‹ Code des officiers de santé de l'armée de terre; ou, Traité de droit administratif, d'hygiene et de médecine légale militaires, complété des institutions qui régissent le service de santé des arméesChapitre 52 sur 86 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Des influences de l'atmosphère et des climats.— Réglée d'hygiène et de prophylaxie. — Généralités de médecine militaire.

La santé da soldat est la base fondamentale dn snccès des années et de la puissance des sonverains; par elle, on obtiendra pins de victoires qu'ayec les armes les pins meurtrières ; sans elle, on ne doit espérer que la dévastation des provinces et la mine des peuples. {Jourdan Lecointe.)

n n'est pas de causes qui influent plus directement sur la santé du soldat et qui déterminent plus de maladies aux armées, que celles qui dépendent de l'état de l'atmosphère, des localités et du climat du pays où elles séjournent. C'est donc une étude excessivement importante et à laquelle, on le comprend d'avance, se rattachent les plus hautes questions de prophylaxie et d'hygiène militaires. Nous ne pourrions toutefois, sans sortir de notre cadre, y consacrer tous les développements qu'elle mérite : aussi, après avoir résumé succinctement l'action des diverses influences atmosphériques etclimatériques, nous bornerons-nous à y joindre tous les préceptes les plus efficaces qui ont été conseillés par les meiUeurs auteurs de médecine militaire, les Pringle, les Monro, les Van-Swieten, les Colombier, les Biron, etc, pour la conservation du soldat en temps de guerre, suivant les diverses circonstances où il se trouve et relativement aux saisons, aux lieux et aux climats, et nous y rattacherons avec soin les instructions les plus importantes rédigées à ce sujet par le Conseil de santé des armées.

ARTICLE (PREMIER

Bc« InflaeneeA de Tatmofii^lière.

Sur toutes les choses qui nous environnent {circumfusn)^ l'air mérite une attention particulière à cause des influences diverses qui en dépendent et des préceptes hygiéniques qui en sont la conséquence. Personne n'ignore, en effet, qu'il est indispensable à l'entretien de la vie, qu'il conserve la santé ou Taltère, selon les qualités utOes ou nuisibles qu'il renferme, et que la santé dépend de l'équilibre du chaud ou du froid, du sec et de l'humide, comme le disaient les anciens.

Si, en temps de paix, le soldat respire le plus souvent un bon air, s'il n'éprouve que momentanément le froid et le chaud, la sécheresse et l'humidité, il n'en est pas de même en temps de guerre. Qu'on se représente en effet ce qui se passe dans une campagne où

les tfoupee so&Uoâtinuellement en action,; on les voit alors exposées au soleil, à la pluie^ àlaneige, aux vents, souffrir le plus grand firoid, porter nuit et jour des habits mouillés, passer la nuit en plein air on sous des tentes dans toutes les saisons, coucher sur un peu de paille ou sur la terre nue, quelquefois mouillée, respirer un mauvais air, etc. Cette simple énumération des inconvénients de la profession des armes en temps de guerre suffît pour faire sentir combien ia santé doit souffrir d'une telle façon de vivre et quelle nécessité il y a de prendre des précautions pour prévenir les maladies. Ces précautions, que rhumanité, la reconnaissance, Thonneur et l'avantage de la patrie ordonnent de prendre pour la conservation du soldat, on en a compris Timportance en tous temps ; les généraux et les historiens de Tantiquité s'accordent avec les médecins pour démontrer la même chose par des faits multipUés. Nous ferons donc en sorte d'exposer dans autant de divisions distinctes ce que le raisonnement et l'expérience nous ont appris de plus avantageux et de plus facile à pratiquer sur chaque objet principal, et nous recommandons aux jeimes médecins militaires auxquels il peut devenir utile d'être familiarisés avec ces préceptes de recourir souvent aux auteurs que nous avons pris pour guides.

Les effets pernicieui de l'air ont deux sources principales, l'intempérie et l'impureté.

Les intempéries de l'air se réduisent à quatre excès : le trop grand froid, la trop grande chaleur, l'humidité et la réunion de l'un des deux premiers avec le troisième.

Lorsque ces états excessifs de l'air ne se forment que par degrés, les maux qui en résultent sont moins prompts et moins considérables que lorsque les changements de température sont subits et fréquents : aussi l'usage des précautions conseillées contre le froid et le chaud, la sécheresse et l'humidité, est surtout essentiel quand surviennent ces promptes vicissitudes de l'atmosphère.

g 4*'. ■!— Influence du froid excessif.

Quand le froid est modéré, il est tonique, il augmente l'énergie des fonctions organiques en enlevant au corps une partie de son calorijue ; mais s'il en soustrait trop ou s'il agit sur des hommes faibles ou ion habitués à son action, son influence devient nuisible ; le surcroît l'excitation qu'il cause, la durée de réaction qu'il exige, consomment es forces, et exposent l'homme, s'il est vigoureux, à une série d'afections inflammatoires ; s'il est faible, aux maladies asthéniques ; son iction peut même tout à coup détruire nos organes, si d'une manière rop prompte il leur soustrait leur calorique.

Les observations (1) faites dans la campagne de Russie, dans quel-

(4) Larrey^ Mémoiru ei eampagneit Recueil de mémoire$ de médecine militaire.

qnes expéditions d'Afrique, et en Grimée en 1854^5 , pendant le siège de Sébastopol, par les armées alliées, ont permis d'étudier les effets du froid considérable sur l'homme de guerre.

Les effets généraux sont un sentiment de faiblesse et de courbature générale avec un penchant irrésistible au sommeil, et lorsque la mort arrive, elle est précédée d'une sensation que Ton dit être presque agréable. Des accidents de congélation, les engelures et la gangrène consécutive en sont les effets locaux.

Quant aux effets de la neige sur les yeux, ils consistent dans un affaiblissement de la vue qui peut même aller jusqu'à la perte complète de la vision^ et quelquefois en ophthalmies consécutives à l'irritation des yeux causée pai* des particules de neige très-fine et trèscongelée.

D est encore à noter que les effets d'un froid très-vif varient nonseulement suivant la constitution des individus, mais encore selon les habitudes acquises ; on a remarqué, en effet, que le plus grand nombre de ceux qui périssent sont ou de nouveaux soldats, ou ceux qui sont faibles^ et qui sont déréglés dans leur régime ou dans leurs mœurs. Les accidents locaux sont^ du reste, moins fréquents dans les armées h notre époque que chez les anciens, sans doute à cause des moyens mis en usage pour prévenir les fu\iestes effets du froid chez les soldats lorsqu'ils sont obligés d'y rester exposés.

Des vêtements chauds, des couvertures de lit, un chauffage approprié , une alimentation substantielle , des boissons alcooliques prises avec modération, l'exercice et le mouvement sont autant de bons préservatifs contre le froid. Végèce recommande surtout les habits et le feu, et l'expérience des guerres passées et récentes nousa appris à pourvoir nos soldats de vêtements chauds, tels que cabans et capotes à capuchons fourrés de peaux mouton, chaussettes en laine, gilets et ceintures de flanelle, bottes, houseaux fourrés et sabots, etc. Pour soustraire à l'action locale du froid les extrémités qui y sont le plus sensibles et le plus exposées, il est avantageux de les frotter avec un corps gras. On trouve dans Xénophon {Retraite des Dix-Mille)^ que les anciens connaissaient déjà cet usage, qui, du reste, est très-répandu chez les peuples du Nord. U est surtout indispensable de recommander les précautions précédentes aux sentinelles et aux grand gardes.

Au sujet de la nourriture et de l'usage des liqueurs spiritueuses, nous ajouterons qu'il est nécessaire pour la santé que les soldats aient pris quelque nourriture le maiin avant de se mettre en marché comme avant de commencer leurs travaux, soit de retranchements, soit de tranchée, et que si l'usage modéré des boissons spiritueuses est utile, les effets les plus nuisibles peuvent résulter de l'abus que l'on en ferait.

Lorsque les soldats ont été vivement saisis par le froid, qu'ils ont les membres engourdis et presque gelés, il est important de ne pa:»

les laisser s'approcher trop subitement d'un feu vif, de les empêcher de boire de Teau-de-vie et de se livrer ensuite au sommeil. On doit, au contraire, leur recommander de se promener à grands pas, de se secouer en marchant, de se frictionner les membres avec de la neige ou de l'eau glacée, et leur faire prendre une boisson chaude, délayante; à laquelle on peut ajouter une petite quantité d'une liqueur spiri tueuse.

§ 2. — Influence d'une température élevée.

Nous rappellerons succinctement ici que, quand la chaleur est excessive^ les eflFèts physiologiques observés sont l'accélération de la respiration et consécutivement du pouls, un accroissement considérable de la transpiration cutanée, l'augmentation de la soif, l'anorexie, la constipation, et que les premiers phénomènes pathologiques sont une sensation incommode, l'anxiété, la céphalalgie. On sait aussi que des congestions, des hémorrhagies cérébrales, des méningites et la mort subite, peuvent être les conséquences de l'exposition prolongée à la chaleur solaire, et que les effets locaux de l'insolation sont l'érythème et souvent des ophthalmies graves.

Dans beaucoup de circonstances, la grande chaleur peut donc être très-funeste au soldat, mais surtout pendant les marches et les exercices, lorsqu'il doit être revêtu de son armure et de son bagage de service. Il est donc important, comme nous l'avons déjà dit dans un antre chapitre, de régler les marches de manière que les troupes arrivent à l'endroit destiné avantles grandes chaleurs du jour, de faire faire l'exercice de bonne heure avant que la fraîcheur de la matinée soit tout à fait passée. Pendant les temps fort chauds il faut diminuer les exercices et le fardeau du soldat, veiller à ce que toutes les parties du corps soient en liberté, que le col ne soit jamais trop serré, abréger le temps de faction des sentinelles lorsqu'elles sont exposées au soleil, et prendre toutes les précautions possibles pour procurer aux troupes du repos, de l'ombre. On doit empêcher les soldats de s'exposer directement au soleil la tête nue, de rechercher un air frais lorsqu'ils sont en sueur, et ne leur permettre que l'usage des boissons réglementaires, à l'exclusion de l'eau froide et des liqueurs spiritueuses pures.

Lorsqu'on se trouve dans le voisinage des cours d'eau, rivières ou ruisseaux, où il est possible de se baigner, il est avantageux de faire baigner souvent les troupes, soit le soir ou le matin, et de défendre cet exercice aux hommes en sueur aussitôt après un travail violent.

Dans les campements fixes, on fait faire aux soldats des cabanes de branchages; les tentes doivent être couvertes.de branches garnies de feuilles vertes et fraîches, pour se garantir, avec leur ombre, de l'ardeur du soleil. Par le moyen des ventouses ménagées à la tente^ on y dispose aussi un courant d'air. Enfin, on peut conseiller, comme

moyen de ventilation tocale, l'usage d'un lai^ écran îaàï de papier ou d'un tissu quelconque, et susceptible de déplacer l'air à chaque mouvement, comme un véritable éventail.

Les Anglais ont adopté, pour leui's baraquements, ainsi qpie nous avons pu le vojr à notre passage à Aden (1861), le système des paneas de l'Inde.

§ 3. — Influence de l'humidité.

Lorsque l'atmosphère est humide et que la température est élevée, la respiration est encore plus pénible, d'où résulte une hématose incomplète et ime circulation moins active ; l'appétit est faible, la soif moindre, les urines plus copieuses et les sécrétions muqueuses plus abondantes ; le système musculaire est débilité ; et si les individus ne peuvent réagir contre l'influence de l'humidité, il peut en résidter des affections graves, la dyssenterie, les fièvres typhoïdes et adynamiques, etc. 11 est à remarquer qu'en Orient les étrangers sont moins sujets que les Turcs aux maladies putrides, parce qu'ils ne font pas usage d'ablutions fréquentes, et qu'au contraire ils font usage de vins et de liqueurs fermentées.

Quant à l'air humide et froid, il semble pénétrer toute réconomie et exerce son action plus particulièrement sur le système lymphatique et les muqueuses : son influence peut causer des affections rhumatismales et favorise le développemeut des scrofules, des tubercules et de la maladie de Bright. '

On comprend donc facilement que l'humidité atmosphérique^ lorsqu'elle est considérable et jointe, soit à la chaleur, soit au froid, constitue rintempërie qui cause le plus de maladies dans les armées; car il y a des contrées où il est physiquement impossible de détruire l'humidité de l'air, parce qu'elle est due à certains vents humides oa à ce que la ventilation est imparfaite, comme dans certains lieux bas et couverts de bois, où les vents ne circulent jamais: aussi, pour prévenir les funestes effets de l'humidité, est-il de précepte, et des plus importants, d'éviter de camper dans les endroits humides, de qoittei ceux qui le deviennent. On empêche l'eau de pénétrer dans les tente^ par le moyen des fossés et des rigoles ; on fait renouveler souveui la paille, et celle-ci doit être exposée tous les jours à l'air, pour y sécher. On ouvre les tentes le jour, pour y faire pénétrer les rayons du soleil ; on peut même y pratiquer une ventilation artificielle, pour renouveler l'air de l'intérieur, etdes fumigations aromatiques, pour en corriger les qualités nuisibles.

C'est surtout pendant les temps froids et humides qu'il conviait d'allumer des feux, pour faciliter aux soldats les moyens de sécher leurs habits. On doit leur recommander le mouvement, tout en ren dant les exercices et les marches plus eoitfts ; on deit leur distribuer

une petite quantité d'eaurde-yie et de eafé et leur prescrire l'usage du ts^bae à fumer.

§ 4. — Influence de Tair insalubre.

L'insalubrité de Tair reconnaît deux origities : ou elle est due aux émanations délétères provenant des matières animales et végétales en putréfaction ou en décomposition (miasmes putrides et efQuyes marécageux), ou Vair est infecté par les corps vivants eux-mêmes, qui le respirent.

Dans le premier cas, l'atmosphère impure est illimitée comme celle des contrées marécageuses, ou l'infection siège dans un foyer trèsétendu, tel que toute une ville assiégée, un camp ; dans le second, l'espace est circonscrit, limité^ tel qu'une caserne, un hôpital, une prison.

D nous a paru nécessaire d'établir tout d'abord cette distinction, pour bien définir les effets de l'insalubrité de l'air atmosphérique, quels que soient les principes délétères auxquels sont dues ces altérations, et quoique les moyens de les prévenir ou de les corriger soient en général à peu près les mêmes dans toutes les circonstances, comme nous l'indiquerons plus loin.

I. Effets de Vair insalubre par des miasmes putrides, — Ces effets sont plus particulièrement observés dans les camps et les villes assiégées, les émanations putrides tirant leur origine, soit de la décomposition des excréments, des immondices, des fumiers et de la paille pourrie des tentes pendant les chaleurs, soit de la putréfaction des cadavres des hommes et des animaux, qu'on est cependant dans l'usage d'inhumer.

Les diarrhées, les dyssenteries, les fièvres de mauvaise natxu*e, la peste (Pariset) sont les maladies les plus communément dues à l'inlluence de ces exhalaisons putrides* auxquelles on se soustrait plus ou moins en entretenant la plus grande propreté dans la ville assiégée, ou dans le camp lorsque celui-ci ne peut être changé de disposition, et en veillant à ce que les règles hygiéniques que nous avons indiquées plus ha:ut soient exactement suivies. (Voir Siège d'une viUe et camps.)

II. Effets des effluves marécageux, — L'influence marécageuse se traduit par la production de fièvres intermittentes à types différents, de fièvres rémittentes et de fièvres larvées, affections dont l'intensité est d'autant plus grande que la contrée est plus méridionale et la saison plus chaude.

Les fièvres pernicieuses et la dyssenterie sont les conséquences les plus graves de l'intoxication paludéenne. L'influence habituelle ou longtemps continuée de l'air des contrées marécageuses se manifeste par un état général cachectique (cachexie paludéenne) accompagné d'engorgements chroniques du foie et de la rate.

Trois grandes maladies pestilentielles paraissent résulter de Taction des effluves marécageux : ce sont le choléra, dont on place Torigine dans les émanations marécageuses des bords et de l'embouchure du Gange ; la fièvre jaune, qui est surtout si commune en Amérique, au voisinage des plaines marécageuses et de Tembouchure des grands fleuves, et la peste d'Orient, dont le développement est en grande partie dû aux émanations marécageuses du Nil.

Le moyen de prévenir et de diminuer les maladies qui proviennent des effluves marécageux consiste particulièrement à s'éloigner le plus possible, quand rien ne s'y oppose, des contrées marécageuses, à changer de camp, lorsque les opérations militaires n'obligent pas l'armée à rester longtemps dans un terrain malsain, à éloigner les causes de l'impureté de l'air par l'action des vents. La coupe d'un bois en assure souvent le succès en attirant le vent d'un lieu sain vers celui où il est impur (Colombier). Quand les troupes doivent séjourner pendant la mauvaise saison dans les pays marécageux, il vaut beaucoup mieux inonder tout à fait les campagnes que de les laisser à moitié sèches ; car, plus l'eau est basse, plus tôt elle se corrompt, et l'évaporation augmente aussi en proportion (Pringle). On peut d'ailleurs, toujours avec avantage, mettre en usage les moyens purificateurs que nous indiquerons plus loin.

Il est à propos d'ajouter que, dans les pays marécageux, il est dangereux de se mettre en marche Tété avant le lever du soleil, parce que l'atmosphère est chargée des exhalaisons qui se sont élevées des marais pendant la nuit.

ni. Effets de Pair altéré dans des endroits confinés. — L'air de lieux circonscrits où se trouvent accumulés un grand nombre d'individus, comme les casernes, les hôpitaux, les prisons, éprouve des altérations qui produisent des effets d'autant plus fâcheux que l'encombrement est plus complet et que le renouvellement de l'air ne pent avoir lieu promptement et facilement.

Les altérations de l'air confiné proviennent d'abord des modifications que la respiration fait subir à ses principes constituants et des produits de la perspiration pulmonaire et de la transpiration. Ainsi la respiration agit en diminuant la quantité d'oxygène de l'air et en augmentant Tacide carbonique, et les deux exhalations cutanée et pulmonaire consistent en une certaine quantité de vapeur d'eaa, tenant en dissolution une matière animale à laquelle est due l'odeur que l'on rencontre dans tous les endroits habités par un grand nombre d'individus. C'est à la production de cette matière animale que l'on rapporte les miasmes ou émanations putrides sous l'influence desquelles paraissent se développer les affections à forme typhoïde, les fièvres typhoïdes véritables et même le typhus, les érysipèles de mauvaise nature, la fièvre des prisons, la fièvre nosocomiale, la gangrène, la pourriture d'hôpital.

D'autres causes contribuent encore à l'altération de Taii' confiné.

ce sont : 1® les émanations qui résultent de Tévaporation des surfaces liquides ou mouillées des différents objets ou meubles, instruments ou appareils affectés à Tusage de l'homme sain ou malade ; des produits excrémentitiels gazeux, liquides ou solides, normaux ou morbides ; et 2° les foyers de combustion et les appareils d'éclairage. Toutes ces causes altèrent également Tair intérieur en absorbant l'oxygène qu'elles remplacent par l'acide carbonique, l'hydrogène carboné et autres gaz contraires à l'hématose, ainsi qu'en produisant de la chaleur et de la vapeur d'eau, sources de putréfaction des matières animales.

L'air impur des lieux étroits et circonscrits se renouvelle et se purifie beaucoup plus facilement que celui qui occupe un espace considérable tant parce que la quantité de molécules nuisibles est beaucoup moins considérable que parce que les procédés sont plus multipliés et les effets des agents purificateurs plus prompts.

H est inutile d'insister d'abord sur la nécessité de faire observer la plus grande propreté, tant pour les lieux habités que pour les individus sains ou malades qui s'y trouvent. Indépendamment des balayages et des lavages, et lorsque ce sera possible, du frottage à la cire des parquets dans les hôpitaux, par exemple, on fera bien d'asperger les coins d'une solution chlorurée et de blanchir le plus souvent possible le» murs et le plafond.

Mais de tous les moyens de prévenir les effets pernicieux de l'air chargé de principes insalubres, le plus immédiat et le plus efficace est son renouvellement, que l'on obtient par des procédés divers dits de vmtîlaiion. Les plus simples consistent dans Touverture de deux fenêtres opposées, ou d'une fenêtre et d'une porte situées vis-à-vis l'une de l'autre. L'emploi de vasistas ou de ventouses à la partie supérieure près des plafonds, et d'orifices près des planchers pour la prise d'air neuf, remplit cette condition de la manière la plus avantageuse. Les cheminées, les poêles, par leur tirage, contribuent puissamment au renouvellement de l'air intérieur, et aujourd'hui, dans les grands établissements, on a perfectionné le système des calorifères pour faire servir en même temps le chauffage à une ventilation régulière.

Pendant longtemps on a fait usage du célèbre ventilateur de Haies, que Pringle a recommandé pour les saUes des hôpitaux. La manche à vent ou trompe, dont l'invention est attribuée aux Danois, est le seul moyen de ventilation artificielle qui soit actuellement utilisé à bord des navires. Quant aux autres systèmes de ventilation mécanique, malgré les perfectionnements qui y ont été apportés dans ces derniers temps et les heureuses applications qu'on en a faites dans certains établissements, comme la manufacture d'armes de Châtellerault, ils ne sont que très-peu employés dans les hôpitaux pour lesquels la ventilation liée au système de chauffage a généralement été préférée. Du reste, il est à remarquer que tous les procédés les plus ingénieux

d*aératîon n'onl pas eu jusqu'à présent une inflnence sensible sur la mortalité, et des expériences récentes de MM. Réveil^ Constantin Paul et Chai*vet, donnent à cmindre que les émanations qui vicient Taîr des salles de malades ne résistent aux courants de Tair insufflé par les plus puissants moteui^s.

L'assainissement des lieux habités ne peut donc être obtenu ayec plus de certitude qu'au moyen d'agents désinfectants qui le purifient en attaquant directement les éléments délétères qui s'y trouvent combinés ou suspendus, tels que les fumigations odorantes, antiseptiques, prophylactiques ou hygiéniques.

Tous les corps odorants répandus dans une atmosphère circonscrite, volatilisés par l'action du calorique sans décomposition, comme le vinaigre, le camphre, les alcoolats de castoréum, de musc, etc., ou bien provenant de leur décomposition par le feu, tels que le café, le sucre, le vinaigre, les baies de genièvre, le tabac, la poudre à canon, etc., peuvent servir à faire des fumigations odorantes.

Les fumigations odorantes sont plus communément employées pour corriger les odeurs d'un lieu habité par les malades dans les hôpitaux. Parmi les fumigations antiseptiques, les fumigations guyioniennes ou les fumigations chloriques sont seules admissibles dans tous les cas. Les fumigations azotiques ou de Smith, obtenues par raction de l'acide sulfurique sur l'azotate de potasse, et les fumigations hydrochloriques, résultant de la décomposition du sel marin pai' l'acide sulfurique, leur sont de beaucoup inférieures. Mais il n'est pas indifférent de savoir qu'on peut avantageusement les employer à défaut de plus efficaces.

Les fumigations sulfureuses sont surtout utiles pour des purifications partielles et poiu* la destruction d'animaux incommodes ; elles ne peuvent être pratiquées en grand dans les lieux habités, et, dans ce cas, le soufre ou l'acide sulfureux doivent toujours être dégagés dans une atmosphère humide. Enfin, nous rappellerons que, dans certaines circonstances, pour affaiblir les causes de l'impureté de l'air, on peut chercher à lui imprimer, un choc qui brise et écarte les molécules nuisibles par des décharges d'artillerie, l'explosion du salpêtre, etc. Les hygiénistes recommandent encore de mettre les corps en état de résister à ses effets par un régime sain et sobre, une vie réglée et un exercice modéré.

Ainsi, conune on peut le voir, l'emploi des agents purificateurs est à peu près limité aux espaces circonscrits, tels qu'une caserne, un hôpital, une prison, une lente. Et il doit être reconnu que l'art est déjà frappé d'impuissance pour renouveler l'air et le purifier quand la cause d'insalubrité a un foyer étendu comme dans un camp, dans une ville assiégée, et à plus forte raison quand l'infection glt dans ime atmosphère illimitée.

ARTICLE DEUXIÈME

l«aaan«é» des olimalii.

On peut rapprocher des influences de Tatmosphère dont nous venons d'étudier les principales modifications sous le rapport de la température, de Thumidité et de Timpureté, Tinfluence des localités^ c'est-à-dire du sol, et des eaux qui tombent à sa surface ou sortent de son âein. En effet, Tétat du sol exerce une grande influence sur les climats et sur les saisons, et Thygièrie a dû rechercher la nature des influences qu'il peut exercer par les diverses qualités qu'il présente. Mais Comme c'est un sujet d'hygiène générale, nous croyons devoir renvoyer aux traités complets sur la matière pour les développements qu'il comporte, et nous nous bornerons à rappeler seulement ici l'influence exercée sur l'homme par les divers climats, en y rattachant les règles hygiéniques militaires qui y sont applicables, et nous terminerons par la comparaison des saisons relativement à la santé d'une armée.

§ \^. — Influence des climats chauds.

Il paraît bien établi aujourd'hui que l'homme a la faculté de vivre sous les températures les plus opposées. L'observation a, en efî'et, démontré, qu'il lui suffît pour s'accommoder aux influences les plus diverses, de se vêtir et de s'alimenter conformément aux exigences locales.

La possibilité de l'acclimatation en Algérie est d'ailleurs admise par la plupart des médecins de l'armée qui ont fait un long séjour dans cette colonie, et qui ont été ainsi amenés à reconnaître que l'influence paludéenne, qui joue un si grand rôle dans les maladies des pays chauds, est seule de nature à s'opposer à l'acclimatement dans certaines contrées réputées hisalubres.

C'est à la vérité pour avoir confondu cette influence avec celles qui sont inhérentes au climat lui-même que quelques-uns d'entre eux ont cru pouvoir nier d'une manière absolue la possibilité d'une occupation militaire, et par suite de toute colonisation, même dans la partie septentrionale de l'Afrique, dont le climat se rapproche sous tant de rapports de celui des contrées méridionales de l'Europe. Mais nous ne pourrions, sans des développements que ne comporte pas le cadre de cet ouvrage, entrer dans la discussion que soulèvent toutes les opinions contradictoires, et l'importance de la question mérite, du reste, que l'on en fasse une étude plus complète dans les auteurs qui s'en sont spécialement occupés (1). Ici, il nous paraît suf-

(I) Voir Boudin, Annales d'hygiène^ tomes 35, 37, 39 et 44, et Traité de géographie et de statistique médicales, Paris, 4867; Périer, Annales d'hygiène, tome 33, el de l'Bygiène en Algérie, 'i y o\[xmes, 4847; Dutroulau, Traité des maladie» des Européens dant les pays chauds, 486i .

fisant de rappeler les modifications imprimées à l'organisme par les climats chauds, et les maladies qui résultent des influences particulières liées à leurs conditions physiques et météorologiques, pour en déduire les règles de Tacclimatement, et indiquer celles qui sont applicables à Thygiène du soldat dans les pays chauds, comme TAlgérie.

Les modifications que les pays chauds impriment aux principales fonctions organiques des individus qui les habitent sont les suivantes : diminution de l'activité respiratoire et par conséquent de la calorifîcation ; accroissement des exhalations pulmonaire et cutanée ; augmentation des sécrétions biliaire et . spermatique , et diminution des autres sécrétions, d'où résultent un affaiblissement général, la débilité du système musculaire et plus ou moins les caractères du tempérament lymphatico-nerveux et du tempérament sec-bilieux, qui sont les plus propres à résister à la chaleur. Par conséquent, toute constitution, pour se mettre en harmonie avec le nouveau climat, doit subir des changements sensibles, et Ton conçoit pourquoi les constitutions faibles, celle des femmes, par exemple, sont les plus faciles à racclimatement des pays chauds.

La transformation organique a lieu d'une manière plus ou moins rapide; elle se fait quelquefois naturellement, ou bien en s'accorapagnant de maladies qui doivent surtout résulter des modifications que les principaux appareils organiques ont subies, telles que les affections de la peau, du foie, etc., et des habitudes vicieuses que l'on a contractées, comme les maladies dues à l'abus des hqueurs alcooliques, des aliments stimulants et excitants.

Quant aux maladies qui sont la conséquence des conditions physiques et météorologiques, ce sont les méningites, les congestions cérébrales, certaines maladies de la peau (température élevée), les phlegmasies aiguës, les convulsions, le tétanos (brusques changements de température, variations du jour et de la nuit), les fièvTCs intermittentes simples et pernicieuses, la dyssenterie, la fièvre jaune, la peste, le choléra, etc. (inlluences des effluves marécageux).

Nous devons d'abord reconnaître qu'une des conditions les plus favorables à l'acclimatement est de ne s'exposer que progressivement à l'action d'un pays et d'y arriver, autant que possible, à l'époque où la température est le moins extrême, et pendant laquelle l'expérience a démontré que les maladies sont le moins fréquentes. On a si bien compris l'importance de ce précepte que les troupes ne sont généralement envoyées en Afrique qu'en hiver, après la saison des pluies et au printemps, et après avoir séjourné pendant quelque temps dans les garnisons du Midi, et que les camps formés dans le Nord n'ont pa? seulement pour objet l'instruction militaire, mais l'acclimatement progressif à l'influence des pays froids pour le cas d'une guerre dans les contrées septentrionales de l'Europe,

Les procédés à suivre pour favoriser racclimatement doivent être basés ensuite : 1** sur les modifications à faire subir aux vêtements, aux aliments et aux exercices ; c'est ainsi que Ton a reconnu l'utilité d'une alimentation substantielle et peu stimulante, de vêtements larges confectionnés avec des étofifes légères, d'exercices modérés et peu fatigants ; et 2** sur diverses indications à remplir, telles que d'éviter de s'exposer aux influences spéciales qui résultent des variations du jour et de la nuit, des pluies torrentielles et des effluves marécageux, et de se soustraire aux causes diverses d'épuisement (excès vénériens,. travaux fatigants).

Dans sa sollicitude pour tout ce qui peut contribuer à entretenir la santé du soldat, le Ministre de la guerre a fait connaître à l'armée les précautions hygiéniques indiquées par le Conseil de santé des armées, et auxquelles il convient de se conformer pour éviter les maladies qui régnent habituellement dans l'Algérie.

Le nord de l'Afrique n'est point, en général, un pays insalubre ; mais son climat, si différent de celui de la France, exige impérieusement certaines précautions hygiéniques que le Conseil de santé des armées indique comme il suit :

1° Les hommes doivent éviter de se découvrir imprudemment par des temps froids et humides, qui produisent des maladies plus ou moins dangereuses. Cette précaution est indispensable dans ces régions où l'air est très-chaud le jour, et froid et humide pendant la nuit.

2° Ne jamais rester en chemise la nuit, placer sur soi ses vêtements, et lorsqu'on couche en plein air ou sous la tente, avoir soin de se couvrir la tête, le haut du visage et le cou, pour éviter les maux d'yeux et d'oreilles.

3° Quand on fait une halte et que l'on est en sueur, comme il arrive presque toujours après une marche dans ce pays, se bien garder de se découvrir et aussi de se reposer sur un endroit frais et humide.

4° Imiter, pour se maintenir en sanlé, la sobriété des habitants du pays. Lorsqu'on y arrive, l'excès de la chaleur fait éprouver de la faiblesse que l'on combat en buvant du vin modérément. L'eau-devie mêlée avec quinze parties d'eau est une boisson salutaire, trèsbonne pour désaltérer dans les marches et les travaux ; mais on ne doit point boire d'eau-de-vie pure ni de liqueurs.

5° Prendre du café léger, selon l'usage du pays. 'Cette boisson est favorable à la santé.

6° Éviter de boire de l'eau stagnante.

Si, privé de toute ressource pour étancher la soif, on ne trouvait que cette eau, on devrait, dans ce besoin impérieux, se borner à s'en rincer la bouche et rejeter ensuite ce liquide insalubre au lieu de l'avaler.

L'eau des mares, en Afrique, contient souvent des sangsues qui ne dépassent pas en volume la moitié d'un cheveu, et qu'il est difficile

d'apercevoir. Pour ne point en avaler, il est nécessaire de passer cette eau à travers un linge avant de la faire boire. Si, en route et lorsqu'on a chaud, on trouve une source de bonne eau^ il serait nuisible d'en boii'e une trop grande quantité.

7' Éviter tout excès dans la nourriture. S'il arrivait que pour aliments on n'eût que de la viande ou du poisson salés, on devrait les dessaler avec soin en les laissant séjourner pendant quelques heures au moins dans de l'eau que l'on renouvellerait de temps en temps.

La viande de cheval et celle de chameau ne sont point malsaines. On pourrait en manger sans danger si les circonstances de la guerre y forçaient. La tortue de terre est commune en Afrique ; sa chair est bonne à manger, et l'on fait avec elle d'excellent bouillon.

8"* Ne manger les fruits, ainsi que les melons et les pastèques, que lorsqu'ils sont bien mûrs ; mais, alors même, n'en user que modérément et s'en abstenir tout à fait quand ils ne sont pas arrivés à maturité. La figue de Barbarie est un fruit dont l'usage doit être subordonné aux recommandations qui précèdent ; mais il faut remarquer qu'étant hérissé d'une multitude d'aiguillons imperceptibles, il ne doit être saisi qu'avec précaution et porté à la bouche qu'après avoir été dépouillé de sa pellicule et autant que possible de ses nombreux pépins, pour éviter la constipation.

L'orange est un excellent fruit lorsqu'il est bien mûr, et d'un usage salutaire lorsqu'on n'en fait pas abus.

9° Ne se servir de piment ou poivre rouge que dans le cas où le poivre noir viendrait à manquer. La force de ce piment exige qu'on ne l'emploie qu'en très-petite quantité.

10° Éviter l'abus des liqueurs spiritueuses, cause de fréquentes maladies. Chez un grand nombre de jeunes soldats, cet abus entretient les organes digestifs dans un état qui les prédispose à l'inflammation, ou bien il les altère si profondément que la plus légère affection dont ils sont occasionnellement le siège résiste aux efforts de l'art et peut devenir mortelle.

On ne saurait trop recommander, à ce sujet, à MM. les chefe de corps de faire exercer une surveillance continuelle sur les cantines et les cabarets que fréquentent les soldats.

11° Ne pas négliger les soins de propreté, afin d'éviter les maladies de la peau, qui sont communes en Afrique. Se laver les mains et le visage plusieurs fois dans le jour, si les circonstances le permettent, et lorsque le corps n'est pas en sueur.

12° Se tenir proprement les pieds, tout en se gardant bien de les laver à l'eau froide quand on est en transpiration.

13° Les bains de rivière sont d'un très-bon usage ; mais il faut éviter de les prendre pendant la grande chaleur du jour. Il faut surtout bien se garder de se plonger dans les eaux stagnantes ou dans les mares.

14* Faire un usage constant de la ceinture de flanelle, et surtout ne point la quitter quand on est en sueur.

15* Réclamer les conseils des officiers de santé dès les premiers symptômes de la plus légère indisposition.

La stricte exécution des dispositions indiquées ci-dessus est recommandée à la sollicitude et à la surveillance des officiers généraux et intendants militaires, qui donneront les ordres nécessaires à chacun de leurs subordonnés pour éviter les inconvénients signalés et assurer par là une bonne hygiène dan6 l'armée. {Instruction du 31 décembre 1839.)

Nous croyons devoir ajouter à cette instruction les mesures suivantes, qui pourront servir de règle dans des circonstances analogues ; elles ont été indiquées par les chefs du service de santé de l'armée d'Espagne en 1823, dans un avis sur les moyens de conserver la santé des troupes et de prévenir les maladies familières au climat de ce pays (1) :

!• Faire porter au soldat son pantalon de drap en tout temps.

2' Exiger de lui qu'il ne se déshabille point comme il le fait ordinairement en arrivant au gîte, ou au lieu du bivouac le soir.

3** Exiger qu'il soit en capote toutes les fois qu'il y aura de la fraîcheur dans l'air, et qu'il ne sera point en marche ou occupé.

4*> Le placer, pour passer les nuits durant le mauvais temps pendant les pluies, sur des terrains un peu élevés, inclinés et à l'abri du vent qui soufflera.

5" Multiplier, dans ce cas, les feux et veiller avec soin à leur entretien jusqu'au moment du départ.

6** Faire dans les mêmes circonstances une distribution extraordinaire de vin ou d'eau-de-vie à la troupe au moment où elle est établie et, s'il se peut, à celui de son mouvement.

7® Ordonner pendant les grandes chaleurs, autant que les opérations militaires le permettront, de faire marcher les troupes pendant les matinées, à commencer du point du jour, et pendant les soirées, et de les laisser se reposer dans le milieu de la journée, dans les viUages ou les lieux abrités, si faire se peut.

8" Dans les cas où dans cette saison le pantalon de toile serait ordonné comme tenue du soldat, on lui fera porter par-dessous une ceinture de drap commun ou en quelque autre étofie en laine qui enveloppe le bas-ventre : outre l'avantage de tenir cette région chaude, . de la garantir de l'impression de l'air, de l'humidité et du froid, elle a encore celui de soutenir les muscles et viscères du bas-ventre dans les marches difficiles et rapides.

Un général habile arrêta par cette mesure les progrès d'une diarrhée avec coliques violentes qui épuisait en peu de jours ses troupes bivouaquées sur les rives de l'Ebre, entre Tortose et Emposta.

(<) Voir Recueil det Mémoires de médecine militaire y 1" série, tome ^6.

9° On préviendra les accidents qui résultent des grandes fatigues, en faisant, autant que les circonstances le permettront, des haltes fréquentes et en choisissant de préférence pour cela le voisinage des eaux salubres. C'est ici le cas de rappeler qu'il est de la plus grande importance de n'étancher la soif aux sources d'eau friche, conune on en rencontre fréquemment en Gastille, qu'après quelques minâtes de repos. Cette maxime s'applique particulièrement à Thonmie en sueur. Une précaution non moins utile à la fin des marches est de recommander aux soldats de se laver la figure et surtout les yeux.

10^ n est important pour entretenir la force et Tagilité du soldat, de l'exercer, dans les moments de repos et lorsqu'il est en cantonnement, aux marches et aux diverses manœuvres.

12° Dans les lieux où l'on serait réduit à faire usage d'eau de mauvaise qualité ou saumâtre, il conviendrait, pour la rendre potable, de la mélanger d'un peu de vinaigre ou d'eau-de-vie. A cette occasion, nous devons prévenir qu'il est commun de rencontrer des sangsues dans les ruisseaux, et il n'est pas sans exemple que les soldats en aient avalé, ce qui donne lieu à des accidents alarmants. En pareil cas, on paiTiendra facilement à s'en débarrasser en buvant largement de l'eau dans laquelle on aurait fait dissoudre du sel commun.

13** Si des troupes étaient obfigées de camper en quelques-uns des points du royaume de Valence, il faudrait éviter les lieux bas, occuper des collines à l'abri des vents de sud et d'est. Alors aussi, il conviendrait de se bien couvrir et d'éviter l'inaction; c'est dans ce cas principalement que des distributions fréquentes de vin sont utiles.

ii*" Nous reconmianderons à ceux qui stationneront dans le royaume de Valence ou autre province méridionale, de se tenir en garde contre l'usage immodéré des oranges et de la limonade, qui prédisposent aux fièvres intermittentes et autres affections graves, ou du moins d'en corriger l'eôet par l'addition d'une petite quantité de vin ou d'eau-de-vie.

De ces dispositions hygiéniques, une des plus importantes est celle qui prescrit l'usage du pantalon de drap ou de la ceinture de laine en toute saison. L'expérience a démontré que son observation rigoureuse, au moins pour les soldats en service pendant la nuit, suffît pour faire éviter cette- multitude d'affections graves et souvent mortelles qui sont la suite ordinaire dans, les contrées méridionales, du refroidissement de la peau, que favorisent trop souvent et les vêtements tix)p légers et l'action stimulante des boissons spiritueuses, dont les militaires abusent dans l'intention de se réchauffer.

§ i. — lufiueuce des eiimats froids.

L'action des climats froids sur l'homme est inverse à l'influence que nous avons dit précédemment appartenir aux climats chauds. Ainsi,

les principales modifications organiques produites sous rinfluence du froid sont : une plus grande activité des fonctions respiratoire et digestive et par conséquent une augmentation dans la calorification et une richesse de sang plus grande en globules. L^exhalation cutanée et la sécrétion biliaire sont presque nulles ; la sécrétion urinaire est seule augmentée. Les conséquences de cette augmentation d'action normale des organes sont le développement du système musculaire, une force corporelle plus grande et la prédominance du tempérament sanguin, ce qui fait comprendre facilement pourquoi les constitutions vigoureuses résistent mieux au froid et quelles perturbations doivent s'opérer dans l'organisme des individus dont la constitution n'est pas appropriée à cette extrême température. En effet, les congestions inflammatoires sont les maladies les plus fréquentes dans les climats froids ; et comme le poumon est l'organe qui fait le plus d'efforts pour activer la calorification, ce sont aussi ces maladies que l'on observe le plus communément. Quand l'humidité est jointe au froid, on voit alors se développer les affections catarrhales et rhumatismales, les maladies des membranes séreuses, etc. Les scrofules et les tubercules paraissent également naître sous l'influence combinée du froid et de l'humidité. Le typhus, le scorbut, les accidents de la cachexie paludéenne sont encore des maladies particulières aux climats froids.

Les principales indications à remplir pour favoriser l'acclimatement dans les pays froids consistent aussi, comme dans les pays chauds, en modifications à faire subir aux aliments, aux vêtements, aux exercices et aux impressions morales même ; et, d'une manière générale, il doit être reconnu que. les troupes qui passent des climats chauds ou tempérés dans les pays plus froids doivent être plus chaudement vêtus, user d'aliments plus substantiels, plus animalisés, de boissons fermentées, alcooliques, et qu'elles doivent être soumises à de plus fréquents exercices, etc.

Les préceptes hygiéniques à suivre dans les climats froids ont été exposés de la manière suivante par MM. Maillot et Puel (1) :

1^ Donner aux troupes une nourriture essentiellement tonique, de la viande fraîche aussi souvent que possible.

L'usage prolongé des viandes salées a infiniment moins d'inconvénient que dans les pays chauds. On peut faire un large emploi des substances stimulantes, du vin, des boissons spiritueuses : on conseille généralement de donner un supplément de vivres et d'eau- devie dès les premiers jours d'automne. *

2** Veiller à ce que les soldats soient bien vêtus et bien chaussés : ces conditions aident à réagir contre le froid. Dans les pays chauds, on a surtout à garantir, ainsi que nous l'avons vu, les viscères du

\) Aide'-mémoire^ page btl.

bas-ventre, à l'aide de ceintures de flanelle; dans le Nord, ce sont les organes de la respiration qui sont le plus menacés. Il serait bien alors de distribuer aux troupes des gilets en tissu de laine.

3" Éviter que les soldats s'entassent, comme ils ont lliabitude de le faire, dans des appartements chauffés outre mesure par les poêles. C'est à l'oubli de ce précepte qu'il faut attribuer une partie des typhus épidémiques qui ont si souvent éclaté dans nos armées cantonnées en Allemagne et en Pologne.

4" Prévenir, par des ordres du jour, les soldats des dangers auxquels ils s'exposent en passant brusquement d'une température froide à la température beaucoup plus élevée d'une chambre fortement chauffée, surtout si quelque partie du corps a été frappée de congélation.

5* Prémunir par la môme voie contre les inconvénients souvent mortels qui résultent dans ces circonstances de l'abus des boissons alcooliques, qui, prises avec excès, engourdissent tous les sens, déterminent un sommeil invincible au milieu duquel on trouve inévilablement la mort, si l'on tombe sur la route dans cet état d'ivresse somnolente.

6° Dans ces cas,'où les congélations partielles et ces asphyxies par le froid deviennent très-fréquentes, on rend populaires, et toujours par ordre du jour, les instructions sanitaires qui indiquent les moyeu> de remédier avec sécurité à ces accidents.

V Relever les sentinelles toutes les heures pendant l'hiver.

8° Si les bivouacs sont facilement supportés pendant une pai-tie de l'année dans les pays froids, il n'en est pas ainsi pendant l'hiver, même dans les pays tempérés.

La guerre y devient horriblement pénible et désastreuse. II faut, pour résister à l'âpreté de la saison, tenir presque constamment le> hommes en haleine, les faire marcher et les employer à des travaux rudes et fatigants.

§ 3. — Influence des climats tempérés.

Dans les climats tempérés, comme ceux de l'Allemagne et de la France, les influences des températures extrêmes tendent à s'équilibrer. Il en résulte alors aussi un véritable équilibre des fonctions, qui semblent, en quelque sorte, plus particulièrement placées sousl'inûaence des saisons, qui sont assez tranchées, et qui se caractérisent parledrveloppement des formes pathologiques semblables à celles des climatextrêmes, avec lesquelles elles ont le plus d'analogie. En été, lesapp^^ reils organiques s'adaptent à la température élevée, comme dans leclimats chauds, et l'on observe les mêmes prédispositions et les même» maladies que dans les pays chauds ; l'hiver contribue, au contraire, » imprimer les modifications des pays froids et finalement la tendano' aux maladies de même nature. « Sous des saisons régulières et éir*:-

lement marquées, dit M. Fufiter (1), on observe un état morbide parfaitement en harmonie avee les earactères dominants de cette saison. La détermination de ces états morbides, si cette détermination est bien faite, donne pour résultat partout, où les quatre saisons sont bien distinctes : au printemps, une affection catarrbale infl^unmatoire de nature bénigne ; en été, une affection bilieuse ; en automne, une affection catarrbale bilieuse de nature maligne ; en hiver, une affection inflammatoire e »

M. Benoiston , de Ghâteauneuf, dans son travail sur la mortalité dans Finfanterie {Annales d'hygiène, 1" série, 1. 10), a signalé les ma^ ladies des soldats comme plus nombreuses en automne et en été, et plus rares en hiver et au printemps. Le maximum des mortalités dans le premier cas est dû à ce que, en cette saison, lés troupes se livrent aux fatigues, aux marches, aux exercices; tandis que, dans le second cas, le minimum est dû à ce que c'est dans Thiver et le printemps que les soldats ont précisément le plus de repos. C'est en automne que sévissent les influences paludéennes. (Voir ci-après Comparaison des saisons par rapport à la santé des aimées,)

Les préceptes hygiéniques qu'il est indispensable de suivre, pour modifier les influences diver$es qui peuvent agir sur les soldats qui entrent en campagne ou qui stationnent dans des pays tempérés, ne sont que des applications des règles générales de l'hygiène que nous avons tracées dans le cours de cet ouvrage : c'est donc pour ne pas y insister davantage que nous nous bornerons à insérer seulement ici l'extrait suivant d'une instruction détaillée du Conseil de santé relative aux précautions les plus propres à maintenir la santé des troupes en Orient (2).

1° On doit toujours être vêtu de manière à être à l'abri des refroidissements subits auxquels on est exposé en toute saison, à raison des brusques changements de température qui ont lieu très-fréquemment dans presque toutes les parties de ce pays ;

2° En été on se garantira contre les coups de soleil, souvent trèsdangereux, en ne restant jamais hors des habitations sans avoir la tête couverte.

3« La propreté du corps, du linge et des habitations est impérieusement commandée par la nature du climat.

4° Toutes les fois qu'on le pourra, on se lavera plusieurs fois le visage par jour, et surtout les yeux, lorsqu'on aura été exposé à la poussière.

5" On évitera de se laver les pieds avec de l'eau froide, surtout lorsqu'ils seront échauffés par la marche.

6* n faut se prései'ver avec le plus grand soin de la fraîcheur des auits, lors même que la chaleur est très-forte ; il est dangereux de

(i) Des Maladies de la France dans leurs rapports avec les saisons^ Paris, -ISiO. (2) Recueil dé Mémoires de médecine militaire^ ^"^ série, tome 43.

rester en chemise pendant la nuit. Au bivouac et sous la tente, les soldats devront se couvrir de leur capote sans la revêtir. Les yeux et les oreilles devront être particulièrement couverts.

7° Quand on campera près d'un marais, d'un étangs des mares d'eau stagnante, d'une vallée, on devra diriger les principales ouvertures des baraques ou des tentes dans la direction opposée. Dans ces bivouacs on s'abritera, par tous les moyens possibles, contre les vapeurs toujours malfaisantes qui s'exhalent de ces foyers d'infection. La nuit, les ouvertures des baraques seront fermées, excepté celles qui seront absolument indispensables pour renouveler l'air.

8*^ On ne doit jamais coucher immédiatement sur la terre; on devra toujours interposer des matières parfaitement sèches et se laissant difficilement pénétrer par l'humidité. On n'emploiera jamais les joncs et les végétaux frais à cet usage.

9** L'eau bue en très-grande quantité serait toujours nuisible. Si, après une marche fatigante, on rencontre un cours d'eau, il faudra ne satisfaire sa soif qu'avec réserve et se pourvoir d'eau pour en user plus tard.

10° Lorsqu'on ne pourra se procurer qu'une petite quantité d'eau, il faudra, au lieu de l'avaler, s'en gargariser le plus longtemps possible et la rejeter lorsqu'elle est échauffée.

11** Si l'on est réduit à boire de l'eau de mare, il faudra avoir la précaution de la passer à travers un linge, pour en séparer les sangsues que leur petitesse empêcherait de voir, et qu'il serait fort dangereux d'avaler.

12" Un mélange d'eau et de vin, d'eau et d'eau-de-vie, ou d'eau et d'infusion de café, sera toujours une excellente boisson, prise, néanmoins, en quantité modérée. Le mélange ne devra jamais être fait qu'au moment même d'en user ; préparé à l'avance, il s'échauflTerait. s'altérerait et n'atteindrait plus le but.

13° Lorsque la viande et le poisson salés seront substitués à la viande fraîche, il faudra les dessaler avant de les cuire et y mêler, toutes les fois qu'on lé pourra, une certaine quantité de légumes.

14° Le piment, en petite quantité, est un bon assaisonnement; mais, avec excès, il irrite l'estomac et rend la soif plus difficile à supporter.

IS» Le safran rend le riz et la farine plus faciles à digérer; il sera surtout utile avec le maïs.

16° Il faudra toujours avoir mangé avant de se mettre en route.

17° Avant d'aller en faction la nuit et en rentrant, il sera très-utile de boire une certaine quantité d'eau chaude avec un peu d'eau-devie ou avec un peu d'infusion de café chaude. On devra particulièrement être bien vêtu pendant ces factions de nuit.

18° Toute indisposition devra être immédiatement indiquée au médecin.

19° Les recommandations ci-dessus seront mises à l'ordre de Tax-

mée. Chaque chef de corps tiendra la main à ce que la lecture en soit faite aux troupes au moins une fois par semaine, et à ce que les officiers et sous-officiers en surveillent et dirigent Texécution. {Instruction du 13 mai 1854.)

§ 4. — Comparaison des saisons par rapport à la santé d'une armée.

Quant à Tinfluence des saisons sur la santé d'une armée en général, on peut en établir la comparaison suivante d'après des relations de campagnes faites par les auteurs les plus distingués qui ont écrit sur les maladies des armées. Ainsi, selon Pringle, on doit s'attendre au commencement de chaque campagne, du moins pendant le premier mois, à voir les listes des malades beaucoup plus fortes que si les troupes fussent restées dans leurs quartiers. U résulte aussi de ses observations que dans les climats tempérés de l'Europe, le nombre des malades sera, après le premier mois, un quart plus grand lorsque l'armée campe au milieu d'avril que lorsqu'elle entre en campagne un mois plus tard. Quinze jours ou trois semaines après le premier campement, les maladies diminuent d'une manière sensible ; les soldats les plus faibles sont déjà dans les hôpitaux, le reste se trouvent déjà plus accoutumés aux fatigues, et la température augmente de jour en jour. Cet état sanitaire continue pendant tout l'été ; les grandes maladies (dyssenteries, fièvres rémittentes, etc) ne commencent ordinairement que vers le milieu ou vers la fin d'août, et ne cessent ordinairement, même dans les quartiers, que vers le temps des premières gelées.

Les maladies sont tellement uniformes au commencement de la campagne qu'on peut prédire à peu près le nombre de ceux qui en seront atteints ; mais pendant le reste de la saison, comme les maladies sont alors d'une nature contagieuse et qu'elles dépendent en grande partie des chaleurs de l'été, il est impossible de prévoir combien il y aura de malades depuis le commencement jusqu'à la fin de l'automne.

Pringle a remarqué que si l'on prolonge une campagne jusqu'au premier novembre, il y a plus de maladies les quinze derniers jours que les deux premiers mois de campement : aussi importe-t-il de rentrer d'autant plus tôt dans les quartiers d'hiver. Quoique les expéditions d'hiver soient rudes en apparence, elles sont accompagnées de peu de maladies, si l'on fournit aux soldats de bons vêtements, du feu, des provisions en abondance et de bons quartiers. Il est au contraire dangereux de faire de longues marches pendant l'été, à moins qu'elles ne soient faites le matin avant la chaleur du joiu* et le soir avant la nuit, après le coucher du soleil. Ceux qui tombent malades dans le camp, surtout avant le déclin de l'été, et qui sont obligés d'entrer pendant quelque temps à l'hôpital, ne se trouvent pas en état de ser\ir cette saison ; car, la maladie les ayant affaibUs, il est probable

qu'ils retomberont aussitôt qu'ils rentreront en campagne. Il serait par conséquent à propos de mettre ces conyalescents en garnison pour le reste de la campagne ou du moins jusqu'à ce qn'ils soient parfaitement rétablis, les hôpitaux n'ayant ni les cooomodités néces* saires ni un air assez bon pour cela.

D serait foii utile, poui* prévenir les maladies, d'envoyer, lorsqu'on le pourrait commodément, les corps maladifs qui ne sont pas accoutumés à la fatigue en quartiers d'hiver quinze jours plus tôt que la troupe.

Telle est la manière, selon Pringle^ d'accoutumer des troupes à la fatigue* Et vu toutes les fatigues et le froid qu'éprouvent les troupes dans le service le plus doux, on peut assurer^ dit-il, que celles dont le tempérament aura été moins afifaibli par les fatigues et le mauvais temps d'une première campagne seront plus propres à soutenir les travaux d'une seconde. (1)

ABTICLE TROISIÈME.

Généralités de médcscine miliUiire.

g 4*'. — Causes générales et caraclères distiDctifs des maladies des armées.

En étudiant les différentes conditions du soldat et les circonstance? variées qui inlluent sur sa santé, il est facile de voir que ces conditions et ces circonstances présentent deux ordres de causes dont l'action mérite d'être distinguée. Les unes sont inséparables de l'étal militaire, et tellement impérieuses, surtout en temps de guerre, qu'on n'a presque aucim moyen de les éviter, de les prévenir ou même de les modifier. Telles sont les causes de maladies qui résultent nécessairement de la vie des camps, de la pénurie ou de la mauvaise qualité des subsistances, de l'inlluence des climats, des saisons, des marches, des exercices, des travaux forcés, des bivouacs en hiver; des malheurs qui suivent les bataUles, les retraites, l'état de siège et celui de captivité. C'est à ces situations malheureuses que s'applique l'expression aussi juste que philosophique de Vegèce, lorsqu'on pariant du sort du soldat, il ajoute : cui nécessitas belli incumbit et morbi. C'est aussi dans ces cas déplorables qu'il est impossible de profiter des conseils et des secours qu'on pourrait tirer de l'hygiène.

Il est au contraire un grand nombre d'autres circonstances qui ne présentent un caractère de gravité que par la faute du soldat luimême, par l'imprévoyance ou la négligence de ses chefs et par l'insouciance ordinaire des hommes réunis en corps^ qui ne songent jamais aux dangers qui les menacent individuellement C'est à ces dernières circonstances qu'il est possible, souvent même facile de remédier. Ce sont ces causes productives de maladies qu'on peut

(4) Observations iur lestnaladieé des arméeiy par PrÎDgle, précédées d'une Ktuàê pUmentaire et critique^ par le D*" Julef^ Périer, édition Victor Rozier, 4863.

écartet) ou prévenir, ou changer ou détruire par les moyens prophylactiques de l'hygiène.

Nul doute que, dans les diverses situations des troupes, les chefs de corps et les généraux prennent une grande part dans TappUcation et le succès de ces moyens, dont la plupart tiennent à des mesures de pohce et de discipline. Mais la connaissance approfondie des principes d'après lesquels on doit veiller à la conservation de la santé des militaires, leur application journalière , l'indication des moyens qu'il convient de préférer dans les diverses circonstances, l'appréciation des cas particuliers qui exigent des ressources extraordinaires, soit pour éloigner et diminuer les effets des causes inévitables, soit pour neutraliser celles contre lesquelles l'art a trouvé des moyens ejQ^caces, tous ces conseils de la science, toutes les ressources de l'art composent les attributions de l'ofQcier auquel est spécialement confié le soin de la santé du soldat, qui doit le suivre dans toutes ses positions et le traiter dans les cas urgents de maladie ou dans les accidents imprévus*

Si la médecine militaire n'est point , à proprement parler, une science distincte^ une branche particulière de l'art de guérir, il ressort néanmoins des considérations dans lesquelles nous sommes entré dans les précédents chapitres, que le médecin des armées doit posséder des notions spéciales pour y appliquer méthodiquement les règles de l'art suivant les circonstances particulières dans lesquelles se trouve l'homme de guerre tant en santé qu'en maladie. Ainsi, indépendamment des connaissances théoriques pratiques nécessaires à tout médecin, il doit avoir des notions positives sur l'état du soldat, sur son genre de vie, ses exercices, ses habitudes , sur les causes nombreuses et variées des maladies qui l'environnent et sur les situations extraordinaires auxquelles il est exposé surtout pendant la guerre. C'est qu'en effet la pratique médicale présente aux armées des difficultés et des différences remarquables soit à cause de la nature et de la gravité des affections ou des complications qui surviennent dans les camps ou dans les hôpitaux, soit parce qu'elle est entourée de nombreux obstacles et soumise à des conditions particulières qui la font différer de la médecine pratique dansl 'ordre civil*

Si donc on voulait définir la médecine militaire, on pourrait dire avec Biron que c'est : l'étude des causes de maladies qui environnent le soldat et de leur actioh, l'histoire des affections nombreuses qu'elles produisent, la connaissance et l'application des préceptes et des moyens que l'art met en usage pour conserver la santé des troupes et pour la rétabhr lorsqu'elle est dérangée. •

Tous les ouvrages écrits jusqu'à ce jour sur l'ensemble des maladies des armées sont anciens et incomplets. Nous recommanderons toutefois la lecture des publications suivantes : i° Observations sur la médecine militaire par Biron {Journal de médecine militaire^ t, 2 et 3), auquel nous emprunterons la plupart des considérations renfermées

dans cet article ; 2* Observations pratiques sur les causes et le traitement des maladies des troupes, par Biroa et Ghamberet, {Dictionnaire de médecine, t, IX,) 3* Observations sur les maladies des armées dans les camps et les garnisons, par Pringle, précédées d'une Étude complémentaire, par M. Jules Périer ; 4** Médecine d'armée, par Monro; 5* Code de médecine militaire, par Colombier, etc. etc. :

Les travaux de MM. Benoiston de Chateauneuf et Boudin, insérés dans les Annales d'hygiène, et différents mémoires, dus à plusieurs médecins militaires distingués , que Ton trouvera reproduits dans le Recueil de médecine, chirurgie et pharmacie militaires, seront également consultés avec fruit.

I. L'étude des auteurs qui ont écrit sur les maladies des gens de guerre prouve jusqu'à l'évidence cette vérité incontestable que les maladies du soldat présentent, à l'armée, des formes particulières, des complications et des épiphénomènes qui les font différer des affections du même genre dont sont atteints les habitants des villes ou des campagnes ou même de celles qui affligent les militaires en temps de paix.

Les causes de cette différence avaient déjà été étudiées avec soin, dans le siècle dernier, par les officiers de santé employés en chef aux armées ; mais Biron et Ghamberet sont les premiers qui aient développé et déterminé d'une manière précise les principaux traits qui signalent cette différence, et donnent à la forme et à la marche des maladies des armées ce caractère particulier qu'on retrouve dans toutes les affections graves qui attaquent le soldat dans les camps el dans les autres positions dangereuses auxquelles il est soumis pendant une campagne longue et active. Nous croyons donc utile, en nous conformant aux observations de ces maîtres, d'appeler ici en quelques pages l'attention des jeunes médecins militaires , sur le? causes générales et les caractères distinctifs des maladies des années, et sur les traits essentiels qui font différer la pratique jnédîcale militaire de la pratique civile.

Les causes des maladies des armées dépendent d'influences diverses auxquelles les militaires sont plus ou moins exposés, selon les conditions extrêmes et fâcheuses dans lesquelles Us se trouvent placés surtout en campagne.

1" Influences atmosphériques et locales. — Ce sont les degrés extrême? et surtout les alternatives fréquentes du chaud et du froid, de la sécheresse et de l'humidité; les saisons brumeuses ou pluvieuses trop prolongées et succédant brusquement à une température opposée; 1^ séjour dans les contrées basses et humides; les pays plats situés sur certaines plages maritimes, sur les bords ou près de rembouchurf des grands fleuves, ceux oùles eaux, à raison de leur écoulement difficile, forment une plus ou moins grande quantité de lacs, de maresou deçanaux; les vallées étroites, resserrées entre de hautes montagnes, oî par conséquent inaccessibles au libre jeu des vents et à Tinfluence

solaire ; le voisinage des marais, des étangs, des grandes forêts, de certaines mines, des terres où Ton cultive le riz, des lieux où Ton fait rouir le chanvre ; un camp exposé aux inondations, privé de rinfluence des vents et de Tinfluence solaire par des montagnes, par de grandes masses d'arbres, ou d'autres obstacles quelconques , ou bien soumis à l'action de certains vents nuisibles, aux émanations dangereuses des voiries, des boucheries, des égouts, des latrines de Tannée, ou d'un champ de bataille couvert de morts; le défaut de tentes ou leur mauvais état; des baraques mal construites ou mal exposées, trop rapprochées les unes des autres, situées sur un sol humide, et dans lesquelles l'insolation et la ventilation s'opèrent difficilement; des casernes mal situées, irrégulièrement construites, des salles basses, humides, obscures, mal percées, incomplètement aérées ; enfin, l'accumulation d'un trop grand nombre d'individus sains, malades, prisonniers ou autres, dans des espaces relativement trop étroits où l'air se renouvelle difficilement.

2** Vices du vêtement, — Des habits, trop usés et trop légers pom* garantir du froid en hiver, ou qui, par quelques vices de confection, gênent et blessent certaines parties du corps ; du linge et des vêtements mouillés, imbibés de sueur, refroidis et maintenus sur la peau trop longtemps, surtout la nuit et pendant le sommeil ; le repos inconsidérément pris sur un sol humide, sur de la paille mouillée, ou sur des fournitures imprégnées d'émanations contagieuses ; des couvertures et autres fournitures de lit, dont les dimensions trop étroites laissent pendant la nuit certaines parties du corps à découvert et exposées à l'air froid, tandis que le reste du corps est en sueur; la malpropreté des lits, du linge et des vêtements, et quelquefois une détresse extrême et le dénûment le plus absolu, ce qui fait que la peau rester couverte de saleté, de crasse et d'ordures de toute espèce ; l'habitude de se présenter à demi habillé aux appels du soir et du matin ; de se lever la nuit et de sortir nu-pieds et en chemise pour satisfaire à des besoins pressants. Toutes ces choses, étant capables de déranger les fonctions du système cutané, sont autant de causes fréquentes de maladies pour les troupes.

3® Vices du régime. — 11 faut noter, en troisième lieu, le défaut d'une nourriture suffisante, ainsi qu'il arrive quelquefois pour certains hommes, même dans les garnisons ; les excès d'aliments et de boissons, leur pénurie extrême et les alternatives de l'abstinence forcée de la débauche qui ont si souvent lieu à l'armée, surtout en campagne; la mauvaise qualité des substances alimentaires et des boissons; le long usage des salaisons; le manque de végétaux frais ; une longue privation de liqueurs fermentées ; enfin, l'ingestion d'un liquide trèsfroid lorsqu'on est échaufi'é par une longue marche, par un exercice violent, ou par l'air d'une chambre ou d'un corps de garde échauffé à l'excès.

On peut encore rapporter aux vices du régime la privation abso-

lue de tabac ohez ceux qui sont habitues à fumer et mâoht^ cette substance, les çxcès vénériens surtout chez les hommes faibles, les blessés et les convalescents.

5° Exercices et travaux militaires. — On doit signaler aussi au nombre des causes morbifiques les fatigues résultant des marches et des manœuvres trop lougues et non proportionnées aux forces des nouveaux soldats, les travaux excessifs qui, pendant les sièges et dans d'autres occasions, sont exécutés souvent au milieu des émanations les plus insalubres ; des gardes trop fréquentes, des factions trop prolongées, et le défaut de sommeil qui en est la suite; les routes à marches forcées, les bivouacs, surtout en hiver, les batailles, les retraites et les accidents sans nombre qui sont inséparables de ces dernières circonstances, les lésions, les blessures causées par les armes de toute espèce et par les corps extérieurs ; enfin, par opposition , le repos absolu, surtout après une campagne active et une vie oisive et monotone, lorsqu'elle succède inmiédiatement à une vie trèsexercée.

5° Affections morales, — Il est nécessaire de considérer sous le même rapport le passage de Tétat de gaieté, d'aisance et de liberté dont la plupart des recrues jouissaient dans leur famille, à eelui de gêne et de sévérité, quelquefois même accompagné de la dureté des traitements qu'on leur fait éprouver dans certains cas, à leur arrivée dans les régiments ; l'ennui, la tristesse, des regrets sans cesse donnés au pays natal, la longue série des affections morales débilitantes, telles que les dégoûts, la jalousie, un ressentiment concentré, les craintes de l'avenir, des terreurs paniques, de brillantes espérances de gloire^ d'avancement^ d'honneurs, de fortune, cruellemcn^^aes, et faisant place au sentiment profond de l'injustice, au découragement, au chagrLu de n'avoir pas obtenu des récompenses méritées; à l'abattement produit par des revers, à la honte d'être vaincu.

6° Constitutions épidémiques. — A toutes ces causes de maladies il faut joindre les constitutions endémiques de certains pays occupés parles troupes; les constitutions épidénûques sous l'inQuence desquelles les soldats se trouvent placés, soit qu'elles tiennent à des filtérations appréciables dans les qualités de l'atmosphère^ ou à celle des aliments et des boissons ; soit qu'elles tirent leur origine de certaines influences occultes et inconnues. Ces causes générales sont encore aggravées par des principes d'infection ou de contagion qui se développent inévitablement dans les grands rassetablements d'hon>mes, et principalement dans les hôpitaux des armées où l'on entasse souvent un trop grand nombre de malades, et où les vices d'une organisation incomplète exposent quelquefois les nûlitaires à la privation absolue des choses de première nécessité, s'opposent souvent au renouvellement du linge et à l'emploi des moyens de salubrité les plus simples et les mieux imaginés.

Tel est le résumé eifray^int des.prineipales causes morbifiqpies aux-

qpnèDéd titie attiiëfe est le plus souvent exposée. Leur simple éiloncë suffit pour faire pressentir à combien de maux elles peuvent donner lieu, et la plupart du temps ces maux sont tels et en si grand nombre qu'ils sont en général bien plus redoutables pour les armées que le fer et l'artillerie de Tennemî.

II. Les maladies des gens de guerre sont remarquables d'abord en ce qae> toutes choses égales d'ailleurs, elles sont en général beaucoup plus graves à Tannée que dans aucune autre condition de la vie humaine. Gette circonstance essentielle tient à plusieurs causes qui sont la rudesse, Tinsouciance et l'inattention des soldats à l'influence des causes morbifiques ; leur entrée souvent tardive dans les hôpitaux, le mauvais état dans lequel se trouvent quelquefois les hôpitaux temporaires et les ambulances, les difficultés qui accompagnent les évacuatiotls d'un hôpital sur un autre à de grandes distances, enfin les excès, les habitudes vicieuses et les mœurs des soldats en campagne.

Ces maladies se distinguent encore par leur marche irréguUère et les anomalies qui en sont la suite, par leurs fréquentes et nombreuses complications (nostalgie^ adynamie, ataxie, fièvre typhoïde, dyssenterie, typhus, etc.), et parce qu'elles se montrent très-fréquemment d'une manière épidémique et contagieuse.

Toutefois, si dans les camps et dans les hôpitaux, pendant les campagnes actives et prolongées, les maladies des soldats sont graves, irrégulières et compliquées, si même le traitement des blessures est coutrarié à cause des conditions extrêmes dans lesquelles les troupes se trouvent placées ; en temps de paix et dans les garnisons de Tintérieur, les maladies sont plus simples, plus régulières, moins susceptibles de complications; la durée de séjour et la proportion de la mortalité sont également beaucoup moindres dans les hôpitaux militaires de l'intérieur, soumis à une administration éclairée et prévoyante, et fournis de tout ce qui est nécessaire pour assurer le succès des traitements méthodiques et des soins les plus étendus del'art de guérir, Et cependant, en temps de paix même, lorsque des circonstances politiques exigent de nouveaux mouvements extraordinaires de troupes, de prompts changements de garnison, ou des rassemblements de corps armés pour des camps de manœuvres , les soldats étant alors réunis sous la tente ou dans des baraques, ou disséminés dans les cantonnements exposés aux intempéries les plus variées, soumis à des exercices fréquents et fatigants^ on ne tavde pas à observer un mouvement plus considérable dans les hôpitaux voisins, et les maladies y prexiidre des caractères de gravité et de complication, lorsque surtout on y entasse trop de malades.

g 2. — TrftitB essentiels qui font différer la pratique médicale militaire

de la pratique civile.

Il est impossible de nier que la médecine militaire ne diffère pas essentiellement de la médecine ordinaire pratiquée dans les villes et

les campagnes, tant par la nature des causes de maladies auxquelles les troupes sont plus particulièrement exposées que par les nombreuses circonstances qui obligent les officiers de santé à modifier leur thérapeutique. Ainsi, la manière d'être habituelle des sujets qu'elle a pour but de traiter et de guérir, le peu d'étendue de ses ressources dans les hôpitaux temporaires et les ambulances, la nécessité de prendre dans certaines circonstances comme dans les cas d'encombrement, une détermination rapide sur des objets que l'on ne peut pas toujours examiner convenablement, la contagion qui se développe si souvent dans les maladies des armées, et devient une nouvelle et abondante source de dangers et de difficultés pour le médecin comme pour les militaires, et enfin les nombreux événements de là guerre; les succès comme les revers qui, à chaque instant, à l'armée, viennent troubler ou enlever l'emploi des moyens curatifs, neutraliser leur action, et auxquels le médecin est cependant presque toujours subordonné: voilà autant de considérations qui concourent à caractériser d'une manière spéciale la médecine militaire, et à lui donner un haut degré d'importance, et, sous tous ces différents rapports, la médecine militaire est sans cesse entourée d'obstacles et de dangers qu'on ne connaît point dans la pratique de la médecine civile.

Son utilité, nous avons essayé déjà {voyez page 325 et suiv,) de le faire reconnaître, n'est ni moins importante ni moins évidente dans les corps d'armée que dans les hôpitaux.

((On ne se fera jamais, dit Baudens, une trop haute idée des services que la science médicale peut rendre à une armée en campagne, de l'influence qu'elle peut exercer sur lès vicissitudes d'une guerre. Ses conseils, qui ne sont pas toujours demandés ni écoutés, tant que la souffrance et la mort n'en font pas cruellement sentir l'utilité, sauveraient bien des hommes qui perdent ou compromettent par imprudence une vie dont le pays a besoin. Conserver ses soldats, transportés à grand'peine, est le premier intérêt d'une nation qui fait une guerre lointaine ; c'est aussi le meilleur gage d'un succès définitif. Les maladies tuent plus d'hommes que le fer et la poudre, et il est souvent facile de les prévenir par de simples précautions hygiéniques. » (1)

La science conservatrice de l'homme de guerre, l'hygiène appliquée au maintien de la santé, à la prévention des maladies dans les armées, en temps de paix comme en temps de guerre, n'a été mise à profit jusqu'ici, par les principaux gouvernements d'Europe, que d'une façon restreinte et trop souvent tardive. Quand des armées ont été la proie de fléaux terribles, engendrés au milieu d'elles et par elles, alors, mais seulement alors, on a appelé à leur secours l'hygiéniste dont la tâche était devenue extrêmement difficile par la në-

1) Une miition médicale à Vannée d'Orient, Paris, 4857.

cessitë de s'occuper à la fois des mesures curatives et des mesures préventives. Combien ne serait-il pas plus avantageux pour TÉtat conmie pour les individus, de faire tous ses efforts dès le début d'une campagne, de prendre toutes les précautions nécessaires pour empêcher l'invasion d'une épidémie meurtrière, possible à éviter, comme le typhus des armées, par exemple? «Il y avait sans doute autrefois, comme il y a encore de nos jours, dit M. Cazalas, des armées décimées parle typhus; mais l'histoire se tait sur celles qui ont été épargnées ; et, ce qu'il y a de certain, c'est qu'aujourd'hui, avec nos connaissances actuelles, la science ne pouvant être en défaut à ce sujet, lorsqu'une épidémie typhique s'introduit dans une armée, c'est, à moins de circonstances majeures dont les événements de la guerre sont alors seuls responsables, au médecin ayant mission de prescrire les mesures prophylactiques ou à ceux chargés de les faire exécuter, qu'il faut en rapporter la faute (1). »

Mais le temps semble venu où les progrès de la civilisation, comme ceux de la science moderne, exigent impérieusement l'intervention active et puissante de l'hygiène aux armées, pour prévenir ou amoindrir, suivant les circonstances, la mortalité aiguë du temps de guerre et la mortalité chronique en temps de paix, ce « déchet silencieux et journalier d'une armée (Michel Lévy)» dont la marche lente attire peu d'attention, mais qui n'en apparaît pas moins terrible au jour de la révélation statistique.

Cette intervention réclamée de l'hygiène dans les armées, pour être réellement efficace, ne devrait plus être, comme elle l'est encore aujourd'hui, éventuelle, restreinte, tardive, laissée à la volonté du médecin ou au libre arbitre du chef militaire ; elle doit, au contraire, être précoce, généralisée, incessante, obligatoire pour le médecin, imposée, autant que se peut faire, au chef d'un corps d'armée, d'un corps de troupes. Ce n'est pas que déjà depuis longtemps les avis d'hommes éclairés et compétents aient fait défaut sur ce point, et l'importance de la question dont il s'agit n'a jamais été mieux mise en évidence que par les lignes suivantes tracées par M. l'inspectem^ Michel Lévy :

a Les mortalités formidables que l'histoire a enregistrées, et que plus souvent encore elle passe sous silence, sont-elles l'inévitable tribut que les soldats ont à payer à la guerre ? Ce langage est celui des administrateurs qui déchnent la responsabilité du lendemain, des chefs militaires qui s'absorbent dans la poursuite d'un résultat stratégique, des médecins oublieux ou ininteUigents de leur propre mission. L'hygiène a un rôle é minent aux armées en campagne : elle peut lutter avec succès contre des causes énergiques d'affaiblisse-

(4) Des a/feetiont typhiques de l'armée d'Orient.

ment et de destruction, si elle est admise dans les conseils du commandement, si elle est munie d'initiative et d'autorité. (1) »

Dans cette question importante de l'extension convenaMe de l'action médicale préventiTe sur l'armée, l'Angleterre a devancé les autres nations en instituant à la suite de ses armées des médecins spéciaux sous le titre de médecins sanitaires^ et qui ont pour mission unique, exclusive, l'application des règles de Thygiène dans toutes les circonstances où peuvent se trouver les armées en campagne. Investis à la fois d'initiative, d'autorité et de responsabilité, ces conseillers sanitoires ont déjà fonctionné à l'armée expéditionnaire en Chine dès 4859, et avec les résultats les plus satisfaisants pour toutes les dispositions relatives à l'hygiène de l'armée et des camps (2).

On trouvera dans la Jtevue des médecins des armées, exposée avec tous les développements désirables, cette nouveUe organisation du service sanitaire anglais. Il est à souhaiter que les considérations remarquables dans lesquelles M. L. Renard est entré à ce sujet pour bien faire ressortir toute la valeur des règlements hygiéniques de l'armée anglaise en campagne, fassent un jour apprécier en Fiance toute l'importance d'un semblable système qui se recommande avant tout par les plus puissants intérêts de l'armée et du pays; et nous ne pouvons que formuler le vœu de sa prompte réalisation, convaincu que nous sommes que les avantages de son application sont déjà complètement assurés à l'avance par la direction toute pratique des connaissances en hygiène que les jeunes officiers de santé de Tarmée reçoivent à l'École du Val-de-Grâce, de renseignement spécial qui y a été organisé sur les bases les plus laides.

§ 3. — Règles d'hygiène et mesures sanitaires à obserfei pendaBt les épidânies.

Jusqu'à présent, pour nos armées, tant à l'intérieur qu'en campagne, l'administration de la guerre s'est toujours préoccupée dans les circonstances exceptionnelles, comme les épidémies de choléra en 1832, en 1849 et en 1853, et celle de typhus en 1855-56, de prescrire l'usage d'instructions rédigées par les soins éclairés du Conseil de santé, dans le but de guider les chefs de corps et les médecins militaires. Ces instructions, conçues dans un esprit éminemment pratique, ne manqueront pas d'être d'un véritable intérêt dans des circonstances analogues ; c'est pourquoi nous ne pouvons mieux foire que d'en reproduire ici les principales dispositions. Les préceptes qu'elles renferment auront en même temps l'avantage de compléter les détails dans lesqnels nous sommes entré dans le cours de cet ouvrage en posant les règles de l'hygiène militaire.

(4) Hygiène publique et pritée^ tome 2.

C^) Revue eeieuii figue et administrmlice dêê midêci»4 ds$ «raécf , teOM 6

A. Instruction pour les corps de troupes et les hôpitaux militaires en prêvi-^ sion d'une épidémie de choléra, (1" décembre 1833.)

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