‹ Coelents, inodermes, protozoairesChapitre 50 sur 78 · CES · texte numérisé non relu

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On trouve des Spongiaires dans toutes lesmers, principalement dans la Méditerranée, la Mer Rouge et le golfe du Mexique. Les Eponges cornées, ainsi que les Halisarcines et les Chalinides, vivent dans les eaux peu profondes, tandis que les Æexactinellides ne se plaisent que dans les grandes profondeurs. En général les Spongiaires recherchent les eaux chaudes et s’attachent aux anfractuosités de rochers à des profondeurs qui varient de 5à25 brasses. Certaines espèces sont perforantesiet percent les roches et les coquilles de Mollusques sur lesquelles elles se fixent. |

La propriété d'imbibition que possèdent les Eponges les fait rechercher depuis longtemps, et si un certain nombre de Spongiaires ne peuvent être utilisés à cause

de leurs spicules siliceux qui les rendent impropres aux

usages domestiques, les autres constituent une branche de commerce importante ; leur pêche occupe chaque année un grand nombre de bateaux et prendune extension de plus en plus grande. Le cadre de cet ouvrage ne nous permet pas d'exposer ici les procédés employés pour cette pêche, qui se pratique principalement dans l’Archipel, surles côtes de Syrieet dansle golfe du Mexique, sur les bancs des iles Bahamas. Certaines Eponges, dites de luxe où de toilette, se vendent à des prix relativement élevés : l’Eponge jine-douce de Syrie (Spongia mollissima O. Schmidt) peut atteindre une valeur de 100 à 150 francs la pièce.

Les Spongiaires sont également utilisés en médecine : les Eponges fines servent à préparer les Eponges dites à la cire où à la ficelle, employées par les chirurgiens pour dilater les ouvertures des plaies que l’on veut em-

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pêcher dese fermer. Enfin les débris calcinés des Eponges sont employés comme remède, à cause de liode qu'ils ‘contiennent. On trouve dans les Eponges une matière azotée, la Spongine, dans laquelle l'azote ammoniacal entre dans la proportion d’un quart de l'azote total, comme dans l’albumine.

La consommation toujours croissante des Eponges menace de tarir dans un avenir prochain cette source si importante de commerce. « La pêche des Eponges sur tous les points de la Méditerranée, dit M. Lamiral, manque d’unedirection intelligente: car elleestexploitée sans prévoyance préservatrice. La consommation commerciale va toujours en augmentant, et il est bien certain que la spéculation, qui éclaircit chaque année les champs sous-marins de ceszoophytes, causera une destruction telle que la reproduction ne sera plus en rapport avec la demande, ce qui sera très préjudiciable à l'intérêt général. Il devient donc urgent de prévenir ce cas fâcheux et de s’y soustraire en naturalisant les diverses espèces d'Eponges en France et en Algérie et en favorisant par la culture la reproduction sur les côtes rocailleuses de la Méditerranée, depuis le cap de Cruz jusqu'à Nice, autour des îles de la Corse et d'Hyères, dans les eaux de l’Algérie et même dans certainslacs ou étangs salés des départements voisins delaMéditerranée.»

M.Lamiral, considérant que la composition del’eau de la Méditerranée est la même sur les côtes de France et d'Algérie que sur celles de Syrie, tenta en 1862 d'acclimater sur le littoral de Toulon des spicules d'Eponges qu'il avait recueillis sur les côtes de Syrie. Cette tentative de spongiculture ne réussit pas : placées sur des :

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points constamment ravagés par lesfilets traînants des

pêcheurs, ces petites Eponges disparurent ; mais il n’en a pas été de même sur d’autres points : le général Garibaldi a tenté l'aventure dans son île de Caprera et a vu ses efforts couronnés de succès ; l’acclimatation de l’Eponge dans nos eaux n’est done pas impossible, d’autant plus que d’autres tentatives ont été faites sur les côtes de la Dalmatie et ont au moins démontré que la culture artificielle était praticable. Le principal obstacle paraît être le transport des Eponges destinées à la multiplication, de leur pays d’origine jusqu'au lieu de leur destination. Quant à la multiplication, on l’obtient facilement en divisant l’'Eponge souche en fragments qui sont fixés sur une pierre et abandonnés au fondde l’eau, onfait par ce moyen de la scissiparité artificielle. IT est vivement à désirer que de nouveaux essais soient tentés sur nos côtes, sans attendre la destruction des Eponges qui est à prévoir dans un avenir plus ou moins éloigné. « D'après mes observations recueillies à Naples, dit O. Schmidt, la reproduction des Eponges par des œufs d'où éclosent des larves libres a lieu en mars et en avril et peut-être aussi plus tard. Le progéniture d’une Eponge de moyenne grandeur s'élève à un chiffre extraordinaire. Si, malgré cela, les pêcheurs d'Eponges se plaignent du peu de profit qu'ils tirent de leur pénible industrie et si le prix desexemplaires augmente toujours, la nécessité des périodes de ménagement dont J'ai signalé à plusieurs reprises l'utilité dans cette pêcherie, se trouve réellement démontrée. Les pêcheurs d'Eponges commencent leur pillage dès les premières semaines du printemps; ils anéantissent ainsi chaque année d'in-

260 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE à nombrables millions de couvées avant leur éclosion ! » Un grand nombre de parasites vivent sur les Spongiaires ; on trouve fréquemment dans leur tissu des Oscillaireset des filaments d’Algues qui peuvent d'autant plus induire en erreur que parfoisdes Algues telles que la Cladophora spongiomorpha ont été décrites comme de véritables Eponges; on trouve aussi des Spongiaires vivant sur des Polypes hydroïdes.

Nous divisons, à l'exemple de Claus, les Spongiaires en deux ordres : | | Les Eponges fibreuses (#ibrospongies).

Les Eponges calcaires (Calcispongies).

Les Spongiaires sont peut-être, de tous les animaux, ceux qui ont été le moins étudiés et que les amateurs d'histoire naturelle collectionnent le plus rarement. Deux causes peuvent expliquer l'abandon dans lequel est laissée toute une classe intéressante pouvant offrir des études aussi attrayantes que les autres branches de la zoologie : d’une part la récolte des Spongiaires présente certaines difficultés et exige de fréquentes excursions à la meret d’autre part la variabilité de leurs caractères rend leur détermination difficile.

« Beaucoup de naturalistes, dit M. Topsent, ne connaissent les Spongiaires que par les comptes rendus d’expéditions scientifiques et par ces quelques formes généralement sans nom etsans indication de provenance qui figurent dans tous les musées. Bien peu savent que les mers d'Europe en contiennent un grand nombre

d'espèces et songent à tirer parti de la situation excep-

tionnelle de la France entre deux mers dont les faunes

différent à tous égards. L'exploration de nos plages et les dragages à petites distances du rivage sontloin sans doute de rencontrer une exubérance de vie comparable à celle desprofondeurs del’Atlantique etpourtant l'étude de nos Eponges offre encore un intérêt considérable, puisque, dans une monographie forcément incomplète, un spongologiste célèbre, J. S. Bowerbank, en signalait plus de 300 sur les côtes d'Angleterre. »

Pour ceux qui voudront se livrer à la recherche des ,

Spongiaires les procédés devront différer selon le littoral que l’on explorera ; sur nos côtes de l'Océan le mouvement des marées, en découvrant de vastes étendues, facilitera les recherches et l'on pourra aisément recueil-

lir sur les rochers ou les grosses pierres certaines

Eponges des mieux caractérisées. A l'époque des équinoxes la mer, se retirant davantage, met à découvert des rochers liltéralement tapissés de Spongiaires, dont beaucoup ne se trouvent pas au large; c’est dans ces conditions qu'on pourra recueillir des Eponges siliceuses souvent placées dans les anfractuosités des rochers, des Eponges calcaires telles que les Gräntia et quelques Eponges fibreuses.

« Les Eponges calcaires recherchent l’obscurité et fuient la lumière. Un petit nombre d’espèces seulement croissent dansles lieux plus oumoins exposésauxrayons lumineux. Aussi ces espèces, qui s'installent de préférence contre les rocherset contre les pierres, se trouvent surtout dansles cavitéset les grottes descôtes maritimes, dans les fentes des rochers et à la face inférieure des

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pierres. Le plus grand nombre des espèces vivent dans les buissons de Varechs, à l'ombre des fourrés de Conferves et des obscures forêts de Fucoïdes. Cet amour de l'obscurité pousse aussi un grand nombre de ces organismes à s'installer dans l’intérieur de retraites construiles par d’autres animaux et devenues vides, telles que des valves de Coquillages et d’Oursins, des coquilles de Gastéropodes, des tubes construits par des Vers etc. » (0. Schmidt.)

Indépendamment des recherches à marée basse, on peut opérer des dragages; dans ce cas on emploie la drague ou l’engin (fig 66) que nous avons indiqué pour la recherche des Coralliaires.

Surnotre littoral de la Méditerranée on estréduità faire des dragages ou à se contenter des épaves de la plage.

On peut encore obtenir des Spongiaires par l'intermédiaire des pêcheurs, mais généralement on n'obtient par eux que des formes massives ouarborescentes souvent fort communes. Quant aux échantillons qu'on pourrait se procurer par les négociants qui font le commerce d'Eponges, on ne doit accueillir qu'avec circonspection ces exemplaires, souvent d’une provenance peu authentique, qui, ne parviennent jamais à l'état brut, mais ont toujours subi des lavages et des préparations à l'acide destinées à les blanchir, opérations qui dénaturent complètement leurs tissus.

Les Eponges d’eau douce sont faciles à recueïllir : elles vivent dans les eaux courantes où elles s'étendent en larges plaques sur les piliers des passerelles et les arches des ponts ou vivent en parasites sur les tiges des plantes aquatiques.

Détermination des Spongiaires. — La détermination des Spongiaires est difficile, nonseulement à cause dela variabilité de leurs caractères, mais encore par la rareté des ouvrages spéciaux pouvant aider le spongologiste dans ses recherches. Nous empruntons à M. Topsent les renseignements si précis qu'il a publiés à ce sujet:

« Une Eponge étant donnée, il faut en premier lieu chercher la nature de son squelette pour savoir à quel ordre elle appartient. En vérité rien n’est plus aisé, et s’il est nécessaire au début de traiter les spicules par l'acide chlorhydrique pour s'assurer deleur composition, un peu d'expérience suffit pour faire distinguer de prime abord Silisponges et Calcisponges. Un fragment porté sous le microscope apparaît comme une masse de chair éminemment dissociable, soutenue par un réseau de fibres cornées souples ou renforcées par des spicules siliceux inelus dans leur épaisseur. Les Halisarcines échappent plus naturellement à l'observation de qui n’a pas encore puisé dans les ouvrages spéciaux une certaine somme de connaissances sur la question. Ce serait les désigner d’une façon tout à fait insuffisante qu'indiquer seul ici le caractère négatif de l’absence en elles de toute charpente solide. Pour le reste, bien qu'une classification satisfaisante ne soit pas encore établie, on parvient sans trop de peine, en suivant le système de tel ou tel auteur, à passer de l’ordre à la familleet dela famille au genre ;onarrivemème trèssouventà l'espèce. En effet une multitude d'Eponges ont une forme définie, et d'autres amorphes présentent dans leur squelette des particularités sur lesquelles les spongologistes n'ont pas manqué d'insister et qui ne permettent pas d’hési-

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tation. En revanche beaucoup d'espèces créées d’après un seul échantillon sont réellement indéterminables si l’on n’a pas sous les yeux le type de l’auteur, ou tout au moins sil’onn’aréuniunesériepropreaux comparaisons ; il s’agit toujours alors d’Eponges sans forme, sans productions squelettiques remarquables etsans couleur définissable dans une diagnose. Mettant de côté ces formes ingrates, en attendant une occasion favorable, on doit atteindre le but proposé en s’armant d’objectifs grossissant environ six cents fois et en s’aidant des monographies de Bowerbank {1} d’O.Schmidt (2)et d'Hœckel(3), complétées par les travaux plus restreints ou épars, mais aussi plus récents, d’une dizaine de savants. II n'est pas difficile de préparer les Calcisponges et les Fibrosponges, mais il ne faut pas se laisserrebuter par le traitement assez compliqué que doit subir toute Eponge siliceuse en détermination; car ce n’est guère qu'en opérant de la manière suivante qu’on obtient des préparations lisibles : on détache deux morceaux minces du spécimen en question; l’un est pris immédiatement à la surface, l’autre dans la profondeur, pour obtenir à la fois connaissance des organites généralement spéciaux du derme et de la disposition des spicules principaux du squelette ; on les fait bouillir à la lampe à alcool dans une goutte d'acide azotique pour les débarrasser du sarcode où ils sont noyés; en poussant l’ébullition trop loin on risquerait de détériorer les coupes; on

(1) Bowerbank. — À monography of Brilish Spongiadæ. (2) O. Schmidt. — Die Spongien des Adriatischen Meeres. (3) Hœckel. — Die Kalkschwamme.

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RECHERCHE DES SPONGIAIRES 265 l'arrête donc en ajoutant une goutte d'eaudistillée qu'on étanche après refroidissement ; onlave ensuiteà l’alcool à 70°, puis à l'alcool absolu pour enlever toute trace

d’eau. Après dessiccation complète on laisse enfin tomber sur la préparation une goutte d'essence de girofle ou de bois de cèdre qui l’éclaircit et fait apparaître les petits organites siliceux jusqu’alorsinvisibles. L'examen de la spiculation devient possible, et si l’on juge la préparation réussie, on la conserve enremplaçant l'essence par du baume du Canada qu’on peut choisir dissous dans le chloroforme, pour s’éviter d’autres manipulations. » Nous ne saurions trop recommander aux naturalistes l’étude des Spongiaires de nos côtes ; ils seront largement récompensés de leur peine parla découverte d’espèces nouvelles ou non encore signalées, principalement parmi les Eponges encroûtantes; car bon nombre de nos Eponges n’ont pas encore été décrites, et celles du littoral de la Méditerranée ne nous sont connues que par lestravaux fortincomplets de Schmidtsurles espèces qu'il a recueillies pendant son séjour à Cette en 1868. Conservation des Spongiaires. — Les Spongiaires peuvent être disposés en collection comme les échantillons minéralogiques, c’est-à-dire placés sur des socles en bois; mais on doit éviter pour ces collections la pous- .sière et l'humidité qui pénétreraient dans le tissu des Eponges.

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