévoyance publiques.-
VUj COKSIDÉRÀTIOirS
-En effet, reconnaissons'a'U moins dand ï homme social une sorte d'horreur pour le Tol , et 9 dans cette hypothèse, adniettons de longs combats, un besoin cruel, de progressifs remords , ayant que laf con»
science n'éteigne sa voix ; et , si le combat a eu lieu 9 que de désirs contraints^ que d'aff^e^ses nécessités , quelles peines, n'aperçoit-on pa(^ entre l'innocence et le vol l
La plupart des voleurs ne manquent pas d'esprit , d'éducation ; ilso^t failli par degrés, sont tombés, par suite de malheurs oubliés du monde , de leur splendeur à leur misère , en conservant leiirs habitudes et leurs besoins. Des valets intelligens vivent sans fortune eo présence des richesses , tandis que d'autres se laissent dominer par les passions j le jeu, l'amour, et succombent au désir d'acquérir l'aisance pour toute la vie, et cela d'un seul coup, en un moment
La foule voit un homme sur un banCy le voit criminel , Ta en horreur , et cependant un prêtre, en examinant l'âme ^ y voit souvent naître le repentir. Quel grand sujet «de réflexions l La religions .
chrétienne est sublime quand ^ loin de se détourner avec horreur, elle tend son sein et pleure avec le criminel.
Un jour, un bon prêtre fut appelé pour confesser un voleur prêt à marcher au supplice ; c'était en France , au temps où l'on pendait pour un écu'volé, et la scène avait lieu dans la prison d'An* gers.
Le pauvre prêtre entre , voit un ' homme résigné ; il l'écoute. Il était père de famille r sans profession ; il avait volé pour noiu^rir ses enfans , pour parer sa femme qu'il ain^ait ; il regrettait la vie ^ toute pénible, qu'elle fût pour lui. Il supplie le prêtre de le sauver. Les croisées étaient basses, le criminel s'échappe^
et l'eccléskisttque sort brusquemekit Sept ans après le prêtre voyageait; il arrive le soir à on village, dans le fond du BoorboBiiais ; il demande l%aspïta' lité à la porte d'une ferme. *
Sur le banc étaient le fermier, sa femifie et ses enfens ; ils jouaient , et le bonheur respirait dans leurs jeux. Le mari fit entrer le prêtre, et le pria , après souper, défaire, ce soir-là, la prière habituelle..
Le prêtre remarqua une piété vraie ; tout • annonçait l'aisance et le travail.
Bientôt le fermier entra dans la cfaafflbre destinée à l'étranger, et se jeta à ses genoux en fondant en larmes. Le prêtre reconnaît le voleur qu'il sauva jadis ; te fermier lui apportait la somme volée, le priant de la remettre à ceux auxquels elle fut dérobée : il était heureux que le hasard lui permît de recevoir son bienfaiteur.
Le lendemain il y eut une fête dans le secret de laquelle étaient seulement
le mari, la femme et le bon prêtre^ Ceci n'est ^ère qu'une exœption. Les Voleiirs ont existé de tout temps : ils exis^ teront toujoiirs* Ils sont un produit né-^ cessaire d'une société constituée. En effet , à toutes les époques, les hommes^ont élé vivement épris de la fortune. On dit tou*^ jours : te Actuellemecit l'argent est tout, celui qui a de l'argent est maître de tout» » Ah ! gardez-vous de répéter ces phrases banales , vous auriez l'air d'un niais« Celui qui a estropié Juvénal , Horace , et les auteurs de toutes les nations , doit savoir que, de tout temps, l'argent a été chéri et recherché avec une. ardeur égale.
Or, chacun cherche eu soi-même un moyen de faire une fortune brillante et rapide , parce que chacun sait qu'une fois acquise , personne ne s'en plaindra ; or ce moyen, c'eàt lé vol , et lé Vol est comtnun. '
Un marchand qui gagne cent pour
^ij COHSIDÂAÀTIMS
cent yole; un munitionnaire qui nourrit trente mille hommes^ à dix centimes par' jour, compte les absens, gâte les hr rines, y mélange au son , donne de mau* yaises denrées , il vole ; un autre brûle un testament; celui-là embrouille les comptes d'une tutelle; celui-ci invente une tontiiie : il y a mille moyens que nous dévoilerons. Et le vrai talent est de cacher le vol sous une apparence de légalité : on a horreur de prendre le bieu des autres , il faut qu il vienne de luimême , voilà la grande finesse.
Mais les voleurs adroits sont reçus dans le monde , passent pour d'aimables gens. Si 9 par hasard, on trouve un coquin qui ait pris tout bonnement de lor dans la caisse d'un avou^, on l'envoie aux galères : c'est un scélérat, un brigand. Mais si un procès fameux éclate, l'homme comme il faut qui a dépouillé la veuve
moeAles, etc. xi|i
etlorphelin trouvera mille avocats dans le monde..
Que lés lois soient sévères, qu'elles soient douces , le nombre des voleurs ne diminue pas ; cette considération est remarquable, et nous conduit à avouer gue la plaie, est incurable, que le seul remède consiste à dévoiler toutes les rases , et c'est ce que nous avons essayé de faire.
Lés voleurs sont une dangereuse peste des sociétés ; mais l'on ne saurait nier aussi l'utilité dont ils sont dans l'ordre social et dans le gouvernement. Si l'on compare une société à un tableau, ne fautpi^ pas des ombres, des clairs*- ob^ scurs? Que deviendrait-on le jour qu'il a'y aurait . plus par le .monde que des honnêtes gens, foncés, à sentimens, bote», spirituels, politiques, simples, doubles, on >'ennuyerait à la mort; il n'y aurait fjlus ;rien de piquant : on prendrait le
^T COimOÉRÀTIOllS
deuil le jonr où il ne faudrait plus de serrures.
Ce n'est pas tout, quelle perte immense cela ne ferait-il pas supporter ! La gendarmerie, la magistrature, les tribunaux»
la police, les notaires, les avoués, les serruriers, les banquiers, les huissiers, les geôliers , les avocats , disparaîtraient comme na nuage. Que ferait-on alors?
que de professions reposent sur la mau'^ vaise foi, le vol, et le crime! Gomment passeraient le temps ceux qui aimenlà aller entendre plaider, à voir les ce'rëmo^ nies de là cour, etc.? Tout l'état social repose sur les volenrs , base indestructible et respectable; il n'y a- personne qui ne perdît à leur absence ; sans les voleurs, la vie serait une comédie sans Crispins «t sans Figaros.
De toutes les professions , aucune n'est donc plus utile à la société, que celle des voleurs;* et si la société se pbint
.des charges que les voleurs lui font supporter, elle a tort; c'est elle seule et ses oaéreuses précautions inutiles qu'elle idoit accuser àe son surcroît d'impôt £n effet, la gendarmerie
coûte. . . ^ . . .„ . 120 millions
Le ministère de la justice 17 * Les prisons ...... 4 . . 8
Les bagnes, la chaîne, etc. i Lapoliceencoijttephisde lo En ne noua attachant qu'à ces seules éconoxaies^ , on gagnerait à peu près . fioisaiDte millions à laisser les voleurs travailler en liberté; et certes, ils ne vodecaient jamais pour soixante miUioxks par an; car^ av^c des livres comme k aôtra, on dévoilerait leurs ruses: ainsi, on voit que les voleurs entrent pour beaucoup dans le budget. Ils font vivre soixante mille fonctionnaires, sans compter les états basés sur leur industrie» « Qoeller classe industrieiisè et QemujLMff-
mj COHSIDÉEATIOlfS
^nte ! comme elle jette de la. vie dans «m état ! et elle donne à la fois du mou<vement et de largent. Si la société est tm .corps, il faut considérer les voleurs comme le fiel qui aide auK digestions.
En œ qui concerne la littérature , les services rendus par les voleurs sont ^encore hien plus éminens. Les gens de lettres leur doivent beaucoup , et nous ignorons comment ils pourront s'acquit- 4er , car ils n oflrent rien que leurs bienfaiteurs puissent prendre par. un juste retour. Les voleurs sont entrés daîis la contexture d'une multitude de romans ; fis forment une partie essentielle des mélodnmies; et ce n est qu'à ces collaborateurs énergiques que Jean Sbogar^ ies Deux Forçats y etc., etc., ont dû leurs succès.
Enfin les voleurs forment une répu<blique qui a ses lois et ses mœurs; ik ne se volent point entre eux , tiennent
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rfelîgieusement leurs sermens, et présentent^ pour tout dire d'un mot, au mi-* lieu de l'état social , une image de ces fameux flibustiers, dont on admirera «ans cesse le courage,- le caractère, les succès, et les éminentes qualités.
Les voleurs ont même un langage particulier, leurs chefs, leur police; et à Londres , où leur compagnie est mieux organisée qu'à Paris, ils ont leurs syndics, leur parlement, leurs députés. Nous terminerons ces considérations par le récit de ce qui s'est passe à la dernière séance de leur parlement.
On s'était réuni à l'auberge de Rose- Mary-Lane. Le but de la réunion étsfit de voter des remercîmens aux juges qui proposaient l'abolition de l'usage de publier les rapports, en matière de police.
Le président a proposé d'abord le toast du Roi.
Xvnj GOHBI0éB&TIO]l5
Un Yolecir a- porté un toast à la pix>spérité du commeroe anglais; un autre aux juges^
Après le banquet ^ le président a pn»
la. parole , s^est félicité de faire partie d'une assemblée aussi brillante , iïoin<»
breuse et respectable : « La question qui nous occupe, a-t-il dit, est liée aux in^tërets les plus chers de notre professîoii.
L'oratein* a passé ensuite en revue le»
progrés de lart de voler depuis son origine jusqu'à nos jours. (( Cet usage, a-l>il dit, date lie lantiquité. Les honnêtes gens ainsi que les voleurs, znais les voleurs surtout , doivent bien se garder de critiquer les lois qui protègent la propriété ; c'est notre plus grande sauvegarde, s'est -il écrié avec force ( écoutez ! écoutez! ), car elles <leMient en général une fausse sécurité au public, et à nous la faculté d'exercer notre métier.
Notre seule mise de fonds est l'adresse,
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et celui qui en manque mérite detpe puni : sans lois sur cette matière , tous les hommes se tiendraient en garde , et seraient prêts à punir surJe-champ le voleur prié en flagrant délit. Où nous n'attrapons qu'une année de détention, nous «erions affligés d'un coup de pisto^ let qui nous tuerait ; et nous devons nous applaudir tous les jours d'être ainsi pro* tégés par les juges et les lois.
3» Aujourd'hui , d'après le texte des lois, nous avons mille moyens d'échapper ; ce qui n'arriverait pas si les-citoyens avaient le droit de se défendre. Bénissons le législateur qui a dit qu'avant de noiis punir il fallait prouver le délit. Il nous a entourés d'une garde d'honneur. Nul citoyen n'ose attenter à nos jours. Et , vous le savez , line lettre oubliée dans im jugement, l'erreur d'un greffier , la subtilité des avocats , tout nous sauve.
» De l'autre côté du détroit , a dit le
ZK COHSIDÊSATfOMS
président, les voleurs sont plus héureox encore que nous , car ils possèdent nne gendarmerie à culottes jaunes et à sabres bien affilés , une police active qui donnent une bien plus grande sécurité aux citoyens. Ils ont sur nous t'immense avantage des passeports , invention admirable qui ne profite qu'aux gens <le notre métier. Aussi, sur ce point, suis-jc obligé de confesser la supériorité de DOS voisins.
»I1 est vrai, poursuit le président, que les galères existent , qu'on nous pend ; on va même jusqu'à nous déporter; mais reconnaissez , honorables gentlo men , la prévoyance du législateur et l'afiection toute particulière avec laquelle il nous a traités. Voyez que, sans les galères et la corde , tout le monde se mêlerait de notre profession. Nous avons obtenu un privilège : *en effet, les ions y dans l'espèce , ressemblent
MORALES, etc. xig
aux forts droits que le parlement met sur les marchandises d'un grand prix.
C'est ainsi que nous avons conquis le monopole de notre commerce.
» Rendons hommage aux progrès des lumières , qui ont tout perfectionné. Le gaz hydrogène a encore augmenté la sécurité de John Bull , et nous finirons par voler en toute sûre lé. »
Le président, après avoir approuvé l'objet de cette réunion , accorda la parole à M.. Wilsh , voleur très-distingué , qui , dans un discburs pathétique , prouva le danger qui résultait de la publicité donnée par les journaux à leurs actions. (( Il me semble, dit-il , que c'est bien assezque les genshonnétes aient sur nous l'avantage que leur donnent les lois , les constables , les juges , les galères , sans avoir pour eux cette publicité affreuse. Il n'est pas loyal de dévoiler au moude entier les plans ingé-
XXIJ GOKSIDÉRATIOirS
nieux que nous concevons avec tant de peine. Un stratagème nous coûte des mois entiers à combiner , et un misérable folliculaire qui ne sait que mentir nous en fait perdre le fruit. Votons des remercimens aux auteurs de la proposition dont il s'agit , et j'opine pour qiie nous achetions une terre au plus célèbre d'entre nous, et le fassions élire membre du parlement , pour qu'il puisse y soutenir nos droits et nos intérêts »
Cette > proposition fut reçue par des acclamations unanimes. 13 n membre fit une motion tendante à ce que, pour foire partie du corps constitué des voleurs de Londres , on eût fait un cours de droit. Cette discussion fut remise à la prochaine session, et l'on se sépara.
Le détail de cette mémorable iséanôe prouve que le vol est une profession , et doit engager les gens honnêtes à être continuellement sur leurs gardes.
MORALES 9 etc. xxiij
Heureux si , par notre expérience , nous pouvons leur servir de^ guides en dévoilant dans ce petit ouvrage les manières les plus remarquables de s'entrevoler dans le grand monde !
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iVANT-PROPOS.
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L'argent, par le temps qui court, donne le plaisir , la considération , les amis , les succès , les tal^is , l'esprit même; ce doux métal doit donc être Fobjet constant de l'amour et de la. sollicitude des mortels d^ tout âge y de toute condition , depuis les rois jusqu'aux giisettes, depuis les propriétaires jusqu'aux émigrés.
Mais cet argent , source de tûtis les plaisirs, origine de toutes les gloires, est aussi le Lut de toutes les (tentatives .
La vie peut être considérée comme uu combat perpétuel entre les riches et les . j)auvres. Les uns sont retranchés dans ime place forte à murs
VI ÂVA9T-PROP0S*
, d'airain, pleine de munitions; les autres tournent , virent , sautent, attaquent, rongent les murailles; et maigre les ouvrages à cornes que l'on Mtit , en dépit des portes , des fosses , des I>atteries , il est rare que les assiégeans , ces cosaques de l'état social^ n'emportent pas quelque avantage.
L'argent prëlevé par ces forbaçs policés est perdu sans retour ; et ce serait un art précieux que celui de se mettre en garde contre leurs vives et adroites attaques. C'est vers ce but que nous avons dirige tous nos efforts; et nous avons tenté, dans l'intérêt des gens honnêtes, d'éclai^ rer les manœuvres de ces Protées insaisissables.
L'homme honnête, à qui nous dédions notre livre , est celui-ci :
Un homme jeune encore, aimant