‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 2 sur 126 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Quelle que soit l'autorité ou la fascination qu'exerce un homme sur ses semblables, il ne peut soulever à son gré la multitude, et provoquer ces grands mouvements qui agitent profondément les peuples et changent parfois le cours de leurs destinées, si ses conceptions, ses rêves, ses efforts, ne répondent exactement aux idées et aux aspirations des hommes de son temps, s'il ne réalise pas leurs vœux plus ou moins clairement exprimés, s'il n'est pas, en un mot, leur instrument. Pour m'autoriser d'un éclatant exemple , Mahomet n'aurait pas fait si facilement triompher ses idées dans toute l'Arabie et opéré une révolution qui devait ébranler le monde, si, malgré une opinion longtemps admise, bien d'autres avant lui n'avaient prêché les mêmes doctrines et préparé lentement et sûrement le terrain qu'il sut si bien exploiter. Les événements font surgir les grands hommes, et les grands hommes marquent les événements du sceau de leur personnalité.

Il en fut ainsi de m es s ire Cola di Rienzo, le

h INTRODUCTION.

dernier des tribuns de Rome- Si sa tentative provoqua un tel enthousiasme, si son nom a laissé un souvenir ineffaçable, c'est qu'il a eu cette gloire et ce bonheur de réaliser, ne fût-ce que pour un moment, les plus chères espérances de Ses concitoyens.

L'opinion, nous dirons presque la superstition, que l'Italie ne pouvait retrouver le repos, la prospérité, la puissance que sous l'égide d'un empereur, avait survécu à toutes les déceptions. « Dans la confusion au milieu de laquelle vivaient les Italiens, dit Quinet 1 , cette époque des empereurs leur apparaissait comme un temps de concorde, d'unité, de paix universelle et non interrompue, telle que la terre ne verra rien de semblable, Eden de l'histoire, siècle de délices éternellement regretté, où le monde, sans douleur, sans divisions, obéissant à un seul chef, « la nacelle du genre « humain voguait à pleines voiles et sans orage vers « un port assuré 8 . »

De même que nous oublions peu à peu les soucis, les ennuis qui troublent nos jours les plus sereins et qu'ils disparaissent dans le rayonnement que nous laisse au cœur une journée de bonheur; de môme les peuples d'Italie avaient insensiblement perdu la mémoire des vexations, des tyrannies, des maux sans nombre qu'ils avaient eu à subir au

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