‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 103 sur 126 · Cnenn, dans h Nouvelle Caslille · texte numérisé non relu

Cnenn, dans h Nouvelle Caslille

î. Son père, don Garcia, descendait d'Alphonse V, roi de Léon ; sa mère, Thérèse de Luna, des rois d'Aragon. L'antipape Benoit XIII (Pierre de Luna) était de cette famille.

Àlbornoz quitta la crosse pour l'épée et combattit vaillamment durant toule la campagne; il prit une part glorieuse à la bataille de Tarifa; Alphonse XI, que l'archevêque avait empêché de se faire tuer à un moment où la victoire semblait pencher du côté des Sarrasins, voulut être sacré chevalier par lui, sur le champ de bataille, et le nomma son porte-étendard (30 octobre 1340). Trois ans après, le roi le chargea de diriger le siège d'Algésiras et Albornoz s'acquitta de cette mission en général consommé.

Cependant, malgré sa grande renommée, il se vit obligé de fuir l'Espagne sous le règne du successeur d'Alphonse XI, Pierre le Cruel, dont il avait censuré les débordements avec trop de liberté. Clément VI le reçut avec joie à Avignon, où il s'était réfugié, et le créa cardinal du titre de Saint-Clément (17 décembre 1350). Sa prudence et son habileté égalaient son courage; aussi ne tarda-t-il pas à acquérir une grande influence dans le consistoire. Nul ne connaissait mieux que lui l'art de manier les hommes; les ordonnances rendues par lui durant sa légation en Italie sont l'ouvrage autant d'un jurisconsulte éminent, que d'un profond politique 1 .

Innocent VI, en chargeant le cardinal du soin de ramener les Italiens, soit par la force, soit par la persuasion, au respect des droits de l'Eglise, fit acte de sagesse, car il était peut-être le seul homme capable de mener à bien cette difficile entreprise. 11 le nomma légat a latere, le 30 juin 1353. « Le cardinal devra,

1. Elles formèrent un code qui resta longtemps en vigueur, sous le nom de constitutions aegidiennes; Albornoz semble par moments s'y être inspiré des idées de Rienzo; en 1538, Paul III ordonnait encore aux évoques de faire respecter ces constitutions.

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est-il dit dans le bref où ses pouvoirs sont définis, faire cesser les troubles et les guerres, châtier les fauteurs de discordes, extirper les hérésies, réprimer la licence, relever ia majesté du culte divin, en un mot, rendre aux pays, directement ou indirectement soumis à l'Église, la tranquillité dont ils ont été si longtemps privés. » Afin qu'Albornoz pût remplir plus efficacement sa mission, le pape lui accordait les pouvoirs les plus étendus, au spirituel comme au temporel, « sur les villes, les châteaux, les pays, ainsi que sur les comtes, les barons, les magistrats de tout ordre, dans toute l'étendue de l'Italie, à l'exception seulement de la Sicile, de la Sardaigne et de la Corse », s'engageant, par avance, à ratifier et à confirmer ses décisions.

Dans un autre bref en date du même jour, le légal est plus spécialement chargé de rétablir la paix dans le territoire du Saint-Siège. Le pape lui conféra, dans ce but, le pouvoir de nommer et de. destituer tous les podestats, juges, capitaines, qui relevaient du Saint- Siège ; de créer de nouvelles fonctions ou d'en supprimer à son gré ; de connaître de tous les procès et de les juger sans appel; de châtier les coupables; de provoquer ou d'imposer des trêves entre les barons, les bourgeois, les cités; de conclure enfin des ligues, des traités, des accommodements.

La nouvelle du prochain départ d'Àlbornoz s'étant répandue, quelques-uns de ses parents voulurent faire l'expédition avec lui, entre autres, son neveu Gomez 1 ; Fernando Fosco et Garcia Àlbornoz, qui avaient combattu à ses côtés contre les Maures; Lopez de Luna,

i . Qui derint plus tard sénateur.

archevêque de Saragosse (1351-1382), qui exerçait une grande influence sur lui ; l'évêque de Badajoz, Alfonso de Tolède y Vargas. Il quitta Avignon vers le milieu de l'été, à la tête d'une petite troupe composée de Français, d'Allemands, de Bourguignons, d'Anglais, aventuriers venus de partout dans l'espérance d'avoir leur part du riche butin que tant d'autres récoltaient alors en Italie. Et pourtant, malgré la faiblesse numérique et le peu de cohésion de son armée, malgré la modicité des subsides que lui accordait le pape, fort gêné luimême en ce moment, Albornoz parvint, comme nous le verrons, à intimider le fier archevêque de Milan, à imposer la loi au préfet, à réduire ensuite à l'obéissance les mille tyrans qui s'étaient élevés sur le domaine de l'Église, et à rendre à la papauté les possessions et surtout le prestige qu'elle avait perdus.

Le légat arriva à Milan le 15 septembre; Giovanni Visconti vint à pied à sa rencontre, en compagnie de Pétrarque. Peu s'en manqua que le poète ne perdît la vie en cette occasion ; car, dans le tumulte, son cheval faillit rouler avec lui dans un fossé profond, qui longeait le chemin. L'archevêque prodigua à Albornoz les témoignages de respect et de soumission, et le légat, qui avait besoin de lui, feignit d'y ajouter foi; il le pria même de lui désigner, parmi ses serviteurs, deux hommes, versés dans la connaissance des lois, qui deviendraient ses conseillers. En réalité, son but était de les employer comme ambassadeurs auprès des barons révoltés, afin de les convaincre qu'ils ne devaient plus compter sur l'appui de Giovanni, devenu l'allié du pape. L'archevêque accéda à cette demande et donna en outre au légat trois cents cavaliers ; Albornoz dut s'en-

gager, par contre, à ne point passer par Bologne, dont les habitants épiaient le moment de recouvrer leur liberté; il y consentit d'autant mieux qu'il avait hâte de châtier l'insolence de Giovanni di Vico. Il se dirigea donc vers Florence où il reçut le meilleur accueil (2 octobre); la République lui prêta cent cinquante cavaliers. De là, il envoya des ambassadeurs au préfet, pour lui demander de faire acte de soumission et, poursuivant sa route, arriva à Sienne, dont les habitants mirent à sa disposition cent cavaliers. A Pérouse, où il resta un mois, les citoyens lui en fournirent deux cents. Il pouvait dès lors engager la lutte contre Giovanni sans trop de désavantage.

On se souvient de l'échec qu'avaient subi les troupes du pape et des Romains*; la guerre s'était poursuivie depuis sans interruption, mais aussi sans grande activité; cependant, dans le cours de l'été précédent, le capitaine du Patrimoine, Giordano Orsino, avait repris sérieusement l'offensive et refoulé même le préfet dans Orvieto, grâce à l'appui du célèbre condottiere Montréal.

Ce Montréal 1 , qui jouera un rôle important dans la suite de ce récit, était un gentilhomme provençal, natif dWubagnc, à ce qu'il semble ; les Italiens l'appelaient fra Moreale, parce qu'il était entré dans Tordre de Saint- Jean de Jérusalem. Mais son goût des aventures, son amour de la guerre et surtout la soif de s'enrichir le poussèrent à quitter de bonne heure son pays, pour aller guerroyer en Italie. Il entra d'abord au service du duc de Durazzo ; puis, après sa mort, passa dans le

t. Voir page 535.

S. Voir page 71, note 1.

camp du roi Louis et tint longtemps la campagne avec le duc Werner, contre les troupes de la reine Jeanne. Le roi de Hongrie, auquel Montréal avait témoigné sa fidélité en combattant contre un de ses propres parents, Jehan de La Motte, lui confia, lorsqu'il quitta l'Italie, la défense du château d'Averse. Malatesta di Rimini, qui était au service de Louis de Tarcnte, vint l'y assiéger et l'obligea à se rendre et à restituer tout le butin qu'il y avait accumulé f (1352). Montréal se dirigea alors vers Rome, suivi de quelques soldats, que sa mauvaise fortune n'avait pas découragés. C'est alors que le capitaine du Patrimoine le prit à sa solde.

Entreprenant, courageux, audacieux même, quand son intérêt le commandait, doué d'une incontestable habileté à la guerre, mais absolument dénué de sens moral et de tout sentiment d'humanité, ne respectant rien, hormis sa parole, prêt à se vendre toujours au plus offrant, il est un des types les plus parfaits des condottieri italiens. On le voit passer, sans la moindre hésitation, sans le moindre scrupule, d'un camp dans le camp adverse, mais il attend toujours consciencieusement pour faire défection que le temps pour lequel il s'était engagé soit expiré. Il dévaste sans pitié les campagnes, met à feu et à sang les villes et les villages, dans le seul but de se procurer de l'argent; mais, si les habitants lui offrent une rançon suffisante, il s'éloigne et ne souffre pas que le plus léger dommage leur soit causé. Ses contemporains le considéraient comme un grand capitaine et éprouvaient plus d'admiration pour ses talents que d'horreur pour ses crimes.

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