‹ Cœurs et homme de cœurChapitre 8 sur 53 · III. DÉFINITIONS ET SOURCE PREMIERE DE V AMOUR · texte numérisé non relu

III. DÉFINITIONS ET SOURCE PREMIERE DE V AMOUR

Aimer c'est vivre, a dit quelqu'un.

Sans l'amour, il n'y a pas de ciel, pas de Dieu, puisque Dieu est l'amour sans mesure, puisque Dieu est le soleil dont l'amour est le rayon.

Mais l'amour qu'est-ce donc ?

L'amour est un acte de foi ; c'est le pivot des prodiges, celui qui soulève et rend légers les plus lourds poids qui accableraient l'homme sans lui ;

CCBURS ET HOMME DE CCEUR.

c'est une source dont chacun peut puiser l'eau rafraîchissante. L'amour est ce qui nous berce pour endormir nos douleurs, c'est l'espérance en action. L'amour est une coupe d'or remplie de liqueur vermeille : on y boit, un petit nombre s'y empoisonnent, d'autres y trouvent un regain de jeunesse et de courage — récompense de ceux qui ont su aimer. E' amour, c'est ce qui fait souffrir un cœur, et loin d'en arrêter les élans, le fait bondir plus fort pour cette raison même. L'amour est un rayon d'en-haut tombé sur la terre, et qui réjouit, éclaire, réchauffe : il charme nos maux, excite à la vertu, reprime les vices, console de l'ingratitude et des misères, impose un joug, un frein, aux passions funestes, remplit l'âme d'une grande sérénité. L'amour est œ sur quoi s'appuie l'existence ; c'est le mobile de nos actions, l'union, l'étreinte des êtres ; c'est ce lien de fer noué d'une rencontre, d'une parole, d'un regard, d'un soupir, de presque rien, de rien ; c'est l'instigateur des arts, des sciences, des plaisirs, des peines, de la philosophie qui embaume les plaies ; c'est un mystère plus inexplicable pour l'homme que la loi soutenant

ANTONIO PELLETIER

les soleils au-dessus de nos têtes — cette loi qui fait gazouiller le rùisselet sur un roc, qui fait tressaillir le brin d'herbe aux chansons d'une brise qui le touche en passant. L'amour c'est, dans une humble chaumière, Militona, de son corps défendant Andrès contre les jalouses fureurs du terrible Juancho. L'amour, c'est Paul, nerveux de désespoir, s' élançant dans les flots tourmentés, luttant contre les vagues montagneuses, au bord de l'île de France, pour sauver Virginie abandonnée par l'équipage du Saint-Gérant en détresse : Virginie, l'amante fidèle au souvenir, à son cœur, à la vertu. L'amour est quelque chose de plus mystérieux et incompréhensible, de plus profond que la voûte azurée dont l'inconnu trouble les intelligences, assoiffé les cœurs dans des désirs inassouvibles d'élans pleins d'espérance. L'amour c'est l'aile de l'âme qui nous élève au-dessus des vicissitudes de la vie.

L'amour, ai- je dit, c'est Dieu.

Infini, Unique, Adéquat en perfection, et, en Soi, Etre essentiellement Un, Dieu ne produit qu'un acte, qui concentre dans Son présent l'avenir et le passé. Il n'est immuable, dirait-on, que

CCEURS ET HOMME DE CCEUR.

pour donner toute la force de Son intelligence à ce seul acte qui Le résume, qui est Lui, et sans lequel II ne serait pas Dieu : cet acte unique, c'est l'amour, essence de l'Etre en tant qu'Etre, l'amour fascinant par sa beauté ceux qui s'efforcent de ne le pas entrevoir dans l'œuvre du Créateur.

L'amour, enfin, c'est Dieu, puisque Dieu est la cause et l'effet en même temps, dans ce seul acte qu'il produit, le mal étant synonyme de haine, la haine antagoniste de l'amour, et Dieu ne pouvant produire le mal, pour cette raison qu'il se détruirait Lui-même et que l'idée d'Infini destructible est absurde.

Demandez aux théologiens quelle est l'occupation de Dieu dans les espaces sans bornes.

Ils répondront :

" Dieu se contemple et s'aime ; s' aimant, Il aime Sa créature en Lui."

Nous avons l'origine première de l'amour.

Page 1