DES BÉGUEULES
Sous François I®*’, les belles clames, lorsqu’elles dînaient en compagnie , s’abstenaient de manger, aimant mieux jeûner que déformer les grâces de leur figure, et faire grimacer leurs lèvres vermeilles. Les bégueules de nos jours entendent mieux l’accord de la coc|uetterie avec l’égoïsme. Ce n’est pas à leur appétit, mais à leurs voisins cju’elles font supporter leurs caprices.
Celle-ci ne peut manger c[ue du pain de gruau. La vue des huîtres fait
lever le cœur à celle-là; une autre dédaigne le potage, il lui faut un bouillon ; l’odeur d’un ragoût , la présence d’un poisson , le fumet d’un gibier faisandé, l’onctuosité d’un macaroni, le parfum du fromage, leur font jeter à toutes les hauts cris. Elles remarquent la capacité de votre verre, l’intensité de votre appétit, la fréquence de vos impotations. Vous les blessez en sablant le Champagne ; elles font la grimace à chaque verre de liqueur que vous avalez ; et si vous entonnez gaîment une chanson de table, elles se cachent la figure derrièi'e leur mouchoir, ou lèvent le siège, en faisant semblant de rougir. Fuyez donc à tire-d’aile les bégueules ; elles
sont pires encore à table qu’en amour.
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