‹ Cœurs et homme de cœur [microforme]Chapitre 9 sur 62 · TE UT TR EU ESC COEN · texte numérisé non relu

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Elle doit être vieille, laide, désabusée, chagrine, Sans illusions, etc.

Il faut voir si l'on se trompe !

Brune ou blonde, ni blonde ou ni brune ?

N'importe !

Jeune, quoique sa plume trahisse de la lutte.

Jolie ?

Indiscrétion !

Bonne, capable d’être un rien maligne, pas méchante : franchement affectueuse : accueillante ; esprit pétillant qui Vous retient là, à converser, et vous oblige à croire que le temps multiplie ses ailes pour fuir plus vite ; d’une calme gaieté communicative ; Surabondante de vie et

d'espérance ; j'allais ajouter d'illusions : un lys,

‘quoi, s'entr’ouvrant à l'aurore et croyant ne se

devoir jamais fermer.

MADELEINE, de plus, a un oeil fin qui

caresse (je vous souffle cela, moi, à l'oreille, tout

bas).

Résumons :

Un bon coeur doublé d'intelligence.

Dans ses écrits, nous voyons ‘un peu’ de ce

que je viens d'affirmer.

CŒURS ET HOMME DE CŒUR

Pourquoi ‘‘un peu'” et non ‘tout’ ?

On ne se met Pas ‘‘ tout ‘’ dans une page ; on se Sous-entend, en quelque sorte.

Pourquoi ?

Vous qui tenez une piume ne poserez pas sérieusement cette question, j'imagine,

Si l'on couche une pensée dans un article, cela né prouve pas qu'on ait vidé son cerveau ; au contraire, l'intelligence fatigue la plume et l’épuise. Si l'on sent un frisson d'âme, ce n'est pas l'âme entière. L'intelligence est plus forte,

le coeur plus vaste qu: l'expression : la plume

est plus faible que nous.

En ferai-je un reproche à l'écrivain ?

Non.

L'expérience démontre que jamais auteur ne sera ‘tout ce qu'il est’ dans ce qu'il écrit, Lamartine, Chateaubriand même, cnt déploré cette impuissance.

Donc, si vous affectionnez ‘* MADELEINE, femme de lettres’', vous aimerez davantage ‘MADELEINE, simplement femme.’

Le style de cet écrivain a du jeu. Enfant

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gâté, il chante, pleure, a du rire, des colères

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ANTONIO PELLETI ER.

d’une minute : c'est un faon qui s'élance dans la liberté de la plaine, une abeille dont le miel est agréable, un Papillon dans la lande : il vole d'une leurette à l'autre fleurette ct parfume l'air en

passant.

Lisez ses causeries et dites-moi, si vous pouvez

—qu'une femme doit se taire !

MADELXINE a des mots railleurs, de fines phrases, des idées, des manières de dire personnelles ; elle a des trouvailles plaisantes,

Pourquoi ne choque-t-elle pas dans cette route difficile ?

Elle est sans affectation !

Pourquoi la Comprenons-nous si bien ?

Elle a du coeur,

Et, de fait, le coeur est le centre de gravité de tous les êtres. Son acte—amitié ou amour—-est

le mobile de l'existence, Ja solution des plus

grands problêmes, la compréhension des individus, la conclusion du monde. Un être sans Coeur n'est rien : le coeur est tout. Qui a sauvé le monde ? Est-ce l'intelligence de Dieu, où son

coeur ?

CŒURS ET HOMME DE CŒUR

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Melle Gleason voit vite—et bien, Elle doit peut-être cette faculté À Ja perte de sa mère,

qu'elle n'a pas connue : de À, un besoin préra-

turé d'observation et de réflexion.

Combien à plaindre l'enfant qui n'a pas de

mère près de son berceau pour le bercer et l'endormir ! pas de mère pour étancher délicieuse-

ment cette soif immense qui brûle les petits à Ja lèvre ! pas de mère !.. oh ! Çà fait mal, çà !

La tendresse dont MADELEINE dispose

toujours ne viendrait-elle pas du fait que sa mère lui a laissé dans le sang, pour d’autres, ce

qu'elle-même—sa imère—n'a pu prodiguer à la chère petite de soins affectueux et d'amour ? À quelle école devons-nous MADELEINE ?

Aux romantiques et aux Parnassiens, Chateau-

briand a oublié chez elle quelques sourires, Lamartine aussi, Musset davantage et les modernes,

surtout Alphonse Daudet.

Avant de finir ces notes, je serai indiscret : MADELEINE offrira bientôt à ses amis un recueil de ‘‘ Nouvelles ”’ inédites. Elle veut donner une oeuvre digne des amateurs gourmets et

gourmands.

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Pardon, Maperrixe. j'ai la langue d'Âve dans ja bouche, aujourd'hui !

Amis, lisez nos femmes de lettres, c’est le meilleur moyen de Coniprendre leir mérite et de les aimer : juste récompense !

Et à vous, MADELEINE, que dirai-je ?

Voyez mon désir de vous peindre avec exactitude. Est-ce ma faute, à moi, si Je modèle a des couleurs que le pinceau n'a pu iendre ? Me blâmerez-vous si je n'ai pu suivre fidèlement

dans le ciel clair —Ja colombe ?

PS Le volume dont it est ici question a remporté un

très beau succès. J'en félicite cordiat. ment l'auteur.

Août 1901.

AN

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