‹ Cœurs et homme de cœur [microforme]Chapitre 4 sur 62 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

Je viens vous parler du cœur.

Le cœur ! coeur de femme : labyrinthe char-

mant ! coeur d'homme : je ne puis dire—on ne

se cofhaît pas soi-même ! Le Coeur, chez l'un et

CŒURS ET HOMME DE CŒUR

ne

l’autre, Source des maux les

plus grands,

des plus infimes joies, des bonheurs immenses,

des moindres peines.

Le coeur ! instrument de vie ou de mort—or- Bane sensible—]yre facile à toutes v

ibrations :

Vibrations aiguës, rudes ou fauss

es, Ou vibrations

mélancoliques, douces, Caressantes, Le coeur ! Je RE bat bo qui aime |!

Jetez les regards autour de Vous, n

1esdames et messieurs,

et derrière ces figures de marbre qui, ne disent rien de tendre, Presque toujours la présence d'un

trahit par l’action.

plus franc

ce semble,

Vous verrez

Coeur qui se Qui a le coeur plus v qu’un Militaire,

aste et

et qui, en même

n dehors de glace ?

‘Au fond de ces prunelles limpides,

temps,

l'indique moins Par so

calmes ou

rêveuses, ou agitées, chaudes d’ardeur printan-

nière, au delà de ces regards bleus ou noirs ou

bruns de jeunes filles, ne voyez-vou

S pas son

Coeur, à elle : son beau, son bon petit grand coeur

qui bat—léger ainsi qu’une aile de pa Ce coeur se dév Ne l'

pillon ?

oile de mille Manières.

avez-Vous pas y

u dans un sourire qui se

ANTONIO PELLETIER

ee et

moque ou dans un sourire qui caresse, dans une

physionomie ardente et tout en éveil, ou dans un

profil fier et imposant, dans une Stature majes-

tueuse ou dans une attitnide calme et Suavement

douce, où dans un geste gracieux qui vous attire.

Vous Captive, dans un 8eSte qui prie, dans un geste qui donne au mendiant ?

Ne l'avez-vous Pas vu dans ces infinis petits

riens étonnamment pleins de grandeur, qui vous

laissent Surpris et comme sous le charme

d'une harmonie qu'une grande âme seule peut rendre ? Car, il faut être grand pour bien faire les petites choses ,

pour faire v

il faut avoir une âme d'élite

ibrer les fibres les plus obscures, les

plus reculées : il faut avoir un raffinement d'ex-

quise délicatesse et de noble sensibilité.

Et c'est 1à le Propre d’un coeur bien placé de

jeune fille, celui Par qui la femme est réellement femme,

Ce cœur, ou plutôt cette parcelle de l'Iufini

que le Créateur a mis là Pour répandre le bonheur

dans des atmosphères brûlantes d'amour ou

d'amitié, ce cœur de jeune fille, qui l’a connu ne

peut l'oublier, qui le méconn

aît perd le nom

CŒURS ET HOMME DE CŒUR

—— ae

d'homme, qui en doute n’a jamais eu vingt ans !

Dites-moi, mesdames et messieurs, vous souvient-il de ces temps heureux — Join pour plusieurs, hélas ! assez rapprochés pour d’autres —de ces temps où votre bonne mère, en murmurant des ch.uits—des chants de mère—vous berçait et vous étreignait sur sa poitrine—de ces temps où vôtre père laissait courir dans ses moustaches vos menottes blanches ou roses, ou pâlies, ou sucrées de bonbons à la crême ou de miel parfumé ?

Cœurs de mères, cœurs de pères, cœurs de jeunes filles : je vous aime !

Cœurs de riches, cœurs de malheureux, cœurs larges, coeurs de pauvres, coeurs vertueux, coeurs aimants, Dieu vous a inspiré vos élans, vous êtes preuves de sa bonté, de sa grandeur : je vous aime aussi !

Vous venez d'entendre, mesdames et messieurs, dans cet exorde, deux mots d'un sujet qu'un homme aurait beaucoup de difficulté à suivre, mais qu'une femme étudierait facilement

parce qu'elle a des intuitions plus intimes, un

coup-d’oeil plus subtil, des pénétrations plus

ANTONIO PELLETIER

———————e © mme mmnmnmqee

lointaines—quand il s'agit d'amour. Elle marche. dirait-on, la femme, avec un air de chez soi, dans ce dédale clair-obscur où nous perdons, nous, hommes, le fil assez souvent.

La femme a plus de délicatesse, c'est pourquoi le sujet lui sied à merveille—et je ie lui laisse.

Mon but est autre. Déjà, mon titre d'étudiant

en médecine a dû vous annoncer que je vous entretiendrais du coeur, organe sensible, instru-

ment de vie, agent de la circulation.

En autres termes, mesdames et messieurs, cette causerie sera sur : ‘La CIRCULATION DU SANG CHEZ L'HOMME''

Cette partie des sciences médicales—comme toutes, d’ailleurs--beaucoup étend ue,est très aride. Nous la verrons dans ses lignes générales. Je serai le plus clair que je pourrai, m'efforçant de

donner une idée du phénomène suffisante pour sa compréhension,

Le génie de l’homme a inventé une multitude de choses—entr'autres, des machines puissantes

et très perfectionnées parfois. Aussi, nous voyons ces grandes forces mécaniques et leurs agents

secondaires en vertu desquels marchent les loco-

motives, etc.

CŒURS ET HOMME DE CŒUR

Dieu, lui, a bâti une machine dans laquelle il s'est prouvé : la machine humaine qui l'emporte, au plus haut point, sur les inventions des êtres créés. Car, une machine est d'autant plus parfaite qu'elle rend plus de travail avec moins de dépense de force : c'est le cas chez l'homme, c'est

le cas dans la circulation.

Ici, je ferai un rapprocherient, un peu familier peut-être, mais qui vous sera utile, je crois, pour

bien me comprendre,

Les deux terines de la Comparaison sont un

aqueduc et l'appareil circulatoire.

D'abord, nous avons l'ingénieur : dans l'homme, c'est l'âme ; ensuite, le moteur, dans l'homme, c'est le coeur : après cela, les tuyaux principaux, qui correspondent, chez l'homme, aux artères ; de plus, les différents «uUvVaux, plus petits que les précédents et qui distribuent l'eau en divers endroits : chez l'homme, ce sont les capillaires qui transportent le Sang dans l'organisme,

Une partie de cette eau, après avoir servi, pourrait être purifiée et retournée au moteur qui lui ferait parcourir le trajet déjà décrit : chez

ANTONIO PELLETIER = a —

l’homme, les veines ramènent le sang au coeur, afin qu’il recommence son parcours.

Mesdames et Messieurs, entrevoyez-vous une action ?

Je vais l'exposer davantage en parlant, en

Particulier, de chacun des points de cette comparaison.

Le sang, dans l’intérieur des vaisseaux, est un liquide un peu épais, alcalin, rouge vif ou foncé,

dans lequel se trouvent une infinité de globules visibles au inicroscope et formant un volur : égal

à celui du liquide, ou plasma, qui leur sert de véhicule,

Il y a deux sortes de globules : les blancs ou leucocytes, les rouges ou hématies—à Ja proportion d’un globule blanc Pour trois cents rouges. Ils ont la forme de disques circulaires biconcaves

et la propriété de fondre dans l'eau qu'ils TOUgis-

sent par la matière Colorante—l'hémogiobine— qu’ils contiennent.

Ces globules sont doués de vie, indépendants dans leur existence individuelle : ils s'entr'aident

Pour constituer la force de l'homme contre les attaques des microbes, et Pour réparer ses affui-

blissements de chaque jour.

CŒURS ET HOMME DE CŒUR

Ils sont vivants : la preuve est en ce qu'ils se meuvent, digèrent, respirent, sentent.

On sait, à la suite d'expériences, que leur mot: vement est de l'amiboïsme, c'est-à-dire qu'ils se meuvent comme des amides, Les amides, vous le savez,. sont les plus petits êtres capables de se mouvoir. Leur mouvement consiste dans le prolongement d'une partie d'eux-mêmes vers le but désiré : ainsi marchent les sangsues.

Le sang, à l'extérieur des vaisseaux,se coagule en une masse de fibrine qui laisse égoutter un liquide : le sérum.

Par la circulation, le sang joue le rôle de porteur des matières nourrissantes dans l'organisiue, et celui de collecteur qui rejette au dehors les résidus de la nutrition—résidus qu'il prend, en chemin, aux foyers principaux d'élimination.

Autrement, l'organisme s'empoisonnerait par surabendance de détritus.

Le travail que nous produisons est celui des muscles, et le travail de l'esprit.

On ne produit rien sans dépense de force.

Par un heureux arrangement du Créateur, les

forces perdues se réparent.

ANTONIO PELLETIER

———.—. ren ————

Dans les machines mécaniques, le bois, le charbon, ou tels combustibles qui alimentent le foyer, interviennent: pour créer de nouvelles

puissances,

L'homme a aussi ses combustibles, Ces éléments ‘e soutiennent, La nutrition et l'absorption de matières étrangères et assimilables

assurent ce phénomène.

La perte de force, chez l'homme, est due— nous venons de l'admettre—au travail muscu-

laire et au travail intellectuel.

Or, comme les organes différents—à cause de leurs opérations multiples—dépensent des éléments nourriciers différents, il faudra leur fournir des combustibles différents aussi, pour que chaque appareil s2 répare comme il le peut et

doit, avec ce qui lui convient.

Ainsi, l'homme d'étude, la jeune fille au couvent, l’homme de bureau, ceux qui travaillent de la tête, auront besoin de substances albuminoïdes et faciles à digérer : le poulet, les oeufs, le lait, les viandes blanchae ; le labou-

reur, l’ouvrier, celui qui travaille fort des muscles,

auront besoin de grasses viandes, de beaucoup de pain, de légumes azotés,

Le sang transporte ces matières dans l'organisine par deux routes.

Il part de la partie inférieure du coeur gauche, va dans l'artère aorte, continue sou trajet dans des vaisseaux indéfiniment nombreux, qui: se distribuent aux coins les plus reculés, aux surfaces les plus étroites, aux tissus les plus minces du corps. Ensuite, il revient par les veines, suivant sa marche circulaire, s'approche petit à petit du coeur et, là, tombe, ‘‘impur’”, dans la partie supérieure du coeur droit.

C’est la grande circalation.

De la partie supérieure du coeur droit, le sang coule dans la partie inférieure, et, de là, est lancé dans l'artère pulinonaire par la contraction du ventricule, suit les capillaires, se purifie aux poumons et revient, ‘‘pur’’, se jeter, par une veine, dans la partie supérieure du coeur gauche, pour se rendre dans la partie inférieure du coeur gauche et recommencer la grande circulation.

Cette petite circulation, moins étendue que

la grande, purifie le sang aux poumons, rejetant

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