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Elle doit être vieille, laide, désabusée, chagrine, Sans illusions, etc.
Il faut voir si l'on se trompe !
Brune ou blonde, ni blonde ou ni brune ?
N'importe !
Jeune, quoique sa plume trahisse de la lutte.
Jolie ?
Indiscrétion !
Bonne, capable d’être un rien maligne, pas méchante : franchement affectueuse : accueillante ; esprit pétillant qui Vous retient là, à converser, et vous oblige à croire que le temps multiplie ses ailes pour fuir plus vite ; d’une calme gaieté communicative ; Surabondante de vie et
d'espérance ; j'allais ajouter d'illusions : un lys,
‘quoi, s'entr’ouvrant à l'aurore et croyant ne se
devoir jamais fermer.
MADELEINE, de plus, a un oeil fin qui
caresse (je vous souffle cela, moi, à l'oreille, tout
bas).
Résumons :
Un bon coeur doublé d'intelligence.
Dans ses écrits, nous voyons ‘un peu’ de ce
que je viens d'affirmer.
CŒURS ET HOMME DE CŒUR
Pourquoi ‘‘un peu'” et non ‘tout’ ?
On ne se met Pas ‘‘ tout ‘’ dans une page ; on se Sous-entend, en quelque sorte.
Pourquoi ?
Vous qui tenez une piume ne poserez pas sérieusement cette question, j'imagine,
Si l'on couche une pensée dans un article, cela né prouve pas qu'on ait vidé son cerveau ; au contraire, l'intelligence fatigue la plume et l’épuise. Si l'on sent un frisson d'âme, ce n'est pas l'âme entière. L'intelligence est plus forte,
le coeur plus vaste qu: l'expression : la plume
est plus faible que nous.
En ferai-je un reproche à l'écrivain ?
Non.
L'expérience démontre que jamais auteur ne sera ‘tout ce qu'il est’ dans ce qu'il écrit, Lamartine, Chateaubriand même, cnt déploré cette impuissance.
Donc, si vous affectionnez ‘* MADELEINE, femme de lettres’', vous aimerez davantage ‘MADELEINE, simplement femme.’
Le style de cet écrivain a du jeu. Enfant
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gâté, il chante, pleure, a du rire, des colères
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ANTONIO PELLETI ER.
d’une minute : c'est un faon qui s'élance dans la liberté de la plaine, une abeille dont le miel est agréable, un Papillon dans la lande : il vole d'une leurette à l'autre fleurette ct parfume l'air en
passant.
Lisez ses causeries et dites-moi, si vous pouvez
—qu'une femme doit se taire !
MADELXINE a des mots railleurs, de fines phrases, des idées, des manières de dire personnelles ; elle a des trouvailles plaisantes,
Pourquoi ne choque-t-elle pas dans cette route difficile ?
Elle est sans affectation !
Pourquoi la Comprenons-nous si bien ?
Elle a du coeur,
Et, de fait, le coeur est le centre de gravité de tous les êtres. Son acte—amitié ou amour—-est
le mobile de l'existence, Ja solution des plus
grands problêmes, la compréhension des individus, la conclusion du monde. Un être sans Coeur n'est rien : le coeur est tout. Qui a sauvé le monde ? Est-ce l'intelligence de Dieu, où son
coeur ?
CŒURS ET HOMME DE CŒUR
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Melle Gleason voit vite—et bien, Elle doit peut-être cette faculté À Ja perte de sa mère,
qu'elle n'a pas connue : de À, un besoin préra-
turé d'observation et de réflexion.
Combien à plaindre l'enfant qui n'a pas de
mère près de son berceau pour le bercer et l'endormir ! pas de mère pour étancher délicieuse-
ment cette soif immense qui brûle les petits à Ja lèvre ! pas de mère !.. oh ! Çà fait mal, çà !
La tendresse dont MADELEINE dispose
toujours ne viendrait-elle pas du fait que sa mère lui a laissé dans le sang, pour d’autres, ce
qu'elle-même—sa imère—n'a pu prodiguer à la chère petite de soins affectueux et d'amour ? À quelle école devons-nous MADELEINE ?
Aux romantiques et aux Parnassiens, Chateau-
briand a oublié chez elle quelques sourires, Lamartine aussi, Musset davantage et les modernes,
surtout Alphonse Daudet.
Avant de finir ces notes, je serai indiscret : MADELEINE offrira bientôt à ses amis un recueil de ‘‘ Nouvelles ”’ inédites. Elle veut donner une oeuvre digne des amateurs gourmets et
gourmands.
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Pardon, Maperrixe. j'ai la langue d'Âve dans ja bouche, aujourd'hui !
Amis, lisez nos femmes de lettres, c’est le meilleur moyen de Coniprendre leir mérite et de les aimer : juste récompense !
Et à vous, MADELEINE, que dirai-je ?
Voyez mon désir de vous peindre avec exactitude. Est-ce ma faute, à moi, si Je modèle a des couleurs que le pinceau n'a pu iendre ? Me blâmerez-vous si je n'ai pu suivre fidèlement
dans le ciel clair —Ja colombe ?
PS Le volume dont it est ici question a remporté un
très beau succès. J'en félicite cordiat. ment l'auteur.
Août 1901.
AN