INTRODUCTION
les Italiens se laissaient aller, plus que jamais, à l'illusion de croire qu'il suffisait de lui rendre son ancienne puissance pour assurer la paix du monde. Pétrarque, dont la renommée grandissait de jour en jour, donnait l'exemple ; s'il cessait de chanter Laure, c'était pour pleurer sur les ruines de Rome ; il composait un poème pour célébrer ses héros et considérait comme un honneur sans égal de recevoir au Capitole la couronne des poètes. Ses vers, ses lettres, où il s'efforçait, en termes éloquents, de rappeler les Italiens à l'amour de leur patrie, réveillaient leur patriotisme et provoquaient de chimériques espérances.
C'est alors que paraît Rienzo. Né au milieu de la populace de Rome, imbu de ses vieux préjugés comme aussi de ses nobles chimères, il en a toutes les haines et toutes les espérances; ses études, son goût pour l'antiquité, son ardent amour pour sa patrie, le poussent à partager l'illusion générale ; comme tous les Italiens de son temps, plus qu'aucun d'eux peut-être, excepté Pétrarque, il connaît, il aime, il vénère le passé, et son plus cher désir est de le ressusciter. Sa généreuse tentative fut comme l'explosion du sentiment commun; c'est ce qui en explique le rapide succès.
Acclamé par le peuple romain qui voyait en lui un sauveur, soutenu par les Italiens dont il réalisait les espérances, encouragé par Pétrarque, le nouveau tribun put croire un moment que ses
vi INTRODUCTION.
rêves allaient se réaliser : les cités italiennes, oubliant leurs haines et leurs jalousies séculaires, semblaient sur le point de s'unir toutes en une vaste confédération, dont Rome eût été la tête et lui, Ricnzo, le chef; le monde étonné, inquiet, se demandait ce qu'il allait advenir de ce grand effort, et t la terreur du nom romain, dit Pétrarque, qui subsistait encore après tant de siècles, au cœur des nations vaincues, se répandit partout *. Rienzo pouvait plus tard se vanter, sans trop de jactance, qu'aucun roi, aucun monarque, aucun prince, marquis, comte ou baron, n'avait accompli en si peu de temps, en paix comme en guerre, plus d'actions éclatantes que lui.
Mais ce n'est pas avec des mots sonores ou des idées surannées que l'on rend aux peuples leur bonheur disparu; Rienzo en fit la dure expérience. Le premier moment d'engouement passé, les ambitions, les rancunes, qu'il croyait avoir étouffées et qui n'étaient qu'assoupies, reparurent plus violentes que jamais. Les Italiens ne pouvaient supporter, en réalité, qu'un maître éloigné, sans force, sans autorité, décoré seulement d'un vain titre. Dès que Rienzo eut acquis quelque puissance, la défiance succéda à l'admiration, l'envie à l'enthousiasme, l'hostilité à la sympathie, et une toute-puissante intervention précipita, si elle ne provoqua sa chute 1 .