‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 101 sur 126 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Durant tout ce temps, la situation de Rome n'avait fait qu'empirer. Stefanello Colonna et le chevalier RainaMo Orsino, nommés sénateurs pour six mois le 15 septembre 1550, étaient sortis de charge au mois de juin suivant ; Giordano Orsino del Monte et Pietro Sciarra Colonna, fils de Poncello, leur succédèrent. Ils ne surent ou ne voulurent pas faire respecter leur autorité; les barons opprimèrent plus violemment que jamais le peuple ; les brigands infestèrent de nouveau les chemins, « les étrangers, les pèlerins , dit Matteo Yillani, étaient comme des brebis parmi les loups»; la misère devint extrême. Au commencement de novembre, il y eut une émeute; Giordano, attaqué dans. son palais, renonça volontairement à sa charge ; Stefano dut en faire autant et la ville tomba dans l'anarchie la plus complète.

Poncto Perotto, successeur de Raimond à Orvieto y 15 18-156:2) et vicaire du pape à Rome, craignant sans doute qu'à la faveur de ces troubles un émule de Riento ne s'emparât du pouvoir, fit occuper le Gapitole par ses soldats et déclara qu'il ne le quitterait que

lorsque le pape aurait désigné de nouveaux sénateurs. Mais Jacobo Savello l'en chassa sans peine; le parti des Colonna triomphait avec lui et Stefanello s'étant emparé de la tour des Conti, les Orsini se crurent menacés et prirent les armes; le peuple se divisa entre les deux fajnilles rivales et le sang coula dans plus d'une rencontre. Le pape se vit forcé, pour ne pas voir son autorité mise en échec, d'annuler le bref par lequel il avait nommé sénateurs Bertoldo Orsino ef Pietro di Agabito Colonna (2 novembre), prétextant que des avis postérieurs à leur nomination les lui représentaient comme peu capables d'occuper cette haute magistrature. Il délégua l'autorité sénatoriale aux treize buonuomini (25 novembre), en les priant de lui faire connaître, après s'être consultés avec les principaux citoyens, leur sentiment sur la question de savoir s'il valait mieux que les sénateurs fussent dorénavant des étrangers ou des Romains ; il leur demanda même de lui désigner les personnages qui semblaient, à leurs yeux, les plus dignes de son choix, qu'ils fissent partie de la noblesse, de la gentilezza ou même du peuple.

Le conseil des buonuomini ne sut malheureusement pas profiter de l'occasion qui lui était ainsi offerte de saisir le pouvoir, et le désordre arriva à son comble. Enfin, pendant la nuit qui suivit la Noël (1351), la confrérie de Sainte-Marie était assemblée, suivant la coutume, dans la basilique de Sainte-Marie Majeure, quand subitement quelques citoyens s'écrient qu'il faut confier l'autorité suprême à Jacobo, de la famille des Cerroni, que son grand âge et son esprit de droiture faisaient respecter de tous ses concitoyens. Cette proposition est acceptée avec enthousiasme et la foule se

sa couMRiEao.

dirige fers sa demeure 1 ; on l'entoure, on l'entraîne au Capitule. Luca Savello, qui l'occupait, se retire, intimidé par l'altitude du peuple; on fait sonner les cloches et les Romains accourent de toutes parts sans armes. Les barons, de leur côte, arrivent prêts au combat; le sang Ta couler, lorsque tout à coup les nobles, cédant à l'entraînement général, acclament, eux aussi, Cerroni. Avant la moitié dn jour, la révolution était un (ait accompli ; pour cette fois, les Romains avaient bien employé leur temps.

Avant d'accepter définitivement le pouvoir, Cerroni demanda au vicaire du pape d'approuver son élection, et celui-ci, bien qu'il n'en eût pas explicitement le droit, accéda à cette prière; par contre, Cerroni s'engagea a gouverner la ville selon les désirs de Clément VI. Au surplus, le peuple, respectueux des droits de l'Église, avait élu son nouveau chef provisoirement, a ce qu'il semble, et pour six mois seulement, s'en remettant au pape du soin de fixer la durée définitive de ses fonctions. Clément VI hésita longtemps avant de reconnaître le nouvel état de choses; enfin il annonça a Cerroni, le 22 mai 1552, qu'il consentait à ratifier tous les actes accomplis par lui avant qu'il eût été légalement investi du pouvoir par le Saint-Siège. Peu de temps auparavant le pape avait prolongé son mandat d'abord jusqu'à la Noël prochaine, puis jusqu'à la Noël de l'année suivante. Renonçant momentanément aux prérogatives que les Romains lui avaient accordées, il concéda le droit aux buonuomini, assistés du vicaire,

i. La famille Cerroni possédait une tour et une habitation du côté de l'église S. Prassede.

de procéder à la nomination d'un nouveau sénateur, dans le cas où Cerroni viendrait à mourir pendant sa charge (17 mai). Villani rapporte que le pape, voulant donner aux Romains une autre preuve de son bon vouloir, leur envoya la somme de quatorze mille florins pour subvenir à leurs dépenses.

Animé d'un désir sincère, comme on le voit, de satisfaire aux vœux des citoyens romains, Clément YI avait chargé, vers la fin de Tannée précédente, quatre cardinaux de délibérer sur un plan de réformes destinées à assurer aux représentants du peuple une part plus effective dans l'administration de la ville. Ces cardinaux étaient : Bertrand de Deaulx, Guy de Boulogne, Guillaume Corti, qui avaient, à différentes époques, rempli les fonctions de légats du Saint-Siège à Rome ou en Italie, et Niccolô Capoccio, parent sans doute de ce Paolo Capoccio que les Romains envoyèrent à Avignon en 1549 comme ambassadeur ; il prétendait descendre de l'illustre famille des Cornélius.

Les délégués du pape se mirent à l'œuvre, et Pétrarque, consulté par l'un d'eux, lui écrivit en réponse une lettre dans laquelle il suppliait les cardinaux d'accorder à sa patrie adoptive toutes les libertés compatibles avec l'autorité du Souverain Pontife. « Dans le fond, de quoi s'agit-il? dit le poète; c'est une vieille querelle qui se renouvelle. Une noblesse lâche, présomptueuse et méprisable veut abuser de l'état d'un peuple infortuné; elle prétend attacher les Romains à son char, comme s'ils étaient des Cimbres ou des Carthaginois. Si Dieu a voulu que tout concourût à faire de Rome une cité puissante, c'est parce qu'il l'avait destinée sans doute à être la capitale de l'empire et la

COU M UEŒO.

mLiiw f o it dm Bonde chrétien, non la proie de quelques urans qui ne sont pas même Romains. Et cependant ceCe cité, qui faisait h loi à tontes les nations, est maintenant ruinée, déchirée, non plus par ses propres ea£mts» mais par des étrangers. On ose douter si ce peuple, qui a défendu le Ca pi tôle du fer des Gaulois, qui a va tant it rois traînés en triomphe, doit être admis à gouverner la chose publique conjointement avec des intrus, qui n'ont d'autre droit que la force ! Telle est la qui occupe quatre colonnes de l'Église! Où en s arrivés, grands dieux! Pour moi, je n'hésite pas à le dire : le sénat romain ne doit être composé qœ A* citoyens romains. Je n'ignore pas les vains prétextes d*.*nt les étrangers colorent leur usurpation. Ils <ont les plus puissants, disent-ils, et les plus riches ; mai> ils oublient qu'ils ont acquis leur puissance et leurs richesses aux dépens de Rome. Et d'ailleurs, si la noblesse et la Tertu ne comptaient plus pour rien, à combien d'étrangers ne serait-il pas permis d'aspirer à U souveraineté de Rome et de l'Italie! Prétendent-ils è<:re des Romains* eux qui dédaignent le beau nom de eitojen romain, et exigent qu'on les appelle seigneurs et princes?

v< ^Kf il> soient citoyens de Rome, et qu'à ce titre ils occupent certaines charges, j'y consens; mais pourquoi veulent-ils jouir seuls de tous les honneurs? On ne peut douter que cette cité ne renferme un grand nombre domines supérieurs, par la naissance et le mérite, à ces étrangers. Que demande après tout ce peuple? De notre pas traité, dans sa propre patrie, comme un exilé et comme un proscrit, et d'avoir sa part au gouvernement de la ville. De même que les patriciens firent

droit jadis aux justes revendications des plébéiens, les barons» qui sont bien moins nobles d'origine, doivent être contraints maintenant à abandonner au peuple une partie des fonctions publiques.

« Telle est la prière que tous adresse par ma bouche Rome elle-même, courbée sous le poids de ses maux. » (19 novembre 1351.)

Cette lettre fut suivie d'une autre, conçue dans le même esprit et datée du 24 novembre. On a vu que le pape s'était conformé, dans une certaine mesure, aux vœux de Pétrarque; mais les événements qui survinrent firent abandonner cet essai d'organisation politique, qui ne devait être repris que douze ans plus tard.

Gerroni ne put jouir longtemps en paix du pouvoir que le peuple lui avait confié; les barons avaient repris bien vite courage et ne lui laissaient ni trêve, ni repos; le redoutable Giovanni di Vieo poussait ses incursions jusqu'aux portes de Rome; il s'empara de plusieurs villes situées sur le territoire romain et appartenant par suite à l'Église. En conséquence, messire Niccolô délie Serre, capitaine du Patrimoine, et Giordano Orsino, chef des milices urbaines, décidèrent de réunir leurs efforts contre l'ennemi commun; ils obtinrent, grâce à l'intervention du pape, que la cité de Florence leur fournît quelques auxiliaires. Vers le mois de juillet 1352, ils se mirent en marche, à la tête de douze mille fantassins environ et douze cents cavaliers. Les environs de Viterbe furent dévastés; mais Niccolô délie Serre étant mort des suites d'une chute de cheval presque au début de la campagne, Giordano ne parvint pas à se faire obéir des troupes alliées et les opérations durent être suspendues.

» COLA WRIEBO.

Cerroni subit le contre-coup de cet échec ; le peuple s'était promptement désafleetionnédelui, il n'avait pas b fermeté nécessaire pour Caire respecter son autorité, son crédit diminuait chaque jour, à ce point que le pape ont utile d'envoyer à Rome un certain Giovanni di Montepesnlano, pour s'informer de l'état de la ville et voir s'il n'y avait pas lieu de nommer un nouveau ; Luca Savello le brava plusieurs fois publi- Enfin v lassé d'un pouvoir si précaire, Cerroni résolut* vers le mois de septembre, de se démettre de sa charge; il assembla les citoyens romains et leur communiqua son dessein ; ceux-ci ne parvinrent pas à s'entendre sur le choix de son successeur, on faillit même en venir aux mains. Rainaldo Orsino voulut profiter de b confusion qui régnait dans la ville pour s'emparer du pouvoir; il réussit un moment à chasser Luca Savello et ses partisans; mais, vaincu à son tour, il dut s'enfuir du Capitole. 11 continua néanmoins la lutte et* durant quelques jours, le sang coula de tous cotes. En vain Cerroni chereha-t-il à s'interposer entre les combattants; les Romains ne voulaient plus entendre ses conseils. Convaincu de son impuissance, sur le point de tomber entre les mains de ses adversaires, il quitta Rome et se retira dans les Apennins où il acheta un château fort, que la médisance l'accusa d'avoir payé avec les deniers du Saint-Siège et les revenus de la ville 1 . Bertoldo Orsino et Stefano Colonna montèrent alors au Capitole et prirent le titre de c< délégués du peuple romain pour gouverner la ville ». (10 octobre 1352.)

I, n «•■porta, prétend YiUani, six mille florins; pourtant, d'après le temàjpag* £ft la plupart des historiens, la probité de Cerroni ne saurait *r*

Les Romains acceptèrent le fait accompli, mais non pas le vicaire du pape, qui lança Fana thème contre les usurpateurs. Clément YI les excommunia à son tour et se disposait à mettre tout en œuvre pour les chasser du Capitole lorsqu'il mourut (6 décembre 1352). Innocent VI renouvela les sentences portées contre eux.

Comme leurs prédécesseurs, Stefano et Bertoldo abusèrent de leur autorité; ils vendirent, dit-on, à quelques trafiquants, le droit d'exporter des denrées; de grandes quantités de blé furent vendues au dehors et la famine, qui sévissait déjà cruellement à Rome, devint terrible. Le 15 février 1353, jour de marché, les Romains s'aperçurent qu'il ne restait plus assez de blé pour les nourrir et que, même à prix d'or, on ne pouvait s'en procurer.

Ils tournèrent leur fureur contre leurs chefs et poussant le cri : « Popblo! popolo! » se dirigèrent vers le Capitole. Stefano Colonna, plus jeune que son collègue, s'enfuit, sous un déguisement, par une fenêtre de derrière; Bertoldo voulut résister et fit sortir ses gardes; accueillis par une grêle de pierres, ils furent forcés de battre en retraite ; alors, pensant que sa vue imposerait le respect aux mutins, le sénateur parut sur le seuil du palais, revêtu de son armure, les éperons d'or aux pieds, et s'avança vers la foule; mais les Romains se jetèrent sur lui et le massacrèrent sans pitié. Satisfaits d'avoir assouvi leur colère par ce meurtre, ils supportèrent dès lors sans murmurer toutes les privations.

Quelque surprenant que cela paraisse, ce fut encore aux familles rivales des Colonna et des Orsini que le pouvoir fut confié ; le 12 mars, nous voyons Giovanni Orsino et Pictro Sciarra Colonna agir en qualité de

sénateurs. Occupés uniquement à soutenir leurs amis et à nuire à leurs adversaires, ils laissèrent la plus grande anarchie régner dans la ville. Les Romains songèrent même un instant, tant était grand leur découragement, à se livrer à leur pire ennemi, à Giovanni ai Vico; mais Innocent VI, justement alarmé d'un pareil dessein, s'y opposa avec énergie et le fit échouer.

Tout l'été se passa de la sorte; on se battit presque sans interruption dans les rues et aux alentours de Rome; le peuple était forcé de prendre parti pour les Colonna ou pour les Orsini, afin de n'être pas maltraité en même temps par les deux factions; chaque maison était transformée en forteresse. Enfin les Romains se soulevèrent de nouveau; le 14 septembre, jour de l'Exaltation de la Croix, ils envahirent le Ca pi tôle, en chassèrent les sénateurs et, déployant les étendards de la Vierge, du peuple et des treize quartiers, se rendirent à l'habitation d'un bourgeois appelé Francesco, et surnommé l'esclave des Baroncelli \ scribe du sénat ; Francesco était doué d'une volonté énergique et d'un esprit éclairé; il n'avait pas, sans doute, les conceptions hardies et l'éloquence fascinatrice de Cola di Rienzo, qu'il se proposait visiblement pour modèle, mais il possédait quelques-unes de ses qualités et le peuple l'aimait, en souvenir de son tribun absent. Ainsi que l'indique son surnom, il devait être un serviteur ou un familier de la puissante famille des Baroncelli et non un de ses membres, comme certains auteurs l'ont pensé*.

1 . L'un des ambassadeurs de Rienzo auprès de la république de Florence. Voir page 110.

2. En effet, Villani et quelques autres écrivains disent que sa naissance était des plus humbles.

AFFAIBLISSEJIEHT DE L'AUTORITÉ PAPALE A ROME. 538 Francesco prit le titre de second tribun et consul illustre du peuple romain ; il s'occupa de rélablir l'ordre el la sécurité et de faire cesser les querelles particulières, veilla à ce que les juges rendissent des sentences équitables, modifia certains impôts, que le peuple supportait mal, et créa des camerlingues, qui furent spécialement chargés de surveiller la rentrée et la répartition des taxes. Une amnistie générale fut décrétée pour tous les condamnés politiques.

Francesco voulait associer le peuple au gouvernement de la ville; il pria, à cet effet, la république de Florence de lui envoyer un jurisconsulte, qui l'aidât de ses conseils (7 octobre 1355), Nuit jours après, I'ietro Rainerio était chargé d'aller à Florence pour hâter la réponse qu'il sollicitait.

Les Florentins, qui avaient ac- ihwnedM.

cueilli avec joie la nouvelle de la révolution accomplie à Rome, cl qui félicitèrent même officiellement Francesco (12 octobre), s'empressèrent de déférer à son désir et chargèrent Bencivcnno Toiïno de se rendre auprès du tribun. Sur ses conseils, Francesco créa une assemblée élue par le peuple au scrutin secret; il se proposait de prendre, tous les deux mois, parmi les membres de celte assemblée, huit conseillers avec lesquels il aurait partagé l'exercice el la responsabilité du pouvoir.

La légende s'est emparée du règne, pourtant si court,

du second tribun : il méditait depuis longtemps déjà, dit une chronique peu digne de foi, de se rendre maître de Rome et, s'éfant lié avec un certain Niccolo Calvio, citoyen influent et ennemi mortel du capitaine chargé de la garde du Capitale, il le décida sans peine à s'unir à lui pour déjouer la vigilance de ce dernier. Une fois dans le Capitale, ils sonnèrent la cloche d'alarme et ce fut au milieu du désordre qui s'ensuivit que les amis de Francesco le firent acclamer par les Romains gouverneur de la ville.

On a également attribué à Francesco certaines lois qui ont tellement d'analogie, pour la plupart, avec celles que porta Rienzo, lors de son avènement, qu'il est difficile de ne pas croire à une confusion. Ainsi, il aurait décidé que la peine du talion serait appliquée aux meurtriers; que les barons devraient veillera la sécurité des routes, fournir des vivres, se présenter à tout appel du tribun; que les fauteurs de troubles seraient déclarés ennemis de la République; que leurs biens seraient vendus et leurs maisons rasées; que les contumaces seraient peints sur les murs du Capitale, la tête en bas. Enfin, pendant longtemps, le récit de sa vie fut calqué sur celle de Rienzo.

Malheureusement pour Rome, le gouvernement de Francesco ne répondit pas aux espérances que son début avait fait naître. Sans trop ajouter foi aux récits qui nous représentent le tribun se livrant avec ses fils à toutes sortes d'orgies, se faisant donner un sceptre, comme Rienzo, et un manteau royal lout brodé d'or, se montrant implacable envers ses ennemis, orgueil- .eux et cruel envers le peuple, et prenant pour maxime de gouvernement : oderint, dum metuant; il faut

admettre que Francesco dei Baroncelli usa mal du pouvoir qui lui était confié, car les Romains se détachèrent promptement de lui. Pour soutenir son autorité chancelante, il fut forcé de rechercher l'appui de Giovanni di Vico, cet ennemi acharné du peuple romain et du Saint-Siège. Le pape, auquel il avait négligé de demander la ratification de son élection et qui le considérait comme un ennemi de l'Église, protesta contre cette alliance cl, sur les conseils du nonce, Hugues Arpajon, le déclara usurpateur. Francesco n'en resta pas moins maître de la ville, malgré le pape et malgré le peuple.

Au reste, ce n'était pas seulement à Rome que l'autorité du Souverain Pontife était méprisée : la politique incertaine et parcimonieuse de Clément VI avait détaché du Saint-Siège la plupart des cités qui reconnaissaient autrefois sa suzeraineté : dans les unes, des familles puissantes, s'appuyant soit sur d'anciens privilèges accordés par les papes eux-mêmes, soit sur la faveur populaire, avaient accaparé le gouvernement ; dans d'autres, les citoyens s'étaient emparés du pouvoir; enfin tout le territoire de l'Église était envahi par une multitude de tyrans, dont quelques-uns fort puissants, qui, en dépit des efforts du Souverain Pontife, jouissaient d'une indépendance presque complète. Manfredi, Malatesta di Rimini, les Ordelaffi, seigneurs de Forli, dans l'Emilie; Galeotlo di Armino, Alozzo di Fabriano, dans les Marches ; Niccolô di Boscareta, Sinibaldo, dans la Romandiole; et bien d'autres encore occupaient la plupart des places fortes et des passages, et pillaient sans merci tout le pays environnant.

Les derniers efforts de Clément VI pour rendre son

prestige au Saint-Siège avaient été particulièrement malheureux.

En 1350, il avait chargé son neveu Hector Durafort, capitaine du Patrimoine de Saint-Pierre, de reprendre la petite place de Faenza, dont Giovanni Manfredi venait de s'emparer; malgré l'appui des Pcpoli, Dura fort échoua et fut même obligé de rentrer précipitamment à Imola. tes Pepoli, que le pape avait trahis*, après leur avoir fourni de l'argent pour lutter contre l'archevêque de Milan, Giovanni Visconti*, profilèrent de cet échec pour vendre Bologne à leur ennemi, moyennant deux cent mille florins (1 er août 1550) et Clément VI, qui considérait celte ville comme faisant partie du domaine de l'Église, ne put s'opposer à cet odieux marché.

Giovanni Visconti, devant cette nouvelle preuve de l'impuissance du pape, devint plus arrogant et plus entreprenant que jamais; on connaît son àltière réponse à l'envoyé du pape, qui le sommait de choisir entre sa dignité d'archevêque et son titre de prince : « Voici, dit-il, en prenant d'une main un crucifix et de l'autre une épée,voici mes armes spirituelles et voici mes armes temporelles, je défendrai les unes avec les autres. » Les républiques toscanes, menacées dans leur indépendance, s'adressèrent vainement à la cour d'Avignon; après de longues négociations, où l'or,

1. Il fit jeler en prison son allié Giovanni Pepoli, qui était Tenu rejoindra Durafort avec des troupes. Cette trahison tourna contre lui, car les soldats de Durafort, qui ne recevaient plus de solde, obligèrent leur gênerai à remettre Giovanni en liberté, afin de pouvoir se partager sa rançon, puis ils se débandèrent.

2. Giovanni, archevêque de Milan, succéda à son frère Luchîno, mort le 33 janvier J349.

dit -on, joua plus de rôle que les arguments, Clément VI, influencé par le roi de France, par ses courtisans et surtout par la vicomtesse de Turenne, pardonna au belliqueux archevêque, lui abandonna la possession de Bologne et le laissa libre d'agir à sa guise (8 mai 1352).

Aux portes mêmes de Rome, le préfet, malgré tous les efforts des représentants du pape, continuait le cours de ses exploits; il s'était emparé d'Orvieto (19 aoûtl552) et un coup de main hardi le rendit maître de Corneto l'année suivante; beaucoup d'autres villes, de moindre importance, furent également forcées de le reconnaître pour seigneur : il possédait, outre les cités dont nous avons déjà parlé, Tarni, Narni, Àmelia, Marta, Canino, Toscanella, et tout le pays de Nera, situé au nord du lac Bolsena.

A la mort de Clément VI, il ne restait plus guère, dans tout le domaine du Saint-Siège, que deux cités où l'autorité du Souverain Pontife fût respectée : Montefiascone, dans le Patrimoine, et Montefalco, dans le duché de Spolète. Il était grand temps qu'un pape énergique et habile prît en main les intérêts de l'Église.

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