CHAPITRE VI
ACCORD DE LA POLITESSE ET DE l’ÉGOÏSME.
Art. icr. Toute l’attention du gourmand se concentre sur ce qui garnit la table. Son
amabilité, son esprit, sa gaieté, doivent s’éparpiller sur ce qui l’entoure.
Art. 2. En servant une entrée ou un entremets placé devant soi , on acquiert le droit de demander de ceux place's au loin.
Art. 3. Il ne faut qu’un peu de dextérité lorsqu’on découpe une grosse pièce , pour escamoter aux regards le meilleur morceau. Alors, en se servant le dernier, on se trouve le mieux partagé.
Art. 4* Les offres de l’ampbitryon ne sont pas toujours sincères, surtout lorsqu’elles portent sur une grosse pièce, une gelée, un gâteau monté. En refusant faiblement pour soi , il faut , par pure galanterie , accepter pour sa voisine.
Art. 5. Un amphitryon est toujours propriétaire. Lorsqu’il néglige d’attaquer un beau rôti de venaison, de servir un entremets succulent, d’olfrir des fruits magnifi-
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ques , de déboucher un vin généreux , l’urbanité veut qu’on lui fasse compliment, et qu’on lui demande si ses forêts, son jardin , son potager , ses vignobles, ont produit ces mirifiques échantillons.
Art, 6. Il faut avoir soin de verser trèssouvent à boire à son voisin ou à sa voisine. C’est à la fois un prétexte et une provocation.
Art. 7. En entamant une bouteille , avant de verser à vos voisins , épanchez légèrement dans votre verre ce que contient à peu près le gouleau. L’usage j autorise , et cette entame méprisée a plus de saveur et de bouquet que le reste du flacon.
Art. 8. Dans toute espèce de volaille bouillie, la cuisse est de beaucoup préférable à l’aile. On ne doit pas perdre de vue ce principe en servant les ignorans et les dames.
Art. f). Les hors-d’œuvre circulent par-
fois de main en main. Lorsqu’ils vous appâtent , que votre place devienne pour eux les colonnes d’Hercule.
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