ENTRE NOUS
Ma Jeannette, les fleurs parfument, tu le sais : Je voudrais que tu sois toujours comme les roses ! I^e matin, tu le sais, a des sourires roses : Que tu sois le matin, et ne pleures jamais !
Sourire, parfumer, c'est l'œuvre de la femme : Sourire aux malheureux, sourire aux délaissés, Parfumer la blessure ouverte des blessés, Souffrant parfois du corps, souffrant surtout de l'âme.
ANTONIO PELLETIER
Ma Jeannette, entends-tu chanter le rossignol ? Gazouille comme lui ; comme toi c'est un ange. . . Quel est, sous bois, dis-moi, quel est ce bruit étrange? Un bruit d'adieu ! un bruit d'oiseau qui prend son vol. . .
O ma Jeannette, toi, ne l'imite pas : reste ! Pour adoucir nos maux, la femme doit chanter : Chante, veux-tu, ma soeur?... L'homme ne peut lutter, Femme, si tu n'es là pour l'animer du geste.
Vois-tu, dans le lointain, se coucher le soleil? On dirait qu'il sanglote, on dirait qu'il regrette. Ne fais pas comme lui, gracieuse Jeannette ; Car je veux du bonheur dans ton regard vermeil !
Regarde, dans la nuit, la lune qui s'avance Majestueusement calme : une reine, un roi !.. . Comme elle, chère enfant, approche sans effroi Ton coeur est un oiseau palpitant d'espérance ! Sept. 1901.