‹ Code des officiers de santé de l'armée de terre; ou, Traité de droit administratif, d'hygiene et de médecine légale militaires, complété des institutions qui régissent le service de santé des arméesChapitre 56 sur 86 · II. MESURES A l'égard DES HOMMES MALADES OU BLESSÉS · texte numérisé non relu

II. MESURES A l'égard DES HOMMES MALADES OU BLESSÉS

Les maladies pourront marcher avec une telle rapidité et devenir si graves, qu'il est de la plus grande importance que, dès qu'un homme sej-gi indispo^, le médecin en soit prévenu.

Tout ce qui a été dit des habitations à l'égard de^ hommes bien portants s'applique plus rigoureusement à celles destinées 4 recevoir les malades pu d^s blessés.

Outj:ç les cpncjitions d'exposition, d'abri, dg prppreté, etc., on s'attachera tout particulièrement ^ éviter l'encombrepaent. Pour les malades mêmes, et pour eux plus encore que pour les hommes en bonne santé, mieux vaut le logeaient dans djBS baraques ou sous des tentes, d'ailleurs bien installées avec un espacement convenable, qii'ùne trop grande accumulation, que le resserrement dans des bâ-timents insuffisants, surtout si le renouvellement de l'air ne petit s'y faire d'une manière convenable.

Il importe que le nombre des malades dans un même hôpital ne dépasse jamais cinq cents ; au delà, la surveillance trop éparpillée est ineflicace, le bruit et la confusion troublent les malades, et, surtout, à raison de l'accumulation des émanations morbides, les affections graves, la lièvre typhoïde, le typhus, la pourriture d'hôpital, sont beaucoup plus à craindre.

On n'oubliera jamais de mettre les malades et les blessés à l'abri des refroidissements subits pouvant résulter des brusques variations de température.; chez les blessé^ en particulier, cette circonstance a souvent occasionné des cas nombreux de tétanos.

En raison de la pénurie des ressources que l'état du pays et la difficulté des communications pourront fréquemment causer, les médecins devront souvent redoubler d'industrie, afin d'improviser des expédients propres à suppléer aux moyens normaux qui manqueront. On doit se borner à leur rappeler la rareté et le mauvais état des routes, d'où découlera, dans beaucoup de cas, la nécessité d'assujettir les bandages et appareils avec un soin tout particulier. Il sera nécessaire aussi, pendant les transports, de prémunir les blessés contre les ardeurs du soleir d'été, et, en toutes saisons, contre les brusques variations atmosphériques. On devra surtout les abriter avec soin pendant les nuits, et allumer à proximité des feux qui seront constamment entretenus.

Afin d'éviter l'encombrement des hôpitaux qui pourrait devenir si funeste, et leur extension qui exigerait des personnels d'officiers de santé, d'officiers d'administration et d'infirmiers beaucoup plus nombreux, il sera indispensable d'établir à une certaine portée des hôpitaux, dans des endroits très-salubres, particulièrement s|ir des't^auteurs, des dépôts de convalescpts, pu la plupart des , hommes nîayant plus besoiii d'un traitemeat actif, mai^ pour qui seront

encore nécessaires des soins hygiéniques particuliers, feront on séjour intermédiaire entre la sortie de l'hôpital et la rentrée an corps, soumis à un régime, à nne police spériale, sons l'autorité d'un officier, et selon les prescriptions d'un médecin. Indépendamment du régime, une des principales mesures à appliquer à ces convalescents, consistera à leur faire faire tons les jours en plein air un exercice varié, récréatif en même temps qne fortifiant, très-modéré d'abord, puis progressivement augooenté, selon que, d'après l'appréciation du médecin, l'état de chacnn le permettra : pendant l'été, cette recommandation sera combinée avec celles qui ont été déjà faites pour les hommes bien portants, savoir: de rester en repos et à l'ombre pendant la forte chaleur du jour, et, en tout temps, d'être vêtu de manière à n'avoir jamais à souffrir les effets des variations atmosphériques.

conCLUsiON. — En terminant la présente instruction, le Conseil de santé ne méconnaît pas que les circonstances de la guerre s'opposeront, dans un grand nombre de cas, à ce qu'elle soit entièrement suivie. Mais, dans l'impossibilité de prévoir toutes les situations, il a dû tracer des règles dont les détails, en plus ou moins grand nombre à la fois, devront trouver leur application dans la plupart des circonstances.

Mais pour que cette application devienne assurée et efficace, il importe que les soldats, pour qui une instruction pure et simple, quelque forme qu'on lui donne, n'est que trop souvent stérile, soient à des intervalles rapprochés, en présence des faits, éclairés, dirigés, conseillés, par leurs supérieurs.

C'est surtout pour guider ceux-ci dans l'exercice d'une sollicitude qui sera toujours présente, toujours vigilante et active, que l'instruction qu'on vientde lire a été rédigée avec son étendue, ses détails, ses explications, afin que,l)ien pénétrés des motifs qui ont inspiré chaque recommandation, ils puissent mieux en saisir et en faire comprendre l'utilité. On est heureusement, d'ailleurs, dispensé d'insister sur cette remarque, qui trouve cependant ici sa place, que lo première, la plus puissante condition d'hygiène d'une armée en cam'pagw!, lu force réelle de toute instruction médicale à cet égard, réside dans cette int^vention, dans l'influence morale autant que matérielle de cette constante solhcitude des chefs pour la troupe.

Les médecins, de leur côté, prêteront, en toute circonstance, leur concours dévoué. Ils étudieront avec soin les localités, s'enquerront, lorsqu'il y »"" lieu, auprès des médecins déjà établis dans le pays, et surtout auprès de ceux des offices sanitaires, afin de compléter et, au besoin, de rectifier les documents fournis dans la présente instruction, lesquels n'ont pu quelquefois être recueillis que sur des documents trop vagues ou contradictoires. Ils se réumront aussi souvent que les circonstances le permettront, pour se communiquer leurs observations, leurs réflexions, leurs opinions, et déduire de ce commun échange de lumières, les propositions d'améliorations de tous genres à faire aux autorités compétentes, les conseils d'hygiène à donnera la troupe, le> règles thérapeutiques à suivre contre les maladies nouvelles ou peu connues.

Ils tiendront des notes précises et détaillées des faits qu'ils observeront, pou' leur propre règle de conduite, et afin d'avoir les éléments des rapports qu'il!* devront adresser au médecm en chef aux époques qu'il fixera, ainsi que poiir être toujours en mesure de fournir aux autorités les renseignements dont eile> auront besoin.

Ces documents, en se multipliant, éclaireront de plus en plus toutes les questions médicales ; ils prépareront, par conséquent, et amèneront l'amélioration

progressive de la situation sanitaire de l'armée, et, en dernier résultat, ils apporteront à la science, en général, un nouveau faisceau de notions utiles. C'est un des heureux privilèges de la médecine militaire de tirer de l'état de guerre des enseignements qui consolent l'humanité, en faisant tourner à son profit les observations et les traitements des maux qu'il traîne à sa suite. Nos médecins actuels, pas plus que leurs devanciers, ou que plusieurs d'entre euxmêmes, placés dans des conjonctures analogues, ne manqueront à cette mission.

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