Codex Peresianus
1 manuscrit américain, auquel j'ai donné le nom de Codex Peresianus, est un des quatre documents originaux en écriture hiératique de l'Amérique Centrale qui sont parvenus jusqu’à nous. Bien que dans un état déplorable de conservation, il n’en est pas moïns très précieux pour les américanistes, car il représente probablement à lui seul toute la littérature d’une nation civiliste du Nouveau-Monde dans les temps antérieurs à Christophe Colomb.
Deux reproductions de ce manuscrit ont déjà paru.
La première consiste en épreuves photographiques collées sur bristol et publiées sans aucun texte explicatif, par ordre de M. Victor Duruy, alors ministre de l’Instruction publique; la seconde est une copie imprimée au moyen de l’autographie et insérée dans une de mes anciennes publications (1).
(x) Archives paléographiques de l'Orient et de l'Amérique, Atlas. t. 1, pl. 117-142.
10 ne CODEX PERESIANUS.
Les épreuves de la reproduction par la photographie, d’ailleurs assez médiocres, ont le défaut d'avoir été disposées dans un ordre des plus inexacts qui rompt à chaque page la continuité des textes; elles ont, en outre, été faites sans tenir compte des couleurs qui, par les procédés ordinaires, ne laissent pas de traces sur les négatifs; de sorte qu'un certain nombre de signes visibles sur l'original n'ont pas paru sur le papier. Malgré ces. inconvénients, l'édition, tirée à un très petit nombre d'exemplaires, est devenue assez rare; ct, par moments, elle est absolument introuvable dans le commerce de la librairie. ,
La seconde reproduction, celle que j'ai donnée à mon tour à l’aide de la lithographie, il y a plus de quinze ans, est également fort imparfaite. Antérieure aux études spéciales que j'ai entreprises depuis lors pour tenter le déchiffrement des textes katouniques, .je n'avais pas à cette époque les moyens de rectifier un certain nombre d'erreurs qu'il m'est aujourd’hui facile de constater dans une copie faite à vue d'œil. vue
L'absence des couleurs, sur l’une et l’autre de ces deux reproductions, provoque, en outre, de fréquentes incertitudes qu'il m'a semblé désirable de faire disparaître. Ces incertitudes sont d'autant plus fréquentes que les nombreux accidents du tissu sur lequel figurent le texte et les images produisent des traits noirs qui se confondent souvent, sur les épreuves photographiques, avec les caraa
tères hiératiques plus ou moins détériorés du manuscrit.
Je me suis donc décidé à publier une nouvelle édition de cet inappréciable monument de l'antiquité indienne, édition pour laquelle je me suis servi d’un procédé que j'ai désigné sous le nom de nitrochromie. Ce procédé conserve le tracé même des épreuves photographiques, pour les parties colorées aussi bien que pour les parties noires, et exclut l'intervention de la main de l’homme qui, dans les chromolithographies ordinaires, est appelée à repasser à l'encre chacune des planches successives qui doivent servir au tirage. Il est cependant des cas, assez rares d’ailleurs, où mon procédé s'est trouvé impuissant à lever toutes les difficultés. Je veux parler des endroits où se rencontrent des mots écrits en lettres européennes que j'ai le premier signalées sur quelques pages du Codex Peresianus où ils sont si peu apparents qu'ils avaient longtemps passé inaperçus. J'expliquerai plus loin ce que j'ai cru devoir faire pour obvier à cet inconvénient.
Dans les conditions où mon fac-similé se présente au bienveillant accueil des américanistes, il me paraît fournir des garanties suffisantes d’exactitude pour qu'on puisse en faire usage pour les tentatives les plus minutieuses de déchiffrement, sans avoir besoin de recourir à l'original.
J'ajouterai que cet original, conservé au département des manuscrits de la Bibliothèque
Nationale de Paris, se détériore de jour en jour, au point qu'il est fort probable, qu'avant peu d'années, il ne présentera plus d’une manière reconnaissable des signes encore très apparents sur ma reproduction. nitrochromique. Je possède, en effet, une copie à l’aquarelle de trois pages de ce manuscrit que j'ai faites peu après la fondation de la Société Américaine de France, c'est-à-dire en 1859. J’ai, en outre, deux épreuves photographiées qui ont été tirées pour moi, en 1868, à l’époque où le document en question se trouvait déposé dans le domicile personnel de Brasseur de Bourbourg. En comparant ces épreuves avec mes aquarelles et avec le manuscrit original tel qu'il existe aujourd’hui, on ne peut s'empêcher de reconnaître combien il était urgent de publier l'édition que je mets entre les mains des américanistes, et l’on m'approuvera sans doute de n'avoir pas attendu le moment fort incertain où j'aurais pu obtenir l’autorisation d'emporter chez moi le Codex Peresiunus, à l'effet de le photographier suivant un système absolument impraticable dans l'atelier ‘de la Bibliothèque Nationale.
FE premiére question dont il est naturel de se préoccuper, lorsqu'il s'agit de reproduire un document de ce genre, est celle de savoir dans quel ordre il convient de disposer les pages et de les numéroter. Le système choisi dans la publication photographique du ministère del’Instruction publique est inadmissible (1) ;.et il n’était pas nécessaire pour comprendre ce qu’il avait de défectueux de faire une étude spéciale de la paléographie américaine. En effet, les manuscrits katouniques étant pliés en paravent, 2} n'est pas possible de les lire d'une façon suivie en ayant successivement sous les yeux le recto et le verso d’un même feuillet : il faut nécessairement parcourir d'abord tous les rectos les uns après les autres, avant de pouvoir prendre connais-
(1) M. "A. Pousse a fait erreur en prétendant qu'il y a lieu: de renverser le paravent du Codex Peresianus pour lire le verso. Il s’est fondé, pour s’exprimer ainsi, sur ce que j’ai dit du Codex Cortesianus; mais la disposition des deux manuscrits katouniques n’est pas la même.
sance de chacun des versos. Donc le verso d'une page numérotée 1, par exemple, ne saurait être 2 ; et si le manuscrit se compose de 11 feuillets comme le Codex Peresianus, le premier verso pourrait for-. mer tout au plus la page 12 de l'ouvrage.
Examinons donc de quelle façon il convient de modifier la pagination faussement attribuée au do- ‘cument que nous publions.
Tout d’abord comment sont disposés les rectos relativement aux werses. Dans le Codex Troano et dans le Codex Cartesianus, lorsqu‘on a fini de parcourir le recto du paravent, il faut le renverser sens dessus dessous, pour retrouver les pages du verso dans leur position régulière. Or, il n’en est pas ainsi dans le Codex Peresianus (1), où les versos sont disposés absolument dans le même sens que les rectos, ‘et où il n’est en conséquence pas nécessaire, pour continuer #a lecture, de renverser le manuscrit la tête en bas quand il s’agit de le retourner. Avec la disposition que l’on rencontre dans le Codex Troano la question de l’ordre successif des feuillets est un peu simplifiée ; et c’est par le fait de cette disposition que j'ai pu établir de quelle façon il convenait de le rattacher au Codex Cortesianus qui en est la continuation.
Le point embarrassant à déterminer est celui de savoir de quel côté est le recto, et de quel coté est
(1) Voy. À. Pousse, dans la Revue Orientale et Américaine, seconde série, t. IV.
le verso. Dans le Codex Troano, on a cru reconnaitre une sorte de titre où de page initiale qui permettait de savoir ou était le commencement du texte. Il n’est pas possible aujourd’hui de maintenir cette hypothèse; mais il reste évident que la prétendue page initiale est au moins le début d’une subdivision, d'une sorte de chapitre, et qu’à la suite il convient de lire une autre page de même apparence qui se rencontre dans le Codex Cortesianus.
Rien de pareil ne se remarque dans le Codex Peresianus, et cela par une bien simple raison, c’est que ce manuscrit est incomplet par les deux bouts. Dans de telles conditions, il me parait imprudent de chercher à rattacher les rectos aux versos, et Je crois devoir les considérer comme formant deux parties distinctes et non consécutives du même livre. Pour faciliter les citations et éviter les erreurs qui pourraient résulter de l'emploi des mêmes chiffres, avec ou sans astérisque, comme on l'a fait jusqu'à présent, j'ai jugé préférable d'adopter une pagination continue ; maïs il est nécessaire qu’on n'oublie point qu’il n’en résulte nullement que la page 12 soit la suite de la page rI. Je eonsidère donc cette page 12 comme la continuation d’un texte qui se poursuit dès lors sans interruption jusqu'à la page 22, où l’on aurait tort d’ailleurs de chercher la fin du document hiératique dont nous avons à nous occuper ici.
Sur quelques pages, on apercoit des lignes rouges
qui les divisent en deux ou trois compartiments distincts, comme cela se remarque dans la plus grande partie des deux manuscrits de Madrid. Ces compartiments ne se rencontrent toutelois que sur un petit nombre de feuillets du Codex Peresianus, et la plus grande variété y règne dans la disposition des figures et dans celle des textes qui les accompagnent.
Au point de vue matériel,-le Codex Peresianus ressemble aux trois autres manuscrits katouniques qui nous sont connus. Le tissu fibreux qui forme la substance des feuillets est recouvert d’unenduit blanc dont les éclats, survenus par la vétusté, produisent une légère saillie que nous nous sommes attachés à rendre sur notre fac-similé. C’est sur cet enduit que sont tracés les caractères et les images pour lesquels on a fait usage d’un nombre très restreint de couleurs peu brillantes et fortement rompues ; du noir, de l’ocre rouge, du brun et du vert. Ce sont aussi ces mêmes couleurs qui figurent dans le Codex Troano et dans le Codex Cortesianus. Le Codex de Dresde, au contraire, nous offre des miniatures richement enluminées et pour lesquelles on dû faire usage de toutes les nuances que l’on pouvait obtenir sur la palette des artistes indigènes.
P:" les vingt-deux feuillets dont se compose actuellement le Codex Peresianus, il en est deux, le 1 et le 12°, qui sont à peu près complètement effacés. Les traces de l’enduit blanc et un petit nombre de caractères encore visibles, il y a quelques années, non-seulement au milieu, mais aux extrémités supérieures et inférieures des feuillets, permettent néanmoins d'établir que ces deux feuillets ne différaient point des autres au point de vue de la disposition générale du texte et des figures, et qu'ils n’offraient rien de ce qui pourrait leur faire attribuer le caractère de titres ou de pages initiales. Au moment où le manuscrit est tombé entre mes mains, dans des circonstances que j'ai mentionnées ailleurs (1), rien ne garantissait les deux pages en question, si ce n'est un mauvais morceau de papier que l'humidité avait fait adhérer à la page
(1) Essai sur le déchiffrement de l'écriture hiératique de l’Amérique Centrale, édition in-89, p.25.
12, et qui ne s’en détacha pas sans emporter d'assez larges fragments d’enduit qu'on n’a malheureuse- . ment pas eu l'idée de conserver à cette époque dans le but peut-être impraticable, il est vrai, de chercher à les rétablir dans leur situation primitive. Sur la page 1, on apercevait distinctement le
signe (one ahaw répété deux fois, et dans la