ESPÉRANCE
Ami, pourquoi pleurer le cœur qui se referme, Celui pour qui déjà le tien avait battu? N'as-tu pas vu, parfois, sur la route, abattu, Se dessécher le lis et mourir en son germe ?
La fleur, c'est ta jeunesse, et sa mort ton amour ! L,e lis pourra renaître et fleurir de sa cendre ; Ton amour va germer et vers toi vont descendre Les parfums d'autres cœurs, non plus lis d'un seul jour
C'est ainsi que la mort, dans la belle nature, Fait sourdre d'elle-même, aux regards étonnés, La vie ! Amour perdu, pourquoi les cœurs peines Ne te verraient-ils pas naître de ta blessure ?
Je n'ai jamais pu croire — et ne croirai jamais — Que l'amour échangé se perde dans le vide : Vous vous aimiez, ou l'un de vous était perfide ! Peux-tu, peut-elle dire : u Ami, vraiment, j'aimais..."
Alors, trêve aux sanglots plus glacés que le givre L'oubli qui vient en nous, l'amour le fait périr. Espère, adore, attends: l'amour ne peut mourir ; Et bientôt sans ton cœur son cœur ne saura vivre
Sept. 1901
Je la nomme ' ' ma mie ' ' : — un bébé de vingt ans ! Et, certes, je l'adore en dépit de l'espace Et de l'heure qui coule ainsi qu'un vent qui passe C'est une tendre fleur, très belle en son printemps.
Ses beaux grands yeux sont faits de parcelles de rêves, Au ciel souvent levés, ils semblent chercher Dieu ; I/ange a de ces regards par delà l'azur bleu : CEil doux, caressant, l'œil d'une vierge qui rêve.
ANTONIO PELLETIER
Ses longs cheveux, pour moi dénoués avec art, Tombent par flots de soie en des courbures d'onde, Serpentent sur son col, sur son épaule ronde. Autour d'elle s'épand une senteur de nard.
Quand sa lèvre s'entr'ouvre un poème s'exhale :
Sa voix a des douceurs que seul a le baiser,
Tous ses mots sont des chants à l'immortaliser.
11 Poète, tais- toi donc, près d'eux ton vers est pâle ! "
Sa main de marbre blanc ne se ferme jamais, Lorsque s'ouvre la main du pauvre qui demande ; Son cœur sait consoler ; chaque fois, son offrande S'embellit du souris d'une grande âme en paix.
Son pied ne connaît pas le tourbillon des danses, Ses doigts n'ont pas pressé le bras chaud du valseur. Elle ignore le mal. Elle aime la douceur Des prières sans fin en leurs élans intenses.
CCEURS ET HOMME DE-CCEUR.
Ee rythme de mon cœur accélère toujours, Quand je songe aux demains des amours qui survivent : Des pensers de bonheur constamment me poursuivent. Le soleil luira-t-il du plus cher de nos jours ?
Heures brèves, coulez vite de votre source, Jusqu'au temps où le ciel unira nos destins ; Alors, très lentement, revenez aux matins Des jours de votre aurore — et cessez votre course !
Oct. 1902.