IX. L'amour de la jeune filée
Il y aurait encore plusieurs portraits à exposer. Pour n'abuser pas de votre patience, j'abrège et vous offre le dernier.
C'est une rose que je vous présente.
Une rose ?
Oui, le cœur de la jeune fille est une rose.
Vous demander si la jeune fille aime, mieux vaudrait demander si elle existe. Oui, elle aime et l'univers s'allume au feu tendrement chaud de son cœur.
L,a jeune fille, c'est la sœur, la mère, c'est l'épouse. L,a jeune fille, c'est l'hier, l' aujourd'hui et le demain de l'existence. Le peuple qui s'appuie sur elle et la respecte comme elle le mérite, quand elle-même se respecte, ce peuple est grand. Et l'homme agenouillé sincèrement devant elle a
ANTONIO PELLETIER
fait ce qu'il y a de plus beau, après s'être prosterné dans la poussière aux pieds de Dieu.
Dix-huit ans ! Vingt ans ! Epanouissement du cœur de la jeune fille !
C'est alors qu'elle se confie à celui qui, demain peut-être, l'oublîra — et qu'elle-même oublîra vite.
Pauvre jeune fille, tu as vingt ans !
C'est alors qu'en des rêves purs d'avenir heureux, elle échange ses pensées, ses souvenirs, pour d'autres pensées qui caressent, tendres.
Chère jeune fille, tu as vingt ans !
C'est alors que son cœur ne lui appartient plus : il se donne, il s'est donné.
Heureuse jeune fille, tu as vingt ans !
Mais si nous avons souvent les grands amours, nous n'avons pas toujours ceux qui se dévoilent d'emblée, à cause, parfois, d'un doute brisant ceux que son absence aurait unis : ainsi, deux âmes sœurs se touchent sans s'étreindreet se regrettent ensuite, quand un seul mot aurait fait des heureux.
Pourquoi ?
Nous n'avons pas à demander raison à Dieu de
la marche des choses ni de l'état des sentiments. Néanmoins, j'ai voulu signaler ces amours inavoués — aussi forts que bien d'autres connus.
Inavoués, pour quel motif ?
Je n'ose résoudre ce problème, mais l'avancé n'est pas moins réel.
Une question.
Cet ennui ne découlerait-il pas d'une ignorance de soi ou d'un manque d'observation ?
Je dirai donc à la jeune fille :
"Cherche sérieusement l'être que tu es et celui qui te complétera en se perfectionnant, car il n'y a qu'un cœur à l'unisson du tien. Puissestu le rencontrer ! Tu le reconnaîtras à sa générosité, à sa douceur, à sa délicatesse, à son respect pour toi. Il est à ton âme l'air de sa vie, ce qu'est l'espace à l'oiseau.
L'oiseau, ici, c'est ton cœur, jeune fille.
Il en a les chants variés et jolis, la légèreté charmante, le courage, l'espérance. Il a la force de l'aigle et ses fiertés, les longs roucoulements de la colombe, l'abnégation du pélican qui se déchire les entrailles et meurt pour ceux
ANTONIO PELLETIER
qu'il aime. Il a tout cela et quelque chose encore, et plus il prodigue, et plus il laisse entrevoir."
" O jeune fille, sois toujours l'auge que nous rêvons en toi, et, heureux de presser ta main égarée dans la sienne, le jeune homme noble et fier pourra te soupirer sans crainte :
il Aimons-nous ! "
Mesdames et messieurs : —
Dans il Le meunier, son fils et l'âne", Lafontaine écrit :
" Il est difficile de contenter tout le monde."
Si ce mot a son application, c'est dans un sujet comme celui-ci, où chaque individu expérimente et peut conclure différemment.
C'est pourquoi je vous prie de croire à la sincérité de mes paroles.
J'ai voulu vous remettre en mémoire certains bonheurs oubliés très souvent parce qu'on les a ; j'ai voulu vous faire prendre un nouvel essor vers le pays de l'amour vrai, vous enlever au terre à terre et vous conduire au but de l'existence — but indiqué dans ces mots :
' ' Aime Dieu et ton prochain ! ' '
CCKURvS ET HOMME DE CCEUR.
Permettez-moi, mesdames et messieurs, avant de descendre de cette tribune, de vous souhaiter Y autour qui rend la vie plus belle, l'amour digne de vos nobles cœurs.
Novembre 1 SX) 1 .