Fête de saint Pierre et de saint Paul
140 GOLÀ DI RIENZO.
rite; les pèlerins accouraient en foule pour visiter les temples saints et leur nombre était si grand qu'on no savait où les loger. Grâce à cette affluence d'étrangers, l'aisance renaissait; de tous côtés, on voyait des maisons sortir de leurs ruines. Les habitants, oubliant leurs anciennes querelles, fraternisaient entre eux; les demeures des barons et des bourgeois n'étaient plus, comme naguère, barricadées et fortifiées; enfin la sécurité la plus complète régnait partout. Quelques nobles, chassés par les troubles depuis de longues années et qui étaient devenus presque des étrangers dans leur patrie, revinrent habiter Rome : entre autres les seigneurs de Montagna, de Malien, Todino di Antonio. Le préfet di Vico avait juré obéissance au tribun, le comte de Fondi ne pouvait larder à faire sa soumission.
Au dehors, l'Italie se montrait bienveillante, le pape n'était pas encore hostile, l'Europe attendait avec éto finement et curiosité l'issue de cette étrange révolution.
Quelque temps auparavant, Rienzo, croyant son pouvoir suffisamment affermi, avait amené Raimond à résigner sa charge et il s'y était pris d'une façon si habile que le bon prélat, qui d'ailleurs ne cherchait qu'une occasion pour s'éloigner de Rome, n'en conçut sur l'heure aucun ressentiment. Raimond n'avait pas dû pourtant gêner beaucoup son collègue dans l'exercice de ses fonctions, car son action parait avoir été complètement nulle; aucune missive, aucun acte de Rienzo n'a été contresigné par lui ; tout au plus le consultait-on parfois, mais le tribun ne pouvait plus endurer même ce semblant de partage de son autorité 1 .
i. Rienio eut l'audace d'envoyer à Avignon un ambassadeur spécial chargé d'annoncer au pape ce changement.
Seul maître désormais des destinées de sa patrie, Rienzo s'occupa de donner aux fêtes qui se préparaient tout l'éclat possible.
Il lit choix de l'église Saint-Jean de Latran pour y recevoir l'ordre de la chevalerie et y entendre auparavant, comme c'était l'usage, l'office du Saint-Esprit.
Celle basilique, qu'on qualifiai! alors de « mère de toutes les églises de la terre », était, sinon la plus belle,
B'-"BI 1 JjlL I* ^Ït "rW,\-
du moins la plus célèbre des églises que possédait Rome alors. Elle datait de fort loin et l'on prétend même que l'empereur Constantin la fit construire pour l'offrir au pape saint Sylvestre'.
Voisine des murailles de la ville et située près d'une porte nommée Asinaria 1 , elle s'élevait devant une vaste place qui servait de lieu de réunion habituel au peuple. Boniface VIII avait fait bâtir, de ce côté, une loggia adossée à l'église et ornée de colonnes, et d'où l'on pou-
1. L'église du Lalran, détruite plusieurs fois par le feu et les tremblements de terre (806, 1508, 1360) fut toujours reconstruite. Restaurée par Urbain IV, Martin V, Alexandre Vt, Pic IV, etc., le monument actuel ne ressemble guère à ce qu'il était au temps de Rienzo.
2. Ou Lalerana; «Ile était murée à cette époque et ne fut ouverte qu'en 1408.
Cl M EOD>.