FAUNE FRANÇAISE DES COŒLENTÉRÉS
par des crêtes diversement denticulées, on les appelle des Côtes ; enfin la muraille peut être revêtue d'une sorte d’enduit plus ou moins vernissé et que l’on a nommé épithèque. Chaque lame du Polypier estexactement intercalée entre deux cloisons du Polype. »
Le Polypier est une association d’animaux vivant dans une harmonie parfaite et unis physiquement d'une manière intime; c’est une réunion à’êtres nés successivement par un mode particulier de formation et quine se séparent jamais de celui qui jeta les premiers fondements de la colonie. « Ils occupent la même maison, chacun y tient une cellule, mais il lui est défendu d'en sortir tout à fait. Attachés à leur chambrette, ces demireclus attendent du hasard, ou pour mieuxdire de la Providence, des aliments qui ne manquent jamais et ce qui est mangé par chaque bouche profite à la communauté. Poussés par un admirable instinct, les Polypes travaillent ensemble au même ouvrage : isolés, ils seraient faibles ; réunis, ils devieonent forts. IIséprouvent en famille les mêmesrayons du soleil, les mêmes caresses de la vague et les mèmes coups de la tempête! » (Moquin-Tandon.)
On désigne généralement aujourd’hui ces colonies animales sous le nom de Cormus.
Les Coralliaires prennent une part très importante dans les changements de l'écorce terrestre : ils se fixent le plus souvent dans le voisinage des côtes et construisent, par les accumulations de leurs squelettes calcaires, des masses rocheuses d’une étendue considérable qui forment ces récifs de coraux si dangereux pour les navigateurs et qui contribuent à accroître l'étendue de
la terre ferme, en même temps qu'ils deviennent souvent l’origine denouvelles iles.
« On distingue des récifs côtiers, des barrières-récifs et des atolls. Les premiers entourent immédiatement les côtes ; ce sont des terrasses étendues et plates qui se terminent par un bord abrupt, où viennent se briser les vagues et où par suite se rencontrent les conditions les
Fig. 70. — Ile coralliaire ou Atoll,
plus favorables pour que les Polypes prospérent. Les barrières-récifs en diffèrent en ce que les récifs et la terre ferme restent séparés par un canal relativement peu profond. Quant aux atoalls, ils consistent en une bande circulaire interrompue le plus souvent sur un seul point et entourant une lagune. Il ne reste plus aucune trace de l’île. On en voit de bons exemples dans les puissants récifs de la Nouvelle-Hollande et dans les îles de l’océan Pacifique. Les premiers sont distants des: côtes de dix à cent milles marins ; ils forment une sorte de digue avancée, protectrice contre les brisements des flots, qui s'enfonce dans la mer jusqu’à mille brasses.
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FAUNE FRANÇAISE DES CŒLENTÉRÉS 195 C’est à Charles Darwin qu'appartient le mérite d’avoir bien étudié les formes des Coraux et d’avoir montré que leur origine était due à des changements de niveau du fond de la mer, dont l’affaissement séculaire vient
en aide à l'activité vitale des Polypes, qui ne s'exerce
que dans des limites de profondeur très étroites. Un simple récif côtier peut donner naissance pendant une période d’affaissement, dans le cours des temps, à une barrière-récif ; enfin l’affaissement continuant à se produire, une barrière-récif peut se transformer enunatoll, si l'ile qu'eiie entoure s'enfonce au-dessous du niveau de la mer. Qu'il survienne plus tard une période desoulèvement séculaire, les récifs émergent et déterminent ainsi la formation de continents ou d'îles. » (Claus. Les Polypes qui construisent ces récifs vivent, en général, à une profondeur assez limitée, depuis le niveau des basses marées jusqu'à vingt brasses de profondeur au plus. Au-dessus du niveau des basses marées les Polypes ne peuvent plus vivre : car ils sont de temps en temps laissés à découvert par la mer. On peut se faire une idée de l'importance de ces constructions sous-ma-
rines par les renseignements recueillis par Darwin: la
barrière de récifs située près de la côte occidentale de la Nouvelle-Calédonie aurait 400 milles de long; celle de
la côte orientale d'Australie se prolongerait, presque sans interruption, sur une étendue de 1000 milles (en-
viron 400 lieues). Les Polypiers qui composent ces récifs sont éleves par les Corallines, les Madrépores, les Millépores, les Porites, les Astrées, les Méandrines. La proportion de l’accroissement, d’après Darwin, dépend à la fois des espèces qui construisent ces récifs et de
diverses circonstances accessoires. C'est à tort que l’on attribue aux Coraux une croissance excessivement lente : Darwin a vu en effet, que dans le golfe Persique un vaisseau qui avait coulé à fond, était au bout de vingt mois déjà recouvert d’une couche de Coraux épaisse de deux pieds.
Les Anthozoaires sont des animaux extrêmement voraces, principalement les Aclinies ; ils se nourrissent de larves et de petits animaux marins qu'ils attirent dans leur bouche au moyen de leurs tentacules et de leurs cils vibratiles. On divise ces Cœlentérés en deuxordres :
Les Alcyonnaires, Les Zoanthaires.
1% Ordre. —.: ALCYONNAIRES.
Les Alcyonnaires, qu'on désigne aussi sous le nom d'Octocoralliaires, sont des Polypes pourvus de huit tentacules bipinnés. Généralement, dans ces colonies, la couche dermique devient épaisse et spongieuse et constitue des ramifications charnues qu’on nomme Polypieroide, ou bien une écorce friable entourant un axe tantôt mou, tantôt corné, tantôt pierreux, ou encore des tubes calcaires rigides {Tubipores). Partout le squelette est formé par des corpuscules calcaires, colorés, de forme déterminée, appelés spicules ou sclérites.
FAMILLE DES ALCYONIDÉS.
Colonies sédentaires, à polypier charnu, dépourvues d’axe et ne renfermant qu'un petit nombre de spicules calcaires. (Claus.)
GENRE ALCYONIUM
Genre Alcyonium (LiN.) — Alcyon.
Dans ce genre le Polypiéroïde est formé par bourgeonnement latéral et constitue une masse lobée ou di-
Fig. 71. — A. Alcyonum digitatum, B, Alcyonum palmatum. C. Sagartia parasitica. — Sur des coquilles de Pecten maximus.
gitée, non rigide et ayant une certaine contractilité. Alcyonium digitatum (Lin). Alcyon digité.
Cette espèce (fig. 71 A) forme un Polypiéroïde cy-
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lindrique vers la base et divisé danssapartiesupérieure en plusieurs lobes figurant grossièrement des doigts ; les Polypes sont complètement rétractites.
Cet Alcyonnaire, qu'on rencontresur nos plages où il est connu sous le nom vulgaire de main de mer, a une apparence charnue et coriace ; il est percé d’un grand nombre de petits trous et d'une coloration brune rougeätre. Peu commun sur nos côtes de l'Océan, on le trouve généralement sur les grands Mollusquesbivalves, principalement sur le Pecten maximus, où il forme des masses ramifiées ; il n'habite pas nos côtes de La Méditerranée.
Alcyonium palmatum (Pall.). — Alcyon palmé.
Cet Alcyon (fig. 71 B) diffère du précédent par sa forme allongée, rameuse ; les Polypes n’occupent que la partie moyenne et supérieure du Polypieroïde. Sa couleur est rouge foncé au sommet et jaunâtre à la base. On ne le trouve que dans la Méditerranée, généralement sur le Peigne Saint-Jacques (Peclen Jacobæus), où 1l forme des masses lobées, mamelonneuses et rosées.
Sur les côtes de Marseille cette espèce est assez commune sur les masses pierreuses, dans leurs cavités ou sur leurs saillies ; les pêcheurs la désignent sous le nom de Man de Ladre.
Alcyonium glomeratum (Hassel.). — Alycon aggloméré. Cette espèce, qui a été décrite sous lesnoms d'A. rubrum et d'À.sanquineum, est remarquable par sa coloration foncée, par sa forme ramassée et par ses digitations naïissant presque dès la base. On la trouve à Capbreton (Landes) par 50 brasses.
On rencontre également sur le littoral de Marseille
GENRE CORNULARIA 129
une espèce d'Alcyon peu commune, le Paralcyonium elegans (Milne-Edw.), dont le Polypiéroïde est brun et les Polypes brunätres.
Genre Cornularia (Lau). — Cornulaire.
Dans ce genre le Polypiéroïde estcorné, àtigessimples, redressées ; la muraille est épaisse, d’une texture gra-
Fig. 12. — Cornularia crassa,
nuleuse, n’offrant ni côtes ni spicules ; les Polypes sont terminaux, à tentacules pinnés, disposés sur un seul rang.
Cornularia crassa (Milne-Edw.) — Cornulaire épaisse.
Cette espèce (fig. 72) forme des cormus épais ramifiés et rougeàtres, qui se fixent sur les tiges des Posidonia Caulini; on la trouve fréquemment sur Les côtes de Marseille, principalement dans les anses de l’île de Ratonneau, à deux ou trois mètres de profondeur.
Une espèce très voisine a été décrite récemment sous le nom de Clavularia petricola par MM. Kowalesky et Marion (1); on la trouve toujours fixée sur les pierres du fond, de cinquante centimètres à un mètre sous l’eau, dans l’anse de Morgilet à Ratonneau, sur la côte de Marseille.
Ces Alcyonnaires sont souvent associés à une autre espèce, la Cornularia cornucopiæ, facile à reconnaître à la surface ridée et rugueuse de son Polypier, quiest mince, rigide, à stolons très grêles.
FAMILLE DES PENNATULIDÉS.
Chez ces Alcyonnaires la base des Polypieroïdes, au lieu de s’étaler sur les corps sous-marins, se prolonge en une racine pivotante, obtuse, qui tantôt reste complètement libre, tantôts’enfonce dans lesable oula vase | sans contracter aucune adhérence ; la partie supérieure porte seule les Polypes. On désignait autrefois ces Alcyonnaires sous le nom de Polypiers flottants.
Les Pennatulidés ont la propriété d’être phosphorescents ; la phosphorescence est produite par des cordons composés de cellules à contenu granuleux, brillant et graisseux et situés autour de la bouche. (Claus.) On peut étudier ce singulier phénomène sur des Pennatulidés placés dans un aquarium.
« C'est seulement sur des spécimens frais, capturés à l'instant, et troublés le moins possible, qu’on peut répéter les expériences et provoquer lescourants lumineux.
(4) Kowalesky et Marion, Documents pour l'Histoire embryogénique des Alcyonnaires.
PE GENRE PENNATULA 431 La lumière ne se produit que sous l'influence d’une irritation ; il suffit de frapper du doigt la paroi de l’aquarium pour voir apparaître des éclairs. Si l’on prend dans sa main les plumes du Polypier, soit au-dessous de l’eau, soit hors de l’eau, l'apparition des points et des raies lumineuses se produit d’une façon plus active ; en reproduisant l'irritation d’une manière régulière et méthodique, on constate qu'il s’agit là d’une succession déterminée de phénomènes lumineux, de courants soumis à des lois et par conséquentduplushautintérêtphysiologique. »(Brehm.)
Genre Pennatula (Lin. — Pennatule.
Dans ce genre le Polypiéroïde se compose d'un axe entouré d'espèces de barbes qui ont fait donner à ces Alcyonnaires le nom de Plumes de mer, et sur lesquelles sont établis les Polypes. L’axe est composé de deux parties : une antérieure, plus ou moins étroite et déprimée, qui porte les barbes, et une postérieure qui est nue et ressemble à un cœur allongé. « Dans l’intérieur del’axe, au milieu d’un tissu charnu et contractile, se trouveune baguette dure, aplatie, grisätre, de nature calcaire. Cette baguette offre en dessus et en dessous deux rainures, une à droite et l’autre à gauche; elle est enfermée dans une membrane très mince. Les barbes sont plus grandes au milieu de la tige qu'à l'extrémité. Leur ensemble forme des espèces d’ailerons aux deux côtés de l’axe. Leur bord postérieur est subdivisé en lames qui présentent inférieurement de petites aiguilles calcaires, dures, blanches et cassantes; ces lames soutiennent les Polypes. » (Moq.-Tandon.)
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Pennatula rubra (Ellis) — Pennatule rouge.
Cette belle espèce (fig. 73), qui n’a pas encore été rencontrée sur nos côtes de l’Océan, vit dans la Méditerranée ; on la trouve dans le golfe de Marseille, dans les
Fig. 75. — Pennatula rubra.
fonds vaseux au large de Méjean, où elle est assez commune ; sa Coloration est d'un rouge cannelle.
La Pennatulu phosphorea (Ellis), qui n’est peut-être qu'une variété de la précédente, estrare dansles mêmes parages où on ne la trouve qu'àdegrandesprofondeurs.
Genre Ptéroïdes (HERKL.). — Ptéroïde.
Ce genre, qui a été démembré du genre précédent, est représenté dans notre faune par une seule espèce :
Pteroides griseum (Boh.). — Pennatula spinosu (Ellis). Pennatule grise.
GENRE VERETILLUM 133
Cette espèce (fig. 74) est d’une coloration grisàtre : les pinnules sont très développées, très nombreuses et armées d’une multitude de grands spicules.
Elle vit généralement à d'assez grandes profondeurs : elle à été trouvée sur nos côtes de la Charente-Inférieure et a été draguée en dehors du bassin d'Arcachon, par 20 à 45 brasses. On a pu la conserver vivante pendant longtemps dans l'aquarium d’Arcachon. On la trouve également, avec les autres Pennatules, au large de Marseille. Une Pennatule très rare, la Funiculina quadrangularis (Pall.) n'a été recueillie jusqu'ici que sur nos côtes de la Méditerranée au large du Cap Couronne, par 85 mètres ; le Potypieroïde est gréle et très allongé ;
les Polypes sont disposés en quin-
à æ TR Fig. 14. — Pteroides conce sur trois rangées Jongitu- RS ee
dinales.
Genre Veretillum (Cuvier). — Vérétille.
Dans ce genre les Polypes sont rétractiles et disposés irrégulièrement tout autour du Polypiéroïde qui est cylindrique.
Veretillum cynomorium (Pall.). — Vérétille cynomoire.
Cette espèce (fig. 75) est composée d’un cylindre épais, granuleux, rougeâtre, sur lequel sont disposés
Fig. 75. — Veretillum cynomorium.
irrégulièrement des Polypes très grands et de couleur blanche.
Elle vit à d'assez grandes profondeurs : elle a été draouée en dehors du bassin d’Arcachon par 20 à 45 brasses et au large de Biarritz. Elle est très commune dans le golfe de Marseille, dans les fonds vaseux de l’ilot des Goudes.
Le Veretillumpusillum (Phil.) a été dragué dans la fosse de Capbreton (Landes), par 30 à 50 brasses. (De Folin.)
FAMILLE DES GORGONIDÉS.
Les Gorgonidès sont des colonies de Polypes sédentaires formant des rameaux recouverts d'une sorte d’écorce et adhérant par la base aux corps sous-marins. On désigne aussi ces Coralliaires sous le nom de Polypiers corticaux. Ils se composent de deux parties : l’une externe tantôt gélatineuse, tantôt crétacée, charnue, plus ou moins solide, qui frenferme les
Polypes et devient friable en se desséchant ; l’autre,
interne et centrale. soutient la première et porte le
CCR |
| 00 FAMILLE DES GORGONIDÉS 435 nom d’axe; l'axe est tantôt calcaire, tantôt corné. Ces Polypiers affectent des formes très variables qui
ont recu des dénominations spéciales : ils sont «rborescents quand les branches se dirigent irrégulièrement
Fig. 76. — Gorgonia verrucosa,
dans des directions différentes, de facon à constituer des touffes ; ils sont en panache quand les rameaux sont disposés des deux côtés de la tige ou des branches principales, flabelliformes quand toutes les ramifications s'étalent irrégulièrement sur un même plan ; enfin ils sont réticulés quand les branches ainsi disposées, au lieu de rester libres, se soudent entre elles à leurs points de contact.
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var CR 2)" des #70
Genre Gorgonia (Lix.), — Gorgone.
Dans ce genre les Polypes forment des verrues saillantes sur un Polypier ramifié.
Gorgonia verrucosa (Lin.). — Gorgone verruqueuse.
Cette espèce (fig. 76) a un Polypier formé de rameaux nombreux, plus ou moins étalés en éventail. Sa coloration est blanchâtre ou grise. Elle se fixe sur les pierres, les galets.
On trouve fréquemment des Bryozoaires qui vivent sur ses rameaux, principalement la Dentelle de mer (Retepora cellulosa). Celte Gorgone vit sur toutes nos côtes, où elle est assez commune.
Genre Muricea (LAm.) — Muricée.
à Les Polypes affectent la
Fig.717.—Muricea placomus. forme de papilles saillantes ;
le polypier est très rameux
et couvert d’écailles calcaires, imbriquées et hérissées.
Muricea placomus (Edw.) — Muricée couronnée.
Cette espèce (fig. 77), très voisine de la Gorgonia verrucosa, en diffère par ses rameaux couverts de verrues saillantes et épineuses. Sa coloration est brunâtre. Elle estrare sur nos côtes, où elle n’a été trouvée que dans la fosse de Capbreton par 90 brasses. , ;
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