‹ Cœurs et homme de cœurChapitre 22 sur 53 · CREPUSCULE · texte numérisé non relu

CREPUSCULE

à mou frère Maurice.

Rouge et rond, le soleil se couche derrière les Laurentides, là-bas.

Ciel bleu sombre.

A la ferme, silence, ou à peu près.

Des vaches ruminent dans les champs voisins. Leurs grands yeux pleins d'eau fixent l'horizon. Elles attendent les paysannes qui, une à une, arrivent, leurs seaux au lait suspendus au coude.

Jeanne, contre son habitude, est la dernière, ce soir.

Depuis quelque temps, la jeune fille est pensive.

Qu'as-tu donc, tendre mignonne?

CCEURS ET HOMME DE CCEUR.

Elle approche, distraite. E' odeur du foin fleurant bon la grise. L'herbe s'incline sous ses pas. La chaudière se balance et crie au bout de ses doigts potelés, et, propre, brille.

Tout à coup, dans le lointain, vibrante et grave, la voix d'un faucheur en retard fait entendre un refrain du pays.

Jeanne, une main sur la hanche, la tête un peu haute, droite dans l'enclos, s'arrête, écoute.

C'est Jules, le fier gas à Jacques, Jules, le plus rude travailleur du village, le bon Jules, comme dit M. le curé. Ah ! bien des beaux petits yeux le cherchent, à la messe, le dimanche !

Ea voix s'éloigne, s'affaiblit, se perd dans les blés mûrs. Et la belle Jeanne, tandis qu'une larme réchauffe ses longs cils noirs, trace un signe de croix, penche délicieusement la tête, et prie :

E' angélus sonne au vieux clocher. . .

Mai 1903.

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