‹ Code des théatres. Ou Manuel a l'usage des directeurs, entrepreneurs ... par messieurs A. Vulpian et GauthierChapitre 2 sur 3 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

B. WARÉE aîné, LIBRAIRE,

COUR DE LA SAINTE-CUAPELLE , N°. l3.

Depuis que l’ordre légal , étendant sur toutes les classes de la société son influence salutaire, inspire à chacun le désir de s’éclairer sur ses droits et ses devoirs , il n’est plus de profession qui consente à subir le joug de l’arbitraire ; toutes veulent obéir aux lois , mais n’obéir qu’aux lois.

Toutefois, certaines industries , plus anciennement entravées, éprouvent plus de peine à se dégager de toute entrave ; les théâtres , notamment , sont dans ce cas ; l’arbitraire s’y est cramponné , comme si , là, son empire devait paraître légitime à force de vieillesse. D’où peut venir cette résistance exceptionnelle ? Faut-il en rechercher la cause dans les traditions qui semblent placer les entreprises théâtrales hors du droit commun , et dans l’injuste préjugé qui a frappé long -temps les co-

médiens ? Doit-on l’attribuer à letat in- -, complet de la législation sur la matière , aux variations qu’elle a éprouvées , aux contradictions dont elle est remplie , aux lacunes qu’on y remarque ? Quoi qu’il en puisse I être , les comédiens ont fini par sentir que , soumis à toutes les charges qui dérivent de la qualité de citoyen , ils pouvaient revendiquer tous les avantages qui s’y rattachent; que , liés par des contrats synallagmatiques, ils devaient trouver , dans ces contrats mêmes , des garanties , et que les administrations théâtrales devaient aux artistes , dont elles utilisaient le talent, l’exemple du respect pour la foi promise et les obligations acceptées.

Mais , en toutes choses , l’époque qui suit une révolution voit beaucoup de positions incertaines , beaucoup de droits mal compris. L’attitude de certains établissemens, relativement à l’autorité , a quelque chose de douteux et d’équivoque.

Puis, tandis qu’habitués à une autocratie presque sans limites, certains directeurs de spectacles se résignent difficilement à écou-

ter autre chose que leur bon plaisir ; récemment émancipés , les acteurs s’exagèrent parfois les conséquences de leur émancipation ; de là des luttes fréquentes; de là une multitude de procès d’un genre tout nouveau , dont les tribunaux civils et de commerce ont été tout à coup saisis , et s’occupent encore chaque jour.

Enfin , cette armée de réclamans , venue du théâtre au terrain des combats judiciaires , se grossit des auteurs dont les droits sont presque aussi souvent éludés que reconnus, et des actionnaires dont parfois on cherche à paralyser la surveillance ou à dominer la volonté.

Dans de pareilles circonstances, il est devenu nécessaire d’éclairer chacun sur ce qu’il peut exiger des autres , et sur ce que les autres peuvent exiger de lui. Appelés par état et par position à traiter des questions , d’un intérêt général pour les théâtres, comme à défendre l’intérêt particulier d’une administration , ou les droits individuels d’un artiste , les auteurs du Code des Théâtres ont cru qu’en publiant

leur livre ils répondraient à un besoin; et comme leur seul but était de se rendre utiles à un grand nombre de personnes , ils se' sont beaucoup plus occupés de constater des faits que de poser des doctrines, ils ont donné beaucoup plus d’exemples que de leçons. Puisse leur Manuel défendre à la chicane l’entrée de nos spectacles , et maintenir dans ces établissemens la paix et l’union si nécessaires au culte des arts ! - •

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