‹ Code des officiers de santé de l'armée de terre; ou, Traité de droit administratif, d'hygiene et de médecine légale militaires, complété des institutions qui régissent le service de santé des arméesChapitre 47 sur 86 · SECTION TROISIÈME · texte numérisé non relu

SECTION TROISIÈME

Campement.

11 nous reste à examiner le logement des troupes en campagne, oa les divers modes de campement. Ce sujet intéresse puissammen:

(4) Revue Mcientifique et adminittrative des médecim des armées, tome 4, pH*^

l'hygiène militaire, parce qae ce n'est pas seulement en temps de guerre que le soldat est privé de ses vastes et commodes habitations, mais parce qu'il peut être appelé à camper aussi en temps de paix. C*est ainsi qu'on accoutume, dans les camps d'instruction et de manœuvres, dits camp de paix et d'exercice^ les troupes à demeurer sous la tente ou dans des baraques, tant pour les exercer et y maintenir l'ordre et la discipline que pour les instruire, et ceux qui les commandent, des différentes opérations de la guerre.

L'intérêt de la défense et la protection à donner, le manque de casernes dans les places de l'intérieur ont souvent aussi obligé, aux époques de révolution, à loger les troupes dans des baraques ; des raisons de même nature, et les travaux de colonisation en Algérie exigent également l'établissement de camps permanents à l'aide de tentes ou de baraques, qui, plus tard, sont remplacées par de solides et vastes constructions en maçonnerie, et deviennent, par la suite, des centres d'exploitation jfixes , en un mot des villages, des villes.

ARTICLE PREMIER

Règles générales des campements..

Que l'on considère le soldat sous la tente ou dans les baraques ou au bivouac, on conçoit que ces divers modes de campement influent tant sur la santé des troupes, que le médecin militaire ne doit pas ignorer les règles générales de l'art des campements.

Ce sont les officiers du génie qui sont chargés généralement de la 3astramétation; mais il est des circonstances où les officiers de santé, i cause de la spécialité de leurs connaissances, peuvent être consultés lans le choix du mode -de campement, et sur les causes des maladies [ui régnent habituellement dans certains pays : aussi doivent-ils s'atacher à connaître non-seulement les principales règles qui doivent ^résider à la formation des camps, mais aussi la géographie médicale le toutes les contrées où les troupes françaises peuvent être appelées faire la guerre.

Le choix et la forme du camp sont déterminés par l'objet qu'il doit voir. Si c'est un camp de marche, on ne consulte que la sûreté et la ommodité des troupes , la facilité des communications, la proximité u bois et de l'eau, les ressources en vivres et en fourrages. Si ce doit tre un camp retranché destiné à couvrir le pays, s'il doit inquiéter ennemi ou le tromper sur le nombre des troupes qu'il contient, on lit des dispositions dans ce but. Il est des cas, on le comprend d'aance, où le besoin de la défense doit faire taire la voix de l'hygiène ; lais il faut cependant, autant que possible, que les lois de l'hygiène >ient d'accord avec les lois de la stratégie. Si la permanence des imps chez les anciens et le long séjour que leurs troupes étaient en sa^e d'y faire, exigeaient une foule d'attentions et de précautions, qui

Bemblent moins nécessaires aujourd'hui que leur existence n*est que passagère et momentanée, c'est à tort cependant qu'on négligerait de suivre dans leur construction les règles qui doivent les rendre salutaires.

En général, un terrain sablonneux ou rocailleux, un sol légèrement incliné pour faciliter Técoulement des eaux pluviales, un lieu élevr et sec, de préférence exposé à Test, abrité du côté du midi en été, du côté du nord en hiver; Téloignement des marais, des torrents, de? étangs et des mines ; une distance modérée des bois, des rivières ou des ruisseaux et des forêts, sont les conditions les plus favorables rétablissement d'un camp.

Le voisinage des bonnes eaux contribue beaucoup à la propreté et à la santé des troupes. Si les eaux sont troubles, limoneuses ou altérées, on les purifiera en y établissant des fontaines filtrantes.

La différence des climats ou des saisons doit nécessairement influer sur le choix du terrain ; dans un pays montagneux et froid on préférera le voisinage des bois à celui des prairies humides ou glacées ; dans des climats brûlants, la proximité des rivières, des fruits et des légumes sera plus salutaire. Durant les froids de l'automne, on recherchera les cantons les plus favorables pour se chauffer ou s'y mettre à l'abri des rigueurs de Tarrière-saison.

Mais c'est surtout contre l'influence nuisible des émanations miasmatiques et marécageuses que dans l'établiseement des camps on doit le plus défendre les troupes. Lorsqu'on est obligé de camper dans des contrées marécageuses, dans des pays à terres grasses, argileuses, il est essentiel, pour prévenir les dangers auxquels on est infailliblement exposé, d'opposer des digues aux vents insalubres et aux émanations nuisibles par des murailles, ou des abatis convenablement disposés, et dans d'autres cas, il est nécessaire de favoriser la ventilation et de diriger des courants d'air par des coupes d'arbres et des percées à travers les bois.

11 faut constamment placer à l'écart et sous le vent les latrines, les voiries, les cimetières et les abattoirs ; remédier à l'humidité du sol et de l'atmosphère par la construction de parapets, de fossés, de tranchées autour du camp, e1 par l'exhaussement de l'aire des tentes ou des baraques. Celles-ci doivent être respectivement placées à dejdistances convenables ; leurs rues doivent être larges et bien aplanies. Dans les saisons et les pays humides, il serait même très-avantageux qu'elles fussent sablées, et que dans chaque rue et autour de chaque tente il y eût des rigoles convenablement disposées pour l'écoulement rapide des eaux.

Telles sont les conditions réclamées pour l'assiette locale des eamps. et il importe, pour qu'ils soient salubres, qu'on ne s'écarte pas de ce? préceptes, tant dans leur situation et leur exposition que pour leur répartition et leur assainissement.

Aussitôt que l'emplacement d'un camp est arrêté, la première opé-

ration à faire, si la terre est couverte, c'est de faucher la récolte, en commençant par le front de bandière ou tête du camp, qui doit être à l'orient, tandis que les ailes sont dirigées du sud vers le nord.

On marqué ensuite sur cette ligne, avec des piquets, remplacement des bataillons, escadrons et intervalles. On élève, par chaque piquet, une perpendiculaire au front de bandière dans le sens de la profondeur du camp, et il ne reste plus qu'à mettre chaque bataillon et escadron à sa place, et dans cette répartition on suit les règles communes aux habitations agglomérées. On a soin de laisser des espaces vides, pour permettre la libre circulation de Tair et Tarrivée des rayons de lumière : ce sont les rues des camps.

Les bataillons doivent être éloignés les uns des autres d'environ i6 mètres ; les régiiûents d'infanterie de 20 mètres, les escadrons entre eux de 10 mètres; les régiments de cavalerie de 15 mètres ; les brigades de 30 mètres, les divisions de 50 mètres ; les brigades de cavalerie de celles d'infanterie de 50 mètres ; les batteries des troupes et entre elles de 16 mètres.

De plus, on laisse ordinairement un intervalle de 200 mètres entre le front de bandière et les retranchements du camp et des deux lignes, si Ton lie campe pas sur une seule. (1)

Le mode de campement n'est pas toujours le même: tantôt les troupes sont sous des baraques ou sous la tente ; tantôt elles bivouaquent.

§ 4«'. — Des baraques.

En hiver, et dans la saison des brouillards et dans les contrées humides et froides, les baraques forment les meilleurs campements ; îlles résistent beaucoup mieux à la pluie et au mauvais temps que es tentes et garantissent plus sûrement du froid et de l'humidité, iïais, pour offrir ces avantages, il faut que les baraques soient conitruites avec soin ; ce qui exige des matériaux qu'on ne peut pastouours se procurer à l'armée et un temps considérable qu'on ne peut amais leur consacrer lorsqu'on est en marche : aussi, dans une armée en marche, on ne s'en sert presque jamais.

On fait des baraques de diverses sortes, en planches, en branhages, en paille, etc.; lorsque le campement doit avoir quelque urée, on l'établit rarement avec des baraques en planches ou en ranchages, parce que les premiers coûtent fort cher et que les autres e procurent pas de bons abris. On leur préfère en général les baiques dont les murs sont faits en clayonnage de branchages ou de aille ou de torchis, et dont le toit est en paiUe : cette dernière espèce st la meilleure.

(4) Voir, peur plus de détails, VAidê-mémoire à l'usage des ofîieiers du géuie.

Leurs dimensions varient suivant la nature des matériaux ; en général on doit préférer les plus grandes. Les baraques pour 20 hommes doivent avoir 7 pas (de 2 pieds, 3 pas pour 2 mètres) de large sur 10 de long; pour 16 hommes, 7 pas sur huit ; pour 8 hommes, 4 pas

sur 8.

Les baraques pour la cavalerie devant contenir les seUes, sont occupées par un plus petit nombre d'hommes.

Si Ton ne veut établir qu'un camp passager, on ne fait point les murs des baraques en torchis, mais simplement avec des torsins de paille sèche ; on donne aux baraques 4™,80 de largeur sur 6™,05 de longueur dans œuvre, de sorte qu'elles puissent être censées recevoir 24 hommes en y comprenant ceux de service. Ces grandes baraques exigent moins de matériaux et peuvent être faites -en moins de trois jours, pour être occupées immédiatement après, tandis que les autres exigent d'abord cinq jours pour leur construction, puis cinq à six jours pour le dessèchement des torchis.

Les baraques sont disposées par files perpendiculaires et par rang. parallèles à la tête du camp appelé front de bandière. Le nombre de rangs varie suivant la dimension des baraques et la force des compagnies ou des escadrons. Pour multiplier la libre circulation de l'air, les files de baraques doivent être séparées par des intervalles dont la largeur est variable et ne doit pas être moindre de 5 pas pour chaque petite rue.

Dans un camp d'infanterie, chaque compagnie a deux files de baraques ; les cuisines sont à 20 pas derrière les baraques de la troupe, successivement et séparées par le même intervalle, les baraques du petit état-major, celles des officiers de compagnies, celles de l'étatmajor.

L'officier de santé est placé derrière le septième peloton de son bataillon.

Les camps de cavalerie diffèrent un peu de ceux de l'infanterie, à cause des chevaux et des fourrages qu'il faut y conserver.

Chaque escadron a deux files de baraques, une par division. Les chevaux sont placés à une distance de 3 à 6 pas de la file des baraques de la division.

Les officiers de santé de chaque régiment campent ensemble derrière les escadrons de gauche, à droite des chefs de ces escadrons et à gauche du chef des escadrons du centre ; leurs chevaux sont prè? de leurs baraques, sur la ligne de ceux des escadrons.

Les abattoirs doivent être placés à plusieurs centaines de mHres des baraques, et jamais dans la direction du vent dominant, qui apporterait des miasmes putrides et morbifères.

Les débris des animaux tués pour les besoins de Talimentatiuc doivent être enfouis profondément.

Les latrines consistent en des fosses de 7 à 8 mètres de profondeur, elles doivent toujours être placées aussi loin que possible du camp et

en dehors de la direction des vents habituels. Pour la troupe, elles sont en général placées à 130 pas en avant du centre de chaque bataillon d'infanterie ou du premier rang de baraques d'un régiment de cavalerie ; pour les officiers à 100 pas en arrière du dernier rang des baraques. Chaque jour, on recouvre les excréments de la veille, d'une couche de 35 centimètres^ et lorsqu'il n'en reste plus qu'un mètre de profondeur, on comble entièrement les fosses et l'on en creuse de nouvelles. Si une rivière était proche, ce serait là, et en aval du camp, bien entendu, que les latrines principales devraient être placées ; là aussi se trouverait le dépôt des immondices.

Chaque régiment a ses sources ou ses heures de puisage pour l'eau. S'il doit avoir lieu dans les rivières, on réserve l'endroit le plus rapproché de la source, pour les besoins des hommes, pour les cuisines, pour les hôpitaux; au-dessous, on affecte le cours d'eau à l'usage des chevaux, et enfin, plus loin encore, c'est pour le blanchissage.

§ 2. —Des tentes.

L'ordonnance, du 3 mai 1832 ne fait mention que des baraques pour le campement des troupes ; cependant, celles-ci doivent toujours être pourvues de tentes, lorsqu'elles se mettent en mouvement, autrement, elles sont obligées de bivouaquer, quand elles ne peuvent être logées entièrement dans les villages; et pour les camps journaliers et même temporaires, il n'est pas de moyens de campement plus commodes et d'un plus facile transport.

Les tentes doivent être portées suivant le genre de guerre, soit par des chevaux ou des mulets de bât, soit par des prolonges de l'artillerie.

Les tentes sont en général préférables aux baraques en été et dans les pays chauds et secs ; la capacité des tentes est calculée à raison de

1 mètre carré par fantassin et de 2™, 50 par cavalier. La tente ancien modèle, ou canonnière, contient 8 fantassins ou 4 cavaUers ; elle a 3",26 de longueur, 2'",60 de largeur, l'°,30 de ruelle ; l'ouverture sur un des longs côtés.

La tente, nouveau modèle, contient 1 5 fantassins ou 8 cavaUers ; sa longueur est de 6 mètres, sa largeur de 4 mètres, la ruelle de

2 mètres ; l'ouverture sur le petit côté ; elle pèse 30 kilogrammes.

Les tentes des soldats et celles des officiers ont la même forme et les mêmes dimensions ; elles sont confectionnées avec un coutil fabriqué exprès et à travers lequel la pluie pénètre difficilement : les tentes doublées seront du reste encore préférables pour protéger contre l'humidité et même contre la chaleur et le froid. Depuis quelques années des ouvertures opposées, des fenêtres ingénieuses dites ventilateurs, y ont été ajoutées et permettent de neutrahser la grande chaleur. Par suite enfin des derniers perfectionnements, on a

pu supprimer les montants sur lesquels elles étaient contenues sans diminuer leur solidité, ce qui leur donne encore plus d'élégance et les rend plus spacieuses.

La disposition des tentes dans un camp est analogue à celle des baraques. Afin de préserver de Thumidité le sol occupé par chaque tente, on devra lui donner une pente convenable et il devra être battu et sablé, s'il est possible; à Tintérieur, on devra creuser des rigoles ou même des tranchées pour faciliter l'écoulement des eaux pluviales.

Il est accordé à chaque officier de santé principal ou major une tente nouveau modèle, et une ancien modèle pour les domestiques.

Les aides-majors ont une tente nouveau modèle pour deux et une ancien modèle pour leurs domestiques.

Chaque régiment doit avoir une tente-infirmerie pour y soigner les hommes atteints d'indispositions légères ; ce sont là les ambulances régimeniaires, d'où les malades doivent être évacués sur Tambulance de la division qui est organisée, jusqu'à un certain point, comme hôpital temporaire.

§ 3. — Des bivouacs.

Les troupes sont quelquefois obligées, comme cela arrivait souvent pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire, de rester plus ou' moins longtemps en rase campagne exposées aux intempéries et aux vicissitudes atmosphériques, sans autres moyens pour s'en garantir, que leurs simples vêtements ou l'impuissant abri de quelques branchages et d'un peu de paille ; elles n'ont alors d'autres ressources que de faire de grands feux autour desquels se groupent et s'endorment les soldats.

Derrière une ligne de faisceaux d'armes, on établit une ligne de feux à raison de 8 à 10 hommes par foyer, plus deux ou trois rangs de baraques ou d'abris pour les soldats si l'on a le temps et les moyens d'en faire, et enfin une ligne de feux et un rang de baraques pour les officiers.

On applique, au reste, aux bivouacs pour leur établissement, les mêmes principes généraux que ceux relatifs aux camps avec des tentes ou des baraques.

La profondeur des bivouacs est à peu près moitié de celle de? eamps ; chaque homme y occupe 2 mètres de longueur sur 0",75 de largeur on environ 2/3 de mètre carré.

(( Dans la belle saison et dans les pays chauds et secs^ les bivouacs ne eont pas en général très-dangereux pour la santé, mais dans les contrées chaudes et marécageuses, dans les saisons et les pays froids, lorsque la terre est humide, lorsqu'il pleut abondamment^ ils deviennent la source d'affections graves ; et ils agissent d'autant plus sur la santé du soldat qu'ils réunissent leur influence à ceUes des

marches forcées, des retraites précipitées, avec lesquelles ils coïncident le plus souvent et dont les effets sont si difficiles à prévenir. » (BiroD, Journal de médecine y chirurgie et pharmacie militaires^ t. 11.)

Cependant il est vrai de dire, ajoutent MM. Maillot et Puel (1), que dans les pays tempérés ces circonstances défavorables influent moins fâcheusement sur les troupes qu'on ne pourrait le croire au premier abord.

Il est de remarque, en effet, que les troupes bivouaquées, si elles trouvent de quoi faire du feu et des abris, ne souffrent pas beaucoup et ne donnent pas de grandes proportions de malades, si la guerre est heureuse, d'une part, si, de l'autre, l'alimentation est saine et bien assurée.

C'est sans doute à la réaction morale que donnent les succès e ta la réaction physique développée par une bonne nourriture, qu'il faut attribuer cette espèce d'innocuité des bivouacs dans les circonstances que nous signalons; car, dans les cas contraires, on ne tarde pas à voir les maladies les plus graves et les plus meurtrières éclater parmi les troupes bivouaquées; elles ne peuvent plus réagir contre les causes morbides qui les frappent sans relâche. Les moyens qui les avaient soutenues leur faisant défaut, elles rentrent tout à fait dans les conditions des malheureux, qui, pendant l'hiver, manquent d'aliments et de chauffage.

En règle générale, donc, les bivouacs constituent un mode de campement nuisible à la santé des troupes, et dont l'influence ne peut être corrigée que par des conditions qui, en campagne, sont tout à faît'accidentelles. Aussi, autant que possible, on doit les éviter et faire loger les troupes, surtout si l'on doit stationner quelque temps, soit sous les tentes, soit dans les baraques.

Cette condition est de rigueur dans les pays chauds, surtout dans les pays chauds et humides.

Dans ces climats, il y a entre la température du jour et la température de la nuit une différence si tranchée, que les plus terribles accidents en résultent, si on ne met les hommes à l'abri de ces grandes variations atmosphériques ; ce sont des dyssenteries meurtrières et des fièvres pernicieuses foudroyantes qui viennent ravager les armées placées au milieu de ces circonstances désastreuses. Si l'on a pu faire les guerres d'Allemagne, de Prusse, d'Autriche, de Pologne, en faisant bivouaquer presque constamment les troupes, c'est que, dans ces pays tempérés, les températures diurne et nocturne sont peu différentes. Mais dans les pays chauds, en Algérie, dans nos colonies, on ne le fait jamais impunément, et de nombreuses victimes tombent par le fait seul d'une nuit passée au bivouac sans abri. Dans ces pays chauds il faut de toute nécessité que les soldats aient des tentes pen-

(4) iitcte-m^moire. page 5H.

dant la nuit, même dans les expéditions ; et, lorsqu'un camp doit avoir quelque diu-ée, cène sont plus seulement des tentes qu'il faut, ce sont des baraques.

En Algérie, on fait usage des tentes ordinaires pour les campements de quelque durée, durant les travaux de route ou d'installation ; mais pour les campements provisoires et les bivouacs durant les expéditions et les marches nécessitées par des changements de garnison, le soldat ne fait usage que des couvertures, du sac de toile, dit de campement^ auquel on a apporté, depuis quelques années, d'ingénieuses modifications qui permettent au moyen de la réunion de deux sacs ou, pour mieux dire, deux toiles, d'en former une tente-abri pour deux soldats. Et ce simple moyen qui ne préserverait que bien incomplètement de l'humidité et du froid, rend néanmoins des services inappréciables, et peut suflSre dans les belles saisons à empêcher les effets pernicieux du rayonnement nocturne et de la rosée.

La tente-abri peut-être faite de trois, de quatre et même de six sacs ; mais en général la tente à deux ou à trois est la plus commde pour l'été, parce qu'elle laisse un côté ouvert et que les hommes y respirent plus à l'aise. Au contraire, la tente à quatre ou à six convient mieux s'il fait mauvais temps, ou dans les cas de prévision de pluie, parce qu'il est permis d'en clore parfaitement les extrémités. Les soldats d'Afrique savent bien apprécier ces avantages, et leur ingénieuse et admirable invention ne pouvait manquer d'être autorisée réglementairement (1850) et même d'être adoptée pour toute armée entrant en campagne (1834). Par décision ministérielle du 22 février 1855, le fusil employé pour dresser le sac tente-abri doit être remplacé par un support en bois arrondi d'une seule pièce, ayant 1" 20 de hauteur, et fourni comme le sac, au compte du service du campement par les magasins de l'État.

ARTICLE DEUXIÈME

Effets de eampemeiit. — Coueliage et ehanirace.

L Les troupes sur pied de guerre ont droit suivant leur position (campées, cantonnées, baraquées, bivouaquées), àdes prestations d'effets de campement. {Instruction ministérielk du 23 mai 1859, art. 23.)

Le nombre et la nature des effets de campement à distribuer aux corps ou autres parties prenantes (officiers sans troupe), varient suivant celle de ces quatre positions dans laquelle ils se trouvent. — Le droit aux prestations d'effets de campement est déterminé selon l'effectif, le grade et les fonctions des parties prenantes, ( /(f., art. 24. )

Par homme : 1 sac tente-ahri, avec ses accessoires, 1 couverture (grande ou petite) et 1 petit bidon, garni de sa banderoUe et de la capacité de trois quarts de litre.

Par 8 hommes : 1 grand bidon ^ 1 gamelle et i marmite ; 5 outils garnis de leurs étuis, 1 pelle ^ 4 pioche^ 1 hache, 1 serpe^ 1 faucille et 1 /hwj? avec son étui et ses accessoires (aux troupes à cheval seulement).

Par 16 hommes d'infanterie ou 8 hommes de cavalerie : 1 tente conique; ou par 12 hommes d'infanterie et 6 de cavalerie : i tente elliptique.

Par officier de santé chef de service d'armée : i tente de conseil avec 8 pliants et 3 tentes, dont 1 pour habitation, 1 pour bureau et 4 pour domestique.

Par officier de santé major de 1'* classe : 1 tente et 2 pliants ; par major de 2* classe ou aide: 1 tente et 1 pliant.

Les parties prenantes doivent reconnaître par elles-mêmes ou par leurs délégués légaux (un officier de santé pour le corps médical), le nombre et Tétat des effets qui leur sont délivrés. — Elles doivent se servir avec soin du matériel qui leur est confié, et sont tenues de payer les pertes et dégradations provenant de leur fait, (/rf., art. 25.)

n. La paille de couchage et de baraquement est distribuée à raison d'une botte de 5 kilog. par homme tous les 15 jours et à chaque changement de position en paille longue, ou de 7 kUog. en paille courte.

Le mode de couchage est bien différent sous la tente ou dans les baraques ; dans les baraques on peut faire usage de hamacs ou de lits de camp; la paille seule constitue le lit du soldat sous la tente.

Aussi importerait-il, pour le préserver de l'humidité et des vapeurs terrestres, d'étendre un morceau de toile cirée ou imperméable sur la terre avant de la couvrir de terre. Les lits de camps se composent de simples claies placées sur la terre disposée un peu en pente, ou mieux encore de planches communes fixées sur six traverses en bois. Ces lits de camp sont recouverts de la paille de couchage. Leur développement se calcule à peu près à raison de 0" 75* par homme.

ni. Les distributions de chauffage d'hiver pour les troupes campées ou baraquées commencent un mois plus tôt et finissent un mois plus tard que pour les troupes casernées.

Les anticipations et les prolongations sont également autorisées par les généraux commandants.

ARTICLE TROISIÈME

AflsalalMHsment.

Si dans les bivouacs, les soldats restent exposés généralement à toutes les intempéries, à l'action des vicissitudes atmosphériques, auxquelles ils ne peuvent se soustraire que très-imparfaitement; si dans les camps même, il est difficile de faire une application complète des règles hygiéniques relatives aux habitations, on doit avec une sollicitude constante prendre toutes les précautions et rechercher tous les moyens d'assainissement.

On doit veiller à ce que la plus grande propreté règne dans les

rues, comme dans les tentes et les baraques, à ce quil ne séjourne, dans rintérieur du camp, ni immondices, ni débris provenant des cuisines ou des abattoirs. Les fumiers devront aussi être enlevés exactement et jetés dans la rivière au-dessous de Tendroit destiné au lessivage.

La paille, le foin, les feuilles qui servent au coucher des hommes doivent être renouvelés fréquemment ainsi que le prescrivent les règlements militaires. Quand la paille de couchage vient à manquer, le médecin devra rechercher les moyens de substituer à la paille diverses autres substances végétales qui puissent en tenir heu ; il devra veiller surtout à ce qu'il ne soit pas fait usage de plantes récoltées dans des lieux palustres ou seulement humides^ des roseaux fangeux par exemple, mais il indiquera de préférence des plantes sèches, des férules, des genêts, du feuillage, du fourrage.

Quelles que soient les dimensions des tentes et des baraques, elles ne contiendront absolument que le nombre d'hommes déterminé par Tespèce de chacune d'elles. Les baraques, dans l'intérieur desquelles on devra faire du feu, seront construites de manière à ce que la fumée n'y séjourne point. Pendant le jour, il faut avoir le soin de faire ouvrir les tentes et les baraques surtout aux heures où donne le soleil. Pendant la nuit, au contraire^ on devra veiller à ce qu'elles soient fermées. C'est à ce moment qu'il faut défendre les soldats contre une humidité froide et pénétrante. On doit aussi les empêcher d'en sortir en chemises ou nu-pieds pendant la nuit.

Si l'on campe par un temps pluvieux, on étabhra des feux en avant des tentes et des baraques pendant les heures de repos. D sera bon quelquefois d'allumer à l'intérieur des baraques des feux clairs.

Pour assainir et échauffer l'air des tentes, la combustion de bois résineux, aromatiques ou autres sera quelquefois utile. Pringle conseillait d'y brûler de l'alcool. Il serait aussi très-avantageux de faire rougir un morceau de fer ou un caillou et de verser dessus du vinaigre ou de brûler de temps à autre quelques pincées de poudre à canon. Enfin un dernier moyen de purifier l'air d'un camp, c'est d'en changer souvent la position ; l'expérience ayant prouvé que les armées qui ont souvent changé la position des camps ont éprouvé beaucoup moins de maladies que celles qui habitaient longtemps le même sol. Car quelques soins que l'on prenne à faire observer la propreté la plus rigoureuse, il est impossible qu'uu terrain sur lequel des milliers d'hommes ont été entassés et la masse d'air qui les environne ne soient bientôt corrompus par la totahté des vapeurs humaines que les corps exhalent sans cesse, par celle des chevaux et autres animaux qui sahssent un camp et par une infinité de causes étrangères qu'on ne peut souvent prévoir ni éviter. Des variations de temps subites et inévitables, des exhalaisons imprévues, des situations malsaines qui n'ofirent que des dangers à choisir, quelquefois même des circonstances fâcheuses ou des positions nécessaires au succès des

armes, obligent très-souvent à asseoir un camp dans des lieux marécageux ou infectés et à y prolonger un séjour dangereux à la santé des troupes. « Lorsqu'un général habile , dit Jourdan Lecointe, n'aura pu sans courir de grands dangers, éviter de camper sur un sol infecté ou qui tend â le devenir, il détruira en grande partie les influence mortelles qui s*y rencontrent, en faisant ramasser quantité de bois ou de plantes aromatiques. Il faut dans l'intérieur et aux environs du camp, en construire des monceaux pour en former des feux, qu'on fera brûler lentement eil y jetant par intervalle des filets d'eau de source ou de rivière qui produisent des nuages et des vapeurs aromatiques propres à purifier l'air (1). »

Pour prévenir les maladies ou au moins pour modifier autant que possible les causes qui agissent avec tant de force sur les soldats campés, on ne peut que recourir à un heureux choix d'aliments, de boissons et d'exercices appropriés à la saison, à la température, au climat et aux circonstances locales.

En général on ne doit point conserver de malades au camp, et s'il venait à se manifester quelques maladies épidémiques, le premier soin résiderait dans la plus prompte et la plus large évacuation des malades sur les hôpitaux. « Chaque régiment doit avoir une tenté pour y placer les hommes atteints d'indispositions légères : ce sont les ambulances régimentaires. Mais pour peu que la maladie se prolonge ou s'aggrave, il faudra envoyer ces hommes à l'ambulance centrale, qui jusqu'à un certain point, constitue un hôpital temporaire. Cette ambulance est ordinairement établie dans une ferme ou un village voisin, de telle sorte que, par le fait seul de sa position rapprochée du carnp, elle soit défendue contre les surprises et les attaques de l'ennemi. On ne devra pas y conserver les hommes atteints d'affections graves ou de quelque durée. On se hâtera de faire des évacuations sur les hôpitaux de l'arrière ; car dans ces circonstances toujours défavorables, quoi que l'on fasse, les maladies internes passent promptement et en grand nombre à l'état typhoïde ; on ne saurait donc trop prémunir cette fâcheuse transformation qui se termine si souvent par la mort.

« Si malgré ces précautions, les affections typhoïdes se multiphent et exercent de grands ravages , si les fièvres rémittentes des camps apparaissent comme endémiquement, si les dyssenteries se montrent avec leur effrayante léthalité, il n'y a pas à hésiter, il faut abandonner le terrain qui engloutirait une grande partie de l'armée : il vaut mieux remettre les hommes en campagne, les exposer à des bivouacs, qui, changés chaque jour de position, auront moins d'effets funestes que les camps infectés. » (2)

(4) La tahtéAê Mor$, Paris, 4790.

i%) Maillot et Puel« Aide^métuoire^ page 5^4.

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