DISPOSITION COMMUNE AUX CORPS DE TROUPES ET AUX HÔPITAUX
5i . Dès (pie quelque cas de choléra se sera manifesté dans un corps de troupes, dans un hôpital militaire ou dans la population civile, les officiers de .santé militaires en donneront immédiatement un avis, aussi détaillé que possible, au Conseil de santé, pour qu'il prenne les ordres du Ministre, et propose, s'il y a lieu, les mesures additionnelles que les circonstances exigeront. Lorsqpi'il s'agira de militaires, les principaux renseignements seront consignés sur on état conforme au modèle ci-joint. Les officiers de santé militaires continueront de tenir le Conseil de santé, par des rapports rapprochés, aii courant de ce qai surviendra.
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B. Dispositions particulières aux épidémies de typhtus, -«-Le typhus sq développe fréquemment sous forme épidémique dans les lieux où il y a agglomération d'hommes, qu'ils soient sains (dans les camps, les prisons) ou malades (dans les ambuliïnoes et les hôpitaux) ; et dans ce dernier cas, Tactivité des épaanations qui se dégagent des corps malades et des matières liquides ou solides sans cesse foiurnies pai' l'organisme est très-grande, et produit souvent un foyer redoutable d'infection miasmatique. Mais le défaut d'espace, d'air et de lumière suffit pour préparer le développement du typhus, que font éclater ensuite les exhalaisons qui s'échappent incessamment des corps sou* vent malpropres et des détritus organiques dont ils ne tardent pas à être environnés, comme dans les prisons, les qasemates des. villes assiégées, les camps permanents. Il peut se propager aux individus sains par contagion médiate ou immédiate. L'encombrement, les privations de tous genres, les fatigues, le découragement, les revers sont considérés comme favorisant cette dernière.
Les épidémies de typhus dues à de telles causes sont malheureusement très-nombreuses : Pringle a décrit d'une manière tout à fait complète celle dont l'armée anglaise a été frappée de 1742 à 1743 (1), Depuis, les guerres de la Révolution et du premier Empire ont fourni de fréquentes occasions de les étudier, et tout récemment aussi la désastreuse épidémie qui a décimé l'armée française en Crimée (campagne de 1855-56), a permis de bien déterminer les circonstanceg hygiéniques au milieu desquelles le typhus prend naissance, et les observations des médecins mihtaires viennent à l'appui de ce que nous venons d'avancer.
La prophylaxie découle rationnellement du simple énoncé des causes que nous avons fait, c'est-à-dire qu'il y a nécessité de l'évacuation des lieux encombrés où naît le typhus, et des mesures sanitaires propres à combattre la contagion.
Dans les hiabitations d'hommes sains, on doit surtout s'attacher à conabattre l'influence nuisible de l'air conjBné, en faisant exécuter rigoureusement toutes les mesures qui concernent les soins de propreté, la ventilation et les moyens de désinfection, {Voyez plus haut, page 848.)
Dans les hppitaux, les préceptes suivants, dictés par Hildenbrand (2) et J. Franck (3), devront toujours guider le médecin en pareille circonstance :
i"* Isoler les malades atteints de typhus étales séparer des autres malades ;
2* S'opposer à l'encombrement, et traiter les malades de préférence dans des hangars et sous des tentes, que dans des salles étroites et malsaines;
(4) Obtervati&nt iur let malMet det arméei, ehapitre VU.
(2) Du typhui eoniagieua^ traduction par Gasc, anoieD médaeis inspecteur.
(3) Médecine pratique.
3* Maintenir la pins grande propreté par tons les moyens possibles ;
4* Dëtmire les miasmes et l'atmosphère des salles à l'aide de famigâtions chlorurées ;
5* Purifier tout ce qui sert à l'usage des malades, soit par les chlorures, soit en détruisant certains objets (paillasses), soit en les scamettant à un blanchissage convenablement dirigé ;
6* Interdire les communications entre les malades et les persomies saines;
7* Chercher, par la dissémination des malades, à prévenir la formation d'un foyer d'infections contagieuses, qui devient d'autant plus dangereux qu'il est plus concentré et plus restreint.
La prophylaxie que doivent observer les médecins et les personnes comme les sœurs, les infirmiers, qui donnent des soins aux malades, consiste dans l'observation des règles suivantes : ne pas prolonger sans nécessité les rapports immédiats avec les malades ; ne pas respirer de trop près l'air expiré et celui qui se dégage des lits ; entretenir sur soi une grande propreté ; changer souvent de linge et de vêtements; ne pas faire la visite des malades quand on est à jeun, mal portant, ou débilité par des excès, par des travaux d'esprit, des chagrins, la crainte^ etc.
Le typhus est encore du nombre des affections auxquelles s'appliquent temporairement les règlements quarantenaires. Lors du retour en France des troupes composant l'armée d'Orient, des mesures spéciales, concertées entre le Ministre de l'agriculture et du commerce, et le Ministre de la guerre, ont été prises dans le but de préserver la santé pubhque ; mais l'arrêté du 29 mars 1856 n'ayant été que d'une apphcation temporaire, nous ne croyons pjis essentiel de le relater, et nous reproduisons seulement la yote suivante du Conseil de santé sur Vapparition possible de quelques cas de typhus dans les garnisons (23 mai 1856). '
Des instructions concertées entre les départements de la guerre et de Fagricultore et dn conunerce ont minutieusement réglé tous les détails du débarquement des troupes rentrant d'Orient, et prescrit l'adoption d'un ensemble de combinaisons au moyen desquelles les populations ne peuvent rien avoir à craindre dn contact de ces tronpes quand elles seront admises à circuler en France.
Malgré cet ensemble de précautions, on ne saurait affirmer actueUemeor cependant, qa'il ne se révélera ancone affection typiiiqae dans les garnisons qiu recevront les troupes revenues d'Orient, on chez les habitants qui auront été en contact avec elles; mais on peut avancer néanmoins que, si des manifesUtions de ce genre se produisaient, elles seraient isolées, s'éteindraient sur p)a<y et n'auraient par eUes-mèmes ni la gravité ni la puissance de propagation qui se rencontrent an voisinage des foyers d'origine.
Les médecins qni seront appelés à les traiter, soit dans les corps de troupe^ on dans la population même, soit dans les hôpitaux civils et militaires, aaroat un devoir de circonstance à remplir devant l'autorité ; ils s'empresseront de les lui signaler, afin que les mesures d'isolement leur soient appliquées sjib
produire des craintes exagérées de transmissibilité. Ils sauront rassurer les populations et leur épargner le trouble d'une panique, à Toecasion d'un cas isolé plus ou moins typhique destiné à s'épuiser faute d'aliments.
Les oflSciers de santé des corps redoubleront de vigilance dans la visite journalière des hommes ; ils dirigeront sans délai sur l'hôpital ceux qui leur paraîtraient présenter quelques symptômes caractéristiques.
Que s'il survient dans la population civile des cas plus ou moins suspects, la prudence prescrit de les traiter dans l'isolement, de leur réserver dans les établissements hospitaliers civils un local distinct et bien approprié à cette destination. S'il n'existe pas d'hôpital dans la localité, ou si les familles désirent retenir près d'elles leur malades, le médecin qui les soigne se conformera pour leur traitement aux règles d'isolement et d'aération continus, et ne négligera aucune des précautions dont l'application est compatible avec les conditions de la vie privée.
Comme, dans toutes les m'aladies très-graves et susceptibles de se communiquer, le point important est de les reconnaître à leur début , cette règle est particulièrement applicable au typhus, et les médecins civils et militaires ne sauraient apporter trop d'attention à distinguer les symptômes qui en annoncent l'invasion : fièvre à marche indéterminée ou d'apparence rémittente ; frisson irrégulier et peu marqué; douleurs cçntusives dans les membres; céphalalgie violente f gravative; étourdissements, vertiges y injection des yeux, hébétude qui arrive promptement au degré de la stupeur, celle-ci très-pron(mcée et persistante, tantôt comme symptôme prédominant, tantôt alternant avec le délire ; prédominance des symptômes fournis par les centres nerveux sur les phénomènes abdominaux, qui sont beaucoup moins en relief que dans la fièvre typhoïde. Ainsi, peu ou point de météorisme, gargouillement iliaque rare ou nul, constipation le plus ordinairement au début, rarement de la diarrhée dans le cours de la maladie, et, quand elle survierU, moins intense et moins continue que dans la fièvre typhoïde.
Les éruptions caractéristiques sont de nature pétéchiale et quelquefois précédées par une éruption papuleuse rosée qui ne s* efface pas sous la pression du doigt.
Quant au traitement, on ne croit pas devoir formuler ici d'indication absolue : il n'en est pas d'ailleurs du typhus comme du choléra, qui donne lieu à un grand nombre de cas foudroyants ou d'invasion rapide, dans lesquels la seule chance de salut est au prix de l'administration instantanée de soins déterminés à l'avance ; l'évolution du typhus permet au médecin d'intervenir avec maturité, et son traitement repose essentiellement sur l'observation des règles hygiéniques : isolement et large espacement des malades, ventilation diurne et nocturne des locaux quHls occupent, propreté rigoureuse et constante du couchage, grande réserve dans Vemploi des émissions sanguines et des débilitants en général : que le médecin n'oublie pas que la plupart de ces malades ont passé par des privations, par des fatigues et par toute espèce de causes d'épuisement ; qu'il ne perde pas de vue la nécessité de soutenir chez eux les forces de réaction. (Boisson vineuse, décoction de quinquina, et pendant la période de stupeur, acétate d'ammoniaque.)
Beaucoup d'entre eux auront subi antérieurement une influence d'impaludation, et pourront suggérer l'indication de l'emploi utile des anti-périodiques : autant il conviendra de les prescrire dans ces cas, autant il faut se garder d'ériger cette indication en méthode générale.
Dans un but d'intérêt général facile à saisir, les médecins des corps et des
établis9eaient$ civils et militaires, dans lesquels des cas de typhus viendraient à SQ décl9cer, sont invités à informer le Conseil de santé des armées par des rapports décadacrés de Tinvasion et de la marche de ees affections.
C. Mesures salutaires spéciales à prendre contre la fièvre jaune. — La iièvrejaune prend naissance dans certaines conditions hygiéniques propres aux contrées tropicales. On lattribue aux miasmes qui se dégagent des détritus végétaux en décomposition, cous Tinilucnce de la chaleur > dans les lieux situés à rembouchure des ûeuyes et des rivières, dont les eaux sont stagnantes. Endémique dans certaines contrées, aux Antilles^ an Mexique, au Brésil, c'est presque uniquement sur le littoral et au-dessous d'un certain niveau d'altitude que la maladie exerce ses ravages. Elle peut se développer aussi sur les navires qui fréquentent ces parages, et qui deviennent alors des foyers où elle sévit le plus souvent sous forme épidémique. C'est pendant la saison chaude du mois de mai au mois d'octobre qu'elle est le plus violente, et il est incontestable qu'elle a pu être transportée par émigration dans des localités où elle ne se développe jamais spontanément. C est ainsi qu on la vue en Europe^ à Lisbonne, à Marseille, et tout récemment encore à Saint-Nazaire (1861).
La fièvre jaune ne se transmet pas par contagion ; elle a néanmoins fait des victimes en dehors des foyers épidémiques. C'est pourquoi elle est avec la peste Tune des maladies pour lesquelles certaines mesures sanitaires sont encore reconnues indispensables. Mais pour la. plupart des observateurs^ la fièvre jaune doit être considérée comme u ayant pas d'autre cause que Tinfection ; celle-ci se développant dans un foyer plus ou moins circonscrit, comme le bassin d'un port^ des fossés ou des canaux alimentés par les eaux de la mer, ou bien encore un navire, ou une ville construite de telle manière qu'à certaines époques de Tannée, et sous l'influence de l'humidité, de la cbaleiu* et de la fermentation des matières animales et Végétales, il s*y forme des efiluves d'une nature spécifique qui sont transportés par Tair et forment une atmosphère morbifique dont l'étendue et Tactivité sont très-variables.
Les précautions à prendre dans de telles circonstances sont les suivantes : fiaire aérer et ventiler toutes les parties des édifices publics, feire en sorte que la plus grande propreté y règne, que les habitations malsaines ou mal situées soient fermées, et les habitants transportés hors du foyer d'infection, dans les lieux les plus élevés. On doit éviter soigneusement les moindres écarts de régime et surtout les excès alcooliques, la fatigue, Tinsolation, le refiroidissement, l'exposition du corps aux effluves marécageux, (i)
«Sortir, dit M. Dutroulau (2), des foyers d'infection dès que l'épi'
(t) Kéraudren, Pf In fiètre jaune ohnerrêe ««ur Àm tilles, 48%3, (2) Det mairies i*i Europèemt dsms It* pays rluuÊdt, 4864.
demie apparaît, et habiter pendant tout le temps qu^elIe dure lés lieux où nç naissent pas spontanément, et où ne se propagent pas habituellement ces foyers, telle est la formule de la préservation. »
Voici maintenant quelles sont, d'j^près cet observateur distingué, les règles à observer pour le succès de cette mesure :
Dès qu'apparaît dans les centres de population du littoral une épidén^ie dont Te^^plosion n'a pas été prévue, il faut évacuer sur le$ liewc de préservation toute la partie de la garnison et de la popiir latioa européenne non acdin^atée, et interrompre rigoureusement ses rapports avec le littoral pendant tout le temps que dure Tépidëmie.
Quand une période épidémique est bien établie^ c'est avant Iqs retours de ses recrudescences qui ont lieu assez régulièrement pendant l'hivernage, quand elles ne sont pas provoquées par des causes accidentelles, que doivei^t se faire les évacuatipps. Mîais, à quelque époque de l'année qu'arrivent des troupes pendant u^e période épidémique, il faiit immédiatement les diriger sur les liepx de préservation.
A terre, comme à bord des navires, les exercices, }es travjaux, tes marches, pendant les heures Ips plus chaudes du jour, doivent être évités.
Quand les évacuations ont lieu avant l'appe^rition du mal, dans les garnisQus comme à bord, la préservation . est complète ; quand elles n'ont lieu qu'après les premières atteintes, pendant quelque temps encore les évacués fournissent quelques cas, soit qu'ils aient emporté avec eux le germe de la maladie, soit qu'ils se le soient transmis jusqu'à épuisement. Vouloir éprouver l'intensité d'une épidémie en m^tepapt les garnisons s]ir le littoral, ou tenter de l'arrêter à bord d'un navire déjà enval^i, en hâtant son départ pour gagner ^es latitudes plu^ favprables, c'est s'exposer presque sûrement à des malheurs qu'on ne peut souvent plus réparer, et que les exigepce§ les plus impérieuses du service de paix peuvent à peine justifier.
Les mesures préventives contre l'importation par les navires infectés, ou provenant des foyers d'infection, consistent dans la séquestration suffisamment prolongée de ces navires sur des points salqbres éloignés des centres de population européenne, et dans l'application qui doit leur être faite au besoin des mesures de préservation indiquées plus haut.