LA SANTE DU PARLEMENT
au très honorable Sir Wilfrid Laurier Premier Ministre du Canada.
Vers lus par V auteur au banquet des E. E. M.
Bon comme le baiser de la femme qu'on aime, Comme lui très grisant de parfums sans pareils, Que le nectar des dieux s'échappe en flots vermeils, Qu'il exalte nos cœurs dans un élan suprême !
Invités, professeurs, amis, vous tous, gaîment, Au pur contact du vin, rougissez-vous la lèvre, Et doublez votre ardeur qui ne doit être mièvre Je bois à la santé de notre Parlement !
— ni —
Grands canadiens des jours passés, je vous salue ! Avant d'ouvrir la tombe à vos os refroidis, De peser lourdement sur vos membres raidis, De clore vos regards d'une main vermoulue,
D'éteindre l'étincelle en vos âmes de preux, Avant que de sourire, en vous voyant sans vie, A ses pieds décharnés, sous son œil plein d'envie, Avant de vous tenir dans ses bras vigoureux,
La mort vous a permis de tresser des couronnes, Ornements des tombeaux où vous dormez en paix, A l'ombre de la croix, sous quelque bois épais, Le sommeil des héros, en les nuits monotones !
Vous avez combattu pour défendre nos lois, Notre religion, notre langue, nos terres, Et vous avez écrit, en puissants caractères, Votre nom à côté des grandeurs d'autrefois !
ANTONIO PELLETIER
Pères anciens, salut ! Nous buvons à vos gloires ! Le sang qui vous brûlait était un sang très pur. A votre souvenir, cœurs beaux comme l'azur ! Buvons au temps passé ! Buvons à ses victoires !
Les ans coulent bien vite, et ce jour aux hiers Succède avec vertige — ainsi les hommes passent.... Demain, compterons-nous parmi ceux qui s'effacent ? Hâtons-nous d'acclamer ceux dont nous sommes fiers
Notre époque a vu naître, au sein de la Patrie, Des âmes dont le sang s'émeut avec ardeur : Ces demi-dieux du peuple ont compris la grandeur De cette nation et quels doigts l'ont pétrie.
Aussi, se tiennent-ils debout aux premiers rangs. C'est l'heure du combat : ils sont à la bataille, Frappant à chaque instant, et d'estoc et de taille, Ils sont les vrais héros, ils sont les conquérants !
^CCEURS ET HOMME DE CCEUR.
J'admire le soldat qui prouve sa vaillance. Qu'importent les boulets : il meurt au son du cor, Abrité des replis du drapeau tricolore Le drapeau de l'honneur — vierge de défaillance !
L' arène politique acclame aussi les siens : Le cœur et la raison suivent la même route, Et le conflit de race est en pleine déroute. Soyons unis, voilà les mots des chefs anciens
Ees hommes d'aujourd'hui répètent ces paroles, Et dépensent leur vie au service des leurs. Le bon sang ne meut pas et jamais les douleurs N'ont affaibli la voix de nos chères idoles.
Tout prospère au pays, et d'un temps de succès Le soleil a paru. Sur l'horizon immense, Avec un stylet d'or, la main de l'Espérance A tracé deux grands mots : " IyUmières et Progrès ! '
ANTONIO PELLETIER
C'est à votre santé que je lève mon verre, Mon verre pétillant d'un nectar purpurin. C'est à votre santé que boit le carabin, Politiciens du jour, têtes du Ministère !
Etudiants joyeux, buvons, buvons gaîment, La liqueur qui réchauffe et fait vivre plus vite, Le bon vin qui fait rire. Amis, je vous invite A boire à la santé de notre Parlement ! Janvier 190.°>.
P. S.— MM. P. Quesnel, A. Brissct, PS. David, A. Sabouriu,f. B. Prince ont proposé les autres santés.
A ce banquet, plusieurs professeurs — entre auties Sir William Hingston, les Drs Deniers, Boucher, Le sage, Valin, Boulet, Le Cavalier ont eu la condescendance de donner leur approbation au réel mouvement littéraire qui se fait parmi les E. E. M. depuis un certain nombre d'atinées.
fe vois avec plaisir qiï ils ont compris que la littérature ne prend pas les heures utiles de l étudiant, mais celles que nous perdrions, un peu partout, de mille manières fournies par les trop fréquentes circonstances.
fe ne crains pas d' ajouter que la culture des lettres est une sauvegarde, durant la vie universitaire, comme V amitié oit V amour d' une honnête fille .