ACTE III
(La scène est chez la mère de la prétend ae. }
On marie le jeune homme avec mademoiselle Joséphine. On danse (deuxième ballet), on joue, on rit. A,' minuit on eherche }e marié : it a emporté les cent mille écus, fuit avec la petite femme du second acte, et laisse sa prétendue. On se tait ; mais la vengeance atteindra les coupables ; ils mangeront leurs cent milfe écus et seront damnés.
Que Uire , pères et mères , contre une semblable escroquerie 1 comment s'en garantir! c'est un tour de jarnac. Ils çoiit rares : mais cela tombe sur une famille comme une grêle.
ÔÏS GEHS HOUNÊTEâ» Sf
Quand vous présentez un effet de corn-merce pour en obtenir le. paiement ^ ne là*chez pas Teffet : c'est une maxime géaé'raie.'
, En i8<.. , un négociant prit un Inllef , seP retourna vers sa caisse, et, après avoir avalé 1-effet, nia qu'on le lui eut présenté. Cette< SGèoe se passa en Arngleterre. La sommeétait considérable^ Le négociant dirl'geait la maison Saint-Hubert et Will. Le jeune homme qui présentait le billet, venait pour la- maîsoa Mac-Fin. Ces deux ban-' qjuiers étaient riches, honorables, et jouis-* saient d'une grande réputation de loyauté.-
L'affaire fut portée en référé y attendu?
furgence.
Le tribunal ordonna: sur-le-ohatnp qu*Un' apothicaire serait tenu* de prêter serment y et de diriger upe colonne d'eau^ vers- le^ billet, par les voies ordinaires.-
L'inculpé s'opposa au jugement; et ses^ coQcUisions établissaient : qiie le tribunali
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n'avait appuyé sa décision sur aucune par** tie de la législation; que l'introduction d'un objet quelconque par les voies ordinaires était un supplice; que lui, Saint- Hubert , se portait fort d'établir que Tu-^ sage du pal n'avait jamais été adopté ea Angleterre; que d'ailleurs il était affligé d'une maladie hémorroïdale, et que c'était risquer d'attenter à ses jours et de lui cffuser une affection fistuline, que le tribunal enfin n'avait pas im tel droit sur les sujets de Sa Majesté britannique.
On en référa d'urgence à un autre tribunal ) qui , faisant droit aux plaintes du prévenu , ordonna que l'apothicaire ne remplirait pas sa charge , mais que M. Saint- Hubert serait enfermé, nourri y jusqu'à ce que l'évacuation du billet eût eu lieu.
La maison Mao-Fin fournit aussitôt une consultation de médecins qui prouvaient que le papier, ne se digérant pas,' restait en nature comme quelques autres substances , et pouvait demeurer long-temps dans le corps.
DES GEIVS aOHlfèTES. , Sg
L'ioculpé, de son côté, s'opposa au ju-»
gement, prétendant qu'on n'avait aucune qualité pour le détenir; que cette détentioo. causerait du tort à son commerce; que^ d'ailleurs , il était très«constipé, et qu'il était possible qu'on le détînt quinze ou seize joims, et que ce ne fut qu'au bout d'un mois qu'on acquit la preuve de son ipâoœnce. Il demandait des dommages-intérêts, en cas de détention.
Le tribunal maintint son jugement.
Autre opposition au jugement de la part de Saint-Hubert et Will , demandant qu'on fixât le temps de la détention.
La maison Mac-Fin présenta requête pour demander trois selles au moins.
Jugement qui octroya deuK selles« On ne s'accorda pas sur les experts : il y eut deux jugemens, l'un pour admettre deux chimistes pour décomposer les matières , deux médecins pour apprécier Pétat des intestins; et l'autre, qui admit deux écrivains experts, afin de vérifier les signa* tures.
06' COfilÈ
fi^inculpé demanda qu'on lui laissâtvôir^ sa femme.
Lady S'aint-HubèFt:fonna'en mèiM teihps' line demande tefndant à ce qur'on ne lui' ravît pas la société son mari.
La partie adverse s'y opposa; Un.jugei^ent fat rendu con£b]?me aux conolusïon&:
de la mài&on Mae-Fra.
Lady Saint-Hubert atCàqua Iti juges* devant une cour souveriaine^ attendu qu'au-eune Ipine leUr conférait le pouvoir de' dissoudre un mariage. Arréi souverain t{uv donn» gaiù de cause, mais sur la cohabi-*' tàtîon sèufèment à Tinculpé et a sa femtiie»
Là ^ il y avait pour 3oo livres sterlingsde fraîs de part et d^autre.
Les adversaires formèrent une deiûande' {tour qu'on administrât ufl vomitif.
L'inculpé prétendit qu'on- détwiirah sa^ santé;' que le vomitif serait de nul effet, parce que depuis longtemps ses^ di^stioDS' étaient faites.
Sir Saint-Huberf appela enfin sur tôus^ frs chefs de la procédure. Alors, atte^du^
l'irrégularité, la cour rendit un .jugement conforme à ses conclusions; .c'estrà-dlrcî, lui donna deux gardes pendant un mois,, lesquels devaient le sm,vre pacto,ut.çt exarminer l'état de ses vêtemens.
JC«t Arrêt prévoyait tous les cas ; il formait tr£Dte4iuit pages de minutes seulement. On- ne .parlait, que de CQla dans Londres.
La maison de banque Mac-Fin et compagnie souhaitait une diarrhée : [mais M. Saint-'Hubert resta constipé,
Après dix-sept jours de plaidoiries Qt <}e garde auprès de la personne du baii- 'quier/il eut une selle abondante. Analyse faite des matières^ le billet ne s'y trpuvA pas.
Londres attendit avec impatience 'ta se^ <conde : le billet n'y fut p^s davantage.
La maison Mac-Fin et compagnie demanr da l'apport des registres, et produisit les siens. Le billet était porté comme échéant tôl jour iet négocié tel autre. Ifl. Saint- Hubert i^ tenu .de représenter ses livres,
6a CODE
montra que le billet devait VMÎr le jour indiqué ; mais qu'il avait été payé*
On lui demanda de le repréi^iter; il allégua que Tusnge de sa maison était d^e brûler les eflfets acquittés^
Cette afTaire occupa Londres pendant deux mois; si bien que les liseurs de ga* zettes affirmèrent que c'était un tour de M. Pitt, qui détournait ainsi l'attention publique de certaine opération financière qui lui valut dix millions. La maison Mac- Fin perdit le billet, qui était de deux mille livres sterling , et les frais qui s'élevèrent à'trente miiie francs.
La maison Mac-Fin prétendit que ladj Saint-Hubert avait , par dévouement , dérobé une selle aux yeux des gardes ; et le public de Londres s'amusa quinze autres jours des moyens présumés employés par hdpjf Saint-Hubert«
Y avait-il simple ou double escroquerie ?
Une jolie escroquerie est celle dontlSit vietime l'intéressaiite' mademoiselle A.... ^
DES GEHB HOZrnàTBS. 63
jeune artiste d^un théâtre chantant. Un matin, elle se réveillait, recevant les adieux d'un jeune écervelé, comme il y en a tant , lequel , à prix d'or, avait aidé mademoiselle A.... à dormir. JI se lève cet enfant prodigue, et dépose sur un meuble précieux à l'amour deux billets de banque.
11 sort; elle le regrette ; et reportant sa vue sur les billets , elle craint de Tavou* volé. Il étfiit loin lorsqu'elle s'aperçut de Tenteur du jeune inconnu.
Il avait laissé deux billets du dentiste Désirabode.
Ceci ^ sa moralité.
Vous mariez votre fille à un honnête homme*
Il vom a juré n'avoir pas un sou de dette.
Quinze jours après la dot e^t mangée*
D'où cet aphorisme? <c Mères, ne soyez pas trop empressées de marier vos filles.
Un jour no\xt puhïiearoQS Farl de prends des renseignemens^
Ne donnez jamais, n'envoyez jamais, -ne .laissez jamnis traîner un billet quittancé. Méditez Tal&ire Roumage.
-Une escroquerie permanente , affreuse, et tombant nialbeureusement sur la basse .classe,, qui ne lira jas ce Jivre , c'est •celle-ci:
Avez-Tous TU , sur les mars de Paris , ces petits carrés de papier blanc, entourés de .noir, qui se .trouvent placardés on ne .sait comment.'
Ces afHcbes annoncent toujours rque^ :Tue de la Huchette', rue de la Tixéranderie, rue de la Haumerie, rue du Cadran, est une maison de confiance qiii place les ouvriers, les domestiques, les portiers, ■dégage les reconnaissances du Mont-de- Piété, etc. ,.etc.
Envieux de signaler les brigandages de nés négocians de crédit, qui vendent si ber la fumée, nous avons été voir -un !e ces honorables établissemens.
Qti'op se figure une allée obscure ,. un' escalier dont les marches sont si chargées de terre durcie, qu'en la retirant ,> on ferait un terrassen^ent de sii^ pieds de haut^ur sur trois de largeur à un canal de première classe;
On ouvre une porte à loc^uety et là onvoit un monsieur^, les cheveux, ébouriffés, les mains noires y. assis devant un bureau qui ressemble assez à ceux des. écriv^aiDS* publics de la- salle des^ Pas^-perdus,.
Lorsqu'un nialheureux arrive à Paris , pour se placer, il débarque là,. séduit par ces affiches qui déshonorent nos monumens publics^ On ouvre un registre, on prend ses nom , prénoms, son adresse, quelques menus renseignemens; et la matière plor cable donne un icu par mois ,, trente-six francs par an;
Ces hommes -là' vivent : dupant les* maîtres et les valets , aux uns ils promettent la perle des domestiques, et aux autres nïonts et merveilles ; tirent deux moutures d'un sac, et amènent à Paris ,
par letirs annonces, de pauvres malheureux qai quittent leur pays et d'honorables travaux pour devenir criminels quand ils se trouvent sans un sou, sur le pavé de Paris 9 pendant dès inois entiers.
Si ces ëtablissemens étaient dirigés dans ttn but utile , ils seraient dignes ^^étre encouragés; mais, sur trente bureaux pareils, il y en a un ou deux, tout au plus, qui sont presque irréprochables.
Lorsqu'il s'agit de dégager des reconnaissances du Mont-de-Piété , c'est un vol , un brigandage dont on ne saurait se faire une idée.
Le Mont-dc-Piété prête à plus de douze pour cent. ( Voyez l'article du Mont-de- Kété, aux industries privilégiés.) Vous sentez que l'offre de dégager n'est qu'une ma*?
niàre de renchérir légalement l'usure.
Mais si l'on consulte les honorables directeurs de ces élablissemens , par combien de raisons ne juâtifîent-ils pas leur négoce! Quels orateurs !
DES GBlfS BOnilàTBS. 67
Un jeune homme fort bien mis se fait annoncer chez mademoiselle B.... , artiste du premier Théâtre-Français; il débute •upràs de l'intéressante dona , en mettant sor la cheminée trois billets de mille fr.
II est parfaitement reçu; on le trouve charmant. Que de choses à dire!...
Après, le jeune homme, prenant un air sérieux, tire de sa poche une quittance sur papier timbré , et , la lui présentant , de* mande sa signature. « Et pourquoi Toulez* TOUS que je vous donne un reçu? » dit»
elle en souriant.
^*— « Mademoiselle , je tous apportais , de la part de M^ P....... notaire, le quar-*
lier de la rente que tous a constituée M. le comte de.... j»
Ces pauvre actrices!*... Ces diables de clercs !....
Ceci est pour les niais ; car il fiiut que chacun ait sa part«
Dans les fêtes champêtres des envifons
de Paris, dans les rues de Paris même^ vous apercevez des gens qui ,' sur la forme d*UH chapeau ou sur une petite table posée sur un châssis en X , offrent aux passans des appâts : ce sont des jeux de hasard»
assez adroitement conçus, et il y a toujours^ des spectateurs qui jouent et gagnent.
Telle chance qui puisse se présenter à votre iinagination , ne risquez jamais un sou.
S ï9- Si , par hasard , ce livre va en province,
où il faudrait , par parenthèse , qu'il fût médité, que l'on se mette- breà dans la tête, qu'à Paris l'on ne croit pas qu'il y ait des gens assez bêtes pour acheter des remèdes aux empiriques et aux charlatans.
Cependant les bols y les grains , Xesjioles., les médecines curatives^ les gouttes^ les élixirsy ei cinquante compositions semblables, ne s'en débitent pas moins; et il y a quelquefois même des jeunes gens , à Paris^ qui se prennent, dans certains cas, aux promesses que leur font des affiches où le BÔm de Vénus "est indignement compj-o-
- DES GENS- HONSÊTES. 6i^^
mis r car cette charmante déesse ne pou^ vait souffrir Apollon".
§ ao.
Quand un journaliste vend ses éloges^ ^ c'est une escroquerie flagrante ; car, quet* que célèbre qu'il soit,, cent lignes ne valenll pas alors cent sous>
Il y a, sur les boulevards^ deux hommes^.
(}ue tout le monde connaît. L'un se traîne sur deux, béquilles , le pied gauche enf écbarpe ; il n'a pas plus m^at au pied que vous. Il a marié dernièreiiient sa fille, et lui a donné quatre-vingt mille fr. de dot*
L'autre se promène lentement, il est assez bien vêtu , et vous dit fièrement .*:
ft Je demande Taumone !» Il a acheté une terre en Provence. JL.e voilà éligible !
Un mat m, un peintre et un menuisieir avaient travaillé à l'envi l'un de l'autre , pour placer une énorme enseigne au dessus^ d'une porte cochère dans un faubourg; ou lisait, en lettres d'un pied de