‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 24 sur 126 · Nou* le reproduisons en partie ci-conlre · texte numérisé non relu

Nou* le reproduisons en partie ci-conlre

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reviendront au bon état des anciens jours ». Ce bortétat; qui fut pour Rienzo comme la désignation officielle de son gouvernement, était ce temps passé, cet âge d'or après lequel tous les Italiens soupiraient et que Rienzo se flattait de leur rendre.

CHAFITIE V

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barons; il rappela aux assistants la longue paix dont avaient joui leurs ancêtres, leur puissance universellement respectée et la crainte qu'ils inspiraient aux peuples voisins. Il pleurait et ceux qui l'entouraient ne pouvaient maîtriser leur émotion. « 11 ne faut pas, ajouta-t-il alors, désespérer de l'avenir; nous devons imposer de nouveau à tous le respect des lois et l'amour de la paix; nous en possédons les moyens, sachons seulement nous en servir. De l'argent? nous en avons. La Chambre urbaine a des revenus inépuisables : l'impôt de quatre florins par feu, qui est prélevé sur toute letendue du territoire romain, rend cent mille florins; l'impôt sur le sel rapporte tout autant, ainsi que la redevance payée par les ports et les châteaux*. Chaque année on envoie au pape cet argent, et son vicaire le sait bien. N'allez pas croire que nos oppresseurs aient l'approbation et l'appui du Saint-Siège, loin de là, cor ils ont souvent dépouillé l'Église de son bien et maltraité ses serviteurs. » Il parla longtemps sur ce ton et les conjurés, touchés par ses paroles, jurèrent sur les saints Évangiles, avant de se séparer, de rétablir le bon état.

Comme pour donner plus de force aux exhortations de Rienzo, les iniquités, les rapines, les violences des barons devenaient de jour en jour plus intolérables et leur joug odieux pesait plus lourdement que jamais sur le peuple romain. Rienzo comprit que le moment d'agir

1. Rienzo exagère ici, sans doute ù dessein, les revenus de la Tille, qui ne (feraient pas excéder le tiers de la somme qu'il indique ; lui-même donne plus tard (voir chapitre xxi) des chiffres qui semblent mieux en accord avec la réalité. Les revenus de Florence, ville autrement florissante à celte époque que Rome, s'élevaient à peine à trois cent mille florins.

60 COU Dl MEMO.

était venu; mais, avant de tenter la révolution, il voulut s'assurer la bienveillance ou tout au moins la neutralité du vicaire du pape. Si la grande influence que le souverain pontife exerçait alors à Rome, malgré son éloignement, n avait rendu cette tentative indispensable, l'exaltation des sentiments religieux de Rienzo 1 lui en eût fait un devoir. Il déploya donc toutes les ressources de son éloquence pour faire entrer dans ses vues le représentant de Clément VI, Raimond, évêque d'Orvielo. Ce prélat, qui devait à la faveur plutôt qu'à ses talents le poste important qu'il occupait, ne possédait ni l'habileté, ni l'énergie nécessaires pour défendre, dans ces conjonctures difficiles, les prérogatives de la papauté. Né à Orvieto, il avait été successivement chanoine à Amiens et évéque de Rieti (1342). Clément VI le nomma vicaire du Saint-Siège à Rome, peu après son exaltation. En 1346, il devint évéque d'Orvieto. Rienzo lui représenta que le pape serait fort satisfait de voir les barons dépouillés d'un pouvoir dont ils abusaient autant contre l'Église que contre le peuple, et le persuada sans peine que dans Rome, redevenue maîtresse d'elle-même, l'autorité du pape serait bien plus respectée que dans Rome asservie et gémissante.

Raimond prit sur lui de promettre l'appui de l'Église. Soit que Rienzo eût exigé de lui un silence absolu, soit qu'il l'ait, à dessein, prévenu trop tard, le vicaire n'en référa pas à Clément VI, et il est certain que le pape fut laissé dans l'ignorance du mouvement qui se préparait.

Malgré la nouvelle et précieuse recrue qu'il venait de faire, Cola di Rienzo n'était pas sans inquiétude : les

i. Voir page 120.

barons étaient braves, bien armés, ils disposaient de beaucoup de partisans; on ne pouvait guère se rendre maître de la ville que par un coup de main. Mais la fortune le servit cette fois encore.

Vers la fin du mois d'avril, un convoi de blé était arrivé dans le port de Corneto, à destination de Rome, et, comme une violente famine causée par de fréquents orages sévissait alors sur tout le pays 1 , Stefano Golonna alla lui-même l'y chercher avec tous les siens et une grande partie des barons afin de le soustraire aux convoitises des cités voisines. Rienzo n'hésita plus : des hérauts parcoururent la ville, annonçant à son de trompe que les citoyens soucieux d'assurer le bon élal devaient se réunir sans armes, le lendemain malin, jour de la Pentecôte*, à l'appel des cloches. Les sénateurs crurent sans doute à une de ces manifestations dont il était coutumier et ne s'en émurent aucunement.

Durant la nuit, Rienzo entendit dans l'église Sant Àngelo in Pescheria trente messes du Saint-Esprit, afin d'obtenir sa protection; vers huit heures et demie du matin, le 20 mai 1547, il sortit de l'église, revêtu d'une armure complète, mais la tète nue*. Bien qu'en proie à une vive émotion, il n'en laissait presque rien paraître et il se dirigea vers le Capitole d'un pas assuré; devant

i. À Bologne, par exemple, une corbeille de blé valait deux livres en janvier, trois livres en mars et trois livres et demie en avril ; il en fut ainsi jusqu'à l'automne ; la récolte ayant été bonne, les prix baissèrent alors, mais la population avait été affaiblie par les privations, ce qui contribua beaucoup à rendre plus meurtrière l'épidémie qui survint l'année suivante.

2. 11 est à remarquer que Rienzo affectionnait les anniversaires de ce genre, surtout ceux relatifs au Saint-Esprit.

3. C'était une habitude fréquente au moyen âge de ne pas porter de casque dans les cérémonies.

lui, Cola Guallalo, qui passait pour un des meilleurs orateurs de Rome, porlail un gonfalon immense, cramoisi, brodé de lettres d'or; Rome y était représentée assise sur deux lions adossés et tenant d'une main le globe, de l'autre une palme, symbole de la paix 1 . Stefanello Magnacaccia, un notaire, tenait un deuxième o-onfalon de couleur blanche et décoré de l'image de sa int Paul avec l'épée à la main et la couronne de la justice; sur un troisième gonfalon on voyait saint Pierre avec les clefs de la concorde et de la paix; enfin un quatrième conjuré portait, dans une caisse plantée au bout d'une pique, la bannière de saint Georges, qui était trop vieille pour être déployée. Le vicaire du pape marchait à côté de Rienzo, donnant ainsi à la révolution qui s'accomplissait la sanction de l'Église. Les citoyens qu'avait attirés l'appel de Rienzo, l'entouraient, et une foule sans cesse grossissante, de jeunes gens et d'enfants suivait le cortège en chantant et en poussant des cris de joie. Personne ne chercha à arrêter leur marche et Rienzo arriva sans obstacle au pied du Capitolc; là, cent hommes armés vinrent se joindre à lui. Les sénateurs Luberlello, fils du comte Rertoldo,ctPietro di Agabito, seigneur de Genazzano 1 , hommes faibles et indécis, avaient disparu; ils ne songèrent pas un instant à disputer aux révoltés la possession de ce palais, qui était pourtant la clef de la ville.

Cola di Rienzo, qui avait recouvré toute son assurance, gravit les degrés du Capitole et, montant dans la

• 1 C'étaient les armes de la ville, voir chapitre vu, monnaies sénatoriales. Les deux protomés de lion représentaient sans doute primitivement les bras du siège sur lequel Rome était assise.

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