NICOLET
Après uu cours commercial et des humanités au Collège de Lévis, avant d'entreprendre les captivantes études de la philosophie chez les Jésuites, j'eus l'avantage de vivre deux ans à Nicolet.
Le Rév. Art. McDonald — en Belles-Lettres — a guidé mes premiers essais littéraires. L'année suivante, messire Cantin m'encourageait à écrire et à prononcer beaucoup de discours.
Sous la sage direction d'un homme très distingué, pour qui je garde une forte affection reconnaissante— M. l'abhé J. S. H. Brunault — je terminai ma Rhétorique.
Ce temps, trop vite lointain, d'une parcelle de ma jeunesse, me repasse dans le cœur aujourd'hui que l'on célèbre les vingt lustres du Séminaire de Nicolet. J'aurais de la satisfaction, mon cher
CCËURS ET HOMME DE CCEUR.
lecteur, à parcourir avec toi les phases de l'existence de cette belle et ancienne maison religieuse. Va plutôt consulter l'ouvrage récent de l'abbé Irérée Douville, littérateur et savant de haute marque et d'une modestie parfaite.
Néanmoins, je me sens incapable de mutisme en face des souvenirs qui me touchent délicieusement l'âme, à l'occasion des fêtes actuelles du centenaire ; car, je suis plus qu'un peu l'enfant de tous ces bons prêtres de Nicolet.
Connais-tu, lecteur, notre vieux collège?
L'idée qui me frappe d'abord, en me le rappelant, est celle d'union. Jamais n'oublierai, certes, les franches amitiés nouées là — en des jours vécus à la course — comme on vit les instants heureux — parce que des circonstances particulières m'ont dernièrement encore prouvé qu'elles sont inaltérables.
L'élève de Nicolet ne peut, non plus, oublier la grande voix sourde du vent dans les multiples pins énormes de la ' ' cour " ; ni le long bruissement majestueux des chênes du " jardin " ; ni le murmure plein de poésie sereine des érables, des merisiers, des bouleaux, des saules du "bois" ;
ANTONIO PELLETIER
ni la voix claire, charmante et pure, de l'eau fugitive de " l'Etang du 24 mai." — Avec émotion, je me souviens des mille sentiers perdus et durcis sous les pas des prêtres, des ecclésiastiques, des écoliers : — sous les pas des saints prêtres qui, dans le calme des beaux midis ensoleillés, lisent dévotieusement leur bréviaire ou récitent des prières à la Vierge, dans l'ombre des feuilles mobiles et fournies ; — sous les pas des ecclésiastiques qui vont, après dîner ou par les soirs tranquilles, demander du repos à la solitude et du courage à la beauté puissante de la nature; — sous les pas des écoliers en quête d'une espièglerie nouvelle, contents de la vie, le cerveau en mal de chimères, le cœur en . . . assez ! . . .
Presqu'à l'entrée du "bois," j'aperçois encore l'enclos de l'Académie où j'eus, pour une des premières fois, l'honneur - en plein air— de combattre, par la parole, des adversaires de circonstance—qui sont, depuis— vive Dieu ! mes amis.
La barquette de " l'Etang " m'a promené oh ! combien ! plus que d'autres peut-être, parce que ma chétive santé iieme laissait pas régulièrement suivre les classes. Alors, je passais, avec mes
livres et mes rêves, de longs jours rapides à naviguer lentement, paresseusement, à écouter les contes d'amours naïfs des petits oiseaux, de toutes parts, à entendre au loin la voix du semeur, celle de la paysanne, le hennissement d'une fière cavale, à voir les tableaux incomparables que le Créateur étale sous les regards de l'homme, en toutes saisons, surtout à l'approche de mai. Mai ! le printemps, le mois de l'amour, celui de l'innocence et de la candeur, parce qu'il est le mois de Marie !
Mon cher lecteur, pardonne-moi, veux-tu, de bien peu t' intéresser en décrivant mal une faible partie de mes réminiscences?
Je n'en finirais plus si j'entreprenais de parler de ' ' St-Michel aux pique-niques " , du " lac' ■ , du séminaire lui-même. . . enfin, de tout. . . là !
Ma plume, impuissante à rendre la force des battements de mon cœur, s'arrête ; mais, chers amis, mes pensées volent à vous, et mon âme aime toujours " autrefois ! "
Avril 1903.