LES DEUX VOIX
à mon jeune frère Jules.
Perdu sous bois, un jour—j'étais alors enfant —
; ; : : ARE J'entendis une voix—un vrai refrain d’aimée— Dans l'air plein des senteurs de la flore embaumée :
C'était un bel oiseau qui chantait, triomphant, o
Et ma mère me dit, en voyant ma surprise :
* Petit, l'oiseau léger ainsi soupire au vent
Sa chanson sous le ciel ;: tu l’entendras souvent, Le matin à l'aurore. ou la nuit dans la brise,’
Par un pur soir d’été, la lune souriait ;
La conversation, le chant et la musique Perlaient dans l'air serein—un chant de fée antique
Ou d'ange aux ailes d’or qui, sur terre, priait...
Alors, mon cœur m'a dit : ‘‘C’est la voix d’une femme !’’ Et mon âme‘à la nuit : ‘‘ L'oiseau sait bien chanter, La femme chante mieux ! Dois-je croire ou douter ?
Ft j'ai bientôt brisé ce fragile dilemme !
Juillet 1900.
Le murmure lointain d'un beau jour qui s'endort Captive doucement ma lente rêverie :
On dirait un soupir—le dernier de la vie—
On dirait un baiser qui frôle sans effort.
Le vent ne gémit pas sous la feuille immobile,
Les pommiers reverdis échappent quelques fleurs
Qui tombent près de moi, comme feraient des pleurs
Répandus en secret dans une nuit tranquille.
Un nuage léger glisse à peine en l’éther :
Il traîne lentement sa paresse endormie, Tandis que le soleil commence une agonie—
Celle que tous les soirs il endure dans l'air.
Un ruisseau, paresseux laisse couler son onde : Un ruisseau qui se tait dans le calme du soir. Tout près de ma retraite, une enfant vient s’asseoir ;
Son regard est bleu ciel, sa chevelure blonde... 0) ——
Nonchalamment, elle ouvre un livre aux feuillets d’or, Son œil humide court loin de la page ouverte Où dorment une fleur et deux brins d’herbe verte,
Sans doute souvenirs d'amour peut-être mort...
Tu pleures, jeune fille, oh ! pourquoi, dis, ces larmes ? £s-tu pauvre? Malade? As-tu des amoureux ?
Si ton cœur sait aimer c’est le cœur d’un heureux !
Aüne et sache pousser loin de toi jes alarmes.
ANTONIO PELLETIER
Je voudrais bien des cœurs dans mon sein! Et pourquoi ?
Je t'en donnerais un Pour soulager ta peine ! Et je n'ai que le mien... Pauvre misère humaine !
Mais sache cependant qu'il a battu pour toi !
Juillet 1901.