‹ Code des gens honnêtesChapitre 3 sur 26 · DES PETITS VOLEURS · texte numérisé non relu

DES PETITS VOLEURS

Petit 9oleur est, parmi les Industriels ^ le nom consacré par une coutume immémoriale^ pour désigner ces malheureux prestidigitateurs qui n'exercent leurs talens que sur les objets du prix le plus médiocre.

Dans tous lés états il y a un apprentissage à faire ; on ne livre aux apprentis que la plus facile besogne , aiSn qu'ils ne puissent rien gâter; et, selon leur mente, on les élève graduellement. Les petits voleurs sont les apprentis du corps auquel ils appartiennent , et font leurs expériences in anima vili*

De même que, dans Fart de magnétiser, Tabbé Faria faisait débuter ses disciples

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sur une tâte à perruque , de même les petits voleurs s'exerçaient jadis sur un mannequin suspendu par un CL L'homme d'osier remuait-il ? un ressort agitait une sonnette; le professeur accourant aussitôt, administrait une correction salutaire à son élève, puis l'instruisait à enlever le mouchoir subtilement et sans bruit.

Mais cet âge d'or des petits voleurs n'est plus ; leur art , digne de Sparte ,

tombe en décadence : il a eu ses révolu- >-' ..."

tions, ses phases , et voioi la situation

actuelle de ceux qui l'exercent :

La petite volerie est, à proprement parler, le séminaire ou recruta, le crime, et les petits voleurs ne sont , comme on voit, que les tirailleurs de la grande armée des Industriels sans patente.

Déchus de la splendeur dans laquelle ils brillèrent depuis 1600 jusqu'à 1789, ces disciples de Lycur^e ont, à ce qu'on assure , cumulé deux professions grecques d'origine ,. afin de se relever de leur nullité.

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Si le petit voleur cet un homme d^un certain âge , il ne s^^Ièvera jamais à une grande hauteur : c'est une inteliigenoe du dernier ordre, qui ne spéculera que sur les montres, les ea-chetSi les mouchoirs, les sacs, les scbals ^ et n'aura jamais de démêlés qu'avec la police correc* ticmnelle.

Il a l'espoir de terminer tranquillement ses jours , nourri aux frais ^e l'état , dans nn local bâti de pierres de Saint-Leu ou de Vergelet. Alors, semblable à ces anciens Grecs pour lesquels on fonda des Prytanées, il n'aura plus qu'à penser à sa vie passée, comme font dans leur ciel les héros de Virgile.

Mais si le petit Voleur est un enfant de quinze à seize ans, il pelotte en attendant partie; il se formera aux galères ou dan^ les prisons; il étudiera son code; méditera, comme Mithridate, de hardis projets; risquera vingt fois sa tête 'contre la fortune, et mourra peut-être coram populo.

Pourvoir le petit voleur sous une forme,,

étudiant en droit , en médecine , coni«* mîs, etc.,

Dans la queue formée près du bureau où l'on prend les billets de parterre , etc. ;

Vous , monsieur l'avocat , le médecin ^ Thomme de lettres, le député, etc..

Au spectacle,

A une revue ,

Occupé à regarder les caricatures ,

Au boulevard de Coblentz, etc. ;

Ne vous défiez jamais de votre voisin de gauche qui a une chemise de grosse toile, une cravate blanche, un habit propre, mais de drap commun.; suivez plutôt très-attentivement les mouvemens de ce Voisin de droite, dont la cravate est bien mise et fine , qui a de grosses breloques , des favoris, un air d'honnête homnK), le parler hardi ; c'est celui-là qui vous volera votre mouchoir ou votre montre.

^ Si votre diamant. a disparu, gardez- vous de vous en prendre, à ce monsieur. — « Comipent donc» c'est le plus honnête

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homme de la France et dQ la Navarre* » On le fouillerait vainquent, vous ne trouveriez rien sur lui : il vous attaquerait en duel ou en dommages et intérêts. Yotre diamant est à cent pas; et, avec un peu d'attention, vous verrez sept ou huit fashionables disposés oomme des jalons dans la foule.

Attacher si moiltre avec des chaînes d'acier , avec des rubans , disposer des fortifications de deux ou trois chaînes, erretir ! erreur de nos ancêti^s ! vieilles coutumes ! elles sont aussi peu utiles que les anciennes médecines de précaution : on coupera vos clmînes d'un regard.

Aujourd'hui les gens de bon ton n'ont plus de montre ; on ne peut pas la leur voler.

On portait des montres jadis, pSrUce quil n'y avait pas d'horloges. ^

Aujourd'^hui , vous n'iriez pas écrire votre. nom chez un suisse de bonne maison sans voir l'heure. Toutes ks églises ^ les

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administrations 9 les ministères, vodre lès boutiques ont des pendules. Nous marchons sur des méridiens , sur des canons de midi. On ne fait pas une enjambée ^ans se trouver face à face avec un cadran : aussi une montre est-elle du vieux style. Il faut prendre les heures sans les compter : les montres sont pour ceux qui s'ennuient.

' D'ailleurs les cochers de fiacres et les passans n'ont-ils pas chacun la leur?

Si un domestique vous apporte beaucoup de certificats honorables, dans lesquels sa probité est exaltée par de bonnes maisons , gardez*vous de le prendre.

Il ne suffit pas d'avoir la clef de sa cave et une bonne serrure; il ne sufGt pas de compter les bouteilles , il faut en boire le vin tout seuL

Un^ropriétaire honorable avait compté les bouteilles , appose son. cachet, et gardé la clef d'une serrure de sûreté. A son retour, les bouteilles étaient en ivombre

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suffisant , bien cachetées ^ saines^ et tout s'était enfui sans qu'il s'en fût perdu une seule goutte.

On n'a rien à dire à cela.

En ce qui concerne les caves, il n'y a point de salut sans une chausse-trape à l'entrée-

§ 7- Quand vous marchez dans les rues y lie Vous laissez accoster par'personne, et allez vite. Dans les foules, n'emportez rien sur vous, pas même de mouchoir: il n'y a que les enfans qui se mouchent : il n'y a que les femmes à vapeurs qui portent des flacons précieux : il n'y a que les fats qui aient des lorgnons, tfn honnête homme prend son tabac à droite , à gauche ou au centre : alors il est invulnérable.

Si vous allez dans un cabinet de lecture ou dans un café, prétextez un rhume, tous* sez; vous garderez par ce moyen votre chapeau neuf sur votre tête.

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Ceci est encore bien pkis utîk chez fes veatanrateurs.

l^e commçttez jamais ce péché dégoûtant des bourgeois du Marais, qui font imprimer en lettres d'or leur nom et leur demeure dans leur chapeau : c'est le sot calcul d'un homme qui craint une apoplexie foudroyante.

Retenez bien que si Ton peut voir votre nom dans votre chapeau , vous aurez bientôt sur les bras quelque honnête homme qui aura beaucoup connu monsieur votre père.

Alors monsieur votre père lui devra quarante au cinquante francs.

Renoncerez-vous à la succession paternelle pour une si petite somme? Laisserez.vous votre père insolvable ?

Ah! maudit chapeau! il vous aura

coûté avec les cinquante francs une montre pendue à votre glace.

Quand vous achetez des bijoux , ou quelqu'objet de prix, parlez seul et bas à votre

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fabricant , attendez, même que la boutique soit vide.

Alors vous ne verrez pas arriver chez vous un garçon bijoutier qui , vous présentant une tabatière ou un écrin, avec facture, vous emportera de l'argent troqué contre du strass ou du similor.

Principe qui ne souffre pas d'exception :

c Allez toujours chercher vous-même chez l^s marchands les objets de prix, et payez au maître de la maiscm. »

.Les femmes comme UJàm^nt portent pas de sacs , et n'ont plus de. ridicule.

Si des bourgeoises honorables usent encore du sac après cette observation , elles auront soin de ne jamais s'en séparer.

De le pendre le moins; souvent possible à leur chaise, dans l'église;

De ne jamais l'emporter quand elles vont au spectacle ou dans, une £3ule \m^

De n'y point mettre d'objets précieux^;

De ne point faire sonner l'argent qu'il peut contenir , etc.

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Défiez-voù$ des numéros que l'on vous donne aux burei).ux de cannes , de parapluies , ete.

Un honnête caporal de la garde nationale était en ligne à une revue.

Une foule de spectateurs admirait cette série de ventres blancs, bien alignés , d'estomacs patriotiques , de jambes commerciales, d'épaules magnanimes,' dont les uns ' ne dépassaient pas les autres.

Il faisait un temps superbe; pas la moindre éclaboussure à craindre.

Le eaporal était remarquable par de belles breloques et une magnifique chaîne d'or.

La compagnie ne reconnaissait pas son capitaine. Le caporal rompait seul l'uniformité de cette belle ligne.

«c Un p|u en arrière , caporal ! » et les deux mains du capitaine le repoussent doucement.

Un moment auparavant , il avait cette

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balle chaîne 9 ^infortuné caporal!...

Un instant après arriva Le véritable ca-r pitajlne, plus grand de six pouces.

Étonnement dp la part du caporal. Il politique tout le teinps de la revue sur ce changement soudain dé capitaine.

ic Ils s^étaient Tun et l'autre trompés * de compagnies : ils n^ savent ce qu'ils font! »

Rentré che^ lui , M, Dubut réfléchit sur l'ouverture des goussets, la valeur des montres, les faux capitaines; et sa femme lui jura qu'elle ne lui ferait pas i|rie seconde fois un présent fiussi chep.

D'honorables personne3 mettent leurs mouchoirs dans leurs jCiiapeaux..

Ne dormez jamais ep diligence, à moin^ que vous ne soyez seul.

Une des plus belles, subtilités des vofeurç . de tabatières et d'objets précieux, est/ celle-ci :

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A la messe du roi Louis XIV , à Versailles, un jeune seigneur paraissait prendre un vif plaisir à dérober une tabatière très-précieuse dont un courtisan faisait grand cas. Comme le jeune seigneur sortait la tabatière de la poche du yorsin , il se retourna pour voir si personne ne Tes^aminait ; il rencontra les yeiik. du roi j et . sur-le-champ lui fît un signe d'intelligence, auquel le roi répondit par un léger sourire.

En sortant de la chapelle , Louis XIV demande du tabac au courtisan; celui* ci cherche sa tabatière; le roi regarde parmi son cortège, et ne voyant plus celui qui l'a choisi pour compère, « J*ai aidé à vous voler , » dit le grand roi tout surpris.

S 17- Une des choses les plus précieuses étant nos cinq sens, défiez- vous des parapluies; un maladroit peut , avec les pointes d'une .. baleine-, vous esicroquer un œil.

tiSS GENS fiOlKltE'rfiS. i'J

C'est une vanité qui mérite d'être punie, que d'avoir des boutons d'argent ou d'or à son habita

§ 19- Défiez-^vous à l'église de ces gens dont

les mains jointes restent immobiles ; souvent les filoux ont des mains de bois gantées, et pendant qu'ils prient avec ferveufy les deux véritables mains travaillent , sur-' tout au lever-Dieu.

On fait de bonnes trouvailles dans les^ livres à dix sous ^ à vingt sous et à trente sous ; mais regardez bien si toutes les pages du livre y sont. Nous rendons justice au?

eommerce des libraires surpontins et souspontins; ils sont honnêtes, et lorsqu'ils mettent une pancarte qui porte : « Livres à dix spus », c'est à vous à vous arranger.

Ne semblent-ils pas vous crier ; « Prendsy garde. »

§ ai.

Les brocanteurs et les prêteurs à la pe^^

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tite semaine étant gens de si bas lieu, nous ne pouvons guère les classer que comme les anciens , la synagogue des petits voleurs. Ils n'en deviennent pas moins légalement riches.

Attendu qu'il est horriblement difficile de reprendre ce que ces Arabes-là ont une fois volé, nous consignerons ici l'anecdote suivante :

Un jeune homme , artiste de son métier, avait vendu ^ pour la somme de cent francs, à un bédouin de la rue Saint-Avoye^ une quantité de marchandises neuves, qui lui avaient coûté six cents franés , prises à crédit. Respirant la vengeance , mais seulement après avoir dissipé les cent francs, il va trouver le juif.

«Voici, dit-^il, un tableau qui me vient de mon père; j'ai tout perdu, je vous demande de me prêter vingt francs dessus avec vos vingt francs la chance me sera peut-être plus favorable. »

— « Oh ! les cheunes chens ! les cheunes

chens ! » dit le juif, eu donnant les vingt francs.

— € C'est bon ! reprend le jeune homme ; mais fais attention , Isaac , que dans six jours je te rapporterai ton argent j et tu me rendras le tableau. Mettons par écrit ces conventions : si je ne reviens pas le sixième jour , il est à toi ; mais , par ton menton barbu, il t'en coûterait cher si tu vendais mon tableau, to

— a C'est dite , c'est dite, y

Trois jours après un lord passe, voit le tableau , en offre un prix exorbitant.

— « C'est un Rubens> » dit-il. Le juif refuse.

Le lendemain , passe un peintre qui offre de l'acheter. Plusieurs personnes s'arrêtent à le contempler. Le juif est obligé, par le nombre des demandes, de cacher le tableau.

Le sixième jour, le jeune aPtiste revient ; il n'a pas vingt francs; mais il donnera sa montre pour. ravoir le tableau. Le juif offre une somme honnête ; refus positif. Il

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double ; le jeune komme veut le tableau :

enfin, llsraélite offre la moitié du prix annoncé par TAnglâis. Le jeune homme eède en voyant briller l'or, .

C'était une croûte !....

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