I.osenent ehea l^liakllant
C'est Louis XII qui le premier régla le logement des gens de guerre chez les bourgeois ; mais, jusqu'à la révolution il y en eut un grand nombre d'exempts de cette charge. La loi du 8 juillet 1794 et le règlement du 23 mai 1792 ont déterminé les obligations imposées auï citoyens, eu égard au grade du militaire qu'ils sont chargés de loger, au nombre des chambres dues aux officiers et aux différents objets qui doivent les garnir, etc.; les dispositions du règlement du 20 juillet 1824 sont venues compléter le règlement de 1792, en réglant les devoirs réciproques des habitants et des militaires. Nous donnerons une analyse de celles qu'il est indispensable de connaître.
Le logement chez l'habitant est dû : 1* aux troupes en marche et aux militaires de tout grade munis de feuilles de route qui leur attribuent cette prestation ; 2* aux troupes en station dans les places on cantonnements dans lesquels il n'y a pas de bâtiments militaires ou
lorsque ces bâtiments sont insuffisants ou dépourvus de fournitures de couchage.
Il doit être fourni un lit pour deux caporaux ou brigadiers et soldats, de même que pour deux sergents ou maréchaux des logis et fourriers : il est fourni un lit pour chaque adjudant, tambour ou trompette-major, sergent-major ou maréchal des logis chef.
Les lits fournis aux sous-officiers et soldats doivent autant quepossiJbJe être composés comme ceux des casernes, et il doit y avoir dans la chambre deux chaises et un banc.
L'habitant prête les ustensiles de cuisine et doit la place au feu aux troupes en marche seulement , celles en cantonnements ou en gai>nison recevant les prestations de chauflfage. Mais il doit à celles-ci nne chambre à cheminée où les soldats puissent faire la cuisine.
L'habitant doit la place à la chandelle aux hommes de troupe ; il fournit aux gardes d'écurie la lumière nécessaire pour la surveillance des chevaux pendant la nuit. Il ne doit pas être délogé de la chambre ni du lit où il a l'habitude de coucher, sans pouvoir néanmoins se soustraire sous ce prétexte à la charge du logement.
Les officiers, à leur arrivée en garnison en cantonnement, ont droit à trois nuits de logement; pour la quatrième, ils sont tenus de se loger de gré à gré à leurs frais. — Les maires doivent veiller à ce que les habitants n'abusent pas, dans le prix des loyers, du besoin de logements où se trouvent les officiers.
Les hts qui sont fournis par les habitants pour les logements d'ofhciers sont garnis d'une housse, d'une paillasse, de deux matelas ou d'un seul avec un lit de plume, d'un traversin, de deux couvertures et d'une paire de draps.
Chaque chambre à lit est meublée d'une table, de chaises, d'une armoire ou commode fermant à chef, d'un portemanteau, d'un pot à eau avec sa cuvette et de deux serviettes par semaine.
Le logement d'un officier de santé doit être composé d'une chambre avec un lit et d'une autre chambre avec lit pour son domestique.
Lorsque des troupes sont en marche, les maires ou les autorités locales de chaque gite reçoivent à l'avance avis des logements qu'ils doivent fournir. Des billets de logement sont préparés, et leur distribution a lieu par camarades de Hts à l'arrivée à l'étape.
L'adjudant remet au fourrier de la compagnie de grenadiers ou de l'escadron le billet de logement de l'officier de santé. Le fourrier est tenu de reconnaître à l'avance le logement, et de s'assurer s'il présente des dispositions convenables, {Ordonnance du 2 novembre 1833 rur le service intérieur, art, 341 et 342.)
11 est remis au corps de garde de police, par les soins de l'adjuiant de logement, une note indiquant l'adresse du logement de l'oficier de santé.
Dans les gîtes qui ne sont pas des lieux de garnison, la garde de
police est établie à la mairie ou dans tout autre local convenable à proximité, désigné par le maire, qui y fait fournir le chauffage, la lumière et les ustensiles nécessaires*
Il est fourni aux troupes en marche un lieu de dépôt pour leurs bagages, à proximité du corps de garde de police.
Quelquefois, dans les villages, l'étroitesse et la malpropreté des habitations des cultivateurs chei^ lesquels le soldat est logé, influent défavorablement sur sa santé : mais il en est complètement dédommagé par une nourriture plus abondante et plus variée, parla facilité de se livrer à différents travaux et à diverses occupations champêtres, par la pureté de Tair qu'il respire, par l'aspect riant des campagnes, qu'il peut parcourir ; enfin par les rapports qui s'établissent entre lui et la famille de son hôte, par la confiance et la gaieté qui en sont la suite et qui influent si puissamment et d'une manière si efficace sur sa santé. Dans la plupart des villes, au contraire, ordinairement l'habitant pauvre est le seul à loger le soldat, qu'il reçoit cordialement, les habitants riches préférant, pour éviter l'embarras d'avoir des militaires dans leurs maisons, les envoyer, moyennant une légère rétribution, dans des auberges le plus souvent mal famées où la morale a encore plus à souffrir que l'hygiène. Il en résulte que la pins grande quantité des soldats est logée dans les quartiers les plus populeux et les plus malsains et presque toujours dans les maisons les plus étroites et les plus insalubres. Entassés ainsi chez des logeurs de bas étage, en trop grand nombre, dans des réduits malpropres, ils y contractent facilement des maladies contagieuses, connue la gale, la syphilis, et s'y infectent de vermine. On a remarqué aussi avec raison que c'est particulièrement dans ces cabarets et ces mauvaises maisons que la discipline se relâche; leur fréquentation amène peu à peu les meilleurs soldats à abuser de la liberté dont on les laisse jouir en route comme dans les cantonnements; leurs mœurs s'amollissent, et avec tous les vices dépendant de l'indiscipline se développent les maladies les plus graves.
(( C'est un fait reconnu, dit M. Durat-Lasalle, qu'alors que le bienêtre des militaires a été l'objet de tant de sollicitude de la part du Gouvernement, que la propreté et la bonne tenue des casernes ne laissent rien à désirer, nos soldats en marche sont souvent traité? comme des mendiants et relégués, amoncelés dans des galetas de logeurs oii la malpropreté qui y règne est l'un des moindres inconvénients. »
Pour remédier à ces nombreux inconvénients, il est donc nke^ saire que les médecins militaires, comme les officiers de troupe, tîstent fréquemment les logements de leurs soldats, pour voir s'ils n } sont pas trop nombreux, pour s'assurer que la propreté y est obserrt't et qu'il n'y règne aucune cause d'insalubrité. Toutes ces précaution doivent être secondées par une surveillance plus exacte de la police, et l'autorité civile, qui doit régler à l'avaaee tout ce qui conceme If
logezoent des troapes de passage ou de séjour, doit sévir rigoureu-^ sèment contre les individus qui font métier de logeurs au rabais et favorisent le mauvais vouloir de ces habitants qui parviennent, au moyen d'une faible indemnité pécuniaire, à se soustraire à la charge
du logement.
ARTICLE DEUXIÈME
Casernes de passage.
Pour remédier à ces inconvénients fâcheux que présente le logement chez l'habitant, des mesures philanthropiques ont été arrêtées par les administrations locales de certaines contrées. Dans plusieurs \Tlles,les habitants sont dispensés du logement à domicile en mettant à la disposition deTautorité des moyens de couchage; dans d'autres localités, il existe des bâtiments réservés aux troupes de passage où le soldat se trouve à peu près dans les meilleures conditions de casernement comme dans les garnisons. Ainsi la ville de Nantes possède une caserne spéciale destinée à cet usage, et plusieurs autres villes ont été dotées de semblables établissements, fondés, pour la plupart, par d'anciens militaires. Le maire d'Aurillac a cherché à concilier, dans un arrêté approuvé par le préfet, l'obligation du logement en nature et les intérêts des habitants, qui ont applaudi à la sagesse des mesures qui ont été prises. Les habitants sont divisés en trois catégories ; les plus fort imposés logent seuls les militaires trois fois, et les moins imposés une fois ; l'habitant qui s'est arrangé amiablement avec un autre pour donner le logement, de même que l'habitant qui s'absente, sont tenus d'en prévenir l'autorité, afin que les billets de logement n'entraînent pas les militaires à des courses inutiles et à de pénibles réclamations.
Mais tous ces essais restent isolés, et la création de casernes de passage, institution contraire, il est vrai, à la loi sur le logement des militaires chez l'habitant, nous parait seule devoir produire des résultats parfaits au point de vue de l'ordre, de la discipline, de l'hygiène et des intérêts du service. L'un des médecins militaires les plus distingués, notre ami le docteur Potier Duplessy, a fort bien fait ressortir les avantages de l'établissement de ces casernes : « Pour peu, dit-il, que la viUe où un bataillon arrive soit considérable, les soldats perdent beaucoup de temps à chercher leur logement. C'est une fatigue nouvelle qui vient inutilement s'ajouter aux fatigues de la route ; la place au feu est souvent illusoire pour eux, et il leur est quelquefois impossible de sécher leurs habits trempés par la pluie. La préparation des ahments offre fréquemment de grandes diiJicultés. Les hommes sont obligés de s'associer au nombre de trois, quatre ou plus, et de mettre en commun la somme dont ils disposent pour se procurer un repas convenable. Il peut arriver ensuite que chacun des
habitants chez lesquels ils sont logés s'oppose à ce que ce repas en commun soit pris dans sa maison. Il en résulte que les soldats vont faire leur repas dans des cabarets qui ont pour spécialité d'accaparer les passagers. Le bataillon qui arrive au gîte est fréquemment obligé de détacher une ou plusieurs compagnies à quelques kilomètres plus loin. C'est un surcroît de fatigues toujours fort pénible. 11 faut s'être trouvé dans ce cas, après une longue étape parcourue par une pluie battante, pour connaître l'efifet physique et moral que ces détachements produisent sur les hommes.
«Le service des malades, rendu déjà très-difficile par l'éparpillement des soldats, acquiert de nouvelles difficultés dans ces dernières circonstances. Quels qne soient le zèle et l'activité du médecin militaire, il ne lui est pas toujours possible d'arriver assez à temps ponr combattre les accidents qui ont pu se déclarer. Fatigué lui-même, obligé de se transporter la nuit dans des lieux qu'il ne connaît pas, il est dans l'impossibilité matérielle d'être légalement utile à tous les malades. Il n'est pas sans exemple non plus que des habitants se soient refusés à loger des hommes indisposés ou sérieusement malades.
«Le bataillon se trouvant disséminé sur plusieurs points, il en résulte un relâchement inévitable dans la discipline. On ignore où les hommes passent la nuit. On ne peut pas toujours les réunir à un moment donné, et, s'il y a des retardataires , on ne les trouve pas sans peine.. )>
Dans les casernes de passage, au contraire, «le soldat trouverait toujours une chambre salubre, un bon lit, sa soupe prête, et toutes les facilités imaginables pour réparer le désordre de son habillement et de son équipement. Il resterait toujours sous la main de ses chefs. Les malades recevraient des secours immédiats. La morale, l'hygiène et tous les services y trouveraient leur profit ; et cela s'exécuterait très-facilement, l'avant-garde pouvant suflSre à toutes les exigences imposées par ce nouvel ordre de choses (i). »
Ainsi l'institution des casernes de passage serait le remède le plu> efficace au mal que nous avons signalé, et il est à souhaiter que le nombre de ces utiles établissements devienne de jour en jour de plus en plus considérable ; et si cette idée pouvait être mise en accord avec la loi, ce serait la réforme la plus importante de l'époque concernant le logement des troupes en marche.