Marino^^Vnst de Home, près du lac Albin
queux; toute son attention était absorbée par les négociations qu'il avait engagées avec les cités italiennes, dans le but de reconstituer l'empire romain et, cela devenait de plus en plus évident, de se faire décerner la pourpre impériale.
Messire Paolo Vajani \ citoyen romain, et messire Bernardo des Possoli, de Crémone, tous deux docteurs en droit et chevaliers, furent chargés, vers le commencement de septembre, de porter dans différentes villes une lettre, où Rienzo commençait par rappeler les circonstances de son élection et de son couronnement, les bienfaits de son administration, la soumission du préfet, du comte de Fondi et de toutes les villes qui relevaient du Saint-Siège, ainsi que l'offre d'alliance que le roi de Hongrie venait de lui faire ; il ajoutait que, soucieux des intérêts et de la dignité du peuple romain, il avait convoque les jurisconsultes les plus éminentade toute l'Italie, dont l'opinion, unanimement exprimée, avait été que Rome possédait encore ses anciens droits de juridiction sur le monde. En conséquence, il priait les villes d'Italie d'envoyer des ambassadeurs à Rome avant Pâques, afin qu'ils pussent examiner la légitimité du pouvoir que s'étaient arrogé les empereurs et les électeurs, si, comme cela le leur avait été ordonné, ils venaient se justifier devant le tribunal du peuple. Dans le cas où ils ne se présenteraient pas, les mêmes ambassadeurs seraient appelés à élire, le jour delà Pentecôte, un nouveau César. Bien que ce droit appartînt en réalité exclusivement à Rome, le tribun consentait à faire
1 . C'est lui qui fut plus tard chargé de rédiger les nouveaux statuts de Rome réunis en un corps et modifiés par les sept réformateurs (1565).
participer à celte élection les autres cités d'Italie afin de resserrer les liens d'amitié qui les unissaient et que seule la politique détestable des tyrans avait rompus, dans un intérêt égoïste et pervers. Le nombre des électeurs impériaux était fixé à vingt-quatre. En ce qui concerne l'empereur à nommer, Rienzo en fait d'avance un portrait où l'on peut sans trop de peine le reconnaître lui-même, a II faut élever à cette haute dignité, disait-il, un Italien qu'anime un patriotisme ardent et qui soit digne en tous points du titre de César; nous devons veiller à ce que les dignités que nous avons le droit de conférer, restent en de bonnes mains. C'est une honte et un crime que de courber la tète sous le joug de tyrans étrangers, qui ont soif du sang de nos compatriotes.
« Le i septembre, an I de la république. »
Dans une autre missive, il fixe à la Saint-Jean prochaine l'assemblée qui devait procéder à l'élection d'un nouvel empereur et interdit de nouveau aux cités italiennes d'ouvrir leurs portes aux soldats allemands.
On voit se dessiner à présent toute la politique de Rienzo, politique à la fois habile et audacieuse; habile, parce qu'elle se bornait en apparence à réclamer pour les Romains la possession de prérogatives dont ils avaient joui jadis ; audacieuse, parce qu'elle ne visait à rien moins qu'à rétablir au proût de Rome l'empire tel qu'il avait existé jadis. Quoi de plus légitime que le désir, prêté par Rienzo aux Romains, de s'enquérir de la façon dont on avait disposé, sans leur consentement, de droits qui, pour être anciens et tombés en désuétude, n'avaient pourtant jamais été abolis d'une manière formelle? Les Césars allemands le reconnaissaient eux-
mêmes implicitement, en venant ceindre à Rome la couronne impériale et en ne quittant le titre de roi des Romains, qu'ils recevaient au moment de leur élection, pour celui d'empereur, qu'après s'être fait sacrer dans la basilique de Saint-Pierre.
S'il n'était pas donné satisfaction à ce vœu, et Rienzo devait bien s'attendre à l'accueil qui lui serait fait, n' était- il pas naturel qu'il revendiquât alors hautement pour ses concitoyens ce qui, après tout, semblait leur appartenir? Maintenant Rienzo comptait bien que le peuple romain et les cités italiennes désignées par lui pour élire un empereur, sauraient reconnaître et récompenser les services qu'il avait incontestablement rendus à la cause italienne; au besoin, un choix éclairé des villes auxquelles il conférerait ce privilège, le garantirait contre toute surprise.
Ainsi, au nom de principes que personne n'aurait osé contester, sans violer aucune loi, sans l'apparence d'une usurpation, il arriverait au but suprême de ses rêves, au trône des Césars.
Pouvait-il se flatter qu'ensuite il aurait assez de prestige ou assez de force pour s'imposer au pape, à l'Italie, à l'Europe? Peut-être le souvenir de la puissance romaine l'illusionnait-il à ce point; peut-être laissait-il aux hasards de la fortune le soin de faire respecter son autorité une fois établie; nous ne saurions le dire et il se peut que lui-même n'ait pas envisage d'aussi lointaines éventualités. Pour le moment, il lui sufGsait de s'assurer l'appui des villes d'Italie.
Les deux ambassadeurs du tribun, chargés delà lettre que nous venons d'analyser, partirent vers le commencement d'octobre; ils se trouvaient le 18 à Sienne, de
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là ils passèrent en Toscane, où l'accueil qu'on leur fit fut assez tiède, puis ils allèrent àMolène et poussèrent même jusqu'en Lombardie. Le 20 novembre, ils étaient de retour à Rome. Plusieurs villes avaient accepté les propositions de Rienzo et s'étaient engagées à envoyer à Rome des représentants.
Vers la même époque le tribun manda deux envoyés de nationalité allemande à Louis de Bavière, dont il ignorait la mort, et il entra en négociations avec le roi de Sicile auquel il fit remettre des présents. Le roi de Hongrie, de son côté, faisait tous ses efforts pour attirer Rienzo dans son alliance; il chargea des ambassadeurs de lui demander trois choses : d'abord de procéder, sans plus différer, au jugement des assassins du roi André; puis de conclure avec lui un traité d'amitié : « car, disait-il, Rome n'a jamais eu d'amis plus fidèles que mes prédécesseurs et moi »; enfin, de lui permettre, maigre l'édit qui venait d'être publié, de traverser rilalie avec une armée et de continuer la guerre contre la reine Jeanne.
En retour de ce dernier service, il mettait ses soldats à la disposition du peuple et s'engageait à ne pas apporter de modifications à l'état de l'Italie sans le consentement de Rienzo. Le tribun répondit qu'il n'avait jamais refusé d'examiner et de juger les différends qui lui étaient soumis, qu'il acceptait avec joie l'amitié de ceux qui aimaient et cultivaient la justice, mais qu'il ne saurait traiter d'un accord avec le roi de Hongrie, sans avoir auparavant consulté les villes amies du peuple romain et s'être assuré de l'assentiment du pape.
Le bruit que cette alliance était un fait accompli se répandit néanmoins jusqu'à Avignon et Clément VI, en
réponse à une adresse que lui avaient portée le marquis de Damberg et Nicolas de Luxembourg, de la part de Charles IY, le prévint de se tenir sur ses gardes et lui conseilla de détourner le roi Louis de Hongrie, s'il en était encore temps, d'une telle alliance (7 décembre).
Une ambassade fut effectivement envoyée par Rienzo pour sonder les villes alliées au sujet de ce traité ; mais, avant que leur réponse lui fût parvenue, il se vit contraint d'accepter les offres de Louis, par suite de l'attitude de plus en plus inquiétante de la noblesse. Trois cents soldats du roi de Hongrie arrivèrent en conséquence à Rome et furent, comme on le verra, d'un grand secours au tribun.
Les révoltes éclataient, en effet, de tous les côtés à la fois. Les Gaetani avaient repris les armes ; ils pillaient les environs de Rome et faisaient jeter en prison tous ceux qui, durant la dernière campagne, avaient fourni des approvisionnements à l'armée romaine. Les Orsini poussaient leurs incursions jusque sous les murs de Rome et le gouverneur pontifical du patrimoine de Saint- Pierre passait pour favoriser leurs entreprises. Rienzo comprit qu'il ne pouvait, sans compromettre son autorité, laisser les nobles recommencer ainsi leurs brigandages; il se décida, quoique bien tard déjà, à agir et cita solennellement à son tribunal le plus redoutable d'entre eux et le plus hostile au bon état. Giordano Orsino.
Avec un tel adversaire, la lutte devait être acharnée ; on le vit bien dès le premier jour. Le courrier chargé de lui porter la sommation fut assailli dans les vignes qui entourent Marino et ne reçut pas moins de trois blessures à la tête, et Giordano, pour prouver au tribun qu'il ne le craignait plus, lança ses cavaliers dans
toutes les directions; chaque jour, ils capturaient des bœufs, des moutons, des porcs et des chevaux, qu'ils ramenaient le soir sous les murs de Marino. C'était pré— cisément alors l'époque des vendanges et les Romains n'osant se risquer hors de leurs murailles durent renoncer à les faire, ce dont ils éprouvèrent un violen t dépit. Rienzo s'empressa d'envoyer de nouveau à Gior— dano Tordre impératif de venir, à pied cette fois, répondre de ses crimes devant ses concitoyens. En cas de désobéissance, le tribun prévenait Giordano et Rainaldo qu'il sévirait contre eux avec la dernière rigueur*
En attendant, il ordonna qu'on représentât les barons rebelles sur un des murs du Capitole, en costume de chevaliers et la tête en bas. Ces menaces restèrent sans effet; Jes Orsini n'en continuèrent pas moins leur œuvre de dévastation : hommes, femmes, enfants, bestiaux, ils enlevaient tout; leur audace ne connaissait pas de bornes, leur cruauté non plus. Rainaldo passa le Tibre et poussa jusqu'à la petite ville de Nepi, au nord-est du lac Bracciano, où il entra sans résistance et qu'il saccagea néanmoins de fond en comble; de là, il se dirigea vers Castelluzza 1 , qui subit le même sort; personne n'y fut épargné. Un jour, il rencontra sur son chemin une tour, où habitait une femme âgée et de naissance noble; il donna l'ordre d'y mettre le feu et la malheureuse périt dans les flammes.
Les Romains exaspérés ne demandaient qu'à se venger et ce fut sans peine que Rienzo les décida à sortir en masse contre leurs ennemis.
Le tribun avait sous ses ordres, assure-t-on, vingt