DU REPOS
L’homme n’est pas fait pour jouir d’une activité indéfinie : la nature ne l’a destiné qu’à une existence interrompue ; il faut que ses perceptions finissent après un certain temps. Ce temps d’activité, l’homme peut le prolonger en variant le genre et la nature des sensations qu’il se fait éprouver j mais
cette continuité d’existence l’amène à désirer le repos. Le repos conduit au sommeil , et le sommeil produit les rêves.
Quand l’homme a joui pendant une certaine durée de temps de la plénitude de sa vie , il vient un moment où il ne peut plus y suffire : son impressionnabilité diminue graduellement ; les attaques les mieux dirigées sur chacun de ses sens demeurent sans effet; les organes se refusent à ce qu’ils avaient appelé avec plus d’ardeur ; l’ame est saturée de sensations, le temps du repos est arrivé.
A ce repos , comme à tous les actes conservateurs, la nature, cette excellente mère, a joint un grand plaisir.
L’homme qui se repose éprouve un bienêtre aussi général qu’indéfinissable; il sent ses bras retomber par leur propre poids , ses fibres se distendre , son cerveau se rafraîchir ; ses sens sont calmes , ses sensations obtuses; il ne désire rien, il ne réfléchit plus , un voile s’étend sur ses yeux. Encore quelques instans, et il dormira.
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