VII. L'amour conjugal
Combien plus agréablement se ressemblent le cœur de l'homme et celui de la femme quand ils se comprennent ! Chez l'un et l'autre, confiance entière : c'est un don réciproque. L'épouse s'appuie au bras de l'époux ; lui, l'enlace, oublie tout, ne voit qu'elle et l'Auteur de ces intraduisibles extases — car aux bonheurs indéfinis succèdent les reconnaissances sans limite. La pensée laisse la terre, monte à sa source, comme si, indigne d'elle, la terre ne pouvait plus la contenir.
Spectacle ravissant et doux de l'homme et de
la femme unis — et qui s'aiment !
La jeune fille d'hier sourit moins légèrement mais avec plus d'expression de vérité et de constance, avec plus de sûreté consolante et de garantie indubitable.
Le jeune homme, insouciant hier, a au front a pensée du lendemain qui le fait réfléchir et lui met des feux à l'œil. Il voit près de lui la fleur qu'il aime. Il se sait plus fort parce que celui qui est aimé d'une femme vertueuse est à l'abri des coups du sort. Il est plus courageux7 parce qu'il sent, chaque jour, une main plus
chaude que la veille presser la sienne, un regard plein de ciel où il mire son image tranquille, comme aux ondes d'un fleuve très pur se reflète une étoile — et il entend une voix toujours s' attendrissant lui dire :
Nous sommes deux sur le chemin. Que s'élèvent les tempêtes, je m'en moque : tu es là ! que viennent les obstacles, mon haleine réchauffera ton ardeur ! Et nous irons, de par la vie,
soutenus par notre mutuel amour.
Nous irons
Et quand nous serons des vieillards aux cheveux blancs, quand, enfin, nous ne serons plus,
les jeunes diront :
' ' Ils se sont aimés. ' ' Et nos âmes sœurs continueront leur amour
d'ici-bas, continueront de s'aimer sans fin — dans
l'Immensité !
L'amour maternel.
ANTONIO PELLETIER