‹ Cœurs et homme de cœur [microforme]Chapitre 10 sur 62 · EE · texte numérisé non relu

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SILHOUETTE

“ATTALA.”

Après avoir parlé des chroniqueuses actuelles

des journaux Canadiens-français de Montréal,

il est à propos, ce me semble, d'ajouter un paragraphe pour ATTALA (Melle. Valois) directrice du ‘‘ Coin du feu ”’, au ‘Monde Illustré.’

ATTALA n’est pas, suivant moi, une chroniqueuse comme les autres : sa collaboration est irrégulière. Je dirai qu'elle est une collaboratrice assidue et sur laquelle on peut compter.

Cette position est précisément celle qui lui

convient, si l’on tient compte de sa répulsion à publier.

En effet, une certaine timidité la paralyse, une

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sorte de crainte sans motif apparent la concentre

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À la campagne.

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ea elle-même, et c'est une Contrainte, un effort, chaque fois qu'elle abandonne son manuscrit au prote.

A-t-elle raison ?

Oui et non :

Oui, si elle garde ses œuvres pour les perfectionner sans relâche : non, si elle pense atteindre l'irréprochable : Ja perfection n'est pas de l'homme ni... de la femme : hélas !.… Oui, si la modestie l'oblige au silence, à redouter la gloriole, à fuir un mot d'approbation ; non, si la eur des critiques, (acerbes, jalouses, injustes, assez Souvent) si l’effroi du blâme l’arrêtent.

Dans tout ce qui s'élabore ici-bas, il y a du clinquant, et qui veut le faire sonner le peut sans déploiement d’une force extraordinaire.

Ne discute-t-on pas Homère, Bossuet, Racine, Chateaubriand ? Ne critique-t-on pas la Bible ? Et sous le même, mais faux prétexte, n’a-t-on pas flagellé le Christ ?

Allez donc, après cela, vous croire idole !

Et parce que vous n'êtes pas le dieu de tous, refuserez-vous d'être l’ami de quelques-uns ?

J'irai plus loin.

CŒURS ET HOMME DE CŒUR

Si, en agissant ou en écrivant, une seule personne, une seule, devait vous aimer, je dirais : écrivez, agissez ; car un coeur qui aime vaut plus que tous ceux qui n'aiment pas.

En retour, aimez et donnez !

ATTALA, timide pour elle, ne l’est pas pour les autres |!

J'entends qu'elle accueille volontiers, dans sa

page, les jeunes plumes désireuses de causer avec des amis inconnus.

Je la félicite chaleureusement.

Favoriser l’éclosion et l'expansion des talents d'écrivains en perspective est une oeuvre de justice.

Il ne faut pas craindre l’ombrage qu’un voisin peut nous donner ; il ne faut pas craindre d’être surpassé par un jeune écrivain que nous aurons protégé ; ce serait de la jalousie, de l’'égoisme, de l’orgueil, de la bêtise.

S'il nous égale, s’il nous surpasse, sa force, sa gloire, rejailliront sur nous. Le bienfaiteur est toujours, et malgré tout, l’auteur du bienfait.

Et la reconnaissance n’est pas morte, Admettons, pour un moment, l’ingratitude de

chaque protégé.

ANTONIO PELLETIER ent ns

= mn ——

Faudrait-il, Pour cela, devenir pessin :4te ?

Non.

Si l’on oublie que vous avez fait ‘du bien ’’, Vous, en vous-même, vous aurez le bonheur d’entendre une voix qui criera :

Tu as fait ‘‘ le bien”?

Pourriez-vous, alors, ne pas aider, même l’ingrat ?

J'ose néanmoins affirmer que les vrais ingrats

sont peu nombreux ; Ce Sont plutôt des malrecon-

naissants,

On s’effraye, en général, sur ce point, comme sur d’autres.

Mettons un grain de bonté dans notre jusement trop sévère et, par ce moyen, la plupart du temps, le doute disparaîtra à notre insu,

Le bien se trouve Partout ; il suffit d'ouvrir l'œil pour l’apercevoir : ouvrons l'oeil.

Melle ArrALA traite ordinairement des sujets sérieux et envisage surtout le côté pratique des choses,

Je remarque, dans ses productions littéraires,

la note plaintive, un gémissement : elle est triste.

CŒURS ET HOMME DE CŒUR

À:t-elle souffert ? A-t-elle prié sur la tombe des siens ?

Qui n’a pas pleuré ignore la vie !

Mais il est des êtres de privilège sur qui le

Ciel semble frapper avec complaisance : de même

un forgeron bat sur l'enclume le fer qu'il veut

rendre meilleur.

J'aime encore ArrALA lorsqu'elle parle du dévoñûment, de l’abnégation, de l'énergie nécessaires à la femme qui gagne elle-même son pain de chaque jour ; je l'aime aussi quand elle lutte pour les intérêts de la femme dans la société et sorsqu'’elle indique le chemin du bonheur dans la famille,

ATTALA est un porte-étendard des légions féminines.

Elle aime son sexe et le prouve.

Belle cause !

Rien n'éclate dans les écrits d'ATTALA. Son naturel est secondé par une précision de style simple, uni, sans apparat, qui plaît—et attire doucement. L'on suit bien la marche de Sa narration : c’est calme et clair. Sans essayer de convaincre en émouvant, elle exprime des pen-

sées qui charment.

ANTONIO PELLETIER

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