‹ Cœurs et homme de cœur [microforme]Chapitre 12 sur 62 · CONFERENCE · texte numérisé non relu

CONFERENCE

Li CŒUR MORAL.

M. le PRÉSIDENT, MESDAMES, MESSIEURS,

L'an dernier, en présence de l'auditoire de

l’Union Catholique, j’eus l'honneur de décrire la

circulation chez l'homme. J'ai parlé du cœur et

de ses auxiliaires —les vaisseaux et le sang.

CŒURS ET HOMME DE CŒUR

Après cette lecture, le R. P. Lalande m'a sug-

géré une étude comparativ

e des cœurs physiologique et moral,

Avant de suivre cette belle idé

dicateur du Gésü, j'ai

e du fameux pré-

cru devoir vous entre-

tenir du cœur moral.

De la sorte, dans mon premier travail et dans ce deuxième, nous aurons les prémisses, la base d’un

syllogisme dont la conclu-

dans un autre entretien, s’intitu-

sion naturelle,

lerait :

‘Rapports

entre le cœur physiologique et le

Cœur moral’?

Nous étudierons donc au jourd’hui le cœur, siège du sentiment.

Mon intention n'est pas de disséquer l'amour ni d’er

faire l’anatonie descriptive complète :

faudrait pour cel

a l'expérience d’une longue vie :

non plus que je veuille dire tous

les amours : il en est dont le nom Souillerait l’air de cette s

alle.

J'abandonne aux Pornographes la

boueuse tâche qu'ils s’imposent

de salir pages et âmes

auteurs qui croient être utiles ou

blanches, ces

agréables quand ils donnent l’insalubre, auteurs à littérature de mauv

ais goût qui, selon Henri de

su SR rer ee

Parville, ‘‘ne peuvent qu'égarer l'esprit sans le remplir, qui ne s'occupent de rien de ce qui est beau et grand."

De fait, la peinture du vice affaiblit, tandis que le tableau d'une vertu consolide les courages.

J'essayerai de vous faire voir l'existence de l'amour, de vous le Montrer dans les cœurs à des âges divers : de l'amour en puissance dans tout être raisonnable, et s’il n'est pas en réalité tou. jours tel, du moins, ainsi qu'il est souvent, qu'il pourrait, et, Surtout, devrait être : de l'amour digne d'un cœur sorti d'une puissance surhumaine, avec des aspirations immenses et bonnes, et des capacités incalculables.

Vous verrez peut-être que l’amour évolue, que sa forme se modèle beaucoup sur l'âge. L'amour a bien des nuances, en effet : ilest comme la voix chantée.

L'amour n'est-il PaS un chant—et Je plus beau ?

On peut lui en appliquer la division : il yale Soprano, le mezZ0-soprane, le Contralto, le ténor.

le baryton, la basse.

CŒURS ET HOMME DE CŒUR

Entre ces grandes lignes, avant et au delà, les variantes sont légions.

Mon sujet est gigantesque, immense. Je regrette ne pouvoir le rendre dans un style de prophète qui,

au flambeau de l'inspiration, scruterait les ultimes

replis de l'âme : où dans un Style doucement har-

monisé au souffle d'Ossian, ou à ceiui de l’auteur sublime du ‘Génie du Christianisme’, des ‘‘Martyrs’”, d’ ‘‘Atala”” : où encore, dans le style d'une des plus belles Personnifications de la poésie lyrique au XIXe siècle : “Lamartine ”’.

N'importe, tout effort a son mérite et l’indulgence est une vertu.

Quand l'envolée poétique se ralentira dans mon

œuvre, vous voudrez, j'espère, vous souvenir que

j'ai écrit ces notes, pour vous, durant les heures destinées au délassement de mes rudes travaux d'universitaire ; dans la tristesse des soirs mélancoliques, ayant dans la tête des incertitudes d’avenir, et autour de moi, suspendus aux murs de ma chambre d'étude, les os épars et blanchis d'un

Squelette froid, et devant moi, sur mon écritoire,

me fixant de ses orbites profondes, le crâne vide et ntü d’une jeune fille à dix-huit ans : ce qui,

\NTONIO PELLETIER.

mm n'est-ce pas, suffit Pour dépoétiser un discours d'étudiant, même en médecine : car l'étudiant en médecine n’est Pas aussi insensible qu'on le croit, en présence d'un cadavre, en face d’une tombe silencieuse, Chez lui, comme chez vous, il y a le mortel devant la mort, et cette pensée n'est riante pour personne,

Pardon, je fais erreur : les véritables chrétiens sourient à la mort !

IT. L'Amour EXISTÉ ENCORE.

Je lisais, il y a quelques mois, une chronique faite de notes laissées dans l'oubli jusque-là, et heureusement sorties des vieux Cartons. L'auteur, une de nos plus solides plumes fé ‘minines, Gaétane de Montreuil, (Madame Çhs. Gill) en d'un sceptique disant à à une jeune fille :

‘n'y a plus de véritable amour et ses

dévouements n'existent plus.”

A près le départ du misanthrope, la ; Jeune fille, bouleversée, se rend au Salon, Là, devant un portrait aux yeux rêveurs, au front large et sévère, elle murmure, appuyant les doigts sur son Cœur, et avec sourire :

‘Oui l’amour existe quelque part ! ”?

CŒURS ET HOMME DE CŒUR

msn

Votre veine était bonne, chroniqueuse, Vous avez sagement souffleté ce fou.

L'amour existe encore, oui : et pour être plus vrais, ajoutons : il est partout.

La première impression du Cœur, après celle de souffrance, c’est l'impression de l'amour.

Avide ‘atiable, le cœur veut, désire, aime— sans cesse, Un germe inné le pousse, l'assoiffe, l’ouvre : il veut se satisfaire.

Dieu a mis dans la nature maine un désir que l’homme reconnait s’il éconte son cœur battre, qu'il éprouve même s’il cherche à en éteindre les chocs. Ce désir, celui d'un bonheur sans fin, nous jette naturellement vers Dieu, à Dieu entrevu dans des sphères si magnifiques !

Et le cœur s’éprend de Dieu, l'aime et s'élance... mais s'arrête parfois, étant admis un instinct particulier : il s ’arrête, dans son envol, à d’autres êtres, pour ne se Souvenir plus, ou se souvenir à peine, de cet unique amour d’infini, se confondant avec le bonheur.

Et, dès lors, nous avons l'amour terrestre exclu-

sif, ou celui du Créateur et de la créature en même temps.

ANTONIO PELLETIER

Nous arrêtant de la sorte dans l'élan de notre Âme vers Dieu, nous sommes pareils à ces ojseaux qui ont un but à atteindre et qui s’attardent à becqueter sur la route ; nous sommes pareils à l'abeille qui voltige d’une corolle à l'autre corolle et ne se pose qu'après de longs détours sur une fleurette légère qu'elle parfume.

L'amour exclusif de la créature serait celui des Cœurs perdus d'incrédules. J'oserais avancer que ceci est tout à fait spéculatif, puisqne se dire athée est une chimère d'esprit qui s'étiole, qui agonise : l’athée est une exception, l'exception,

souvent, une anomalie.

IT. DÉrFiINrrIoNsS Er SOURCE PREMIÈRE DE L'AMOUR.

Aimer c'est vivre, a dit quelqu'un.

Sans l'amour, il n’y a pas de ciel, pas de Dieu, puisque Dieu est l’amour sans mesure, puisque Dieu est le soleil dont l’arnour est le rayon.

Mais l'amour qu'est-ce donc ?

L'amour est un acte de foi ; c’est le pivot des prodiges, celui qui soulève et rend légers les plus

lourds poids qui accableraient l’homme sans lui :

CŒURS ET HOMME DE CŒUR

ren

c'est une source dont chacun peut puiser l'eau rafraîchissante, L'amour est ce qui nous berce Pour endormir nos douleurs, c'est l'espérance en action. L'amour est une coupe d'or remplie de liqueur vermeille : on y boit, un petit nombre s'y empoisonnent, d'autres y trouvent un regain de jeunesse et de Courage—récompense de ceux qui ont su aimer. L'amour, c'est ce qui fait souffrir un Cœur, et loin d'en arrêter les élans, le fait boadir plus fort pour cette raison même, L'amour est un rayon d'en-haut tombé sur la terre, et qui réjouit, éclaire, réchauffe rh charme nos maux, excite à la vertu, reprime les vices, console de l'ingratitude et des misères, impose un joug, un frein, aux Passions funestes, remplit l'âme d'une grande sérénité. L'amour est Ce sur quoi s'appuie l'existence ; c'est le mobile de nos actions, l'union, l'étreinte des êtres ; c'est ce lien de fer noué d’une rencontre, d’une parole, d'un regard, d’un soupir, de presque rien, de rien : c'est l'instigateur des arts, des sciences, des plaisirs, des peines, de 1a philosophie qui embaume les plaies ; c’est un mystère plus

inexplicable pour l’homme que la loi soutenant

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