TITRE IV
Etablissements hospitaliers en campagne.
Les établissements hospitaliers à organiser en campagne sont :
.1° Les ambulances;
2° Les hôpitaux temporaires répartis sur plusieurs lignes ;
3° Les dépôts de convalescents ;
4« Les hôpitaux de l'intérieur.
g ^er^ — Dgg ambulances.
Les ambulances sont des établissements temporaires formés sur les champs de bataille, auprès des corps et des divisions d'armée, pour en suivre les mouvements et pour administrer les premiers secours aux blessés et aux autres malades ; leur création remonte à Sully, en
n y a des ambulances particulières pour les corps d'infanterie et pour les corps de cavalerie.
On forme aussi, quand les circonstances l'exigent , des ambulances volantes. {Règlement de 1831, art. 1034.)
« En entrant en campagne, dit Bégin, une armée doit pouvoir se suffire à elle-même et trouver dans ses propres ressources tout ce qui est nécessaire à la satisfaction de ses besoins. Il serait imprudent de compter, surtout pour ce qui est relatif au service des malades et des blesses, sur le produit des réquisitions, sur le hasard des rencontres,
sur l'industrie du soldat, qui supplée fréquemment au^j^ privations les plus rigoureuses. Ce serait presque un crime que de ne pas assurer, par les approvisionnements les plus amples et les pju§ rationnels, des secours efficaces aux hommes que la fatigue des marches, la rigueur des climats ou la violence des luttes peuvent naettre hors de combat. » (1)
Deux ordres de considérations se rattachent aux ambulances : les unes sont relatives au matériel que ces établissements exigent, les autres au personnel destiné à mettre ce matériel en usage.
I. Personnel, — Le nombre et le grade des pfficiers de sapté des deux professions et des officiers d'administration, pour le service de guerre, sont déterminés par le Minisire, d'après la force de l'armée ou des corps d'armée, et suivant le but et la pâture de l'expédition. {Art. 1055. Règlement iSSi.)
Les médecins inspecteurs pourront être employés à la directim du service médical des armées. {Art. 17, décret du 23 manl852.)
En temps de guerre, il pourra être nommé des officiers de santé en chef d'armée qui seront choisis parmi les officiers de santé brevetés dans le grade d'inspecteur ou de principal.
Le titre d'officier de santé en chef d'armée ne confère aucun grade; il cesse de droit avec les fonctions qui y sont attachées.
Les officiers de santé qui en seront pourvus rentreront dans leur grade et leur rang à la cessation de ces fonctions temporaires. {Art. 7 de l'ordonnance du 18 septembre 1824.)
On distingue le personnel des officiers de santé attachés aux armées actives en deux catégories, savoir : les divisions d'ambulance actives, et la réserve du quartier général, destinée à pourvoir aux besoins accidentels des batailles et à la formation des hôpitaux temporaires.
Le personnel de l'ambulance d'une division d'infanterie en officiers de santé, officiers d 'administration et infirmiers, est réglé ainsi qu'il suit, savoir :
Médecin^inajor de 4" classe, ehefd'apabulance. . \
Médecins-majors de 2« classe. 2
Médecins aides-majors 4
Pharmacien-major de S*" classe 1
Pharmacien aide-major .*.... \
Officier d'administration comptable . \
Adjudant en premier 1
Adjudants en second î
Infirmiers-majors '. 3
Infirmiers ordinaires. .- M IJd., g,rt. i(ll56*^
Parmi ces deniiers sont compris deux groupes au moins d'infirmiers de visite ou de pansements.
(<) Dictionnaire de médecine ci de chirurgie pfç,liqi^i, ^r/jcle j^tnb^la.nep'
L'anibulance d*une division de cavalerie comporte le même nombre d'officiers de santé ; mais son personnel administratif ne compte que 3 officiers, 2 infirmiers-majors et 8 infirmiers ordinaires. (Ar^. 1057.)
Un 4écret du 16 veptôse an ii attachait à chaque ambulance un coutelier, placé sous les ordres du chirurgien chef de service : un ouvrier pouvait lui être adjoint. L'arrêté du 24 thermidor an vin, art. 381 et 385, reproduit les mêmes prescriptions, qu'on ne retrouve plus dans le règlement de 1831.
« Il est à regretter, dit Bégip, que les règlements' en vigueur ne parlent plus du coutelier qui ét^it autrefois chargé, aux ambulances de rarmée, de l'entretien des instrumenta de chirurgie. Pour qui a de l'expérience, c'estmanifestemeqt une lacune à remplir, etqui le serait aisément au jnoyen d'un soldat ipfirmier pourvu des objets nécessaires placés dans un des caissons. )> {Ouvrage cité,)
Indépendamment du personnel des arpbulances attachées aux divisions, les officiers de santé en chef, placés au quartier général, ont en réserve, sous leur direction, un certain nombre d'officiers 40§aqté de divers grades, destinés, en tin jpur de bataille, soit à établir une ambulance centrale plus ou moins considérable, soit à être répartis, selon les besoins, sur les points où le combat étant le plus acharné et le plus meurtrier, les blessés affluent en plus grand nombre.
Cette réserve en officiers de santé est toujours restée variable pour chaque armée, d'après les conditions d'éloignement, de facilité de communications, de ressources en tous genres que présentent les pays où l'on fait la guerre, et surtout d'après le nombre des malades et des blessés que l'on peut prévoir.
II. MatérieL^^Le matériel affecté au service de santé des armées actives a reçu, depuis les guerres du premier Empire, des améliorations précieuses; et, quant au nombre des objets et à leur confection, il est dans un état tellement satisfaisant qu'il ne paraît comporter aujourd'hui que des additions ou des perfectionnements de détail.
Ce matériel comprend : 1*^ les caissons d'ambulance des divisions actives ; 2° le mobilier, les objets de consommation et ceux de pansement destinés au senâce des hôpitaux militaires temporaires.
Le niiatériel des divisions d'ambulance formait le chargement de cinq caissons (division d'infanterie) ou de deux caissons (division de cavalerie), d'après les articles 1078 et 1079 du règlement du 1*' avril 1831. Une ilécisi^oij ministérielle du 21 avril 1845 a adgpté un caisson unique qui riBnfernje 2^Q00 pansements et tous leséjoments d'un petit hôpital.
Le matériel d'une- ambulance régulière se compose aujourd'hui, pour une division de 10,000 hommes, de 5 caissons; pour une division de cavalerie, de 3 paissoijs, qui peuvent ainsi se subdiviser en sections d'ambulance, guiv^^nt le frdct}Qnneïjfl^ut gu/e les opérations militaires nécessitent souvent, surtout dans la division d'infanjterie, et
c'est le grand avantage du caisson unique dont le nouveau modèk (20 août 1854) peut être utilisé à la fois pour le service des subsistances, du campement et des hôpitaux.
Les objets contenus dans le caisson unique sont détaillés à la nomenclature B. {V. k la tin du volume.) Le caisson se décompose ainsi qu'il suit :
Panier n° 1 .—9 kilos de charpie de fil.
Panier w° 2.-9 kilos de charpie de fil.
Panier n° 3. — 2 biberons;-—! seringue à piston ; — 1 vase en fer-blanc contenant 13 kilos d'huile d'olive; — 1 vase en fer-blanc contenant: 1 kilo d'huile à brûler; — 3 litres d'alcool à 22 degrés, en 2 flacons ; — 3 litres de vinaigre en deux flacons ; — 2 kilos d'acétate de plomb liquide , 1 flacon ; — 1 kilo de mélange solidifiable en un flacon ; — ^1 boîte contenant 3 kilos 500 grammes de sel gris; — 50 bouchons de liège assortis ; — 1 poêlon en fer battu étamé ; — 1 mortier de marbre avec son pilon de buis ; — 1 pierre à repasser avec cuir dans son étui.
Panier w° 4. — 1 bidon ;— 2 bougeoirs ; — 2 cuillères à bouillon ;— 10 écuelles d'un litre ; — 1 écumoire ; — 30 gobelets ; — 2 lanternes à bougie; — 1 lanterne avec lampe et capsule; — 10 pots à tisane d'un litre ; — 1 sceau à bouillon ; — 2 couteaux de cuisine ; — 1 crémaillère de campagne ; — 2 fourchettes à distribution ; — 2 marmites de fer battu étamé ;— 1 sac d'outils.
Panier n* 5." — Grand linge à pansement; — 6 draps; — 12 coussins de blessés, garnis ; — ^25 écharpes ;— 5 bandages herniaires assortis;— 3 kilos 500 grammes de coton cardé dans un sac ; — 6 bandes de carton; — 3 sacs à denrées ; — 2 kilos de cordes; — 1 kilo de ficelle; —appareils à fractures en fil de fer : 2 pour cuisses ; — 4 pour jambes; — 1 pour bras;— 4 pour avant-bras.— Attelles assorties : 8 pour fractures de cuisses; — 10 pour fractures de jambes; — 18 pour fractures de bras ; — 20 pour fractures d'avant-bras; — 3 équerres semelles;— 5 palettes palmaires ; — 1 aiguiUe à emballer.
Panier n° 6. — Grand linge à pansement ; — 12 draps.
Panier w** 7. — 7 kilos de charpie de fil ; — 2 kilos de crin frisé dans un sac.
Panier n°* 8 à 13 (1) contenant chacun : grand linge à pansement ; — 150 bandes roulées assorties. — Petit linge à pansement : 300 com-
(4) Compoiition de chaque panier numéroté 8âi3, i5 et M ,
30 bandes de toile dites spica, de 4 mètres de long sur 85 mill. de large. 4^0 id. ordinaires, de 3 mètres id. sur 60 id.
40 id. ii. de4",50 id. sur 30- id.
60 compresses grandes, de 70 i» 75*= de long sur 40*^ de large. ] 4 /5* n" 4 [ assortie ^
90 id. moyennes, de50à55 id. sur30 id. }3/o"u»2} en qw-
450 id. petites, de 40 à 45 id. sur 90 id. ;4/6*o»3( lité.
7 id. fenétréesgrandes,de70à75 id. sur 40 id, 4 paquet de compresses sans dimensions, dites lambeaux. 3 kilos de charpie.
presses assorties; — 47 compresses fenêtrées; — 1 paquet de lambeaux; —3 kilos de charpie de fil.
Caisse n? 14. — 3 appareils de chirurgie (1) contenant chacun : 30 bandes roulées; — 50 compresses assorties ;-r-l compresse fenôtrée; —500 grammes de charpie; — i seringue à injection; — 1 boîte d'appareils ; — 1 capsule d'appareils ;— 4 petits flacons carrés; — 1 verre pour ventouse; — 1 éponge; — 125 grammes de sparadrap; — 25 grammes agaric amadou; — 125 épingles. — Grand linge préparé : 18 bandages de corps; — 8 bandages carrés; — ^5 bandages en T; — 8 bandages triangulaires;—40 écharpes;— 5 suspensoirs. — Petit linge : 16 compresses fenêtrées; — 15 aiguilles dans un étui; — 1000 épingles; — 4 éponges fines; — 100 grammes de fd à coudre ; — 87 grammes 1/2 de fil à ligatures;— 30 mètres de ruban de fil pesant 125 grammes.
Panier n» 15. — Même composition que les paniers 8 à 13.
Panier n» 16. — 8 musettes de coutil, dont 4 garnies chacune de 30 bandes roulées ; — 50 compresses assorties ; — 1 compresse fenêtrée ; —500 grammes de charpie.
Panier n"" 17. — Même composition que les paniers 8 à 13.
Panier n° 18. — Grand linge préparé : 5 bandages à fractures de cuisses ; — 5 bandages de jambes ; — 5 bandages de bras ; — 5 bandages d'avant-bras ; — 6 coussins de blessés, garnis; — 1 pour cuisses; — 2 pour jambes ; — 2 pour bras ; — 2 pour avant-bas. — Attelles : 2 équerres semelles; — 5 palettes palmaires.
Panier n, 19.— 6 bandes de carton; — 4 kilos 500 grammes dé charpie de fil ; — ^2 appareils de chirurgie garnis comme ceux de la caisse n» 14.
Panier n"* 20. — 1 boite contenant : 1 assortiment de médicaments ; ^ 21 flacons assortis ; — 2 pots de faïence ; — 24 sondes d'homme; — 2 sondes œsophagiennes; — 1 spatule à grains;— 1 trébuchet; 10 broches de liège; — 1 boîte à amputation et à trépan n° 2 avec étui ; —
1 boite de couteaux de rechange n° 4 avec étui ; — 1 boîte contenant
2 kilos de gomme arabique ; — 2 kilos de sucre ; — 2 kilos de cire jaune ; — 1 kilo de sparadrap; — 1 boîte contenant 30 bougies stéariques; — 30 bougies de cire ; — 1 boite contenant 5 mains de papier ; —24 plumes; — 3 canifs; — 6 crayons; — 1 kilo de savon; — 8 tabliers
{\ ) Composition de chaque appareil de chirurgie.
5 bandes de toile dite spica, de 4 mètres de long sur 80 millim. de large. 20 id. ordinaire, de 3 mètres de long sur 60 millim. de large.
5 xd. id. del'o^ëO id, sur 30 id,
40 compresses grandes, de 70 à 75*= de long sur 40" de large. ) 4/6» n«» 4 / assorties 45 id. moyennes, de 50 à 55 id. sur 30 id. j3/5"n»î{ en qua- 25 id. petites, de 40 à 45 id. sur 20 id. )4y5'n»3( lité.
4 compresse fenêtrée grande, de 35 à 40« de long sur 40« de large. 500 grammes de charpie.
Nota. — Même composition que ci-dessus pour chaque musette appareil.
d'offlcier de s^nté ; — 6 tabliers d'infirmiers; — là serviettes; — 8 torchons ; — 3 encriers de corne ; — 2 bougeoirs ;-rl lanterne à bougie ; — 1 boîte à briquet; -rl5 aiguiljes ^anp un étui } — 100 grammes de fil à coudre ; — 500 gramme? de coton cardé 5 — 3 ^.pp^^ÇÎls dé chirurgie comme ceux de la caisse n** 14.
Cflisse n° 21 . r-Grand lingg préparé : 18 handage^ de corps ; — 8 bandages carrés ; — 5 bandages en T ; — 8 bandages triangulaires;— 40 épharpes ;-r5 suspensoirs ;r-t 14 compresses fenêtrées ; — petit linge; — 15 aiguilles dans un étui ; — 1,000 épingles; — 4 éponges fines; — 100 grammes de fil i coudre ; -^87 grammes 1/2 de fil à ligature ;— 30 mètres de ruban de pi pesant 125 grammes.
Objets en vrac, -r-3 pouv^rtures de laine grise sous enveloppe; — 3 sangles de brancards ; -r- 6 bretelles jie brai^c^rds ; -^-6 hampes de brancards; — 1 porte-hampe; — 1 table d'opération, à dossier; — 1 bêche;— 1 hache ; — 1 pioclje; — 1 serpe; — 1 scie à pain; — 1 cadenas pour fermer le caisson, etc.
En récapitulant les quantités de linge à parjsement et de charpie réparties dans les appareils, caisses ou paniers faisant partie du chargement du caisson d'ambulance, on trouve 163 kilos de grand linjiP à pansement représentant : draps, 18; bandes roulées (spica), 3(X); id. ordinaires, 1260; bandages de corps, 36; id. carrés, 16; id, en T. 10; îd, triangulaires, 16; écharpes, 105; suspensoirs, 10; bandage> à fractures (préparés avec attelles) de cuisses, 5; coussins des blessé?, 18; sacs, 10; 114 kilos de petit linge à pansement représentant : compresses assorties, 3,000; id, fenêtrées, 100 ; id. sans dimensitm. dites lambeaux, 8 paquets, et charpie, 60 kilos, soit :
/ de 4 mètres de Iqn^ueur. 300 \
Bandes roulées < de 3 mètres de longueur. . ..!».. . 44201 *9ft/v?*560
(de 4-,50 de loogueul* 140 j '^ )
(grandes, 3/40'f de la tptali^é.ou 600)
Compresses (4) ) moyennes, 3/40-^ id, ou. ..,,.. OQP .30W
' ^ ^ )peliles, 5/JO" td. ou ^ÇOOJ
[ sans dimension, dites lambeaux, au poids pour appoint.
Ressources e^ pansemef^f qv4 présent^nf c^ 'quantités :
Pansements généraux . . . , • 450i)\
' Jd. spéj&i^ux (Cractufes diversyes] ,. ^i
Id. accessoires, tels qu'écharpes, bandages de corps 240% 2^00
Grand linge pour réserve et pansements imprévus 270 i
Charpie à raison de 0,30 gramntes par pansement .- » y
Indépendamment dia cje xaatériel .affepl^ aux iji viçion3 actives, il e^: formé au quartier général et sur les derrières de l'armée nne rësen* d'effets, denrées, objets de consommation, objets de pansement t\
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(4) La quantité de bandes el compresse,s indiquée commue devant entrer dans chaque :> nier est calculée au minimum ; leur nombre pourra augmenter f^ç raisçp de la quaUlt * linge pour arriver au poids déterminé pour chaque espèce de linge. ' ' •
médicaments dont l'importance est déterminée par le Ministre, pour assurer Je renoi^yellement des divisions d'ambulances et la formation des hôpitaux temporaires. {Id,, art, 1080.)
L'intendant en ehef pourvoit à l'entretien et w rçipplftceipent des réserves en matériel, soit par des demandes au Ministre, soit suiyant p'il y est autorisé par voie d'achats, d'emprunts, d'appels et de réquisition, ainsi qu'il est pré\Ti an titre IV du présent règlement. (W., artAm.)
Les instruments de chirurgie sont expédiés des ^nagasins de l'intérieur, en caisses complètes, qu'on distingue en caisses à amputation, caisses à trépan et caisses des couteaux de rechange ; leur composition est indiquée dans l'état des instruments de chirurgie, formant la nomenclature n° 1 de l'instruction du 26 février 1851). {/rf., ^>rt. 1082.)
n n'est employé dans les ambulances et hôpitaux temporaires jmx aimées que des demi-fournitures, consistant en une paillasse, un sac il paille et une couverture, trois di-aps, trois chemises et trois coiffes de bonnet pour chaque malade. On ajoute au nombre dos demi-ft)urnitures reconnues nécessaires un dixième de fournitures conjplètes pour les blessés et les officiers. ï^ nomenclature M indiqiie la composition du matériel pour des hôpitaux de 100 et 500 malades, (/rf,, on. 1083.)
Ces dispositions réglementaires ont été complétées par une instniction du 25 janvier 1831 pour la manœuvre des caissons d'ambulance, modifiée par la décision du 4 octobre 1832; nous en faisons seulement un extrait pour ce qui concerne lesofliciers de santé.
Le placement, dans les hôpitaux militaires d'instruction, d'une division complète d'ambulance a pour objet :
1° De faire connaître aux officiers de santé toutes les ressources en objets de pansement et en médicaments qu'ils y trouvent sur le
terrain ;
2" De familiariser les ofliciers d'administration avec les différentes parties de l'arrimage de chaque caisson, afin que, connaissant parfaitement leuf comp€)sition, ils puissent diriger les infirmiers-majors et infirmiers ordinaires dans les diverses manœuvres à exécuter par ces dernier^, lesquelles consistent principalement à bien distinguer toutes ^("s parties d^ J'^frimage des différents caissons, et à les enlever et leplacer avec toute la célérité, l'adresse et la précision nécessaires.
Les officiers de saçté, bien qu'ils ne doivent êti*e occupés sur le terrain que de l'exercice de leur art, ont besoin cependant de conlaitre en détail les divers objets réunis dans les ambulances, pour es pansements à faire on les secours à donner aux blessés ou aux naJades de l'arpiée. Témoins de la manœuvre des caissons, ils en ipprécieront les ressources, et jugeront mi^ux de cjeJJes qne l 'administration peut leur faurnir.
Les chefs feront remarquer à leurs subordonnés la composition des divers appareils en bandes, compresses et charpie ou en objets accessoires.
Us leur indiqueront les différents bandages préparés et les médicaments qui sont mis à leur disposition.
Ils appelleront leur attention sur Futilité : l"de n'employer que ce qui est rigoureusement nécessaire, afin de ménager les ressources; 2° de conserver toujours le classement des objets, pour pouvoir trouver avec plus de promptitude et de célérité ceux dont ils ont successivement besoin.
Le sous-intendant fera, quand il le jugera convenable, répéter le? manœuvres sur le terrain, et fera désigner par les chefs de service les officiers de santé et d'administration qui devront y assister avec le nombre d'infirmiers nécessaires.
Indépendamment des moyens d'ambulance affectés au service de? divisions ou corps d'armée, chaque régiment est pourvu, au moment d'entrer en campagne, de cantines régimentcdres^ à raison d'une pmnde cantines par bataiUoiiuou par deux escadrons. Ces cantines sont portées à dos de mulet et composées d'après les indications de la nomenclature N. {Règlement du 1" avril 1831, art. 1084.) Voyez à lafifl du volume.
L'approvisionnement de scantines est renouvelé, suivant les besoin?. d'après les ordres des intendants militaires, au moyen des ressourc*^ existantes dans les magasins des hôpitaux, (/û?., art. 1086.)
Nous avons dit qu'en outre une décision ministérielle du 22 décembre 1839 statue que chaque bataillon d'infanterie sera muni d'un me d'ambulance et d'un rouleau de fer-blanc cadenassé, renfennanl des objets de premiers secours, et qu'une note ministérielle duiS août 1840 a pourvu au même besoin pour les corps de cavalerie, eo créant les sacoches d'ambulance. {Voir pag. 590.)
in. Des moyens de transport, — Les moyens de transport ont auN>i reçu des améliorations. Anciennement, pendant les guerres de la Republique et de l'Empire, indépendamment de l'équipage d'ambulamv. il était remis au corps ou parc d'ambulance un certain nombre •)• voitures à loyer ou de réquisition, lesquelles étaient destinées au transport des malades ou blessés des dépôts d'ambulance sur le? Kpitaux de première et deuxième ligne. Les améliorations que Pea) et Larrey firent apporter au matériel d'ambulance furent surlOu" précieuses au point de vue de la promptitude des secours à doim^ aux blessés ; c'est à ces grands maîtres que nous devons en effet '. création des moyens de faire arriver la chirurgie jusque parmi l-* combattants. Les wurtz de Percy, comme les ambulances vidantts à(. Larrey, ont donné les résultats les plus satisfaisants. Mais lesmoyei* de transport et d'évacuation sont restés pendant longtemps impïffaits et insuffisants, et on cite de grandes batailles de la fin ^^ l'Empire où il est resté des blessés sur le terrain pendant plus de nnjrî-
quatre heures. Aujourd'hui on a perfectionné d'une manière remarquable les moyens de relever les blessés du terrain du combat, ainsi que ceux destinés à leur transport au dépôt d'ambulance ou à leur évacuation la plus commode et la plus prompte possible sur les hôpitaux voisins. Ainsi, les brancards, les litières, les cacokts portés par des mulets de bât, de petites voitures légères (comme la voiture-Masson) susceptibles de passer dans les chemins les plus étroits et les plus rudes, sont des moyens de transport ajoutés aux caissons des équipages militaires suspendus sur des ressorts, et c'est grâce à ces moyens ingénieux de vectation qu'il est devenu possible en Afrique d'enlever immédiatement tous les blessés d'un champ de bataille et de leur faire suivre pendant de longues journées de marche des colonnes expéditionnaires. Ajoutons encore que les malades sont en bon air et en plein jour, et que le mouvement comme les distractions de la route ne peuvent donner que des résultats favorables à leur entier rétablissement.
L'administration de la guerre s'est, du reste, préoccupée encore, dans ces derniers temps, de perfectionne!: les moyens de transport des blessés.
Voici la description des voitures spéciales qui ont été construites pour accompagner l'armée d'Orient en Crimée (1854) : Elles sont suspendues, légères, solides, élégantes même ; portées sur quatre roues, elles peuvent tourner sur elles-mêmes pour faciliter leur mouvement, et elles sont conduites indifféremment avec deux chevaux on un seul cheval, quand les circonstances l'exigent. Trois blessés peuvent prendre place sur la banquette de devant, où l'on monte avec facilité. Le derrière forme une caisse fermée, disposée de manière à recevoir deux civières munies de bras à coulisses, afin d'éviter les secousses ; ces civières roulent sur des galets, quand on les introduit dans la voiture. L'intérieur et les civières sont garnis d'une matelassure recouverte de toile cirée d'une disposition nouvelle imitant la basane, ce qui rend facile une grande propreté. Les bagages et les armes des blessés peuvent être recueillis et placés dans des coffres fermés de côté par des toiles métalliques qui permettent* de s'assurer que rien n'est oublié. Jusqu'à la forme des glaces et des Persiennes, tout y est ménagé de manière à rendre le service facile. Les malades marchent avec les équipages. Les chevaux des équi- )ages et les voitures sont sous les ordres des vaguemestres, et ne narchent jamais avec les colonnes : il n'est fait d'exception que pour a voiture du commandant en chef et pour celle des généraux blessés m malades.
Lorsque le général juge nécessaire de faire marcher avec les olonnes les voitures d'artillerie et celles d'ambulance, il indique le ang que prendront ces voitures. {Ordonnance du 3 mai 1832 sur le sériée des armées en campagne, art, J32.) Les voitures auxquelles les ofïiciers ont droit forment une division
séparée daiis la composition d'un convoi : Tordre de taarche pour ces dernières est réglé d'après le rang des ôfflcierîs auxquels elles appartiennent. {Id,y art, 141.)
Les équipages des officiers de santé en chef font partie de ceux du grand quartier général, et marchent après ceux des officiers de rintendance, d'ctat-major et de gendarmerie» Le même ordre est suivi dans la marche des équipages des quartiers généraux de dÎTision, et de ceux des brigades et des régiments, (/rf., art, 164.)
rV. Du seîwice de Vambulance, — Chaque ambulance divisionnaire se subdivise en deux sections : réserve d'ambulance et ambulance actirr,
La section active de i*ambulance se subdivise elle-même, au moment du combat, en ambulance volante et dépôt d^ambulance. {Règlèfnent de 1831, art, 1102.)
L'ambulance volante est placée à Tavatit-garde, avec deux officiei-s de santé, un officier d'administration et deux infirmiers, poui* porter des secours partout où ils sont jugés nécessaires. {Id,, art, 1103.)
Si la nature du terrain s'oppose à ce qu'on puisse l'aborder avec le caisson, on doit prendre quelques-uns des paniers et les charger sur un des chevaux de l'atelage. {Id,, art, 1104.)
L'autre partie de la section active forme le dépôt d'ambulance sur lequel sont dirigés ou transportés les blessés pour y être pansés immédiatement, (id,, art, 1105.)
Ce dépôt doit être placé dans une grange ou maison isolée , ou dans un endroit abrité, ayant, autant que possible, de l'eau dans son voisinage, (/rf., art, H 06.)
Un drapeau rouge, pktcé sur le point culminant du députa sert à diriger ou les blessés ou ceux qui les transportent, {/rf., art, 1107.;
L'officier d'administration chargé du service de l'ambulance reçoit, sur son emplacement, les ordres du sous-intendant, qui prend ceux du chef de l'état-major. {Id,, art, 1108.)
L'emplacement du dépôt d'ambulance n'est jamais difficile à trouver dans les contrées où nous sommes appelés à faire la guerre , car. en Europe, il est rare qu'on ne rencontre pas une maison abandonnée, une ferme, où l'on puisse recevoir les blessés. On aura, du reste, toujours la ressource, à défaut d'autre abri, des tentes du modèle d'infanterie (de 16 hommes), et, en cas de séjour, des cabanes con>truites rapidement au moyen de branchages et de paille.
L'officier comptable d'une ambulance placée sur le terrain doi? faire décharger ses caissons en se bornant au strict nécessaire, afin de rendre le rechargement plus facile et plus prompt en cas de mouvement. Il monte le service de la tisanerie et entretient une marmite de précaution, pour laquelle le sous-intendant détermine h quantité de viande présumée nécessaire. (/</., art, 1109.)
Pendant qu'on fait ces dispositions, une partie des officiers iVadministration, infirmiers- majors et infirmiers, est détachée deiTÎèiv là
ligne avec des brancards pour relever les blessés et les transporter au dépôt de Pambulànee. (/rf., nrt, iilO.)
Les jours de combat, les infirmiers sont divisés en deux portions : les uns restent à l'ambulance pour aider les officiers de santé dans les soins variés que réclament les blessés amenés du champ de bataille ; les autres/ quand les circonstances le permettent, viennent sur la ligne enlever les blessés, pour les conduire à l'ambulance, autant que possible, sur la désignation des officiers de santé, seuls capables d'apprécier les blessés qui exigent de plus prompts secours. (^^^131 de nnstructîon du service des infirmiers auprès des malades aux ambulances, 25 août 1845.)
Tout militaire blessé est re^u à l'ambulance, et, après avoir été pansé, il est ou dirigé sur son corpsj ou évacué sur l'hôpital le plus voisin, suivant la gravité de sa blessure, (/rf., art. 1087.)
Dans le premier cas, l'c^cier comptable doit lé porter sur un état particulier, indiquant ses nom et prénoms, à quels régiment, bataillon ou escadron et compa^ie il appartient, et à quelle partie du corps il est blessé. (/d.> aYi, 1088.)
Dans le second cas, l'ofificier comptable l'inscrit sur son registre d'entrée, et lui remet un billet de sortiie par évabuation. (/c?., art. 1089.)
On suit autant ijue possible, dans les hôpitaux temporaires, en ce qui concerne les admissions, sorties et évacuations^ les mêmes formalités que dans les hôpitaux de l'intérieur, (/rf., art. 1090.)
Le traitement des malades et blessés, ainsi que le régime alimentaire et le régime curàtif, sont réglés dans les hôpitaux de l'armée, autant que permettent les circonstances et les localités, de la même manière et sur les mêmes bases que dans les hôpitaux permanents. {Id., art, 1091.)
L'officier d'administration comptable de l'ambulance assure la prompte évacuation de tous les blessés sur les hôpitaux les plus voisins, avec les moyens de transport qui ont dû être préparés à l'avance par les soins du sous-intendant, (/c?., art. 1111.)
Dans les terrains trop secs ou trop humides, les cadavres doivent 5tre recouverts d'une couche de chaux vive sur laquelle on verse une /uantité d'eau suffisante pour la faire dissoudre en totalité avant de ombler les fosses avec de la terre.
Les fosses doivent être creusées dars des dimensions telles, qu'elles oient toujours recouvertes d'au moins un mètre d'épaisseur de erre .
A défaut de ces moyens, les corps doivent être brûlés, (/c?., art.
S 2. — Des bdpitiBX temporaires ou de ligne.
Le traitement des malades et des blessés se fait dans des hôpitaux temporaires établis à partir de la base d'opérations sur les lignes d'évacuation. On les subdivise en hôpitaux de 4", de 2* et 3* ligne.
Le choix des emplacements est fait par l'intendant en chef, d'après l'avis des officiers de santé en chef ou principaux, pour tout ce qui a rapport à la salubrité, et de l'officier d'administration en chef ou principal, pour tout ce qui tient à l'ordre, à la facilité, à la sûreté do service. {Règlement de 1831, arL 1415.)
Les hôpitaux de première ligne doivent être le plus à portée qu'il est possible des ambulances, pour rendre le premier transport des blessés moins fatigant. Les hôpitaux des trois lignes ne doivent être, autant que possible, distants les uns des autres que d'une faible journée de marche, afin de rendre les évacuations plus faciles. (Id., art, 1116.)
On aura égard, dans le choix des emplacements, à la facilité des transports ou par terre ou par eau. (/</., art 1117*)
Les hôpitaux affectés aux galeux et vénériens étant des établissements spéciaux qui ne doivent avoir aucune communication avec les autres, peuvent être placés hors de la direction des lignes d'évacuation, mais à des distances qui n'en soient pas trop éloignées. (/(/.. art. 1118.)
Ces hôpitaux spéciaux ont presque disparu aujourd'hui ; ils étaient nécessaires autrefois dans nos grandes armées, et devaient recevoir les affections vénériennes graves, et les gales rebelles ou compliquées. Les militaires affectés de gales ou de gonorrhées simple? étaient traités sous la tente pendant cinq mois de l'année, de mai à octobre, dans le Midi, et pendant quatre mois, de juin à octobre, dan> le Nord. Les galeux étaient réunis sous des tentes séparées, san< communication avec les autres tentes. Les officiers de santé attachés aux corps d'armée étaient chargés de leiu* traitement sous la surveillance du chirurgien du camp le plus ancien. {Arrêté du 24 thermidor an vni, art. 69 à 84.)
On doit éviter également de placer les hôpitaux, soit dans les endroits trop populeux, soit dans les lieux trop écartés où les ressource^ seraient moins abondantes. {Règlement de 1831, art. 1119.)
Autant que possible on doit les placer hors des villes, dans des endroits oi!i ils peuvent être fortifiés ; quand on les établit en rase campagne, on construit des baraques et un blockaus pour les défendre. Les salles doivent être spacieuses.
Les approvisionnements de ces hôpitaux sont faits au moyen de ceux du quartier général de la. section de réserve ou de réquisitions faites dans le pays.
Dans les hôpitaux temporaires, les malades doivent être couche-
sur des lits à tréteaux ; à défaut de tréteaux, les paillasses sont, autant que possible, posées sur des planches.
Les dispositions relatives aux inhumations, prescrites plus haut dans ce chapitre, sont applicables aux hôpitaux temporaires, {fiègkment de iSSi, arM122.)
Les évacuations des blessés d'un hôpital temporaire à un autre sont faites d*après les instructions tracées par le règlement sur les évacuations collectives.
Après leur guérison,les soldats rejoignent leur corps, ou sont dirigés sur un dépôt de convalescents.
n ne faut pas s'attendre, disent MM. Maillot et Puel (1), à trouver dans ces hôpitaux improvisés toutes les ressources qui abondent dans nos établissements de Tintérieur; cependant, avec du zèle et de l'intelligence, on parviendra souvent à pourvoir à tous les besoins et à remplir presque constamment les indications importantes.
On ne sera jamais, en Europe, réduit à ce dénûment absolu des plaines incultes de l'Afrique, où Ton ne trouve absolument rien, pas même de la paille ou du foin pour coucher les malades, pas même une maison en ruine pour leur fournir un abri. Dans les campagnes continentales de la République et de TEmpire, on pouvait, à l'aide de réquisitions, se procurer ces choses de première nécessité, que, sans trop de difficultés, l'on trouvait dans les villes et les campagnes ; partout au moins il y avait ou une éghse, ou une grange pour y déposer les blessés et les malades. Mais en Afrique, rien, rien qu'un soleil brûlant et un sol desséché pendant l'été, rien que des pluies abondantes et des mers de boue pendant l'hiver. Là, on a rencontré, et longtemps encore on rencontrera, des obstacles que nos prédécesseurs n'ont pas connus ; les règles qu'ils nous avaient transmises n'ont pu y trouver leur application.
Dans les pays habités et civilisés de l'Europe, on trouve généralement à assurer un bon service hospitalier à la suite des armées ; constamment on trouve dans les villes, et même dans les campagnes, des bâtiments propres à être convertis en hôpitaux. Ce sont ou des églises ou des manufactures, des couvents ou des châteaux.
Les églises sont les constructions qui conviennent le moins : elles sont presque toujours froides ou humides ; il est très-difficile de les échauffer à cause de leur élévation; l'air aussi s'y renouvelle difficilement ; leurs nefs voûtées offrent des inconvénients fort graves : les miasmes s'y accumulent en grande quantité, et peu à peu contaminent Tair au point de faire prendre un caractère typhoïde à toutes les affections. Ces considérations nous semblent suffire pour prouver la justesse de notre assertion, et expliquer notre répugnance à déposer les malades dans ces édifices.
[i) Aide^mémoirey page 4ft0.
Les manufactures, les vastes ateliers sont bien préférables. Généralement, ces établissements sont bien construits et placés dans des lieux salubres; ils présentent ordinairement des salles assez vastes et assez aérées pour pouvoir élre converties de suite en salles de malades : on n'a le plus souvent qu'à y placer des lits.
Les couvents réunissent aussi toutes ces conditions. On sait, en effet, que leurs habitants, plus instruits que la plupart de leurs contemporains, avaient su, dans les derniers siècles surtout, choisir parfaitement l'emplacement de leurs habitations. Bonne exposition, aération facile, construction bien entendue, voisinage d'eau, de bois, de pays fertile, rien, sous le rapport sanitaire, ne leur manquait. En abattant les cloisons des celli:des, on a de suite des salles convenables. On trouve dans les monastères des cuisines, des fours, des caves , des latrines, enfin tous les accessoires d'un hôpital. Ge sont donc ces bâtiments qu'il faudra prendre de préférence, toutes les fois qu'on pourra le faire sans nuire aux religieux qui les habitent. Souvent, dans nos guerres, il a fallu recourir à leur hospitalité, partager leuipain et leurs demeures; on ne les a jamais en vain soUicités. Ils ont su s'imposer les privations les plus grandes pour venir au secours de nos pauvres malades. Nous aimons à croire que s'ils ont eu à sabir des vexations, ce n'est pas par les officiers de santé qu'elles leur sont arrivées.
Dans les campagnes actives, pendant lesquelles de grandes masses d'honunes se portent rapidement sur un point éloigné^ on manqae même des demi-fournitures indiquées par l'art. 1083 du règlement. Le plus souvent, dans les premiersjours au moins, il faut se résoudre à coucher tout habillés les malades sur la paille ou sur le foin qu'on étend dans les chambres^ et même jusque dans les corridors, car il est des circonstances où il faut tirer parti de tout.
Lorsque, par suite de la difficulté des transports, on en est réduit à ce que nous indiquons, il faut en toute hâte faire frapper de réquisitions le pays dans lequel on se trouve, et faire donner par les hshïtants le plus de couchages possible pour le service des hôpitaux.
Une des meilleures dispositions que l'on puisse prendre alors, c'est de faire confectionner de suite un grand nombre de paillasses. Lorsqu'elles sont bien faites, elles sont tout aussi bonnes que des matelas; elles sont peut-être même préférables, en ce sens, que , dans certaines maladies épidémiques, on peut promptement les laver, en brûler la paille et la renouveler, ce qu'on ne peut faire pour les matelas. Pour notre propre compte, nous pensons que, pendant Tété, et surtout dans les pays chauds, il n'y a aucun inconvénient à coucher les malades stir les paillasses. H n'y a d'exception à cette règle générale que pour les affections d'une longue durée jointe à une gravité extrême, telles que les affections typhoïdes.
Il est aussi une foule d'objets qui sont d'une première nécessité et qu'il faut absolument se procurer par cette voie rigotireuse desréqui-
sitions. C'est ainsi qu'il faut des vases pour contenir les boissons des malades, leurs aliments, etc.
Dans les hôpitaux temporaires, on est souvent exposé à manquer de linge, de charpie et de médicaments. Cette détresse se ferait bien plus souvent sentir encore, si une sage prévoyance ne présidait dès le principe à leur emploi : aussi nous rappellerons avec Bégin combien il importe de ménager les ressources dont on peut disposer. Des appareils légers, pour lesquels on n'a prodigué ni le linge ni la charpie, sont d'ailleurs plus facilement supportés par les blessés que ces tamponnements considérables, maintenus avec force, et qui, exerçant des compressions douloureuses, accumulent de la chaleur dans les parties, et favorisent le développement d'inflammations traumatiques excessives. Souvent on supplée avec avantage aux bandes et aux compresses à l'aide d'emplâtres agglutinatifs circulaires qui environnent les parties, sans les trop presser et en leur permettant encore de se développer par la tuméfaction dont elles doivent devenir le siège. (1)
La charpie ordinaire, dit encore Bégin, peut, sans inconvénient, être supprimée. D'un prix actuellement élevé, et difficile à se procurer en quantité suffisante, elle contracte en peu de mois, par l'entassement dans les tonneaux, une odeur désagréable de moisissure et, selon toutes les probabilités, des propriétés malfaisantes, qui contribuent sans doute au développement de la pourriture d'hôpital et des autres dégénérescences des plaies qui sont si fréquentes à l'armée. Les chirurgiens militaires savent d'ailleurs que l'on a toujours au besoin substitué à 'la charpie des étoupes, sans que cette substance ait agi moins favorablement que l'autre. Choisie avec soin, coupée en morceaux longs de 15 à 18 centimètres, blanchie au chlorure et convenablement cardée ensuite, l'étoupe devient fine, molle, soyeuse, absorbante, et oflfre tous les avantages de la charpie, sans présenter aucun des inconvénients dont nous avons parlé. Cette nouvelle charpie, due à Gama, et dont les excellentes propriétés ont été constatées au Valde-Grâce, sera aussi économique que profitable pour les approvisionnements des ambulances et des hôpitaux temporaires. (2)
Quant aux médicaments, on comprend facilement combien il faut se prêter aux circonstances et comme on doit simplifier sa thérapeutique. Il faut aussi peu que possible multiplier les variétés des tisanes, des potions, en un mot de toutes les préparations médicamenteuses. Qui ne sait, au surplus, que, avec un très-petit nombre
(4 ) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, article Ambulance.
(2) Des considérations analogues, reproduites dans une Instruction du Conseil de santé du 25 septembre i853, sur remploi des tissus de coton et de différentes espèces de charpie et du coton cardé dans le pansement des plaies, ont déterminé l'administration à introduire pour un quart dans les objets de pansement le coton sous forme de linge, de compresses et de charpie. (Voyez Bulletin de la médecine militaire ^ tome 2, page 80.)
de ces substances, on peut répondre à tous les besoins et remplir toutes les indications? Le vrai médecin militaire ne sera jamais polypharmaque ; il ne lui faut que quelques remèdes héroïques; il lui suffira de savoir les doser, de savoir les combiner. Entre ses mains, des moyens qui sembleraient de faibles ressources à des hommes inexpérimentés, remplacent facilement une foule de remèdes qui souvent, aux armées, embarrassent plus qu'ils ne servent.
§ 3. — Des dépôts de convalescents.
On comprend sous cette dénomination les lieux de réunion des militaires qui à leur sortie des hôpitaux ne sont pas en état de rejoindre leurs corps et ont besoin d'un régime particulier.
Créés en cas de guerre aux armées près des corps de troupes, ou à rintérieur dans le cas de rassemblements de troupes ou dans des circonstances spéciales, comme après une épidémie, ils sont de deux sortes, selon qu'ils dépendent du service des hôpitaux ou que l'administration et la dépense sont étrangères au service de ces derniers.
Dans ceux qui sont indépendants du service des hôpitaux, et qui sont commandés par des officiers de troupe, les convalescents sont soumis au régime militaire. Toute la solde est employée de manière à améliorer la nourriture ; celle-ci se compose de 750 grammes de pain d'hôpital, de 250 grammes de viande et de 1/2 litre de vin pur par jour.
En l'an xii, trois de ces dép&ts furent établis 'à Boulogne, à Ostende et à Montreuil. En 1806, d'autres dépôts de convalescents furent établis d'après le même principe, à Chambéry, Strasbourg et Mayence. Enfin on y a eu recours, dans ces derniers temps, à l'armée d'Afrique, et l'on n'a eu qu'à se louer des résultats qu'ils ont fournis. {Décision du 10 mars J 841 et circulaire du iS avril suivant)
On comprend très-bien, disent MM, Maillot et Puel (1), qu'il est à peu près impossible de remettre sans transition au régime habituel des soldats qui sortent de l'hôpital encore faibles et ébranlés parla souffrance. C'est donc une très-sage mesure que de leur donner une nourriture plus appropriée à leur état, qui n'est plus la maladie, mais qui n'est pas encore la santé. On objecterait en vain qu'on pourrait éviter cette espèce d'entrave dans le service régimentaire en conservant plus longtemps ces convalescents à l'hôpital. Ce serait une grande faute, et l'on exposerait ces hommes à de grands dangers; ils reprennent difficilement leurs forces au milieu de l'air de nos salles: ils ne font pas assez d'exercice ; ils n'ont pas assez de distraction : aussi rien n'est plus fréquent que de les voir rechuter loi*squ*on les
( i) Aide-mémoire^ page 464 .
garde longtemps, et leurs rechutes, toujours graves, sont très-souvent mortelles.
Dans les localités où les fièvres intermittentes sont endémiques, ou même dans les circonstances où elles régnent accidentellement, cette précaution est de rigueur. Sans cela, ces fièvres récidivent à chaque instant. Ce n'est pas cependant que nous pensions qu'un régime bien entendu puisse mettre infailliblement à l'abri des rechutes ; loin de là, au contraire, nous avons la ferme conviction que, quoi que l'on fasse, dans les pays à fièvres intermittentes endémiques, ces rechutes sont à peu près inévitables, et qu'il n'y a que de très-faibles différences dans leur nombre, malgré toutes les précautions de régime. Une fois que l'on a été frappé par ces maladies à marche si bizarre et qu'elles récidivent, il n'y a qu'un moyen, un seul, de se soustraire à leur fatalité: c'est l'éloignement : aussi, lorsque des corps d'armée stationnent dans des pays marécageux, il ne faut plus se contenter de mettre les soldats à un régime spécial à leur sortie de l'hôpital ; il faut établir des dépôts de convalescents, et placer ces dépôts aussi loin que possible du rayon d'action des effluves morbigènes.
Cette formation des dépôts de convalescents, dans les circonstances dont nous parlons, a encore un avantage immense : c'est que, en y envoyant les malades aussitôt qu'ils sont franchement convalescents, tous ceux qui, par exemple, sont à la demi-portion depuis deux ou trois jours, on se ménage une foule de places dans les hôpitaux proprement dits, et de la sorte on n'est pas obligé de conserver dans les casernes ou dans les cantonnements, ou sous la tente, des hommes gravement malades, faute de place dans les hôpitaux.
Mais, pour retirer de ces étabhssements tout l'avantage qu'ils promettent, il faut que le service s'y fasse aussi régulièrement et avec autant de sévérité que dans les hôpitaux.
Si l'on oublie ce précepte, il arrivera qu'une foule d'hommes auront des rechutes, seront pris de diarrhée, qu'ils cacheront avec soin, pour ne pas être privés d'une partie de leurs aliments; et les malheureux succomberont en grand nombre. C'est surtout dans les épidémies de fièvres intermittentes qu'on peut remarquer la vérité de cette assertion : il n'est pas de maladies où l'on puisse plus facilement tromper le médecin. Souvent, en effet, un accès déroule entièrement toutes ses phases dans l'intervalle de la visite du matin à celle du soir; d'autres fois les accès sont tellement simples, que les malades restent levés et se tiennent debout au pied de leurs lits à la visite de l'après-midi. Que de fois on s'en laisse imposer par cette apparence de santé 1 11 n'y a qu'un seul moyen d'éviter l'erreur : c'est de s'imposer l'obligation de tâter le pouls de tous les malades au service du soir, et de voir quelle est la température de la peau, quel est son degré de sécheresse ; et nous recommandons surtout ceite précaution pour le service du soir, parce que, contrairement à ce
qui existe dans les localités ordinaires, c'est cette visite pendant Taprès-midi qui est la plus importante dans les pays marécageux.
Ces observations pratiques, que nous consignons ici, sont de la plus haute importance ; car c'est à la répétition de ces accès, souvent si faciles à cacher, et qui paraissent aux malades n'être rien ; c'est à leur répétition, disons nous, qu'il faut rapporter la plupart des diarrhées chroniques que l'on voit si souvent si fréquentes, si rebelles et si meurtrières à la fin des épidémies de fièvres intermittentes et qui régnent d'une manière permanente et universelle dans les pays où ces mêmes fièvres sont endémiques.
Pendant les ferres d'une longue durée, il faut aussi créer des dépôts de convalescents. A la suite d'une campagne pénible où Ton a eu de grandes fatigues à' surmonter et des privations de tout genre à supporter, il y a parmi les troupes un nombre prodigieux de malades. Parmi ces hommes, beaucoup restent faibles, malingres. Les conserver à l'hôpital, c'est éterniser leurs souffrances, c'est presque les vouer à la mort ; les renvoyer à leurs régiments, c'est chose impossible : ce serait encombrer les rangs de valétudinaires. Que faire donc? Les envoyer chez eux en congé de convalescence? Mais l'expérience a appris que c'étaient alors des hommes perdus pour l'armée. Ils obtiennent d'abord des prolongations de congé ; puis ils vont au dépôt de leurs corps, ou ils restent indéfiniment; ils ne reparaissent plus sous les drapeaux : aussi c'est avec raison que, dans les cas dont nous parlons, on a pris le parti de former désormais des dépôts de convalescents.
*De la sorte, on respecte tous les droits de l'humanité, puisque les malades se rétablissent entièrement, et l'on conserve au complet les cadres de l'armée.
g 4. — Des hôpitaux de rintérieur.
Quant aux hôpitaux de l'intérieur, ils ne jouent qu'un rôle subsidiaire en campagne; quand, par exemple, il y a encombrement dans les hôpitaux de ligne, il est fait des évacuations collectives sur les hôpitaux de l'intérieur. On y dirige, en général, les militaires que la nature de leurs blessures met hors d'état de servir ultérieurement, et là ils attendent leur guérison complète et leur retraite.
g 5. — Service des ambalances dans rinlérieur.
Nous compléterons les dispositions réglementaires relatives au service des ambulances par un extrait de V Instruction du iO avril 1832, qui a réglé ce service pour l'intérieur.
Les dépôts d'ambulance sont établis dans des locaux appropriés à l'avance à leur destination.
Le personnel de chaque dépôt se compose de :
1 médecin-major de 1" classe ; î médecin-major de 2* classe ; 4 aidesmajors ; 1 offîcier d'administration ; 2 infirmiers^majors ; 10 infirmiers.
Le matériel de chaque dépôt comprend :
1° Un caisson d'ambulance garni en raison des besoins présumés et contenait une réserve en objets de pansement de toute espèce ; 2** trente matelas, trente traversins et 60 couvertures ; 3* dix fournitures complètes avec leurs châlits ; 4° dix brancards à bretelles munis chacun d'une couverture de campement; 5° deux voitures omnibus pour le transport des blessés, et généralement les instruments de chirurgie, les objets de pansement, les médicaments, les ustensiles et le mobilier.
A leur arrivée au dépôt d'ambulance, Tofflcier de santé et Toflicier d'administration prennent, de concert, les mesures propres à assurer les premiers soins aux blessés. Après leur pansement, tous les blessés sont évacués sur l'hôpital militaire ou civil le plus à proximité. Les blessés dont l'état ne permet pas le déplacement sont seuls conservés dans les dépôts d'ambulance.
Chaque voiture d'évacuation est accompagnée par un infirmier assez intelligent pour remédier, pendant le trajet, aux accidents qui pourraient survenir. Cet infirmier est muni d'un carnet portant l'indication du nombre de blessés qu'il accompagne et des objets que l'ambulance peut avoir à demander. Chaque blessé est, en outre^ porteur d'un bulletin d'évacuation dont les indications sont remplies tant par l'ofiicier d'administration que par l'officier de santé , qui mentionne la nature de la blessure, les opérations pratiquées, etc.
Le personnel de chaque ambulance mobile est composé de :
1'® Demi-section» — 1 médecin-major ; 1 médecin aide-major ; 1 officier ou élève d'administration; 5 infirmiers.
2* Demi-section, — 1 médecin aide-major; i infirmier major; 5 infirmiers.
Le matériel de chaque section d'ambulance mobile se compose de :
1 guidon d'ambulance, distingué par un numéro de série ; 2 sacs d'ambulance ; 2 musettes appareil ; 2 bidons de vinaigre ; 8 braur cards ; i6 couvertures ; 1 ou plusieurs voitures pour les blessés , et généralement les objets nécessaires.
Les ambulances mobiles s'établissent, au moment de l'action, le plus près possible de la ligne du combat dans un heu à l'abri, comme rez-de-chaussée de bâtiment public, ou mieux encore boutiques suffisamment grandes ayant des tables, sièges, fontaines, etc.
L'officier d'administration fait aussitôt mettre en vue le guidon d'ambulance, prend ses mesures, et dispose des infirmiers de manière à assurer le prompt enlèvement des blessés et des morts.
Les blesses ayant reçu des officiers de santé un premier panse*
ment, sont évacués le plus tôt possible, soit sur les dépôts d'ambulance^ soit sur les bôpitaux militaires ou civils les plus voisins.
Les blessés qui, au moyen du matériel réglementaire de pansement, ont reçu les premiers soins des officiers de santé de leurs corps sont aussitôt dirigés, soit sur Tambulance mobile de la brigade ou de la division, soit sur le dépôt d'ambulance le plus prochain, pour de là être transportés à l'hôpital par les voitures chargées de ce service, à moins que leurs corps n'aient pu, sans inconvénient, les envoyer directement à l'hôpital.
Quand une ambulance fait un mouvement, le sous-intendant militaire de la brigade, ou, à déi'aut, l'officier d'administration chef de service en donne avis au sous-in tendant militaire attaché au quartier général de la division, en indiquant l'emplacement que l'ambulance quitte et celui qu'elle va occuper.
En cas d'urgence, les demandes sont directement adressées par les sous-intendants ou par les chefs de service, soit aux dépôts d'ambulance, soit aux hôpitaux militaires les plus voisins.