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esclave du “fanatisse”. A l'inverse de son mari elle avait été fidèle à la foi de son enfance,
La douce créature avait à peine eu le temps d'entrevoir les joies de la maternité: le soir du jour où le petit Rémi faisait son apparition en ce monde, elle était entrée dans son éternité.
Les théories athées de Figarol ne pénétraient que très difficilement dans la petite cervelle de l'enfant; il avait peine à reconnaître un “ennemi” dans cet homme si bon qui. tout en lui caressant familièrement la joue, lui disait d’un ton si doux chaque fois qu’il le trouvait sur son chemin: bonjour mon petit Rémi.”
Le coeur de l’homme de Dieu se serrait douloureusement à la pensée de ne pouvoir former à Jésus-Christ
cette petite âme qu’il soupconnait si candide; cepen-
dant il espérait toujours, et persévérait dans ses ardentes supplications et ses effroyables austérités.
Un dimanche matin, à a sortie de la grand’messe, le tambour de Rampal, qui joignait à ses fonctions de garde-champêtre celle de crieur-public, assemblait sur la pla de l’église toute la population de Moustiers- Saint-Louis. Après avoir donné lecture d’un arrêté de Monsieur le Maire. il avertissait, à l’épouvante générale, les habitants du hameau et des campagnes avoisinantes de se tenir en garde contre un chien atteint de l’hidrophobie, lequel avait été aperçu rôdant dans les environs. A l’annonce de cette terrifiante nouvelle le village se transforma aussitôt en un véritable désert. Pour ces braves gens accoutumés au grand air, cette rigoureuse claustration finissait par tourner au “carcere duro” ; aussi les premiers jours de frayeur passés, le hameau reprit peu à peu son aspect normal; d’ailleurs, pensaiton, l'animal redouté devait, depuis le temps, être enfin abattu. et l’on n’y songea plus....
C’était une belle matinée de Mars; un printemps précoce attirait au dehors tous ceux que la maladie ou l’infirmité ne condamnait point à une réclusion forcée. La marmaille des deux sexes de Moustier-Saint-Louis évoluait, selon son habitude, sous les platanes séculaires.
L’aubergiste et sa fidèle “doublure” causaient sur le seuil de l’auberge. Le premier, afin de n’en point perdre l’habitude, déblatérait à son aise contre son “ennemi” lequel, à ce moment, prodiguait ses consolations :: un pauvre moribond voisin de Figarol.
—“ J’aurais jamais erû, disait Rampal, que l’vieux père Batiste fut un “mange bon Dieu” ; paraît que l’euré l’a “anministré” à matin.
—C’est tout bonnement pour faire plaisir à sa femme, que l’honhomme s’est confessé, répondit Figarol d’un ton dédaigneux.
—Hum! l’vieux est pas si galant q'ea envers sa moitié ; même que lorsqu'il avait bu son coup—<’qui lui arrivait souvent—y cognait dur sur la malheureuse ; ça doit pas être pour elle, certain, qu’il s’fait dévot à ct’heure.
— Alors, reprit l’aubergiste, c’est q'la “robe noire” l’a sans doute “hisnostisé”.
Le garde-champêtre, peu familiarisé avec les “mots modernes” dont son ami affectait—tout e les écorchant—de saupoudrer ses virulents discours, écarquillait ses bons gros yeux, n'y comprenant goutte.
— Hinostisé”—expliqua le “savant” Figarol ça signifie, comme qui dirait : ensorcelé.”
Cette fois l’obtus Rampal avait saisi. “Alors—répliqua-t-il—<c’est un bon sort que leuré a jeté au père Ba-
tiste, car depuis qui va chex eusses il est doux comme un agneau.”
L'apparition du prêtre mit fin à la controverse que décidément cet ‘“encrouté” de Rampal engageait dans un terrain dangereux.
Au moment où l’aubergiste s’apprêtait à lancer à le
face de l’homme de Dieu son insulte coutumière, le cri: garez-vous ! retentit dans le village; un “sauve qui peu “ général s’ensuivit. Les enfants, instinctivement, se précipitèrent dans l’église, dont ils étaient proches ; seul, le petit Rémi n’osa les suivre, son père lui ayant toujours formellement interdit d’en franchir le seuil. Affolé, il se dirigeait en courant du côté de l’auberge, lorsque l’affreuse bête, les yeux injectés de sang, la gueule écumante, arriva sur la place. L'enfant poussa un cri terrible... D’un bond l'Abbé Montmoret vola à son secours et tout en. faisant à Rémi un rempart de son corps il saisit entre ses mains puissantes le cou de l’animal. Il ne lâcha prise que lorsqu'il s’aperçut que sa proie 1e bougeait plus.
L'acte héroïque du prêtre vola de bouche en bouche ; en moins de temps toute la paroisse se trouvait réunie autour de son pasteur ; mais celui-ci, interrompant leurs félicitations, les invita à remercier Dieu dont, disait-il— je n’ai été que l’humble instrument.
Ce ne fuc que lorsqu'il leva sur eux sa main bénissante qu’on s’aperçut qu’elle était ensanglantée... La consternation gagna tous les coeurs.
“ Rassurez-vous—dit le généreux pasteur—les blessures, voyez-vous, ça me connaît, et il leur désignait la large balafre qui traversait son noble front ; la dent d’un chien, poursuivit-il, en sefforçant de sourire, est mo 1s cruelle que le sabre d’un teuton, je guérirai plus vite ue cette plaie que de la première et son souvenir me sera moins amer car au moins cette fois il me rappellera une victoire |”
Cette sublime réponse fut accueillie par un formidable hourrah. La voix tonnante de Figarol et celle de ga “doublure” Aominèrent toutes les autres...
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Quelques instants après, l’aubergiste, endimanché et conduisant par la main son petit Rémi, qui étai. tout à fait remis de sa récente émotion, frappait à la porte du presbytère dont il s’était juré de ne jamais aborder le seuil. En présence de l'Abbé Montmoret il voulut parler, il ne le put, les larmes étouffèrent sa voix ; alors, dans un geste de gratitude, il prit la main bandée du prêtre et la por’a à ses lèvres : l’opiniâtre rancune, qui depuis si longtemps rongeait le coeur de Figarol, s'était | soudain évanouïe pour jamais. . 4
Sur les instances de ses ouailles, l'abbé Montmoret, comme nous l’avons vu, s’était rendu à l’institut Pasteur äe Paris. L’illustre fondateur avait voulu lui-même soigner l’héroïque malade; le cas était d’ailleurs des plus graves: dans la lutte l’animal avait mordu à plusieurs reprises son courageux adversaire, inoculant à chaque morsure son virus mortel ; néanmoins l’exceptionnelle constitution de l’Abbé À ntmoret et les soins intelligents et dévoués de l’éminent praticien firent entrevoir une heureuse issue.
Un matin, tout joyeux, Pasteur annonçait à son cher patient que la guérison était à présent une certitude; “Plus que quelques semaines de repos, ajoutait l’homme de l’art, et vous serez sauvé.”
—Docteur, répondit le malade, il faut qu'aujourd'hui même je sois à mon poste.
—Mais c’est impossible, répliqua Pasteur, votre imprudence risquerait de neutraliser les heureux effets du traitement, attendez qu’il s’achève ; peut-être est-ce pour vous une question de vie ou de mort!
—Le motif qui me pousse à retourner dans ma paroisse est plus grave encore, car il s’agit des âmes. J’ai dans mon petit troupeau deux brebis rebelles ; peut-être qu’à cette heure elles sont disposées à rentrer à la bergerie, si je laissais passer ce temps de grâce et de misé-
ricorde, je sens qu’il serait trop tard; je me dois avant tout au salut de ceux que Dieu m'a confits. Advienne que pourra de ma santé.
—Je ne vous retiens plus, lui dit alors le pieux savant: une âme qui a coûté le sang d’un Dieu vaut bien la vie d’un homme; allez, Monsieur l’Abbé, je vous approuve et je vous admire.”—Et ces deux coeurs si dignes l’une de l’autre, au moment de <e séparer, 8e Tapprochèrent dans une fraternelle étreinte.…
Mon Dieu, disait Pasteur, tar dis que l’homme de Dieu é’éloignait, donnez à votre Eglise beaucoup d’apôtres semblables à l'Abbé Montmoret.
Seigneur, répondait comme un écho la voix du saint prêtre, accordez aux savants de nos jours la foi et l’humilité du docteur Pasteur.
Le retour de l’excellent curé de Moustier fut accueilli par une joie délirante. Lui aussi était tout joyeux de se retrouver au milieu de ses chères ouailles, qui, à présent, il le sent: t bien, ne formait plus avec lui qu’une âme et qu’un coeur.
Un douce consolation l’attendait au soir de la veille de Pâques: dans les deux premiers pénitents qui vinrent s’agenouiller à ses pieds il reconnut... l’aubergiste Figarol et sa fidèle “doublure” !
Le saint prêtre exultait. Il lui aurait fallu remonter bien loin pour retrouver un bonheur semblable à celui dont il jouissait à cette heure; depris le jour où, pour la première fois, l’âme débordiate d'amour et d’allégresse, il avait gravi les marches du sanctuaire, il me s’était pas senti .i heureux.
Les cloches de Moustiers-Saint-Louis ne carillonnèrent jamais aussi joyeusement qu’en cette fête de Pàques de l’année 18...
A la suite de son Christ, la petite paroisse ressuscitait tout entière à la vie de la grâce. Cette complète résuriection était le prix de quinze années de prières, de souffrances et de larmes; la lutte avait 6t4 longue et combien pénible ! le généreux athlète en était sorti blessé à mort, c’est vrai; mais que lui importait puisqu’i était vainqueur !
Avec quelle intime jubilation l'Abbé Montmoret envon, à l'heure des complies, son *’nune dimittis”.
“Oui, mon leu, lui disait-il durant sa longue veille
os
“au pied du tabernacle, à présent vous pouvez rappeler
“à vous votre ærviteur: ma tâche est achevée. Les chères “brebis que vous m’aviez confites et qui s'étaient éloi- “gnées de vous, je les ai rammentes à votre divin bereail ; “ je reconnais, Seigneur, que c'est là votre oeuvre. moi “je u’ai été que votre humble ouvrier. Je vous offre !
“ quelques jours qui me restent à vivre et l'affreuse ago- “nie qui m'attend, pour la persévérence de mon petit ‘troupeau. Faites, à mon Pieu, qu'à l'heure du “rendez-vous suprème je le retrouve tout entier dans “votre beau paradis.
“Je vous prie aussi pour la Sainte Eglise, ma mère. ‘et pour ma tant aimée patrie, ces deux eultes de mon “coeur. Pour elles seules J'ai vécu, pour elles je veux “mourir. Et vous, Vierge sainte, qui m'avez conduit “à la victoire ne m’abandonnez point que je n’aie rem- “porté mon dernier combat.”
Trois semaines plus tard, un samedi onsecré à celle dont il avait été le si fervent cheva À l’heure mêre où l'Eglise chantait les premièr Nr pa.
tronage de Saint-Joseph, son illustre prot \bbé Montmoret allait recueillir au ciel la r promise À ceux qui ici-bas ont “combattu le bon -ombat ”
La ménocire de l’héroïque prêtre est toujours vivante parmi les habitants de Moustiers-Saint-Louis. Le paroisse est réputée aujourd’hui pour la plus fervente du diocèse. Figaro! et Rampal sont des chrétiens modèles et leur verte vieillesse fait présager qu’ils édifieront longtemps encore le paisible hameau dont ïis avaient été jadis le vivant scandale.
Si par hasard quelque “esprit fort” de passage se risque à l’auberge du vieux père Figarol, bien lui en prend de laisser à la potte ses propos sectaires et s' lasphèmes, s’il ne veut point être mis honteusement à ia porte.
Chaque matin, la première action et la plus douce joie du brave aubergiste est de servir la messe au jeune desservant actuel qui n’est autre que le petit Rémi d’autrefois.
À un petit (Jiscau «
em
L'aurore brille: au loin la tempête s'endort, L'oiseau vole . ement, sous son léger murmure La colline : :.. Ile, et comme un pur accord, Monte de & s parts l'hymne de la nature.
Soudain, dans ce concert du jour à son réveil, Une voix vient frapper mon oreille ravie:
Son accent est suave, à nul autre pareil.
C'est le tien, bel oiseau, qui célèbre: Marie.
Charmant petit chanteu:, bel oiseau du bon Dieu, O toi qui, chaque jour, viens redire ma mère,
Quel attrait ,dis-le-moi, te retient en ce lieu? Quel ange enchaîne ici ton aile si légère?
Au petit des oiseaux, dans l'espace joyeux Se jouer, emporté par ses mille caprices; Au premier vent jeter ses chants mélodieux, N'est-ce plus là la vie et les seules délices?
(1) Dans les cours de ces pensionnats congréganistes, que des Philistins persécuteurs ont fermés avec la bratalité que l’on sait, un des charmes, qui frappaient le visiteur, étaient de ces coquets oratoires en plein air, où l’on venait vénérer que'que madone, la plupart du temps une vierge de Lourdes dans cette attitude extatique qui l'a rendue si populaire. C'est à an de ces oratoires que la pièce suivante fait allusion. On comprendra, par le texte, que l'établissement, où il se trouvait, allait être fermé, et les angéliques femmes, ses hôtesses, allaient être dispersées. Ce sont ces douloureuses circonstances qui ont inspiré la plainte finale,