‹ Code des gens honnêtesChapitre 9 sur 26 · COOK · texte numérisé non relu

COOK

hauteur sur six pouoes de larges : Dépôtdes veiours de Nerville.

Au premier ëtgge, la maison Bonnet et compagnie avait un appartement superbe , des bureaux, une caisse^ un magasin, puis le petit écriteau noir: Fermez la porte , s'il vous piatt.

Le caissier était entouré de livres et d'un grillage décoré d'un taffetas vert ; enfin tout «tait en règle, et le dépôt des velours de Nerville .pouvait défier tous les banquiers de Paris sur les accessoires d'une maison de commerce.

A deux pas de la maison , un honorable

épitûer débitait tranquillement le sucre et

Ie.ca£é qui se consommaient dans tout le

uartier; il était riche, et beau-frére d'un

élèbre tailleur du Palais-Royal.

L'épicier voyait aller et venir le chef lu dép^ des velours dans un superbe caiiîolet, et des garçons chaque matin aploctaient ou emportaient des sacs d'argent. Un jeune commis de la maison allait ous les matins déjeuner à uu café qui se

DBS GESS HOiriiÊTES. 'Jl

trotifait en face de Tépicier : ce dernier, excité par la curiosité, le questionna sur la maison de commerce. Le jeune homme ré* siste, et lui confie enfin que cette maison fait fabriquer des velours de soie à soixante* qmoze pour cent au-dessous du cours; et, qu'en les vendant moitié moins cher , elle gagne cent pour cent.

L'épicier accourt chez son beau-frère, lui raconte tout ce qu'il sait et tout ce qu'il ne sait pas sur la^ maison de oom* merce , et lui parle du velours.

Le tailleur arrive en cabriolet, et se heurte presque avec le cabriolet du chef des velours. Ils montent ensemble. Jje tailleur explique l'objet de sa visite. On lui demande son nom , parce que ces mes* sieurs ne traitent qu'au comptant et avec des maisons en gros , etc. , etc. On débat le prix des velours : bref, on refuse de lui en vendre. Le tailleur s'emporte, il en veut à toute force , fait voir son portefeuille garni de billets de banque. On se radoucit.

Le chef dit négUgeamment : « Faites voir

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duTeloursàMoDsieur.» -Etlè chef passe 3f W caisse.

Le tailleur trouvele velouté superbe , e»

examine soigneusement une pièce fu prend poui' dix- mille francs, pa caisse, reçoit une facture acquï L'on descend devant lut dans la i pièces dé velours.

li retourne chez lui , et sur-Ii fait disposer une'place dans sonmi

Le velours ne se fit pas atteni commissionnaires le popte&t au ma t'en- vont.

Qui diable apercevrait là une es rie? Qui, à l'aspect des bureaux, è mis, dit vénérable caissier, du oa de l'épicier,, du chef de maison, d bonne foi apparente, se doutera pi^e? Et où est-il?

Que de circonstances babileme nies! Que de conjectures vpaies!

recherches! C'est, ce qu'on peut a la haute diplomatie du vol.

Sept ou huit jours après, le

envoya l'un de ses garçons chercher une pièce de ce fameux velours; car déjà sur les vitres on avait aiBché : « Velours à quinze francs l'aune.» Bientôt le garçon vient lui demander ou est le velours !... Il monte, et voit qu'il n'a emmagasiné <]ue des pièces de serge bordées de velours.

Qu'on vienne dire maintenant que l'îndustrie n'a pas fait de progrès depuis vingt

ans.

Fuyez en général tous les bons mar* éhes; il faut se connaître beaucoup en marchandise pour n'être pas dupé. Les bougies à deux francs sont de suif; le drap à quinze francs est reteint et bien peigné* Cependant Paris est tapissé d'an- Qoaces, et tous les jours on s'y prend.

Retenez qu'il y a une foule de niais , et que l'on fait la moitié des choses de ce ias monde pour eux. Or vous n'êtes pas ïïiais , et la preuve , c'est que vous appré* ciez ce livre.

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Un jour, en France « un Écossais, nommé Law*, se trouva en train d'escroquer tout le royaume. Ce Law passe généralement pour le plus grand homme produit par la classe des coquins ; mais aujourd'hui les politi({ue$ avouent qu'il est le fondateur du système des banques et du crédit.

Vous voyez qu'il y a des temps où une escroquerie est mieux reçue cpi'en d'au* très. Par le temps qui court , l'Écossais serait peut-être ministre inamovible.

Kous emprunterons au spirituel auteur de VAh de faire des Dettes cette makime :

«(Vous êtes autorisé à envoyer promener pendant deux ou trois ans les fournisseurs qui vous font payer trop cher leurs marchandises. D Au surplus ,' voyez l'article tailleur, au livre III.

TITRE IIL

VOLS AVEC EFFRACTIOir.

Les voleurs avec effraction sont , parmi les petits voleurs , regardés aveo*un certain respect. Si les voleurs simples sont les bacheliers de cette faculté , et les escrocs les licenciés , ceux-ci doivent être les docteurs , les professeurs émérites.

Ils ont parcouru tous les grades, possèdent toutes les sciences; et, opérant in utroquejure^ tout est dé leur domaine.

Ce sont eux qui disent avec un sourire de mépris , en passant devant la police corectionnelle , lorsqu'on amène des pré- Tenus : a Ce sont des petits voleurs ! »

C'était un voleur avec effraction, celui qui, pendu pour un vol de cent mille écus , dit à son confrère condamné pour un vol de ferraille : « Son4>ce là des clous!.. » Il

avait un sentiment profond de sa supé^ riorité) et le mépris de ce professeur fut peut-être plus cruel pour son collègue que la cd^rde.

Si l'on peut comparer les divers personnages de ce livre à ceux d'un mélodrame , le çoleur efjfractionnaire sera le brigand sans foi ni loi , qui ne craint ni Dieu ni diable , pgrtant de longues moustaches , ayant les bras nus, les yeux rouges, et demandant où il foMt travailler^

L'escroc sera le brigand à dehors hon* nêtes ; et les voleurs simples, les niais.

Il serait difficile de donner un portrait exact du voleur effractionnaire. Il sort presque toujours des derniers rangs de la société ; et, ses crimes étant proportionnés à ses besoins , l'humanité frémit de voir un malheureux consommer un vol, qui l'emmènera dix ans au bagne , dans lé seul but de prendre une douzaine de cuillères ou une centaine de louis.

Le héros des voleurs efjfeactionnaires fut. celui qui, condamné à cent ans de

bfes GENS HONnixES. *]j

galères, revint tout récemment à cent vbgt-un ans dans son pays.

Il ne reconnut Bourg j sa patrie , dans le département de l'Ain , qu'à l'église de Brou : il accourait avec délices respirer l'air natal.

II avait triomphé des lois , des fers , des hommes, du temps, de tout.

C'était un voleur privilégié de la nature.

Il ne retrouva lii parens, ni amis : ce fut un nouvel Épiménide.

Tout étonné de marcher en liberté , il allait recueillant les hommages dus à ses cheveux blancs, et ne se souvenait plus de son crime que comme d'un songe perdu dans ceux de son enfance.

II trouva sa postérité morte; et lui, criminel , était encore debout sur la terre pour être une preuve vivante de la clémence humaine et divine.

Il regretta peut-être ses fers ^ dut se plaindre de n'avoir pas sa chaîne. Ce pa-» triarche des voleurs , leur portrait idéal , leur gloire, vit encore; on va consulter

son expérience centenaire; on le visite comme un monument ; c'est un pèlerinage sacré comme celui de la Mecque; et chaque efiractionnaire se souhaite une vie aussi pleine; il espère triompher coff&me le doyen des galères et des hommes.

M. de Jouy a , dans les Ermites en Pri* sorij assez agréablement conté l'histoire d'un effractionnaire , le doyen des voleurs de Paris: il est très-connu, a été honnête homme et fripon tour à tour. C'est lui qui a légué ce mémorable précepte : «c Ne vous amusez jamais à des écus de six fr. quand vous forcez un secrétaire. »

Il est difficile de se prémunir contre les vols consommés à l'aide de l'effraction.

La loi qui y attache des peines plys graves est juste. Cette loi s'est dit en ellemême : a Le citoyen a pris toutes ses mesures; il dort tranquille sur la foi de sa clef pendue avec ses breloques; il ^oit aux bonnçs mœurs et à l'inviolabilité des serrures; et si, pendant qu'il repose en paix, un scélérat brise les portes, les volets, les

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